Dans la longue liste de crashs aériens qui ont marqué l’histoire de l’aviation mondiale, celui de l’Airbus A320 de la Germanwings, survenu le 24 mars 2015, se distingue particulièrement. Car si le vol 9525, reliant Barcelone à Düsseldorf, a percuté les Alpes françaises, entraînant la mort de 150 personnes, ce n’est pas en raison d’une défaillance technique de l’appareil ou d’un événement extérieur qui aurait impacté l’avion, mais c’est à cause de la volonté du copilote de mettre fin à ses jours. L’enquête, en effet, a rapidement révélé que celui-ci, souffrant de problèmes de santé mentale non décelés par les procédures en vigueur, avait volontairement verrouillé la porte du cockpit, empêchant ainsi le commandant de bord de reprendre le contrôle de l’appareil. Ainsi, ce crash singulier touche au point le plus sensible qui soit : la confiance des passagers dans les pilotes à qui ils confient leur vie. C’est pour cela que cette tragédie a eu un tel impact sur l’opinion publique et a soulevé de multiples questions pour le secteur aérien.
Sur le suivi de la santé mentale des pilotes d’abord. Le système de dépistage et de suivi psychologique des pilotes était-il suffisamment rigoureux ? Les contrôles médicaux de l’aviation civile étaient-ils suffisamment efficaces ? Sur les procédures de sécurité du cockpit ensuite. Qu’un membre d’équipage puisse se retrouver seul dans le cockpit a relancé le débat sur la nécessité d’exiger la présence continue de deux personnes ou encore sur la possibilité d’intervenir pour ouvrir la porte de l’extérieur. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les avions de ligne sont équipés de portes blindées conçues pour résister à des balles et à des explosifs et la porte du cockpit peut être totalement et définitivement verrouillée de l’intérieur. Enfin, le drame a posé la question de la confidentialité médicale. Comment trouver l’équilibre entre le respect de la vie privée des pilotes et l’impératif de sécurité que l’on exige d’eux ?
Depuis ce crash, des mesures ont été prises. De nombreuses compagnies et autorités de l’aviation civile ont revu leurs procédures de sélection et de suivi de la santé mentale des pilotes, avec des contrôles plus stricts. Des recommandations ont été faites pour garantir que le cockpit reste occupé par au moins deux membres d’équipage – et des protocoles ont été mis en place pour détecter et réagir en cas de comportement anormal. Un resserrement des procédures donc plutôt que de nouvelles technologies qui enlèveraient la possibilité aux hommes d’avoir le dernier mot dans des situations extrêmes.
Le facteur humain est le plus imprévisible mais aussi, souvent, le plus précieux. Le crash terrible de la Germanwings est sans doute le plus douloureux qui soit, puisqu’un homme a délibérément provoqué la mort des passagers, mais il ne doit pas faire oublier que si le risque zéro n’existera malheureusement jamais, avionneurs et compagnies aériennes font tout, tous les jours, pour tendre vers lui et font de l’avion le plus sûr moyen de transport à ce jour.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 23 mars 2025)