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Éditos

Essentiel

 

CHU

C’est une souffrance. Une autre souffrance que celle des patients atteints de la Covid-19. Une souffrance vécue quasiment en silence mais qui commence à devenir de plus en plus audible car de plus en plus insupportable. Cette souffrance, c’est celle des patients non-Covid qui doivent prendre leur mal en patience. Faute de disposer de lits en nombre suffisant pour accueillir tous les cas Covid et notamment ceux qui doivent aller en service de réanimation, de nombreux hôpitaux ont été contraints d’organiser la déprogrammation des autres opérations. Les témoignages se multiplient ainsi entre ces patients qui attendent qui une reconstruction mammaire après un cancer, qui une opération pour une prothèse de hanche ou encore une greffe de rein. Des retards qui peuvent potentiellement aggraver l’état de santé de certains d’entre eux, et portent forcément un coup au moral. Comme il y eut des commerces non-essentiels, y aurait-il des patients non-essentiels ?

« La déprogrammation, c’est un tri qui ne dit pas son nom » estimait récemment Gérard Raymond, président de France Assos Santé, la fédération d’associations de malades, qui avait commandé lors du deuxième confinement un sondage montrant la grande détresse psychologique de ces patients à qui l’on demande d’être très patients.

La déprogrammation pour cette troisième vague touche quasiment tous les hôpitaux, des mastodontes, comme ceux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, aux plus modestes en province, à hauteur de 40 à 50 % des opérations prévues avec des pics jusqu’à 80 %. Les personnels soignants ont appris de l’épidémie et les déprogrammations sont faites évidemment avec le plus de précision, presque au cas par cas.

Reste que ce retard dans les opérations se double aussi d’un retard dans les diagnostics et le suivi médical, ce qui est particulièrement vrai pour les cancers, comme s’en alarme dans nos colonnes le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer. Lors de la première vague épidémique, en effet, 33 000 cancers ont été diagnostiqués, deux fois moins qu’en temps normal, ce qui impliquera vraisemblablement des morts précoces dans les années qui viennent.

« Notre but n’est pas de déprogrammer le plus possible mais de soigner les patients, tous les patients. Le bilan de cette crise se fera aussi sur les malades non-Covid », assurait Martin Hirsch, patron de l’AP-HP. Un bilan qui sera aussi celui des moyens dévolus à l’hôpital ces dernières années par les gouvernements successifs.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 13 avril 2021)

Rêve et réalité

 

A320neo

Lors de sa dernière allocution aux Français, Emmanuel Maron avait souligné combien l’épidémie de Covid-19 suscitait de lassitude, de fatigue, d’énervement et d’emportement. Toutes choses promptes à allumer des polémiques qui se transforment en feu de brousse. Dernier exemple en date avec les propos de la maire de Poitiers qui justifiait la suppression de 8 000 € de subventions à deux aéroclubs de sa ville, non pas sur l’autel d’économies qu’il aurait absolument fallu faire sur le budget de la ville, mais parce que l’édile estimait que la municipalité n’avait pas à soutenir un sport mécanique polluant. Et d’ajouter "l’aérien, c’est triste, mais ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui", oubliant qu’avec une telle décision punitive elle réservait le "rêve" aux enfants des plus riches... Un beau tollé s’en suivit, une énième polémique impliquant un maire Europe-Ecologie les Verts élu avec la vague écolo de septembre dernier.

À Bordeaux (le sapin de Noël), Lyon (le tour de France), Strasbourg (la subvention à la mosquée) et maintenant Poitiers, les nouveaux élus se défendent de tout dogmatisme, plaident la maladresse, d’avoir été mal compris et d’être la cible systématique de leurs oppositions et plus particulièrement de la République en Marche et du gouvernement, qui – inquiets de la nouvelle force politique que constituerait EELV à un an de la présidentielle – viennent leur chercher noise à tout bout de champs. Il est vrai que la réponse du secrétaire d’Etat aux Transports à la maire de Poitiers était tout aussi ridicule : décerner la Légion d’honneur aux responsables des aéroclubs, ramenant ainsi la plus haute décoration française au rang d’outil pour batailles politiques picrocholines…

Reste que cette polémique a empêché d’aborder sérieusement le fond. L’aérien est-il le plus polluant des secteurs ? La réponse est non quant aux émissions mondiales de CO2 puisqu’il ne pèse que 2 % d’entre elles, très loin derrière la production d’électricité, le transport routier ou le bâtiment. Le secteur aérien – durement impacté par l’épidémie de Covid-19 – se moque-t-il de son impact environnemental ? La réponse est là aussi non puisque puisqu’il a, depuis plusieurs années, un vrai souci environnemental, que ce soit dans les aéroports ou chez les avionneurs qui imaginent l’avion du futur, plus propre.

L’aérien peut-il faire mieux ? Assurément mais comme bien d’autres secteurs. À l’instar des agriculteurs victimes d’agribashing, le secteur aérien est devenu un bouc émissaire facile, vilipendé par les écolos radicaux adeptes du flygskam, la honte de prendre l’avion, ou… l’Assemblée nationale qui vient de voter, dans le prolongement de la convention citoyenne, la fin des liaisons aériennes intérieures de moins de 2 h 30 s’il existe une solution en train…

Il serait peut-être temps de sortir de ces postures, de travailler à trouver collectivement des solutions, bref de prendre un peu de hauteur… et de laisser les enfants rêver. Qui sait, comme Antoine de Saint-Exupéry le conseillait, ils feront de leur vie un rêve et de ce rêve une réalité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 avril 2021)

(Eco)sytèmes

 

foret

Les images de la forêt de Perles-et-Castelet ravagée, victime d’une mystérieuse coupe rase sauvage, font froid dans le dos et mal au cœur pour ces petits propriétaires privés qui, aujourd’hui, se battent pour connaître la vérité et être reconnus comme les victimes d’un potentiel odieux trafic. Un trafic qui illustre aussi combien le bois est devenu l’objet d’enjeux économiques colossaux et mondiaux au détriment parfois de la préservation de la biodiversité et de la lutte contre le réchauffement climatique, les forêts restant l’un des meilleurs absorbeurs de CO2.

Au-delà de l’affaire ariégeoise, qui doit appeler une réponse ferme de la part des autorités, on voit que la forêt est aujourd’hui sous tension. La forêt française est certes en croissance puisqu’elle est passée de 14,1 millions d’hectares en 1985 à quelque 17 millions aujourd’hui, mais cette croissance ne signifie pas pour autant qu’elle est en pleine forme. Au contraire, elle reste très fragile, ébranlée par la multiplication de coupes rases – légales – qui font disparaître des pans entiers de forêts anciennes, remplacées plus tard par des "champs" de sapins douglas dont sont friandes les grandes scieries. La récente émission Sur le front consacrée aux forêts françaises récemment diffusée sur France 5, montrait aussi des aberrations comme d’un côté un producteur de hêtres obligé d’exporter vers l’Asie sa production faute de trouver une scierie pour préparer ses troncs et donc des acheteurs, et de l’autre un charpentier contraint… d’importer du hêtre de l’étrange.

Ces dysfonctionnements portent forcément atteinte au trésor national que constituent nos forêts, qui doivent aussi faire face au changement climatique. À l’occasion de la journée internationale des forêts, le 21 mars, un sondage BVA a montré l’attachement des Français à leurs forêts, plus de 8 sur 10 se disant favorables à l’entretien durable des forêts, c’est-à-dire la préservation de l’équilibre des trois dimensions de la forêt : économique, environnemental et sociétale. Ce qui suppose des moyens pour les acteurs de la forêt, une volonté autour d’objectifs partagés et aussi la lutte contre les trafics...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 11 avril 2021)

Le bac quand même

 

bac

Il n’y a pas si longtemps, dans le monde d’avant l’épidémie de coronavirus, l’approche des vacances de printemps correspondait, pour les élèves de terminale, à la dernière ligne droite avant les épreuves du baccalauréat. Des heures de révisions et de bachotage s’annonçaient ainsi pour préparer les écrits et les oraux de ce qui reste un rite de passage vers l’âge adulte et un sésame pour la poursuite de ses études dans l’enseignement supérieur. Mais ça, c’était avant… Aujourd’hui, les lycéens, leurs parents et leurs professeurs se retrouvent confrontés à une triple difficulté : la réforme du bac portée par Jean-Michel Blanquer qui a mis fin aux filières et institué des contrôles continus, d’épreuves terminales et de grand oral ; une année de cours compliquée par l’épidémie de Covid-19 avec l’alternance de cours en présentiel et en distanciel, la peur de la contamination et la détresse psychologique parfois ; et enfin la menace de la troisième vague épidémique qui rajoute autant de complexité avec un reconfinement que d’inconnu.

Assurément, le bac 2021 qui aurait dû marquer l’aboutissement de la réforme Blanquer sera, comme l’an passé où nombre d’épreuves écrites avaient été annulées, un bac très particulier. Les aménagements qui ont d’ores et déjà été pris pour organiser au mieux l’examen et peut-être les futures mesures qui seront décidées en cas d’aggravation de la situation sanitaire, font dire à certains, tantôt que le bac sera "donné", tantôt que le contrôle continu – qui reste soumis à l’arbitraire – va renforcer les inégalités sociales en fonction des lycées là où les épreuves écrites finales permettaient aux candidats de se surpasser. Autant d’inquiétudes qui poussent les lycéens à se demander s’ils seront notés avec autant de rigueur que de bienveillance mais aussi quelle valeur aura leur bac ? Et si ce diplôme sera au rabais ?

La même question s’était posée il y a plus de cinquante ans avec le bac 1968, qui avait été passé en une journée, entièrement à l’oral. Depuis ce bac bousculé par les événements de Mai-68, l’idée simpliste du "bac donné" était restée des années dans l’inconscient collectif, au moins jusqu’à ce qu’en 2005 des chercheurs s’intéressent à ce qu’étaient devenus ces bacheliers. Et leur conclusion était sans appel : cet "accident" dans l’organisation du bac n’a en rien gêné l’avenir des bacheliers, bien au contraire.

Gageons dès lors que ce bac 2021 sera décroché par des lycéens qui n’ont pas démérité, qui ont su s’adapter à cette année Covid éprouvante et qu’il leur offrira l’avenir qu’ils méritent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 avril 2021)

Pollueurs payeurs

décharge

 

C’est une scène que malheureusement chacun d’entre nous a un jour vécue. Une promenade dans la nature et l’on tombe sur des monticules de déchets entassés là en toute illégalité : au mieux des déchets verts, au pire des gravats de chantiers, des appareils électroménagers ou tout simplement des ordures ménagères. Ce fléau des décharges sauvages a pris des proportions considérables et inquiétantes pour la pollution des sols qu’elles engendrent, alors même que les Français, paradoxalement, mettent l’environnement aux premiers rangs de leurs préoccupations.

En 2020 en France, 80 000 tonnes de déchets ont ainsi échoué dans la nature dans quelque 600 dépôts illégaux. Et il est toujours aussi difficile pour les élus locaux de lutter contre ce phénomène qui recouvre de multiples pratiques. Chacun d’ailleurs garde en mémoire le décès du maire de Signes (Var), renversé le 5 août 2019 par une camionnette dont les occupants, que l’élu voulait verbaliser, avaient jeté des gravats en bord de route en toute illégalité. Si ces dépôts sauvages sont le fait de particuliers qui cèdent à la facilité en jetant leurs déchets dans la nature plutôt que de les mettre en déchetteries, ils sont aussi le fait de juteux trafic, parfaitement organisés par des réseaux dont les méthodes n’ont rien à envier aux réseaux du crime organisés, mais aussi d’acteurs du BTP qui se débarrassent des déchets de leurs chantiers en dehors de toutes règles pour ne pas avoir à payer leur recyclage.

Face à ce fléau, il existe heureusement plusieurs leviers mais dont l’efficacité risque de prendre du temps alors que l’urgence de mettre en place le principe du pollueur payeur est là. Premier levier, la sanction, dont l’absence ou la faiblesse favorise le passage à l’acte des pollueurs. L’année dernière, grâce à loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, le gouvernement a durci les sanctions, en multipliant par dix l’amende pour dépôt sauvage et en permettant, entre autres, l’immobilisation des véhicules. Le second levier est le développement de filières de recyclage, notamment pour le secteur du BTP. La filière à responsabilité élargie des producteurs (REP) sur les produits ou matériaux de construction du bâtiment, devrait avoir un impact majeur sur les dépôts sauvages. Les déchets du bâtiment, qui représentent la majeure partie des dépôts sauvages, seront repris gratuitement lorsqu’ils sont triés par la filière REP.

Mais le dernier levier, peut-être le plus difficile parce que le plus simple, dépend de la société tout entière : prendre conscience que la nature n’est pas une poubelle…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 6 avril 2021)

Le message de Lourdes

 

lourdes

Depuis plus d’un an maintenant et le début dans le monde de l’épidémie de Covid-19, une ville en France souffre peut-être plus encore que d’autres des conséquences socio-économiques de la pandémie, car justement son ADN est l’ouverture au monde. Lourdes, cette petite citée pyrénéenne de 15 000 âmes devenue depuis 1858 un haut lieu de la foi catholique, s’est recroquevillée sur elle-même, privée des millions de pèlerins qui, chaque année, font le voyage vers la grotte de Massabielle, entourés de centaines de bénévoles et de près de 2 500 saisonniers qui font tourner celle qui reste la deuxième ville hôtelière de France après Paris. Rue de la grotte et boulevard de la grotte, les deux artères qui rejoignent les sanctuaires, les joyeuses cohortes de pèlerins venus chercher l’espérance ne sont quasiment plus là, les pensions de familles et les magasins d’articles religieux ont baissé leurs rideaux. Pour la deuxième année, Pâques est bien triste et Lourdes s’interroge sur son avenir. Parviendra-t-elle à surmonter l’épreuve du Covid ? Trouvera-t-elle les ressorts d’un rebond économique et touristique, la force de recommencer avec la même opiniâtreté mais de façon différente ?

En tout cas, la ville veut y croire et se donner les moyens de réussir une transformation qui, Covid ou pas, paraissait inéluctable ces dernières années. Elle pourra compter sur le plan de relance et des crédits plus particuliers qui correspondent à sa spécificité. Car Lourdes porte en elle non seulement une dimension religieuse, chrétienne certes, et plus largement spirituelle ; mais elle délivre aussi un message de paix, destiné aux croyants comme aux non-croyants, un message universel d’humanité qui mérite d’être préservé. Le message de Lourdes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 avril 2021)

Sursaut

 

élus

Les maires et élus locaux sont quotidiennement sollicités parce qu’ils sont, "à portée d’engueulade", les élus les plus proches des Français, leurs préférés même selon les enquêtes d’opinion. Mais leur engagement au service de l’intérêt général et auprès de leurs administrés se heurte de plus en plus à la violence d’une société toujours plus consumériste et individualiste. Insultes et menaces, notamment sur les réseaux sociaux, tags sur les murs de leur domicile, intimidation et menace physiques, jusqu’aux coups et parfois jusqu’à la mort. En 2020, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les élus ont été 1 276 fois la cible d’agressions, soit une hausse de 200 % par rapport à 2019 ! Certes l’épidémie de Covid-19 a suscité son lot de colère face à une vie complètement chamboulée, marquée par des confinements éprouvants et des restrictions aux libertés publiques douloureuses, mais rendues nécessaires pour lutter contre la propagation du coronavirus. Emmanuel Macron lui-même a reconnu, mercredi dans son adresse aux Français, que la pandémie a charrié lassitude, fatigue, énervement et emportement. Mais face à la violence inadmissible qu’essuient les élus il est plus que temps que les citoyens de tous bords se fassent entendre et se lèvent pour dire stop.

"La République affirme le droit et impose le devoir" disait Victor Hugo. Nous avons tous, collectivement, le devoir de la défendre et de défendre ceux à travers lesquels elle s’exprime. Dire stop aux violences physiques mais dire stop aussi aux violences verbales qui minent depuis trop longtemps le débat public à force de polémiques stériles qui ne font que le jeu des extrêmes, ou de pompiers-pyromanes de plateau télé. La force d’une démocratie comme la nôtre est justement qu’elle permet l’expression de toutes les opinions pour peu qu’elles respectent le cadre républicain. Mais cette force, attaquée de toutes parts, est aujourd’hui fragilisée, en France comme d’ailleurs dans d’autres pays où la polarisation des opinions ne laisse plus place à la nuance.


C’est pour cela, pour retrouver le sens du débat entre adversaires plutôt que celui du combat entre ennemis, qu’il ne faut rien laisser passer, l’agression physique d’un élu comme l’intrusion d’un groupuscule d’extrême droite dans l’enceinte d’un conseil régional.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 4 avril 2021)

Desserrer la tenaille

 

masque

Nous revoilà donc revenus au temps du confinement comme un éternel et épuisant recommencement face à une épidémie sans cesse mouvante. Emmanuel Macron avait espéré jusqu’au bout repousser cette échéance que les Français attendaient fin janvier et qui restait depuis suspendue au-dessus de leur vie comme une épée de Damoclès. Le Président voulait être le seul chef d’Etat en Europe à avoir maintenu les écoles ouvertes comme un symbole de notre résistance et de notre résilience face à la pandémie. Las ! La virulence du variant britannique, épidémie dans l’épidémie, et les chiffres alarmants venant des hôpitaux ont fini par doucher les espoirs et contraint Emmanuel Macron à reconfiner le pays, fermer les écoles et les commerces non-essentiels pour quatre semaines et revoir une nouvelle fois le calendrier de la vaccination.

Dans l’urgence, les Français s’organisent ou tentent de le faire, les parents jonglant avec les emplois du temps, les enseignants avec le casse-tête de l’école à la maison et les entreprises avec le télétravail ou le chômage partiel. Triste mois d’avril, démoralisant début de printemps.

Pour autant au-delà de la lassitude, de la fatigue, de l’énervement et de l’emportement dont Emmanuel Macron a dit mercredi avoir pleinement conscience, au-delà aussi des polémiques qui finissent par nous épuiser tous, il convient de garder espoir. « Les efforts d’avril d’une part, et le déploiement de la vaccination d’autre part, c’est cette tenaille qui va nous permettre de contenir progressivement ce nouveau virus. Cette tenaille qui va nous permettre, à partir de la mi-mai, de commencer à rouvrir progressivement le pays », a assuré le chef de l’Etat, appelant une nouvelle fois à la « mobilisation de tous ». La formule semble usée mais elle reste essentielle pour pouvoir sauver des vies et bientôt, espérons-le, desserrer la tenaille.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 avril 2021)

En attendant Macron

 

macron

À force d’évoquer pour l’épidémie de Covid-19, jusque dans les propos du Premier ministre Jean Castex, le film « Un jour sans fin » – dans lequel l’acteur Bill Murray incarne un journaliste qui revit sans cesse la même journée – les Français en viennent à revivre la séquence qu’ils avaient endurée fin janvier : attendre la prise de parole d’Emmanuel Macron comme on attend Godot. Une nouvelle fois, en effet, les voici face à un interminable feuilleton à suivre en direct sur les chaînes d’information en continu : quand le Président va-t-il s’exprimer ? Ce mercredi soir ? La semaine prochaine ? Dans dix jours ? Avant ou après Pâques ? Et que va-t-il dire ? Quelles mesures de freinage va-t-il décider ? Jusqu’où le curseur va-t-il être poussé dans l’inventivité de nouvelles mesures pour freiner la troisième vague galopante sans en passer par le confinement strict que réclament à cor et à cri les personnels soignants ? Et leur mise en œuvre va-t-elle nous replonger, comme il y a quelques jours avec une attestation de déplacement kafkaïenne, dans cet Absurdistan dont se moquait naguère le grand journal allemand Die Zeit ?

Ballottés entre éléments de langage ministériels alambiqués et tribunes d’épidémiologistes inquiets, les Français attendent et s’impatientent, jugeant de plus en plus sévèrement l’exécutif… 70 % des Français évaluent ainsi négativement la communication globale du gouvernement sur la crise sanitaire selon notre sondage Odoxa-La Dépêche paru mardi.

Pour le chef de l’Etat, de plus en plus critiqué pour avoir fait le pari – même s’il récuse le terme – de ne pas reconfiner fin janvier, il y a donc urgence à reprendre la main pour expliquer que le temps gagné sur un nouveau confinement n’a pas été un temps perdu face à la troisième vague. Si Emmanuel Macron a récemment reconnu que « le maître du temps, c’est le virus malheureusement… », pas question pour autant de regretter ses choix, de faire un « mea culpa » comme a pu le faire son homologue Angela Merkel. Question de tempérament et question de positionnement institutionnel aussi puisque depuis le début de la crise, Emmanuel Macron est bel et bien le seul à décider à l’issue de conseils de défense sanitaire bien peu transparents.

Le « Président épidémiologiste », comme l’appellent certains de ses proche,  peut-il toutefois s’affranchir totalement des avis scientifiques, dont il suivait pourtant scrupuleusement les préconisations au début de l’épidémie, pour « prendre son risque », politiquement porteur, en inventant une improbable troisième voie, alors qu’approche le terrible cap des 100 000 morts du Covid en France ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 31 mars 2021)

Un Grenelle du Covid

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S’il est bien un aspect de la vie des Français qui a été profondément bousculé par l’épidémie de Covid-19, c’est bien leur travail. Quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle à laquelle les actifs appartiennent, le coronavirus a changé tout à la fois la vision que l’on a du travail, la place que celui-ci occupe dans nos vies et dans la société, voire sa finalité même. Trois grands aspects ont été mis au jour par l’épidémie.

Le premier, le plus difficile sans doute pour de très nombreux Français, est l’extrême interdépendance pour ne pas dire la vulnérabilité de certaines activités. La mise à l’arrêt des économies dans le monde à la suite de restrictions sanitaires inédites a conduit des entreprises à recourir massivement au chômage partiel pour lequel notre Etat-providence n’a pas mégoté – le fameux « quoi qu’il en coûte ». Des industries aux commerces en passant par les restaurants, tout un pan de notre économie s’est retrouvée en pause et les salariés et patrons concernés dans une légitime inquiétude pour l’avenir. Cette séquence nous a convaincus qu’il faudrait amoindrir notre dépendance et retrouver une certaine souveraineté économique particulièrement dans l’industrie.

Le second changement majeur provoqué par l’épidémie est le recours au télétravail. Alors que la France accusait dans ce domaine un vrai retard par rapport aux pays de l’Europe du Nord, notamment en raison d’une culture très ancrée du présentéisme, et de nombreuses craintes (manque de productivité, perte de confiance…), le télétravail a su s’imposer dans l’urgence, parfois avec le système D, mais avec un certain succès. Auparavant seuls 7 % des Français pratiquaient le télétravail, ils étaient 33 % pendant le premier confinement. Certains salariés, s’affranchissant des longs temps de trajets domcile-travail quotidiens y ont trouvé assurément un nouvel équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais d’autres vivent plus difficilement ce travail à la maison isolé loin des interactions sociales avec leurs collègues. Le cadre réglementaire du télétravail, déjà assoupli en 2015, devra, d’évidence, évoluer ou en tout cas se préciser.

Enfin, le troisième grand bouleversement produit par le Covid a été la redécouverte par les Français de toutes les professions qui ont constitué ce que l’on a appelé « la deuxième ligne ». Caissières, livreurs, facteurs, éboueurs, femmes de ménage… : tous ces métiers jusqu’alors invisibilisés, voire trop souvent méprisés, qui ont pris des risques, avec courage et parfois la peur au ventre, pour faire tenir le pays en assurant le fil de notre quotidien confiné.

Ces trois chapitres, ces trois bouleversements, constituent incontestablement les trois grands dossiers sociaux qui attendent la France à la sortie de la crise sanitaire, à laquelle pourrait succéder une grave crise socio-économique. Il faut collectivement nous y préparer. Le terme de Grenelle a été ces dernières années galvaudé car employé dans de nombreux domaines à la moindre concertation, mais, pour le coup, un Grenelle du Covid pour repenser, réorganiser le travail de demain, aurait plus que jamais du sens.

(Edtorial publié sur ladepecheh.fr le mardi 30 mars 2021)

La cuvée du Covid

 

vin

On dit souvent que la France est le pays aux mille fromages. Elle est aussi assurément celui de milliers de cépages. Des vignobles qui offrent une immense diversité, des grands crus aux vins de table, des vins tout simples sans indication géographique à ceux qui bénéficient d’une indication géographique ou d’une appellation d’origine protégées, des vins qui renaissent en faible quantité grâce à la passion de petits producteurs indépendants aux vins qui n’ont cessé de s’améliorer au fil des ans grâce au travail remarquable de coopératives qui sont nombreuses dans notre région, des vins qui rayonnent autour de leur vignoble et jusqu’au bout du monde.

Cette extraordinaire diversité qui fait toujours la réputation et la fierté de la France rend forcément difficile de tirer un bilan uniforme d’une année écoulée, particulièrement celle si particulière que nous avons vécue avec toutes les conséquences de l’épidémie de Covid sur la consommation, l’export et l’import.

La fermeture des frontières et donc d’importants débouchés, les confinements et les restrictions sanitaires qui ont parfois compliqué la vente d’alcool ou l’ont au contraire accélérée pour certains vins vendus dans la grande distribution : la viticulture française sort à tout le moins chamboulée de l’année Covid avec de fortes disparités entre producteurs qui justifient pleinement les aides consenties par l’Etat ou les collectivités à une filière qui compte pour la France. D’autant plus que cette filière était déjà aux prises, avant le Covid, à d’autres difficultés comme la surtaxation à l’importation de vins français par les Etats-Unis, ou encore le débat sur l’usage de pesticides.

Au-delà, la filière va devoir aussi faire face à un danger encore plus important avec le réchauffement climatique. La hausse quasi-inéluctable des températures va bouleverser les pratiques : floraison et vendanges plus précoces, augmentation du niveau alcoolique, difficulté à irriguer en raison de la multiplication des sécheresses sont autant de défis qu’il va falloir relever pour que le vin français porte encore haut nos savoir-faire et notre patrimoine gastronomique.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 27 mars 2021)

Nouvelle donne

 

euro

Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier". Ainsi parlait Emmanuel Macron le 13 avril 2020 dans l’une de ses adresses aux Français, alors qu’ils étaient confinés depuis presque un mois. Et effectivement le président de la République, comme la plupart des dirigeants du monde en général et de l’Union européenne en particulier, ont bousculé leurs certitudes pour faire face aux conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19, dont on s’accorde aujourd’hui à dire qu’elles sont aussi puissantes que celles des six années de la Seconde Guerre mondiale.

Qui aurait imaginé, en effet, voir des pays libéraux ouvrir à ce point les vannes des aides publiques et lancer des plans de relance massifs comme celui de 1900 milliards de dollars que le nouveau président américain Joe Biden est parvenu à faire voter et qu’il veut encore augmenter avec 3 000 nouveaux milliards ?

Qui aurait imaginé voir les Etats membres de l’Union européenne, divisés entre les pays du Sud et ceux du Nord – les frugaux – mettre de côté les implacables critères de convergence de Maastricht, l’interdiction d’avoir un déficit public annuel supérieur à 3 % du PIB et celle d’avoir une dette publique supérieure à 60 % du PIB ? Qui aurait pensé voir un jour la chancelière allemande Angela Merkel délaisser son intransigeante orthodoxie budgétaire et se rallier à la mutualisation des dettes avec les "coronabonds" ?

Et en France, qui aurait pensé qu’Emmanuel Macron mettrait un coup d’arrêt aux réformes sociales-libérales menées tambour battant depuis le début du quinquennat pour embrasser sans ambages un "quoi qu’il en coûte" très social-démocrate, dont chacun mesure combien il a joué – et joue encore – le rôle d’amortisseur social face à cette épidémie qui n’en finit pas ?

Incontestablement, l’épidémie a bousculé les dogmes, les certitudes et les priorités et elle pourrait faire émerger, sinon une nouvelle économie, du moins une nouvelle ère technologique et industrielle, s’appuyant sur la numérisation, l’intelligence artificielle, l’économie verte et celle de la donnée…

Mais avant cela il va falloir régler le sort de cette colossale corona-dette… ce caillou dans la chaussure qui commence à échauffer les esprits : faut-il la rembourser dès que possible au risque de ruiner la possible croissance prévue à la sortie de l’épidémie – comme cela s’était produit au sortir de la crise financière de 2008 – ou bien ne pas la rembourser en la transformant en dette éternelle ou en la cantonnant, pour permettre le redécollage économique ? La question est aussi complexe que les clivages sont vifs et les raccourcis semblent simples. En France, où la dette a explosé de près de 100 à 120 % du PIB, le sujet, d’économique, est désormais éminemment politique à un an de la présidentielle, avec en corollaire l’épineuse question de savoir qui pourrait ou qui devrait payer la dette, et si un tel remboursement devrait passer par de nouveaux impôts ?

Pour Emmanuel Macron, qui entend bien conserver sa crédibilité économique, la question est d’autant plus importante que la France va prendre la présidence de l’Union européenne en janvier 2022. L’occasion peut-être d’impulser une nouvelle voie, de nouvelles règles pour faire face aux défis de l’après-Covid et à la nouvelle donne internationale.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 26 mars 2021)

Montée au front

 

vaccin

La prise de parole d’Emmanuel Macron hier à l’occasion d’un déplacement dans un centre de vaccination à Valenciennes (Nord) était logique et attendue. Logique car depuis le début de la crise sanitaire, tout procède du chef de l’Etat. À l’issue de conseils de défense sanitaire de plus en plus critiqués pour leur opacité, Emmanuel Macron décide seul, prenant parfois le contre-pied de ses ministres comme le 29 janvier en renonçant à un troisième confinement pourtant attendus de tous… Intervention attendue ensuite, car pour l’exécutif, il convenait de sortir rapidement de la séquence catastrophique de ces derniers jours où la mise en œuvre du confinement déconfiné dans 16 départements a donné lieu à des cafouillages en série entre une attestation dérogatoire de sortie ubuesque et des prises de parole ministérielles qui en venaient parfois à se contredire à force de manier des éléments de langage mal calibrés.

Partant du principe que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Emmanuel Macron est donc monté au front sur le seul sujet qui préoccupe et inquiète réellement les Français : la vaccination, c’est-à-dire le principal outil qui doit nous permettre de sortir enfin de l’épidémie. Depuis le lancement de la campagne vaccinale française le 27 décembre dernier, les critiques n’ont cessé de pleuvoir, à tort ou à raison, sur l’exécutif qui a plusieurs fois dû revoir le calendrier établi par la Haute autorité de santé (HAS) pour corriger ses erreurs mais aussi – et peut-être surtout – pour faire face aux aléas extérieurs que sont la quantité de doses disponibles et la troisième vague épidémique boostée par les redoutables variants.

La logistique complexe d’acheminement et de stockage des doses, les difficultés des Français éligibles au vaccin pour prendre rendez-vous, la délicate articulation entre les différents acteurs (pharmaciens, médecins libéraux, hôpitaux…), la défiance des soignants envers le vaccin AstraZeneca, l’urgence dans la répartition des doses quand des départements basculent dans le rouge, etc. : la vaccination est, depuis le départ, semée d’embûches. Et si la France fait au final ni mieux ni moins bien que ses plus proches voisins aux stratégies différentes (Allemagne, Italie), elle pâtit de la comparaison avec les pays qui, tels les Etats-Unis ou Israël, vaccinent massivement et en retirent un évident prestige géopolitique.

C’est donc cette vaccination massive qu’Emmanuel Macron est venu promettre hier en recourant, entre autres, à ce qui était écarté jusqu’à présent : des vaccinodromes, avec la mobilisation de l’armée. Plébiscités en Allemagne ou aux Etats-Unis, ils convoquaient en France le mauvais souvenir du fiasco de la grippe H1N1 il y a dix ans. Mais face au Covid-19, il est plus que temps de surmonter ces états d’âme pour pouvoir, comme l’a dit le Président hier, "vacciner tous les jours, matin, midi et soir."

En se mobilisant en première ligne sur la vaccination, Emmanuel Macron prend le risque de s’exposer évidemment. Mais il sait qu’à un an de la présidentielle, l’échec sur la vaccination n’est, pour lui, pas une option.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 mars 2021)

Trop peu, trop tard ?

 

covid

« Les semaines devant nous seront difficiles. La vague monte » concédait ce dimanche le ministre de la Santé Olivier Véran. Et c’est peu dire que face à la troisième vague de l’épidémie de Covid, les inquiétudes sont de plus en plus vives, tant dans les 16 départements placés depuis ce week-end sous un confinement d’un nouveau genre que dans les autres régions, à commencer par l’Occitanie. Dès lors, on ne peut que s’interroger sur la pertinence des mesures annoncées par le Premier ministre jeudi dernier. Trop peu, trop tard, commence-t-on à entendre.

Trop peu car ce troisième confinement n’a, d’évidence, plus rien à voir avec les deux précédents que nous avions connus et qui, eux, ont montré leur efficacité pour réduire l’épidémie. Conçu sous la formule « freiner sans enfermer », ce «confinement dehors» (sic) recèle tellement d’exceptions concernant l’ouverture des commerces et a été mis en place avec une telle cacophonie concernant l’autorisation de sortie – chef-d’œuvre kafkaïen de bureaucratie – que les Français peinent à y adhérer pleinement quand ils n’envisagent carrément de ne pas le respecter.

Trop tard, ensuite, car la pression de l’épidémie a considérablement augmenté entre la fin janvier et aujourd’hui. Il y a bientôt deux mois, le Conseil scientifique préconisait, en effet, un reconfinement strict pour quatre semaines afin de prendre de vitesse une troisième vague inéluctable dopée aux très contagieux variants. Emmanuel Macron, à la surprise générale, en avait décidé autrement, faisant le parti très politique de ne pas reconfiner le pays et misant tout sur une campagne de vaccination qui devait accélérer. Las ! Celle-ci, déjà chaotique, s’est retrouvée freinée par le manque de doses…

Pour l’exécutif, la tâche est incontestablement complexe et il n’y a pas de solution miracle. Après un an d’une vie sous Covid, il est ainsi toujours aussi compliqué de régler le curseur des restrictions en tenant compte à la fois des aspects sanitaires, socio-économiques et psychologiques. Satisfaire à la fois les soignants épuisés et les Français désireux de retrouver la vie d’avant, sans perdre en cohérence, constitue pour l’exécutif-Sisyphe un chemin de crête, pour ne pas dire un chemin de croix périlleux, à un an d’une présidentielle qui pourrait bien se jouer sur la gestion du Covid.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 23 mars 2021)

Nouvelles villes

rodez
Rodez

La prise de conscience ne date pas de l’épidémie de Covid-19, mais celle-ci suscite incontestablement une accélération bienvenue des projets : les centres-villes des villes moyennes, mais aussi certains centres de grandes métropoles ont entamé une mue. Objectifs : endiguer les phénomènes de pauvreté, d’habitats dépassés ou décatis, de commerces en difficultés voire contraints à la fermeture face aux grandes surfaces de périphérie ou au cybercommerce. Cette volonté de renouveau se mesure depuis trois ans avec le programme national Action cœur de ville, qui concerne 222 villes et fourmille de projets.

Action cœur de ville répondait aux demandes des populations locales concernées ; il est devenu aujourd’hui un atout majeur pour les villes moyennes dont on redécouvre la taille humaine et la qualité de vie qui l’accompagne. Épuisés par les confinements de 2020, les Français ne s’y sont pas trompés. Enquête après enquête, ils plébiscitent ces villes moyennes au point que certains y ont vu la revanche de ces communes, souvent chef-lieu de départements ou sous-préfectures. 84 % des Français considèrent désormais qu’habiter dans une ville de taille moyenne est préférable que vivre dans une métropole ou dans un village rural, selon la dernière enquête de Villes de France. Et de souligner trois critères qui poussent à ce choix : l’accès à la santé et aux soins de proximité, la proximité avec la nature et une offre en commerces de proximité complets et accessibles. Autrement dit, les trois priorités que sont la santé, l’environnement, et l’économie.

Le renouveau des centres-villes et donc l’attractivité des villes moyennes participent dès lors à un rééquilibrage de l’aménagement du territoire. Certes le phénomène de métropolisation va se poursuivre – et même se transformer avec le concept de "ville du quart d’heure" imaginé par le Pr Carlos Moreno, spécialiste de la Human Smart City (Ville Intelligente Humaine) – mais il sera secondé par un nouveau maillage du territoire avec des villes moyennes désormais attractives – à condition que l’offre de transports et l’emploi suivent.

Pour la France, comme pour notre région, ce renouveau des villes constitue une chance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 20 mars 2021)

Inéluctable

confinement

Depuis qu’il avait surpris son monde le 29 janvier en décidant de ne pas confiner pour la troisième fois le pays, Emmanuel Macron était sur la corde raide pour réussir ce pari politique, pris au grand dam des épidémiologistes mais accueilli avec soulagement par les Français. Depuis, l’exécutif et la majorité n’ont cessé de répéter que le confinement ne devait être que l’ultime recours et que chaque semaine sans confinement était une semaine gagnée sur l’épidémie ; Olivier Véran s’étant même risqué à dire que la France, contrairement à nombre de ses voisins, ne serait peut-être jamais reconfinée…

Las ! Aujourd’hui, il semble bien que ces semaines ont été des semaines perdues pour faire face à ce qu’il convient d’appeler la troisième vague de l’épidémie de Covid, qui sature les hôpitaux de plusieurs régions. La circulation exponentielle des redoutables variants du coronavirus, plus contagieux et plus létaux que la souche classique, et l’avancée chaotique de la campagne de vaccination, compliquée par une logistique imparfaite et des livraisons de doses au compte-gouttes, ont conduit l’exécutif au pied du mur.

Face au virus, devenu « le maître du temps » selon l’aveu d’Emmanuel Macron, il a donc fallu procéder à un énième tour de vis, nourri de multiples hypothèses de travail fuitant dans les médias et alimentant un anxiogène feuilleton au gré d’une communication gouvernementale donnant parfois le tournis. « Il faut être créatif dans la décision mais pas décider parce que c’est créatif » résumait hier, en une formule alambiquée, un conseiller du gouvernement quelques heures avant des annonces, d’évidence, pesées au trébuchet et prises en concertation avec les élus locaux. Car après une année sous Covid, il fallait à la fois tenir compte de la situation sanitaire, mais aussi – et peut-être surtout – de la situation économique de la France et de son état psychologique. Un an après le premier confinement, l’inéluctable s’est donc produit pour 16 départements dont tous ceux de l’Île-de-France, poumon économique du pays.

Plus que jamais pour que cet éprouvant troisième confinement ne s’étende pas à d’autres régions et soit le plus court possible, il faut utiliser le seul outil dont on dispose face à l’épidémie : le vaccin.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 19 mars 2021)

Humilité

 

Macron

Le 13 avril 2020, après presqu’un mois de confinement, Emmanuel Macron s’adressait aux Français pour tenter de les galvaniser, les assurer que l’espoir était là et qu’il fallait tenir. Il évoquait même l’« après » en lançant « sachons sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier ».

Le chef de l’Etat aux réformes libérales du début du quinquennat allait alors revêtir les habits d’un président social-démocrate et pratiquer le « quoi qu’il en coûte » d’un Etat-providence pour maintenir à flot une économie en passe d’être submergée par la vague épidémique. Mais s’il a modifié son logiciel politique pour faire face au Covid-19, Emmanuel Macron a conservé le caractère jupitérien de sa présidence, décidant seul, dans le huis clos d’un opaque conseil de défense sanitaire, exaspérant les oppositions – sans prises sur le cours des choses ni idées – et bousculant ses propres ministres jusqu’au Premier d’entre eux. Jean Castex s’était ainsi retrouvé contraint d’annoncer le 29 janvier dernier qu’il n’y aurait pas le 3e confinement que tout le monde attendait. Fidèle à son intuition et à son sens politique, Emmanuel Macron avait décidé de repousser ce confinement angoissant, tablant sur la montée en puissance de la campagne de vaccination pour passer la vague et désireux de remporter ce « pari » politique face aux injonctions des mandarins du Conseil scientifiques et de tout ce que la France compte de commentateurs patentés et d’épidémiologistes de plateaux télé. L’épidémie progressait mais le Président entendait bien rester le maître des horloges.

Jusqu’à ce lundi… Alors que la 3e vague épidémique est une réalité que vivent depuis des jours les hôpitaux franciliens saturés, et que la campagne vaccinale avance à un rythme de tortue, faute de doses et d’une logistique millimétrée, Emmanuel Macron a reconnu depuis Montauban que « le maître du temps, c’est le virus malheureusement… » Et qu’il allait donc falloir prendre de nouvelles mesures, expérimenter de nouvelles méthodes non plus seul mais en concertation. La multiplication ces dernières heures des consultations tous azimuts avec les scientifiques, les médecins ou les élus locaux pour imaginer les solutions territorialisées les plus efficaces et les plus acceptables pour les Français constitue sans doute, un an après le premier confinement, un tournant dans la gestion de l’épidémie. Et la preuve que les certitudes, parfois martelées comme la méthode Coué, laissent désormais place  à un fonctionnement moins vertical et une humilité bienvenue.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 18 mars 2021)

Le sens de l'Histoire

macron sanchez

En se retrouvant hier à Montauban, Emmanuel Macron et Pedro Sanchez n’ont pas présidé un banal sommet bilatéral – le 26e – comme il en existe beaucoup d’autres. Au contraire ils ont magnifié les liens qui existent depuis longtemps entre la France et l’Espagne et qui font des deux pays des partenaires économiques, culturels et historiques. Car si l’on parle souvent – à raison – du couple franco-allemand pour souligner sa solidité et son rôle majeur dans la construction européenne au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le couple franco-espagnol incarne, lui aussi, une certaine vision de l’Europe forgée dans l’épreuve de la guerre civile espagnole. C’est peu dire que l’attachement à cette vision de l’Europe, bâtie sur les valeurs de progrès, de solidarité, les valeurs humanistes, républicaines et laïques est entrée en résonance de part et d’autres des Pyrénées lorsque notre région a accueilli les milliers d’Espagnols fuyant le régime franquiste ; des valeurs parfois hélas trahies, personne n’oublie le camp de Rivesaltes… Toulouse, capitale de l’exil républicain espagnol, fut l’épicentre de cette Retirada dont le souvenir vit toujours dans le cœur des exilés, de leurs amis et de leurs descendants.

C’est vers eux, pour eux, que Pedro Sanchez et Emmanuel Macron ont signé hier un traité inédit et historique qui va permettre à quelques 190 000 Espagnols vivant en France et près de 150 000 Français vivant en Espagne d’avoir la double nationalité, symbole d’une double identité qui est évidemment un enrichissement pour nos deux pays et la dépositaire d’un héritage en partage.

Le président de la République française et le président du gouvernement espagnol ont posé cet acte d’amitié fort avant de rendre hommage à Manuel Azaña, le dernier président de la République espagnole, qui mourut à Montauban le 3 mars 1939 au terme d’un exil épuisant. À l’heure où l’Espagne, sous le mandat de Pedro Sanchez, a entamé sans doute la dernière étape d’un long et douloureux travail de mémoire sur le franquisme – dont l’instigateur, Franco, n’est plus enterré dans son mausolée à Valle de los Caídos – l’hommage à Manuel Azaña a revêtu hier une force particulière.

"C’est en Espagne que ma génération a appris que l’on peut avoir raison et être vaincu, que la force peut détruire l’âme et que, parfois, le courage n’obtient pas de récompense", disait Albert Camus. De son exil à Collioure, Antonio Machado laissait pourtant percer l’espoir lorsqu’il assurait que "pour les stratèges, pour les politiciens, pour les historiens tout est clair : nous avons perdu la guerre. Mais humainement, je n’en suis pas sûr… peut-être l’avons-nous gagné." Hier à Montauban, Pedro Sanchez et Emmanuel Macron ont montré que tel était le cas et que la défaite de courageux idéaux peut effectivement semer des graines de future victoire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 16 mars 2021)

Je est un autre

 

jumeaux

Il y a eu Jacob et Ésaü, Apollon et Artémis, Castor et Pollux, Hypnos et Thanatos, ou encore Rémus et Romulus pour ne citer que quelques jumeaux qui ont irrigué les religions et la mythologie. D’autres ont marqué l’Histoire plus contemporaine comme les hommes politiques polonais Jaroslaw et Lech Kaczynski, les actrices Mary-Kate et Ashley Olsen, les animateurs Igor et Grichka Bogdanoff ou encore dans notre paysage politique Jacques et Bernard Attali ou Jean-Louis et Bernard Debré. Ces jumeaux célèbres provoquent chez nous les mêmes interrogations que celles qui surviennent lorsque l’on croise des bambins au physique identique dans les écoles ou dans nos familles, des camarades au lycée ou des collègues dans une entreprise. La gémellité est incontestablement une inépuisable source de fascination et de questionnement : comment peut-on se sentir unique lorsque l’on grandit avec son double ? La ressemblance physique se double-t-elle d’une similitude psychologique ? Et quels liens se tissent entre deux êtres qui sont le miroir l’un de l’autre ? Ont-ils les mêmes personnalités ou au contraire sont-elles opposées ? Cette gémellité est-elle une force ou un handicap, un atout pour affronter le monde ou une difficulté face au regard des autres, pas toujours bienveillant ? C’est peu dire que nous n’avons pas toutes les réponses à ces questions, et tant mieux car cela laisse aux jumeaux la même part d’inconnu et de découverte dans leur rapport aux autres que n’importe quel individu.

Mais à côté de ces questionnements psychologiques et sociétaux, les jumeaux intéressent aussi la science, d’autant plus qu’une étude publiée ce vendredi dans la revue Human Reproduction explique que le taux de naissances gémellaires n’a jamais été aussi élevé dans le monde : il est passé de 9,1 accouchements pour 1 000 naissances dans les années 80 à 12 dans les années 2010. Plus de 1,6 million de paires de jumeaux naissent ainsi chaque année dans le monde, près d’un bébé sur 40 est un jumeau, indiquent les trois auteurs de l’étude Christiaan Monden, Gilles Pison et Jeroen Smits, qui expliquent ce "jumeau boom" d’une part par l’assistance médicale à la procréation, associée à un risque élevé de naissance multiple et d’autre part à l’âge plus élevé auquel les femmes décident de faire des enfants.

Au-delà du constat purement démographique, les chercheurs soulignent combien cette hausse du nombre de jumeaux soulève des problèmes de santé publique, les enfants jumeaux étant de santé plus fragile, et incite à amender les pratiques médicales de la procréation médicale pour obtenir davantage de grossesses uniques que multiples.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 12 mars 2021)

L’aventure intérieure

 

grotte

À l’heure où le monde a les yeux tournés vers Mars où progresse le rover Perseverance, à l’heure où la Russie et la Chine s’unissent pour construire prochainement une station spatiale sur la Lune, à l’heure où les Français s’apprêtent à encourager Thomas Pesquet qui rejoint le mois prochain la station spatiale internationale, à l’heure enfin où la France va organiser son premier exercice militaire spatial, demain depuis le commandement de l’espace à Toulouse, une expédition inédite va nous inviter à détourner le regard du ciel pour revenir sur Terre. Dimanche en Ariège débute, en effet, l’expédition Deep Time, qui va plonger pendant 40 jours une équipe d’hommes et de femmes au fin fond de la grotte de Lombrives, la plus vaste d’Europe. Un confinement volontaire dont l’idée est justement venue l’an passé à l’explorateur franco-suisse Christian Clot qui avait constaté que 40 % des personnes confinées en France et dans plusieurs pays du monde avaient perdu la notion du temps.

Pour le fondateur de l’Institut de l’Adaptation Humaine, nourri des récits de Jules Vernes et des observations de Michel Siffre, l’inventeur de la chronobiologie qui passa deux mois claustré au fond du gouffre de Scarasson en 1962, il y a là matière à chercher à comprendre comment notre corps et notre cerveau réagissent dans des situations extrêmes d’isolement. Des situations qui peuvent potentiellement se multiplier à l’avenir sur terre comme dans l’espace. La réorganisation des habitats sur notre planète, sous la pression du changement climatique, tout comme les longues missions qui se dessinent dans la conquête de l’espace, entre séjours sur la Lune ou voyage vers Mars, nous imposent aujourd’hui d’entamer ce voyage intérieur dans le corps humain. Un voyage qui reste, depuis la nuit des temps, la plus fascinante et la plus mystérieuse des explorations.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 11 mars 2021)

Un train d’avance

 

Il y a entre les Français et le train une très longue histoire. Des cheminots-résistants magnifiés par le film de René Clément "La bataille du rail" aux ingénieurs qui inventèrent le TGV qui vient de fêter ses 40 ans ; des Micheline rouges qui reliaient les préfectures de province aux trains de nuit Corail qui sillonnaient le pays vers la capitale ; des TER qui convoient tous les jours en régions étudiants et travailleurs aux RER franciliens qui irriguent le Grand Paris, chaque Français a, d’évidence, une histoire personnelle avec le train. Une histoire où se mêle la passion des mécaniques et des voyages pour les uns, l’agacement aussi face aux retards et dysfonctionnements de la SNCF pour les autres, la colère au goût de grève parfois et la fierté sans faille toujours des femmes et des hommes qui font rouler les trains.

train

À l’heure où la lutte contre le réchauffement climatique et les émissions de CO2 impose de revoir nos modes de transports ou d’en imaginer d’autres, à l’heure où la baisse historique du trafic aérien en raison de l’épidémie de Covid-19 nous invite à revoir nos choix de moyens de déplacement, à l’heure où le maillage des territoires n’a jamais été autant une demande des populations, il n’est pas étonnant que le projet de Railcoop ait rencontré le succès. Profitant de la fin du monopole de la SNCF sur le transport intérieur de voyageurs et l’ouverture à la concurrence, la jeune société coopérative lotoise va pouvoir mener d’ici quelques mois des projets d’ouverture de nouvelles lignes. Des lignes comme des chemins de traverses, des itinéraires délaissés par la SNCF mais qui trouvent une pertinence auprès des populations des territoires concernés où se battent parfois depuis des années des collectifs pour conserver leur ligne ou leurs gares.

Si le projet de Railcoop est novateur, il participe aussi à un mouvement plus puissant en faveur du train. En Occitanie, deuxième région la plus vaste de France, on mise depuis longtemps sur le rail comme élément d’aménagement du territoire. Du plan rail de Martin Malvy aux Etats généraux du rail de Carole Delga, la volonté politique de la Région a toujours été présente. La récente décision de la Région d’expérimenter en avril prochain la gratuité des TER pour les jeunes en est l’illustration, tout comme la volonté d’une majorité d’élus de la région de parvenir enfin à raccrocher l’Occitanie au réseau TGV avec les lignes à grande vitesse Toulouse-Bordeaux et Montpellier-Perpignan.

Enfin, n’oublions pas le retour des trains de nuit en France dont il ne restait que deux lignes et leur développement aussi fulgurant qu’étonnant en Europe avec le projet NightJet, et tous les projets de trains à très grande vitesse comme l’Hyperloop.

Tout ceci montre que le train, qui fut un élément majeur de la révolution industrielle au XIXe siècle, n’a pas dit son dernier mot et pourrait bien redevenir un atout dans le transport du XXIe siècle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 mars 2021)

La carte du Grand Sud

 

plage

L’année 2021 sera-t-elle aussi difficile pour le tourisme que l’année 2020, celle qui a vu l’épidémie de Covid-19 bouleverser les échanges mondiaux ? La question est dans toutes les têtes alors que se profilent les beaux jours et donc la perspective des vacances d’été. Le tourisme mondial a enregistré en 2020 les plus mauvais résultats de son histoire, les arrivées internationales chutant de 74 % d’après les dernières données de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). L’an dernier, il y a eu ainsi un milliard d’arrivées internationales en moins par rapport à l’année précédente, en raison d’un effondrement sans précédent de la demande et de l’instauration généralisée de restrictions sur les voyages. La crise, loin d’être terminée, menace de 100 à 120 millions d’emplois directs dans le tourisme, dont beaucoup dans de petites et moyennes entreprises, constate l’OMT. Et les pronostics d’un redressement de la situation restent prudents : il faudra de deux ans et demi à quatre ans au tourisme international pour retrouver les niveaux de 2019.

L’enquête de l’OMT apporte toutefois une raison d’espérer : une augmentation de la demande d’activités de tourisme de plein air et de nature, mais aussi un intérêt accru pour un tourisme domestique et des expériences de voyage où l’on prend le temps (slow travel).

Ces deux derniers points sont justement ceux qui ont permis l’année dernière à l’Occitanie de tirer malgré tout son épingle du jeu en juillet et en août avec des nuitées en hausse à la campagne et à la montagne (Massif central et Pyrénées). Face aux règles sanitaires et aux restrictions de voyage, les Français étaient, en effet, restés en France (re) découvrant les charmes et les atouts de l’Hexagone et parfois de leur propre région. Une situation qui pourrait très bien se reproduire cet été.

Si le gouvernement a esquissé cette semaine un retour à une vie plus normale "peut-être mi-avril", rien ne dit que de nouvelles restrictions ne reviennent pas avant l’été, ni que les frontières s’ouvriront un peu plus. Dès lors, privilégier des vacances en France est donc peut-être à la fois le plus sûr moyen de pouvoir partir et permet aussi de soutenir des professionnels du tourisme durement touchés par la crise.

La Région Occitanie – première région pour la fréquentation touristique française – s’y prépare activement tout comme l’Etat avec le volet tourisme du plan de relance. à l’heure où les Français se demandent s’il faut déjà réserver ou attendre encore un peu, ils peuvent avoir une certitude : ils seront les bienvenus dans notre Grand Sud.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 6 mars 2021)

Redoutable prédateur

 

frelon

Avec le moustique tigre, il est sans doute le fléau le plus redouté par les Français à l’approche des beaux jours. Depuis sa découverte en France en 2004, importé accidentellement par un bateau venu de Chine, le frelon asiatique Vespa velutina nigrithorax a envahi tous les départements de France, hormis la Corse, et étend sa présence petit à petit dans le reste de l’Europe.

Au niveau européen justement, le frelon asiatique figuresur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne, liste adoptée au niveau communautaire en 2016. En France, Vespa velutina nigrithorax est classé dans la liste des dangers sanitaires de deuxième catégorie pour l’abeille.

C’est que le frelon asiatique est redoutable à plus d’un titre. D’abord par sa grande capacité d’adaptation qui complique grandement notre lutte contre sa présence. « Une lutte irraisonnée contre une espèce envahissante peut conduire à favoriser son installation. Les méthodes de lutte qui ont un impact sur le reste de l’environnement (comme l’utilisation d’appâts empoisonnés) risquent donc de desservir nos espèces locales en faveur de ce dernier » note l’inventaire national du patrimoine naturel (INPN), qui souligne qu’à l’heure actuelle, il n’existe « aucune stratégie collective de prévention, surveillance et lutte contre ce frelon qui soit reconnue efficace. »

Le frelon asiatique est redoutable aussi quant à son rôle néfaste désormais avéré sur les colonies d’abeilles. Alors que les apiculteurs sont déjà confrontés aux ravages des néonicotinoïdes, ils doivent faire face à ce prédateur capable de tuer près de 70 abeilles par jour, qui représentent 30 % de son régime alimentaire.

En attendant que la recherche scientifique avance, il est donc important que les apiculteurs, les collectivités et les citoyens se mobilisent pour poser des pièges sélectifs au bon moment et protéger ainsi les abeilles de ce redoutable prédateur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 5 mars 2020)

La guerre de l'eau

 

eau

Il y a eu le barrage de Sivens dont le projet a été stoppé puis remanié après la mort du jeune écologiste Rémi Fraisse. Il y a maintenant le barrage de Caussade, dont l’autorisation de construction fait l’objet d’un bras de fer juridique à rebondissements. Et il pourrait y avoir encore bien d’autres exemples de ce qu’il faut bien appeler des guerres de l’eau. Certes, on est loin en France des conflits qui peuvent survenir entre Etats lorsque l’eau est non seulement une ressource vitale mais aussi un enjeu de souveraineté géopolitique. Rappelons d’ailleurs que la pénurie d’eau affecte quatre personnes sur dix dans le monde selon la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Mais les polémiques qui entourent, en France, la construction de nouvelles retenues ou la révision de la répartition des usages illustrent toute la complexité de la gestion de l’eau dans un contexte de changement climatique dont les effets sont de plus en plus visibles. Car le nœud du problème est bien là : comment gérer au mieux nos ressources en eau, fragiles et limitées, alors que les dernières études sur le climat qui nous attend font état à l’avenir d’une multiplication des sécheresses et d’une diminution des précipitations ?

D’un côté, écologistes en tête, on plaide pour un changement aussi radical que les bouleversements climatiques vont être importants dans les prochaines années. L’arrêt de l’irrigation agricole, la création de réserves intouchables pour la biodiversité sont ainsi érigées au rang de priorités des priorités, quitte parfois à oublier que les territoires concernés ne sont pas des déserts et que des populations y vivent et entendent bien y rester.

D’un autre côté, les agriculteurs se retrouvent en première ligne des bouleversements climatiques et font face à la fois à la sécheresse météorologique, c’est-à-dire le déficit de précipitations, mais aussi à la sécheresse agricole avec des sols terriblement asséchés. Pire, les épisodes de sécheresse, d’exceptionnels sont devenus quasi annuels. Dès lors, quoi de plus légitime pour les agriculteurs que de réclamer la construction de barrages ou de retenues collinaires pour passer ces épreuves et préserver leurs cultures ou leurs élevages ?

Peut-on concilier les deux approches, écologiques et agricoles (et industrielle aussi) ? Il va bien falloir pour sortir des affrontements. Aider d’un côté les agriculteurs à s’adapter voire à changer parfois de cultures et les associer aux politiques de gestion de l’eau, comme le fait l’agence de l’eau Adour-Garonne. Le volet agricole du plan de relance veut d’ailleurs adapter notre agriculture aux effets du changement climatique. Et en même temps créer les conditions de préservation de la biodiversité, à l’heure où 2 400 espèces sont menacées d’extinction. Un vrai défi…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 4 mars 2021)

Horizon

 

quais

Les Français se sont-ils approprié ce week-end la maxime d’Oscar Wilde selon lequel « le meilleur moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder » ? En tout cas, à Paris comme à Toulouse, des centaines de personnes ont cédé à la tentation des rayons de soleil pour s’agglutiner sur les quais des deux métropoles avec un respect tout relatif des gestes barrière, pour ne pas dire un franc relâchement dans la distanciation sociale et le port du masque. Un comportement qui a rapidement suscité consternation chez les médecins et inquiétude chez les autorités. Le printemps approchant, ce genre de scènes risque hélas de se multiplier car l’épidémie de Covid-19 pèse de plus en plus lourdement sur la santé psychologique des Français, dont de récentes enquêtes ont montré qu’un sur trois n’a plus le moral et qu’un sur cinq pense ne jamais retrouver la vie d’avant…

Un an après l’arrivée de la pandémie en France, et bientôt un an après le premier confinement, les Français sont, d’évidence, fatigués de devoir (sur) vivre avec le poids de mesures sanitaires très restrictives, qui, de confinements nationaux ou locaux en couvre-feux, paraissent interminables. L’envie de briser cette impression de jour sans fin est donc parfaitement compréhensible, et d’autant plus forte que l’arrivée des vaccins a redonné une vraie lueur d’espoir.

Reste qu’en attendant que la vaccination soit effectivement massive – on en est loin – l’épidémie est toujours là, et peut-être plus dangereuse qu’auparavant. La présence de plus en plus forte de variants du coronavirus, plus contagieux que la souche originelle, doit nous conduire à continuer à respecter les mesures sanitaires, si pénibles soient-elles. Il faut « tenir, ensemble » martèle le gouvernement, « encore 4 à 6 semaines » a ajouté hier Emmanuel Macron, donnant enfin un horizon qui, sans cela, pourrait vite s’obscurcir par un troisième et forcément éprouvant confinement…

(Ediorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 2 mars 2021)