Dans la dernière ligne droite avant le premier tour des élections municipales, dimanche prochain, le suspense monte au gré de la publication de sondages d’intentions de vote – dont les marges d’erreur nourrissent toutes les interprétations – et de l’organisation des derniers débats et des ultimes grands meetings. Si des passes d’armes nationales portées par les chefs de parti – toujours tentés de nationaliser le scrutin – occupent le devant de la scène, les municipales restent éminemment locales. Elles le sont même profondément. 34 875 batailles comme autant de communes dans lesquelles vont se jeter pas moins de 904 042 candidats, répartis entre 50 478 listes.
En dépit des difficultés du mandat de maire régulièrement soulignées par les associations d’élus, en dépit du discrédit qui affecte la classe politique en général, il est plutôt heureux de voir que beaucoup de Français veulent s’engager au service de leurs concitoyens et pour leur commune. La plupart de ces candidats seront d’ailleurs fixés sur leur sort dès dimanche au terme d’une soirée électorale où le statu quo sera probablement de mise puisque 21 000 maires devraient être réélus au premier tour, soit près de six communes sur dix.
Ailleurs, les négociations de second tour démarreront pour quarante-huit heures, notamment dans les points chauds qui ne manquent pas dans notre région. Dans chaque département, plusieurs villes se livrent à des combats électoraux serrés dont l’issue dessinera un état des lieux des rapports de force politiques en vue des prochaines échéances.
Mais derrière ces affrontements très visibles se cache un enjeu institutionnel beaucoup plus structurant : celui des intercommunalités. Depuis deux décennies, ces structures – communautés de communes, agglomérations ou métropoles – ont progressivement accumulé des compétences déterminantes : développement économique, mobilités, urbanisme, politique de l’habitat ou encore gestion de l’eau. Dans certaines grandes métropoles, leurs budgets dépassent désormais ceux des communes centres. Ainsi, derrière l’élection des maires se joue souvent le contrôle d’institutions décisives comme Toulouse Métropole ou Montpellier Méditerranée Métropole, véritables centres de décision territoriaux.
Le paradoxe est que cet enjeu reste, d’évidence, largement invisible dans la campagne. La raison tient d’abord au mode d’élection : les conseillers communautaires sont choisis via les listes municipales et les présidents d’intercommunalité sont élus ensuite par les conseillers. Pour l’électeur, le lien entre son vote et la gouvernance intercommunale demeure donc peu lisible.
À cela s’ajoute la personnalisation très forte du scrutin municipal. Les débats portent d’abord sur le bilan du maire, la sécurité, la propreté ou les équipements locaux. Les politiques intercommunales – plus techniques et plus diffuses – peinent à trouver leur place dans la campagne. Pourtant, c’est souvent à ce niveau que se décident les grands projets structurants : aménagement des zones d’activité, politiques de transport, stratégie d’attractivité économique ou transition écologique des territoires.
Les municipales de 2026 détermineront donc non seulement l’identité des maires, mais aussi celle des futurs exécutifs intercommunaux. Autrement dit, elles fixeront en grande partie la véritable architecture politique des territoires pour les six prochaines années et, indirectement, les équilibres qui pèseront sur les échéances régionales et nationales à venir. Une raison de plus de voter...
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 11 mars 2026)