Accéder au contenu principal

Le bac quand même

 

bac

Il n’y a pas si longtemps, dans le monde d’avant l’épidémie de coronavirus, l’approche des vacances de printemps correspondait, pour les élèves de terminale, à la dernière ligne droite avant les épreuves du baccalauréat. Des heures de révisions et de bachotage s’annonçaient ainsi pour préparer les écrits et les oraux de ce qui reste un rite de passage vers l’âge adulte et un sésame pour la poursuite de ses études dans l’enseignement supérieur. Mais ça, c’était avant… Aujourd’hui, les lycéens, leurs parents et leurs professeurs se retrouvent confrontés à une triple difficulté : la réforme du bac portée par Jean-Michel Blanquer qui a mis fin aux filières et institué des contrôles continus, d’épreuves terminales et de grand oral ; une année de cours compliquée par l’épidémie de Covid-19 avec l’alternance de cours en présentiel et en distanciel, la peur de la contamination et la détresse psychologique parfois ; et enfin la menace de la troisième vague épidémique qui rajoute autant de complexité avec un reconfinement que d’inconnu.

Assurément, le bac 2021 qui aurait dû marquer l’aboutissement de la réforme Blanquer sera, comme l’an passé où nombre d’épreuves écrites avaient été annulées, un bac très particulier. Les aménagements qui ont d’ores et déjà été pris pour organiser au mieux l’examen et peut-être les futures mesures qui seront décidées en cas d’aggravation de la situation sanitaire, font dire à certains, tantôt que le bac sera "donné", tantôt que le contrôle continu – qui reste soumis à l’arbitraire – va renforcer les inégalités sociales en fonction des lycées là où les épreuves écrites finales permettaient aux candidats de se surpasser. Autant d’inquiétudes qui poussent les lycéens à se demander s’ils seront notés avec autant de rigueur que de bienveillance mais aussi quelle valeur aura leur bac ? Et si ce diplôme sera au rabais ?

La même question s’était posée il y a plus de cinquante ans avec le bac 1968, qui avait été passé en une journée, entièrement à l’oral. Depuis ce bac bousculé par les événements de Mai-68, l’idée simpliste du "bac donné" était restée des années dans l’inconscient collectif, au moins jusqu’à ce qu’en 2005 des chercheurs s’intéressent à ce qu’étaient devenus ces bacheliers. Et leur conclusion était sans appel : cet "accident" dans l’organisation du bac n’a en rien gêné l’avenir des bacheliers, bien au contraire.

Gageons dès lors que ce bac 2021 sera décroché par des lycéens qui n’ont pas démérité, qui ont su s’adapter à cette année Covid éprouvante et qu’il leur offrira l’avenir qu’ils méritent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 avril 2021)

Posts les plus consultés de ce blog

Fragilités

Les images que les Français ont découvertes cette semaine à l’occasion des violentes intempéries qui ont frappé le Sud-Ouest étaient spectaculaires : un TGV comme suspendu dans le vide, reposant sur des rails sous lesquels le ballast a été emporté par des flots déchaînés. Inouï comme le nom du train qui transportait quelque 500 passagers qui se souviendront longtemps de leur voyage et de leur évacuation en pleine nuit à Tonneins – parfaitement maîtrisée par les secours, les personnels de la SNCF et les agents de la ville. Le jour d’après, à l’issue du remorquage du TGV, avait des allures de gueule de bois pour tout le monde devant les dégâts considérables sur la voie de chemin de fer. 200 mètres sont complètement à refaire, les pluies torrentielles ayant emporté la terre du remblai, la sous-couche et le ballast. Et si les travaux ont commencé dès après les orages, ils vont être longs, bloquant la liaison entre Toulouse et Bordeaux. La SNCF mise sur une reprise du trafic entre le me...

Un pont trop loin

   La succession des ponts du mois de mai a relancé le sempiternel débat sur les jours fériés en France, leur nombre et le niveau de productivité des Français. Un débat devenu un véritable marronnier qui commence toujours par le même constat, se poursuit par un emballement médiatico-politique où droite et gauche s’invectivent, puis finit par s’éteindre jusqu’à la prochaine fois. L’automne dernier, alors que le gouvernement Barnier cherchait quelque 60 milliards d’économies pour le Budget 2025 afin d’éponger un déficit abyssal – 6,1 % du PIB et 3 230 milliards d’euros de dette – Gérald Darmanin avait lancé l’idée de supprimer un jour férié pour renflouer les caisses de l’État. Celui qui n’était alors pas encore redevenu ministre mettait ses pas dans ceux de Jean-Pierre Raffarin. En 2004, le Premier ministre instaurait, en effet, la « journée de solidarité » en supprimant le lundi de Pentecôte. Une décision prise dans l’urgence après la meurtrière c...

Sortir des postures

Le cortège d’une manifestation ou un rassemblement pour fêter la victoire d’un club sportif qui se terminent par des émeutes, des dégradations de mobilier urbain et de vitrines de magasins, parfois pillés, et des attaques violentes des forces de l’ordre par des hordes encagoulées dans un brouillard de gaz lacrymogènes… Les Français se sont malheureusement habitués à ces scènes-là depuis plusieurs décennies. Comme ils se sont aussi habitués aux polémiques politiciennes qui s’ensuivent, mêlant instrumentalisation démagogique, règlement de comptes politiques et critiques d’une justice supposément laxiste. Le dernier épisode en date, qui s’est produit samedi soir à Paris à l’occasion de la victoire du PSG face à l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions, ne fait, hélas pas exception à la règle. Au bilan édifiant – deux morts, des dizaines de blessés, plus de 600 interpellations, des rues et magasins saccagés – s’ajoutent désormais les passes d’armes politiques. Entre l’opposition e...