Jusqu’à présent, lors de la Journée internationale des droits des femmes, beaucoup d’entre elles dans le monde pouvaient se dire qu’il y avait globalement des progrès arrachés de haute lutte, en dépit de situations terribles. Si tout restait à faire – encore et toujours – ou à parfaire, la prise de conscience était tout de même là. Mais nombre de femmes se demandent désormais s’il ne faudra pas tout recommencer, tant les attaques contre leurs droits sont aujourd’hui massives, organisées et parfois assumées politiquement, y compris en Occident.
Ce grand recul, inquiétant, est documenté par plusieurs organisations internationales, au premier rang desquelles l’agence ONU Femmes, qui lance cette année une alerte mondiale à agir. « Partout dans le monde, les systèmes judiciaires qui sont censés faire respecter les droits, ainsi que l’État de droit, manquent à leurs obligations envers les femmes et les filles. À l’échelle mondiale, les femmes ne bénéficient que de 64 % des droits juridiques dont jouissent les hommes, ce qui expose les femmes à la discrimination, la violence et l’exclusion à chaque étape de leur vie. »
Près d’un quart des gouvernements mondiaux ont signalé un recul des droits des femmes, avec des menaces croissantes (discrimination accrue, protections juridiques affaiblies, financements en baisse pour les programmes d’égalité, etc.). Un signal d’alarme rarement observé depuis plusieurs décennies. À cela s’ajoutent des facteurs aggravants : les conflits (hausse de 50 % du nombre de femmes exposées en dix ans), les crises (Covid, dérèglement climatique, flambée des prix alimentaires), l’affaiblissement démocratique dans de nombreux pays, les violences basées sur le genre qui explosent ou encore le harcèlement des défenseuses des droits partout dans le monde.
Pire, l’ONU dénonce une régression historique des droits des femmes en zones de guerre, avec des violences sexuelles en hausse (+ 90 %) et jusqu’à 675 millions de femmes concernées. La guerre en Iran qui s’étend au Moyen-Orient depuis une semaine, la guerre en Ukraine qui est entrée dans sa cinquième année, l’effondrement de Gaza, le conflit au Soudan, ou encore l’Afghanistan des talibans devenu pire qu’une prison, un enfer où l’on dénie aux femmes, privées de parole et quasi emmurées, jusqu’à l’appartenance même au genre humain…
À ces reculs terrifiants, qui devraient être bien plus fortement condamnés, s’ajoutent tous les petits reculs que subissent au quotidien les femmes. Le Global Gender Gap Report montre ainsi que le score mondial d’écart entre les sexes en 2025, pour 148 économies, est comblé à seulement 68,8 %. À ce rythme, il faudrait près de 123 ans pour atteindre la parité totale à l’échelle mondiale.
Une parité contre laquelle s’élève désormais une véritable internationale réactionnaire, qui soutient les discours de mouvements masculinistes en plein essor, notamment chez les jeunes. Des mouvements misogynes appuyés par des extrêmes droites, aux Amériques comme en Europe, qui prétendent agir pour le bien des femmes alors qu’ils veulent les renvoyer dans leurs foyers sous le contrôle de leurs pères ou maris…
Face à cette dégradation des droits des femmes, une parole politique claire et ferme s’impose. Les démocraties ne peuvent rester silencieuses lorsque la moitié de l’humanité voit ses libertés contestées, grignotées ou niées. La France, patrie d’Olympe de Gouges qui écrivait en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, s’honorerait à porter ce combat sur la scène internationale. Car la défense des droits des femmes n’est ni une cause sectorielle ni une bataille identitaire, c’est un combat qui nous concerne tous, hommes et femmes, car il est profondément universaliste.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 7 mars 2026)