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Profiteurs de malheur

 

charlatan

À chaque malheur, ses profiteurs. L’épidémie de coronavirus n’échappe évidemment pas à cette règle vieille comme le monde. L’inquiétude légitime des Français pour leur santé et celle de leurs proches, les mystères qui entourent encore la compréhension de ce virus SARS-CoV-2 apparu il y a moins d’un an, la difficulté à obtenir, sinon un vaccin, du moins des traitements efficaces, la défiance qui s’est installée entre l’opinion et le monde médical, mais aussi entre les citoyens et leurs gouvernants contraints de prendre des mesures restreignant les libertés souvent mal expliquées : tout cela constitue un terreau sur lequel les complotistes de tout poil et les gourous marchands de guérison miraculeuse prospèrent allègrement.

Les quelque 70 signalements reçus pendant le confinement par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) montrent bien que l’épidémie de Covid-19 est devenue le théâtre d’oiseaux de mauvais augure qui trompent des Français en détresse pour leur vendre de l’espoir, souvent très cher, à coups de colliers grigri, de tisanes anti-Covid ou de coaching psychologique. Autant de "recettes" dont les conséquences sur la santé peuvent être dramatiques.

Face à ces pratiques, la vigilance doit donc être plus que jamais de mise de la part de tous les acteurs de l’épidémie. Les responsables publics d’abord, qui doivent faire preuve de transparence et de cohérence. Les deux, d’évidence, ont manqué depuis le mensonge de communication sur les masques en mars jusqu’aux récentes restrictions sanitaires, différenciées localement mais souvent confuses et peu compréhensibles.

Le corps médical, ensuite. Les polémiques à répétition et au grand jour depuis le début de l’épidémie ont clairement affaibli la parole scientifique. Là où l’opinion attend de la pondération, on a vu s’écharper en direct à la télévision ou sur les réseaux sociaux d’éminents spécialistes dépassés par leur hubris. Pas étonnant dès lors que ceux qui attendent des explications scientifiques se tournent vers des éclaircissements plus fantaisistes…

Les médias, ensuite, et particulièrement les chaînes d’information en continu. C’est peu dire que pour remplir leurs plateaux, certaines ont donné la parole à des médecins qui n’étaient aucunement spécialistes des virus ou à des experts toutologues que le doute habite rarement.

Enfin, les réseaux sociaux ont aussi leur responsabilité. Au nom d’une liberté d’expression conforme au premier amendement de la constitution américaine, ces plateformes ont lutté très mollement contre des contenus fallacieux sur le Covid-19 mais tellement porteurs d’audience…

Au final, le seul moyen de freiner l’activité des charlatans, qui surfent sur les fake news et les théories du complot, rejoignant les anti-vaccins et les opposants à la 5G, est bien de restaurer la confiance dans la parole publique. Il y a urgence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 7 octobre 2020)

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