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Cas d'école

 

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En abordant l’école dans son discours sur la lutte contre les séparatismes – intitulé "La République en actes" – Emmanuel Macron a assumé d’aller sur un terrain toujours sensible pour les gouvernements et les présidents tant chaque citoyen a de l’école une conception presque intime. "J’ai pris une décision, sans doute, et je la mesure, […] l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969", a assuré le Président en annonçant un bouleversement : l’école obligatoire – et non l’instruction, différence de taille – dès 3 ans, et en corollaire la fin programmée de l’école à domicile telle que nous la connaissions.

En appeler à l’universalisme de l’école républicaine permet, d’évidence, d’anesthésier ceux qui voudraient trop critiquer l’entièreté du discours sur les séparatismes. En effet, qui peut s’opposer, à gauche comme à droite, à la scolarisation des enfants dès le plus jeune âge dans l’école de la République, ce creuset "qui façonne des esprits libres" ? En conséquence de cette décision, l’école à domicile, qui a pu donner lieu à des dérives, sera strictement limitée aux impératifs de santé, comme cela peut se faire chez certains de nos voisins européens.

Ce discours volontariste du chef de l’Etat sur l’école se heurte pourtant à deux écueils. La scolarisation des enfants de 3 ans et plus était déjà une réalité grâce à des écoles maternelles publiques dont on ne dit pas assez l’excellence. De fait, la mesure ne concernerait "que" 20000 d’élèves. Des enfants qu’il va falloir accueillir dans des écoles et mettre face à des instituteurs. Autant dire que cela constituera un coût d’abord pour les municipalités, car pour les écoles privées sous contrat les classes maternelles n’étaient pas comptabilisées ; elles se retrouvent de facto intégrées dans le dispositif. Et pour l’Etat, il y aura la nécessité de recruter des centaines de professeurs supplémentaires, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain.

La limitation stricte de l’école à domicile, qui concerne 50000 élèves sur 12 millions est le second point problématique. Une décision du Conseil constitutionnel de 1977 a reconnu que "le principe de la liberté de l’enseignement… constitue un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République". Y toucher est donc périlleux juridiquement. Sur le fond, si l’on comprend que le chef de l’Etat souhaite lutter – à raison – contre tout embrigadement religieux de jeunes qui suivent l’école à domicile, il vise surtout les établissements privés hors contrat qui peuvent ponctuellement accueillir ces jeunes. Mais sur ces 1 700 établissements seul un tiers est confessionnel, les autres promeuvent des pédagogies alternatives (Freinet, Montessori), qui ne peuvent être de taxées de séparatisme. D’autant que ces dernières années les contrôles de ces établissements – comme des parents à domicile – sont devenus plus stricts. Ceci explique que la pétition lancée par les associations de parents instruisant en famille avec le soutien d’établissements d’enseignement à distance, dépasse les 60 000 signatures.

Derrière la belle idée de l’école républicaine obligatoire à 3 ans se trouve donc une vraie complexité qui va demander du temps et des moyens. L’exécutif peut-il garantir les deux ? Un vrai cas d’école...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 octobre 2020)


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