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Retour sur investissement

 

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La question de la hausse des salaires qui émerge depuis quelques semaines maintenant dans le débat public apparaît d’autant plus légitime qu’elle représente comme un retour sur investissement. L’investissement, en l’occurrence, des salariés qui, depuis le début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, n’ont pas ménagé leur peine pour les uns, ni rechigné aux sacrifices financiers pour les autres qui ont été mis au chômage partiel. 

Pour les premiers, la mobilisation et l’implication a été bel et bien présente, en distanciel comme en présentiel. La mise en place dans l’urgence du télétravail a permis aux salariés de maintenir non seulement l’activité de nombreuses entreprises mais aussi de leur assurer un bon niveau de productivité. Et que dire de tous ceux qui ont été en deuxième ligne pour maintenir l’activité du pays, son approvisionnement, son quotidien pendant les différents confinements ? Autant de « petits » métiers jusqu’alors invisibilisés et que l’on a (re)-découverts à l’occasion de ces mois sous Covid.

À l’heure où s’esquisse la reprise et où les perspectives de croissance sont bonnes, il est donc juste que ces salariés, bien souvent sous le salaire médian, soient récompensés par une hausse de leur rémunération, quel qu’en soit le mode (hausse de salaire, primes, intéressement, participation ou actionnariat salarié).

En évoquant la « modération salariale » le 14 juillet 2020 – c’est-à-dire une baisse de salaire momentanée pour éviter des licenciements dans une entreprise en difficulté – Emmanuel Macron avait parfaitement expliqué « qu’il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux », rajoutant « c’est-à-dire que si on dit aux salariés de faire un effort, l’actionnaire doit faire un effort aussi. » 

Appliquée à la crise du Covid, cette analyse a été reprise par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire qui demande aux entreprises de « faire un effort ». Une demande d’autant plus légitime que les entreprises ont été massivement aidées avec la très keynésienne politique du « quoi qu’il en coûte » (à hauteur de 240 milliards d’euros) et bénéficieront bientôt de la baisse de plusieurs impôts de production… Une demande de nature à compenser la faible hausse du salaire médian de seulement 0,6 % en 2020 contre plus de 2 % avant crise, selon l’enquête annuelle sur les salaires du cabinet de conseil Deloitte.

Reste à savoir si la « demande » du gouvernement sur la hausse des salaires – qui fait aussi partie des revendications syndicales – sera davantage suivie d’effet que celle sur le non-versement des dividendes formulée, en vain, au début de l’épidémie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 septembre 2021)

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