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Éditos

Dynamique

population

La publication chaque fin décembre par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) de sa note sur les Populations légales est toujours un moment attendu. Chacun – et les élus locaux au premier chef – regarde si sa commune a gagné ou perdu des habitants depuis l’année passée, quelle est la situation de ses voisins, de l’intercommunalité et des grandes tendances qui traversent l’Occitanie, la deuxième région de France derrière l’immense Nouvelle-Aquitaine, avec ses 72 724 kilomètres de superficie. Certes, les données de l’Insee ne reflètent pas la situation actuelle puisque la méthode du recensement annuel est basée sur des cycles de collecte de six ans. Mais ils donnent déjà une tendance.

Au 1er janvier 2020, c’est-à-dire aux prémices de l’épidémie de Covid-19, l’Occitanie comptait 5 973 969 habitants. La région figure ainsi à la cinquième place nationale. De 2014 à 2020, la population d’Occitanie a augmenté en moyenne de 0,7 % par an, soit environ 40 500 habitants supplémentaires chaque année ; un rythme de croissance qui classe la région sur la troisième marche du podium. Comme ailleurs en France, la croissance démographique ralentit en raison du recul de la fécondité et du vieillissement de la population, mais elle reste solide. L’attractivité de l’Occitanie qui, contrairement à d’autres régions, s’est forgée une véritable identité depuis 2013 et la fusion de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon, fonctionne. Et le fait d’avoir deux métropoles, Toulouse et Montpellier, qui aurait pu être un handicap, se révèle au fil des ans un atout puisque les deux agglomérations agissent comme des locomotives sur le territoire qui les entourent. La population augmente ainsi toujours fortement en Haute-Garonne et dans l’Hérault ; elle augmente plus doucement dans les autres départements.

Il sera intéressant de voir l’année prochaine quels ont été concrètement les effets de la pandémie de Covid-19 qui a convaincu nombre de Français – Franciliens en tête ou habitants de grands centres urbains – de déménager vers les villes moyennes, ces cités à taille humaine que l’on a redécouvertes pour leur qualité de vie. La variation de la densité de la population dans les 13 départements d’Occitanie donne par ailleurs de bons indicateurs aux élus locaux pour conduire des politiques d’aménagement du territoire qui ne laissent personne sur le bord du chemin en termes d’accès à l’emploi, aux soins, aux transports en commun ou à l’internet haut débit.

La recherche d’un développement harmonieux et équitable, gage d’attractivité et de dynamisme, reste bien le défi que doit relever l’Occitanie qui a vraisemblablement dépassé les 6 millions d’habitants.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 31 décembre 2022)

Se réveiller

 


Les températures douces qui ont étreint une grande partie du pays pour Noël, les rayons de soleil qui donnent en cette fin d’année du baume au cœur des Français font du bien au moral. À l’heure où l’inflation continue de grimper et où la situation sanitaire se complique entre triple épidémie de grippe, de bronchiolite et de Covid et grève des médecins généralistes, ces journées quasi-printanières sont appréciables. Appréciables et pourtant inquiétantes, car elles couronnent une année 2022 historique sur le front climatique comme le note Météo-France qui vient de publier son bilan annuel.

2022 restera, en effet, comme l’année la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des relevés en 1900. Une année marquée par un manque criant de précipitations, une sécheresse des sols parmi les plus longues et les plus étendues en France et des événements exceptionnels qu’on croyait réservés à d’autres pays bien éloignés de nos latitudes. Les trois vagues de chaleur ont battu de nombreux records – notamment les 40 °C les plus précoces jamais relevés qui ont été mesurés cette année – exacerbé des feux de forêts majeurs et déclenché des canicules océaniques en Méditerranée inédites. Sans oublier les orages violents et même des tornades spectaculaires observées de la Normandie au Nord-Pas-de-Calais. Et l’Europe n’est pas en reste : à l’échelle du continent, l’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré.

Autant d’événements, autant de drames survenus dans nos forêts incendiées ou dans nos campagnes en manque d’eau, qui montrent que nous avons bel et bien changé d’époque et que les climatologues, notamment ceux participant à la rédaction des rapports du Giec, ont vu juste lorsqu’ils nous alertaient sur notre Maison qui brûlait pendant que nous regardions ailleurs. « Les épisodes estivaux remarquables de 2022 auraient été hautement improbables et nettement moins intenses sans l’effet du changement climatique », relève d’ailleurs Météo-France dans son bilan.

Aujourd’hui, nous devons non seulement regarder cette réalité en face, faites d’événements extrêmes – comme le blizzard historique qui a frappé les États-Unis – mais aussi nous préparer à vivre en France d’autres étés caniculaires dont 2022 aurait constitué les prémices. Car quels que soient les scénarios de réductions d’émissions de CO2 – bien insuffisantes et bien éloignées des engagements pris par les États dans les Accords de Paris en 2015 – la hausse quasi inéluctable des températures au-delà de +1,5 °C va provoquer de profonds bouleversements dont personne ne sera épargné. « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe climatique », a averti le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, infatigable diplomate du climat, qui appelle le monde à coopérer ou périr.

Il est temps de se réveiller…

(Editorial publié le vendredi 30 décembre 2022)

Photo DDM Bastien Arberet : La Mongie


Un vaccin d'urgence

 

canard

Ce lundi, un élevage de canes et de canards a été touché par l’influenza aviaire à Aignan, à l’ouest du Gers. Un abattage préventif était prévu dès hier. Nouvel épisode de cette épizootie de grippe aviaire qui, depuis plusieurs années, frappe l’Europe, plus dévastatrice que jamais, et touche désormais près de 37 pays. L’épizootie semble même avoir traversé l’Atlantique, car des éleveurs américains et canadiens ont dû procéder eux aussi à de nombreux abattages de volailles.

Ainsi, alors que les hommes se débattent avec une épidémie de Covid-19 dont le rebond en Chine est inquiétant, les animaux sont victimes d’une grippe qui aboutit à prendre des mesures drastiques. Les autorités sanitaires européennes ont indiqué la semaine dernière que plus de 50 millions d’oiseaux avaient été abattus dans les seuls élevages infectés entre octobre 2021 et septembre 2022. En France, du 1er août au 21 décembre, 3,3 millions d’animaux ont déjà été abattus, dont une moitié de canards ; deux millions l’ont été rien qu’en ce mois de décembre, selon le ministère de l’Agriculture.

Derrière ces chiffres impressionnants, il y a la détresse des éleveurs – et notamment ceux des petites exploitations familiales – qui, du jour au lendemain, et en dépit de toutes les précautions et protocoles pris selon les directives des autorités, voient leurs animaux tués pour éviter d’autres contaminations dans leur secteur. Un vrai crève-cœur pour toute une filière qui subit par ailleurs les attaques des défenseurs du bien-être animal. Aujourd’hui, elle attend une légitime solidarité nationale et européenne via des indemnisations décentes et, surtout, une accélération du calendrier pour mettre en place la vaccination dont on parle depuis des années.

À ce stade, il n’existe aucun vaccin suffisamment efficace et disposant d’une autorisation de mise sur le marché, et encore moins de réglementation européenne autorisant la vaccination. « En cinq ans, trois crises sanitaires dues à l’influenza aviaire hautement pathogènes (IAHP) ont généré des coûts considérables pour les professionnels et l’État, des pertes de marché à l’export ainsi qu’une moindre attractivité pour les entreprises mondiales de la génétique. L’abattage de millions de volailles se heurtera tôt ou tard à des questions d’acceptabilité sociétale. Enfin, même si le virus H5N8 actuel présente un potentiel zoonotique faible, l’IAHP représente une menace de santé publique qui ne doit pas être négligée », résumait le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux dans un rapport publié en juillet 2021…

Il est aujourd’hui plus que temps d’accélérer. Dès que les résultats des expérimentations de vaccins menées par cinq pays européens seront connus au premier trimestre 2023, l’Europe devra se doter d’une stratégie vaccinale claire et rapide, et prévenir toute distorsion de concurrence qui surviendrait avec les pays refusant les volailles vaccinées et donc des avis scientifiques parfaitement établis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 décembre 2022)


Hypnothique

sobhraj

C’est une photographie devenue virale sur les réseaux sociaux en quelques heures. À l’intérieur de la cabine d’un long courrier de Qatar Airways, deux femmes asiatiques regardent craintivement l’homme qui s’est assis à côté d’elles, esquissant même un geste de repli pour s’en éloigner et ne pas être en contact au coude à coude avec lui. Ce passager septuagénaire n’a pourtant, en apparence, rien d’inquiétant avec ses fines lunettes rectangulaires, sa casquette et sa chemise à carreaux et sa veste rouge. Il pourrait être un grand-père gâteau, on dirait même qu’il sourit un peu au moment où est prise la photo. Mais les apparences sont trompeuses et avant même de prendre place dans l’avion qui va faire route vers la France, la réputation de ce passager singulier l’a précédé : Charles Sobhraj, le « tueur de Bikini » est à bord. Libéré trois jours plus tôt par la justice népalaise qui a abrégé pour raisons de santé sa condamnation à la prison à perpétuité pour le meurtre de touristes américains à Katmandou en 1975.

Cette remise en liberté et cette expulsion vers la France, Charles Sobhraj ne les attendait plus. Opéré du cœur en 2017, le célèbre détenu devait rester en prison au moins jusqu’en 2034. Le destin en aura décidé autrement, ajoutant un nouvel épisode à la vie aventureuse et criminelle de cet homme qui conserve sa part de mystère et un incroyable magnétisme qui, cinquante ans après ses meurtres, parvient encore à effrayer et à fasciner.

Car le parcours criminel glaçant de Charles Sobhraj, dit aussi le Serpent, hypnotise, interpelle, questionne tant sur la façon dont il a pu passer entre les mailles du filet et sans cesse rebondir pour échapper à la police que sur ces motivations intimes à commettre ses crimes. Quelle est l’origine de sa noirceur d’âme ? Comment a-t-il pu commettre de tels actes avec une telle absence d’humanité et d’empathie pour ses victimes, des jeunes gens qui avaient la vie devant eux ? La question du pourquoi se pose d’ailleurs pour tous les tueurs en série, de Landru à Guy Georges, de Jeffrey Dahmer à Ted Bundy, du tueur au Zodiac à celui de Boston jamais découverts. Ces histoires connues mais dont le point déclencheur ne peut être qu’hypothèses font le miel de la fiction, notamment à la télévision. On ne compte plus les films et les séries construites autour de ces personnages maléfiques, parfois inventés (Dexter, You, Hannibal Lecter…) et de plus en plus bien réels. Car quand la réalité dépasse la fiction, elle fait toujours le meilleur des scénarios. Les plateformes de vidéo à la demande l’ont bien compris. Mais dans ce cas, elles doivent bien se garder – comme Netflix avec Dahmer dernièrement – de transformer les tueurs en héros romantiques. Car derrière leur célébrité, il y a toujours des victimes et leurs proches qui attendent un inextinguible respect.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 27 décembre 2022)

Année charnière

 

immobilier

Il n’y a pas que l’épidémie de Covid-19 qui fonctionne par vagues. Le marché de l’immobilier connaît lui aussi des vagues, des flux et reflux entre offre et demande, neuf et ancien, achat et location, facilité ou durcissement dans l’obtention d’un crédit immobilier auprès des banques, modulation des taux d’intérêt, apaisement ou tension dans les relations entre propriétaires et locataires, etc. Autant dire que l’immobilier est un domaine habitué à la volatilité, aux circonstances, à l’actualité.

Lorsque l’épidémie de Covid a submergé le monde en 2020, la vague épidémique a percuté la vague immobilière. Enfermés chez eux en raison des confinements, les Français ont pu alors mesurer toute l’importance d’avoir un logement qui corresponde à leurs besoins et leurs envies. Ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir une maison avec jardin mais vivaient dans des appartements exigus qui leur convenaient lorsqu’ils pouvaient travailler à l’extérieur, ont alors construit ou accéléré le projet d’acquisition qui était dans l’air depuis un moment mais dont la réalisation était sans cesse repoussée. Cette envie de maison avec jardin a même conduit certains à s’éloigner des grandes villes pour s’établir dans les villes moyennes dont on redécouvrait alors les atouts, au premier rang desquels leur taille humaine. Les taux d’intérêt bas et la reprise économique post-Covid ont ensuite constitué le cadre idéal pour réaliser enfin ce rêve de devenir propriétaire.

Mais cette vague d’optimisme a commencé à refluer avec le déclenchement de la guerre en Ukraine le 24 février 2022 et ses conséquences économiques en cascade : le retour d’une inflation galopante et la hausse des taux d’intérêt. À cette situation moins avantageuse, mais pas bloquante, s’est alors ajouté un bouleversement supplémentaire : le taux d’usure censé protéger les consommateurs – qui correspond au taux annuel effectif global (TAEG) maximal au-delà duquel une banque ne peut prêter de l’argent – est devenu un frein aux projets immobiliers de nombreux Français qui ont essuyé des refus de prêts… Résultat : après la hausse survenue entre fin 2020 et le 3e trimestre 2021, le volume annuel de transactions s’est orienté à la baisse depuis le 4e trimestre 2021 comme viennent de le montrer les Notaires de France dans leur bilan immobilier 2022. Après l’enthousiasme post-Covid, la morosité a ainsi gagné 2022 et pourrait laisser place à l’inquiétude en 2023.

Car le logement, l’un des principaux postes de dépenses des foyers, va connaître dans les mois qui viennent d’autres secousses, notamment celles induites par la transition énergétique. La loi Climat et Résilience qui veut à raison lutter contre les passoires thermiques va chambouler un peu plus le marché immobilier français provoquant une forte décote sur les logements énergivores (F ou G) et des transferts de ceux-ci du marché de la location vers le marché transactionnel avec de fortes disparités sur le territoire national.

2023 sera assurément une année charnière.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 26 décembre 2022)


Noël ensemble, Noël à table

 

noel

Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Alors que la France essuie une inflation galopante qui touche particulièrement les produits alimentaires et que, plus spécifiquement, les produits festifs ont vu leur prix s’envoler en moyenne de 11 % à 12,5 %, selon les cabinets spécialisés NielsenIQ et IRI, les Français ne veulent pas sacrifier leur repas de Noël.

Dans une fin d’année morose, où les mauvaises nouvelles se cumulent au plan national (défaite à la coupe du monde, grève à la SNCF, neuvième vague du Covid, inquiétude sur de possibles coupures d’électricité, et surtout poursuite de la hausse des prix) et international (dix mois déjà de guerre en Ukraine, le Covid prêt à submerger la Chine, la répression en Iran des manifestants pour la liberté), Noël constitue toujours le cocon rassurant face à la marche du monde, et le repas qui l’accompagne, le moment de convivialité qui, entre huître et foie gras, dinde et bûche, réchauffe les cœurs avant d’affronter les défis de 2023.

Dans un pays comme le nôtre qui a érigé la gastronomie en art de vivre, le repas de Noël conserve une place à part, à la fois moment de retrouvailles familiales et de partage des meilleurs mets, moment de grande tradition qui convoque pour tous des souvenirs d’enfance, et moment de transmission entre générations. « Il ne faut pas tant regarder ce qu’on mange qu’avec qui on mange », relevait en son temps Epicure, comme pour mieux souligner combien sont inextricablement liés ce qu’il y a dans l’assiette que ce qu’il y a autour. Bousculé par l’inflation, ce Noël 2022 sera différent des deux précédents chamboulés par le Covid.

Mais chaque famille se sera adaptée aux circonstances avec un seul objectif : préserver ce moment unique pour, une fois encore, passer un joyeux Noël et des fêtes ensemble.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 23 décembre 2022)

Le pari de Xi

Xi Jinping

 Il y a trois ans apparaissait à Wuhan, en Chine, un mystérieux coronavirus qui allait déclencher une pandémie d’une ampleur jamais vue, bouleversant le monde et la vie de millions d’habitants. Dans les premiers mois de cette épidémie, alors que chaque pays, en l’absence de vaccin, cherchait à parer au plus pressé, la Chine avait opté pour une stratégie zéro-Covid, c’est-à-dire des mesures implacables basées sur un contrôle très strict de la population, des confinements à répétition touchant des millions de personnes au moindre cas positif, une surveillance permanente par application mobile, des tests PCR à tout bout de champ et des centres de quarantaine aux allures de prisons de haute sécurité. Tout faire pour empêcher le virus de circuler. L’efficacité de cette stratégie, adoptée par d’autres pays du sud-est asiatique, semblait pertinente et efficace alors que l’Occident se débattait, lui, dans des polémiques sur le port du masque, les moyens des hôpitaux et les restrictions aux libertés publiques.

Deux jours après sa nomination au ministère de la Santé, Olivier Véran avait laissé échapper, le 18 février 2020, son admiration devant la capacité de la Chine à mettre en place des mesures aussi drastiques de quarantaine pour des millions d’habitants de la région de Wuhan sans rencontrer la moindre opposition. « La Chine a une capacité de réactivité. Elle a pris ses responsabilités en prenant des mesures de confinement très rapidement. Je ne suis pas sûr qu’il serait possible de réaliser ça dans un pays où les réseaux sociaux seraient ouverts » avait expliqué le ministre, laissant entendre qu’un régime autoritaire comme celui de Xi Jinping, où les libertés individuelles sont quasi inexistantes, serait plus à même de combattre une épidémie que des démocraties où la liberté d’expression et de la presse, et la transparence de l’information sont constitutionnellement garanties… Certains pays occidentaux et leurs dirigeants étaient pareillement fascinés par cette Chine capable de construire en quelques jours des hôpitaux, chercher un vaccin et produire des masques en masse.

Xi Jinping a fait de cette stratégie zéro-Covid l’alpha et l’oméga de son action contre le Covid-19, allant jusqu’à proclamer en septembre 2020, « la victoire du peuple chinois dans la bataille contre le coronavirus », et donc sa victoire personnelle contre l’épidémie. Mais c’était oublier qu’une stratégie zéro-Covid ne marche que dans certaines circonstances et que lorsque le virus s’est diffusé partout, elle n’est plus aussi pertinente. La Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande l’ont compris en sortant de cette stratégie très dure à vivre pour les populations, pour adopter celle du « vivre avec » le virus, qui suppose une bonne immunité vaccinale ou naturelle.

En refusant de voir cette évolution de l’épidémie, en s’accrochant coûte que coûte à sa stratégie initiale avant d’y renoncer brutalement ce mois-ci sous la pression d’une population épuisée par trois années de restrictions, la Chine a pris le risque de vivre un terrible tsunami sanitaire. En desserrant l’étau du zéro-Covid pour une population moins bien vaccinée qu’ailleurs, Xi Jinping a fait un pari mais aussi pris le risque, inconcevable pour tout Chinois, de perdre la face…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 21 décembre 2022)

Bleus à l'âme

bleus

Il n’y avait pas que Kylian Mbappé qui était sonné dimanche soir sur la pelouse du stade de Lusail, après la défaite 3-3 de la France aux tirs au but face à l’Argentine. À 6 000 kilomètres de distance, c’est tout un pays qui, lui aussi, a accusé le coup après un match de légende et un Mondial du Qatar qui nous auront transportés comme sur des montagnes russes. Même s’il y a de quoi être fier du parcours des Bleus et de cette incroyable remontada finale orchestrée par un Mbappé magistral, la France n’a pas accédé à sa troisième étoile.

Le rêve est devenu cauchemar et, depuis hier, le pays a comme des bleus à l’âme. Bien sûr, le football ne fait pas tout et une victoire des Bleus n’aurait rien changé à l’inflation galopante, aux factures des courses et de l’énergie qui flambent, au risque de coupure d’électricité, à la polarisation politique du pays depuis les dernières élections. Mais une victoire aurait incontestablement redonné un peu de baume au cœur à un pays qui doute souvent trop de lui. Selon une enquête Odoxa, 7 Français sur 10 assuraient vendredi dernier qu’une victoire de la France en finale aurait eu un impact majeur sur le sentiment de fierté des Français et sur l’image de la France dans le monde ; et pour un Français sur trois elle aurait même eu un impact sur le moral de nos concitoyens et l’économie du pays.

Il n’en sera rien et à la joie d’être ensemble unis va succéder une tristesse qui pourrait vite virer à la sinistrose. Emmanuel Macron, qui s’est investi avec passion dans ce Mondial pour soutenir les Bleus – parfois avec la candeur du fan de foot qu’il est – le sait mieux que quiconque. Il a d’ailleurs volontiers filé la métaphore pour expliquer, dimanche soir, que « ce que ce match nous dit aussi, c’est qu’il n’y a jamais de scénario écrit d’avance, que c’est toujours possible. » Mais celui qui a dynamité le paysage politique français en 2017 – un scénario qui n’était lui aussi pas écrit – doit aujourd’hui s’atteler à réparer un pays fracturé. Le président, qui présentera dans onze jours ses premiers vœux du Nouvel an de son second quinquennat, doit se garder d’user de la méthode Coué et chercher au contraire les mêmes mots de réconfort qu’il a murmurés avec bienveillance à l’oreille de Kylian Mbappé. Trouvera-t-il ces mots bleus et les Français y seront-ils réceptifs ? Réponse le 31 décembre.

(Editorial publié dans  La Dépêche du Midi du mardi 20 décembre 2022)

Nouveau chapitre

zeroe

S’il y a bien un secteur économique et industriel qui a montré sa résilience après la crise sanitaire de l’épidémie de Covid-19, c’est bien l’aéronautique. Rappelons-nous l’impact considérable de la pandémie : un arrêt brutal du transport aérien qui s’est immédiatement répercuté sur l’industrie aéronautique et tous les acteurs de cette filière, du petit sous-traitant au géant Airbus, des aéroports à toute l’économie qui gravite autour de l’aérien. Le choc était tel que certains se demandaient même si la filière aéronautique pourrait un jour se relever. C’était sans compter sur l’intervention aussi rapide que massive des pouvoirs publics pour sauver, en Europe, cette industrie phare et le sang froid avec lequel les différents acteurs ont réagi pour rebondir et finalement poursuivre aujourd’hui l’aventure aéronautique.

Après une année 2020 où la filière française a perdu quelque 28 % de son chiffre d’affaires, la remontée en cadence s’est ressentie dès 2021 et s’est poursuivie cette année comme l’atteste la nouvelle enquête sur la filière aérospatiale dans le Grand Sud-Ouest, réalisée par l’Insee en partenariat avec le pôle Aerospace Valley. Ce redécollage s’est notamment traduit par une hausse des commandes – 10 ans de carnet de commandes pour Airbus, assure son PDG Guillaume Faury –, un retour des embauches avec toutefois des difficultés de recrutement et un optimisme tangible… mais réaliste car il peut encore survenir bien des turbulences.

L’évolution de la guerre en Ukraine ; celle de l’épidémie de Covid qui pourrait durement frapper la Chine (depuis que celle-ci a renoncé à sa stratégie zéro-Covid) maillon essentiel de la chaîne aéronautique mondiale ; la pénurie de matières premières et notamment de titane (50 % provenaient de la Russie avant la crise) ; les difficultés de recrutement pour tenir les cadences ; ou encore la question de la défense fragilisée quand certains pays européens choisissent de se fournir aux États-Unis…

Mais, au-delà de ces menaces mouvantes, on sent que la donne a changé et que la filière aéronautique est prête pour un nouveau chapitre de son histoire. Il a d’ailleurs commencé à s’écrire à Toulouse en février dernier lors du Sommet européen de l’aviation au cours duquel les vingt-sept pays membres de l’Union européenne et les dix États de la Conférence européenne de l’aviation civile ont acté leur soutien à un objectif de neutralité carbone du transport aérien d’ici 2050. Un objectif qui passe par de nouvelles perspectives technologiques, des carburants durables au développement de l’électrique ou de l’hydrogène, Airbus étant fortement mobilisé pour créer un véritable écosystème de l’hydrogène. Autant de projets pour que l’Europe arrive la première à développer l’avion de demain, l’avion zéro émission.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 16 décembre 2022)

SOS Ehpad

ehpad

C’est un SOS que lancent les maisons de retraite, un cri d’alarme que portent les directeurs et personnels des Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) qui, aujourd’hui, sont à bout pour faire face à une situation de crise d’un niveau jamais vu. Après l’épidémie de Covid-19 qui a bouleversé tout un secteur pendant plusieurs mois, isolant les résidents de leur famille et mobilisant 24 heures sur 24 les personnels, et après le scandale Orpea sur la maltraitance des personnes âgées qui a pu jeter la suspicion sur l’ensemble de la profession, les Ehpad font face maintenant à une double crise : le manque criant de personnels et l’impact de l’inflation.

Le manque de personnels n’est certes pas une nouveauté mais l’absence d’attractivité suffisante des métiers du grand âge provoque de réelles difficultés de recrutement. La profession aurait besoin de quelque 100 000 professionnels soignants en cinq ans, selon les organisations représentatives, le gouvernement en promet le financement pour la moitié, dont 3 000 pour 2023 selon le projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Conséquences : un établissement sur quatre gèle les entrées pour continuer à assurer un encadrement minimal des résidents.

Mais c’est surtout l’inflation galopante qui percute le plus le fonctionnement des Ehpad. Inflation sur les produits alimentaires et inflation sur le coût de l’énergie. Certains établissements ont vu leurs factures énergétiques s’envoler de 600 % ! Intenable. 85 % des directeurs interrogés par la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées prévoient un déficit budgétaire à la fin de l’année 2022. En dépit des promesses de recrutement et des aides à l’énergie du gouvernement, le manque chronique de personnels et l’inflation qui se poursuit mettent en péril certains Ehpad, notamment les petites structures.

Mais la crise des Ehpad apparaît bien plus profonde et concerne l’ensemble de la société française qui va être confrontée à un immense défi : celui du vieillissement. Selon l’Insee, d’ici à 2070, le nombre des 75 ans ou plus devrait croître de 5,7 millions. En 2040, il y aurait 51 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 37 en 2021. La France doit donc urgemment se préparer à ce papy-boom, s’organiser pour faire face à ce défi du Grand âge. En 2020, une nouvelle branche de la Sécurité sociale a été créée avec un cinquième risque, celui de l’autonomie. Depuis, on attend toujours la grande loi sur l’autonomie promise par Emmanuel Macron mais toujours pas mise à l’agenda… Les différentes concertations conduites ces dernières années et notamment celle du Conseil national de la refondation (CNR) Santé lancé le 3 octobre montrent qu’il est désormais temps de sortir des débats et de rédiger cette grande loi qui doit assurer à tous les Français de « bien vieillir ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 15 décembre 2022)

Mondialisation 2.0

inflation

Que nous réserve 2023 pour l’économie mondiale, celle de l’Europe et celle de la France ? Après le choc de la guerre en Ukraine qui a déclenché ou exacerbé de multiples crises, énergétiques, alimentaires, commerciales, bousculant les approvisionnements en matières premières, les experts semblent se perdre en conjectures, les uns pronostiquant une récession inéluctable, d’autres tablant sur un retour assuré de la croissance aussi infime soit-il. Autant de projections qui rappellent que l’économie, si elle est régie par de grandes règles, n’est pas une science exacte, n’en déplaise à ceux qui voudraient nous faire croire le contraire. L’économie, c’est aussi des options politiques, des orientations différentes qui s’offrent à nous, des choix à faire, pour le présent et pour l’avenir, pour le court et le long termes, pour les générations d’aujourd’hui et celles de demain.

La crise inflationniste que traverse le monde après la crise du Covid-19 va constituer, on le pressent, un tournant dans l’organisation du monde. La mondialisation heureuse, en tout cas celle qui aura contribué au développement de pays pauvres, à la libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises, mais aussi celle qui, par sa face sombre, aura provoqué le déclassement de certaines catégories de population dans les pays développés, arrive à la fin d’un cycle. Cette mondialisation-là est aujourd’hui percutée pour ne pas dire menacée par les questions de souveraineté énergétique, industrielle, alimentaire ; percutée par les questions que pose la transition écologique, ce défi colossal pour lequel on tarde tant à agir, les COP le montrent hélas ; percutée par le retour des protectionnismes ; percutée aussi par l’affaiblissement des démocraties face aux régimes autoritaires et dictatoriaux.

Si l’on ne veut pas que le monde ne se défasse – pour reprendre le mot d’Albert Camus lorsque, le 10 décembre 1957 en recevant son prix Nobel de littérature, il exhortait sa génération à agir pour les suivantes – il faut repenser le monde à l’aune de la nouvelle donne, sortir des dogmes tout en préservant un certain nombre de principes, inventer autre chose. Lorsqu’Emmanuel Macron s’est rendu aux États-Unis pour demander à Joe Biden de mesurer combien sa loi contre l’inflation (Inflation reduction act) avec ses aides massives aux entreprises américaines pouvait être pénalisante pour ses alliés européens, il a été écouté mais sûrement pas entendu par un président américain qui n’a pas l’intention de faire machine arrière. Et pourtant, l’idée de concilier multilatéralisme et souverainisme dans certains domaines semble bien la seule voie possible.

Cette mondialisation 2.0 à inventer devra corriger tous les effets néfastes de la première version à commencer par un juste partage de la valeur. Ce débat a lieu en France et c’est sans doute celui-ci que vont regarder le plus attentivement les Français, particuliers comme entrepreneurs, qui subissent le choc inflationniste de plein fouet en espérant que le monde de demain ne les laissera pas sur le bord du chemin.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 décembre 2022)

Défi européen

ampoule

La crise énergétique que traverse le monde, avec son spectaculaire cortège de hausses de prix sur le gaz et l’électricité – entamé en 2021 et exacerbé par la guerre en Ukraine – peut-elle devenir une opportunité, en Europe et en France ? Peut-elle être ce game changer, ce déclic qui impose de repenser profondément l’énergie ? En tout cas, elle nous oblige à ne plus tergiverser, à ne plus procrastiner sur les questions énergétiques et à agir à la fois pour résoudre l’urgence de l’explosion des factures et pour imaginer un nouveau modèle, à la fois souverain, efficient et respectueux de l’environnement. Quel défi pour l’Europe !

L’urgence, c’est d’abord d’apporter des solutions aux citoyens qui voient leurs factures de gaz et d’électricité flamber ou qui se démènent dans une insupportable précarité énergétique, mais aussi aux petites entreprises dont les factures sont multipliées par cinq ou dix et qui se retrouvent poussées à licencier du personnel voire stopper leur activité pour espérer surnager. La plupart des pays européens ont pris des mesures d’aides, des boucliers tarifaires, et la France est d’ailleurs l’un de ceux qui ont été les plus actifs. On peut déplorer toutefois que, comme pour les vaccins contre le Covid-19, il n’y ait pas eu de meilleure coordination européenne.

Ces solutions d’urgence, très coûteuses pour les États, ne peuvent toutefois être que transitoires et l’Europe doit rapidement penser à revoir son modèle énergétique pour assurer à la fois son indépendance et réussir sa transition énergétique. La Commission européenne, par pur dogmatisme, a souvent commis de graves erreurs en matière d’énergie comme l’ouverture à la concurrence, le couplage des prix du gaz et de l’électricité, le subventionnement parfois acrobatique des énergies renouvelables ou encore le mécanisme complexe du marché du CO2. Martelant qu’elle ne voulait ni « fragmentation » ni « distorsion du marché unique », Ursula von der Leyen fait aujourd’hui des propositions, mais chaque pays membre ayant un mix énergétique, et donc des priorités nationales, différents, le consensus va être très difficile à atteindre. L’énergie met clairement l’unité de l’UE à l’épreuve.

La crise énergétique met aussi chaque pays face à ses propres responsabilités et ses propres choix énergétiques. Parce qu’il est l’actuel président de la République, Emmanuel Macron doit endosser non seulement ses propres choix depuis 2017… mais aussi ceux de ses prédécesseurs, aussi injuste cela soit-il. L’état déplorable de notre parc nucléaire vieillissant, jadis fierté industrielle française, le retard dans le déploiement des énergies renouvelables (éolien terrestre, en mer, photovoltaïque, géothermie ou hydroélectricité), la rénovation thermique des bâtiments très insuffisante : tous ces dossiers – sur lesquels les experts et les associations ont pourtant alerté en vain les pouvoirs publics – doivent être corrigés d’urgence.

Des textes de loi sur les énergies renouvelables et la relance du nucléaire sont en discussion ; il serait dramatique que ces sujets soient freinés par des manœuvres politiques ou électoralistes à courte vue alors qu’il s’agit de préparer le cadre de vie des générations futures.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 9 décembre 2022)

Noël quand même

 

Noel

Les rues bondées et la foule dans certains magasins ces derniers jours ne doivent tromper personne. Nulle insouciance de Français qui toiseraient ainsi les difficultés, mais plutôt l’envie – malgré tout – de préparer les fêtes de fin d’année, seule occasion de se réchauffer le cœur avec ses proches avant d’affronter une série de difficultés. Car celles-ci ne manqueront pas, à commencer par le rebond de l’épidémie de Covid-19 qui provoque une légitime inquiétude lorsqu’il s’agit de retrouver la famille élargie et les grands-parents. Les mouvements sociaux qui vont perturber les déplacements en train et en avion ajoutent aux inquiétudes. Et la perspective de coupures d’électricité complète un tableau fort peu sympathique. 

Mais c’est bien sûr l’inflation galopante qui inquiète le plus les Français. Selon un sondage Odoxa paru ce 1er décembre, les Français estiment désormais l’inflation à 15,8 %… soit 2,5 fois plus que le niveau enregistré par l’Insee, deux fois plus que celui estimé par les Français à la rentrée et six fois plus que leur estimation de l’inflation l’année dernière… Cet indicateur « d’inflation perçue » joue évidemment sur le moral – près de 8 Français sur 10 (78 %) se disent « moins confiants en l’avenir » – mais aussi complique les achats de Noël. Comment faire ses cadeaux quand les prix ont augmenté à ce point ? Comment remplir sa hotte pour toute sa famille quand on est contraint de revoir son budget à la baisse en prévision de la hausse des factures ? 

 Ce casse-tête-là, nombre de familles tentent de le résoudre depuis plusieurs semaines avec parfois la crainte de tomber dans la précarité. À cause de l’inflation, 43 % des Français ont déjà dû intervenir sur leur épargne pour faire face à leurs dépenses courantes alors qu’ils n’étaient « que » 36 % avant l’été. L’arrivée de Noël complique un peu plus la donne au point qu’un tiers des Français craint de ne pas pouvoir offrir de cadeau à ses proches, selon une enquête Ifop. 63 % des parents prévoient ainsi de faire de plus petits cadeaux à leurs enfants cette année (contre 55 % en 2021), et 59 % d’entre eux pensent même qu’ils devront renoncer à d’autres achats pour pouvoir justement acheter des cadeaux… 

Dès lors on a vu apparaître de nouveau comportements d’achats avec le recours aux produits reconditionnés, particulièrement pour tout ce qui est high-tech, l’envie de faire des cadeaux plus utiles que futiles, l’usage de comparateurs sur internet pour trouver le meilleur prix, des commandes qui se font de plus en plus sur internet, et l’engouement pour les promotions du black friday et du cybermonday. Autant d’astuces et de stratégies de consommation. Ce Noël sous inflation sera donc bien singulier. Mais les Français veulent malgré tout en préserver la magie, comme pour prendre des forces avant d’attaquer l’année 2023…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 3 décembre 2022)


Rien n'est fini...

 

masque

On avait fini par l’oublier. Entre la crise énergétique et ses semaines de pénurie d’essence, l’inflation galopante qui est déjà à deux chiffres pour les produits alimentaires et les perspectives préoccupantes de la facture à la hausse de l’énergie et de potentielles coupures de courant cet hiver, l’épidémie de Covid était passée au second plan. Presque oubliée, car en matière de santé, les regards se portent sur l’épidémie de bronchiolite d’une ampleur sans précédent depuis une dizaine d’années et sur l’arrivée d’une grippe saisonnière annoncée comme plus virulente que les années passées.

Et pourtant, le coronavirus est loin d’avoir disparu et la France fait face à un rebond épidémique qui se transforme en une menaçante 9e vague. Le Covid se retrouve ainsi en mesure, une nouvelle fois, de gâcher Noël et les fêtes de fin d’année. Comme en 2020, nous replongeons dans les angoisses que nous avons vécues et les dilemmes qui étaient les nôtres lorsque l’on se demandait s’il fallait isoler papy et mamie dans la cuisine pour ne pas les contaminer, comme le recommandait alors fort maladroitement Jean Castex.

À ceci près que cette fois, nous sommes mieux armés qu’en 2020… à condition d’utiliser les armes dont nous disposons. Tous les médecins le disent, nous devons renouer avec le respect des gestes barrière et une certaine distanciation sociale. Nous devons aussi remettre le masque autant que nécessaire lorsque nous sommes dans les transports ou dans des endroits clos avec beaucoup de personnes. Et nous devons nous vacciner que ce soit pour la première fois – 19,5 % de la population ne sont toujours pas vaccinés – que pour les doses de rappel, indispensables puisque la protection diminue avec le temps et que l’épidémie évolue avec ses variants. Ces conseils sont martelés par le gouvernement, qui joue, d’évidence, la carte de la pédagogie plutôt que celle de la contrainte – on est heureusement loin de la stratégie zéro Covid chinoise qui montre ses limites pour ne pas dire son échec. L’objectif de l’exécutif est clair : éviter que l’hôpital, toujours en souffrance, ne soit submergé par une triple épidémie de Covid, de grippe et de bronchiolite.

Cette 9e vague de Covid sera-t-elle la dernière ? Rien n’est moins sûr. Il y a un mois, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé – qui avait prédit la fin du Covid à la fin 2022 – a révisé ses propos, alors que le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international estime que le Covid-19 reste une urgence de santé publique mondiale, qu’il faut renforcer la surveillance et élargir l’accès aux tests, aux traitements et aux vaccins pour les personnes les plus à risque, et que tous les pays doivent mettre à jour leurs plans nationaux de préparation et de riposte.

« Bien que la situation mondiale se soit manifestement améliorée depuis le début de la pandémie, le virus continue de muter et de nombreux risques et incertitudes subsistent. Cette pandémie nous a déjà surpris et pourrait très bien nous surprendre encore. » Nous voilà prévenus…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 décembre 2022)

Un air de déjà-vu

medecin

En réclamant un doublement du tarif de la consultation de 25 à 50 euros, les syndicats de médecins libéraux qui appellent à deux jours de grève à partir de demain, savaient pertinemment ce qu’ils faisaient. Cette proposition-choc a été brandie d’abord pour marquer les esprits des Français. En mettant l’accent sur le prix de la consultation alors que les généralistes libéraux gagnent trois fois plus que le salaire moyen des Français selon le Panorama de la santé 2021 établi par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les syndicats et le jeune collectif « Médecins pour demain » à l’initiative du mouvement, ont fait un pari risqué, celui de se mettre à dos l’opinion qui pourrait ne pas comprendre une « grève de riche » en pleine inflation. Le gouvernement lui-même semble tenté de jouer l’opinion contre ce mouvement unitaire jamais vu depuis 2015, dont les animateurs n’excluent d’ailleurs pas, si aucune avancée concrète n’est obtenue, un durcissement durant les fêtes de fin d’année, à l’heure de l’arrivée d’une 9e vague du Covid-19 et d’une épidémie de grippe saisonnière annoncée comme corsée et d’une épidémie sévère de…

Mais il faut sans doute aller au-delà de la consultation à 50 euros pour mesurer combien cette proposition-choc est d’abord le cri du cœur d’une profession qui se sent déconsidérée et peu écoutée par les pouvoirs publics. Comme un appel aux Français pour qu’ils regardent en face l’état de leur système de santé et l’épuisement d’une majorité de leurs médecins généralistes, qui essuient journées à rallonge, stress, incivilités croissantes, multiplication des rendez-vous non honorés, et plus généralement des tâches administratives chronophages qui empiètent sur les actes purement médicaux. Autant de choses qui rendent moins attractif un métier déjà en sous-effectif depuis la baisse du numerus clausus dans les années 80-90. Pour justifier la revalorisation du prix de la consultation – qui se rapprocherait de la moyenne européenne de 46 € – les médecins grévistes mettent ainsi en avant l’amélioration de la qualité des soins qu’elle apporterait et l’attractivité du métier qu’elle renforcerait. Et parient sur le fait qu’elle serait transparente pour les patients, remboursés par la Sécurité sociale.

A contrario, justement, l’Assurance maladie impécunieuse ne semble pas en mesure de supporter le surcoût de 7 milliards d’euros que représenterait ce doublement du prix de la consultation. Le ministre de la Santé François Braun lui-même a indiqué qu’il ne serait « pas crédible » de « tout mettre à 50 euros », quand certains parlementaires s’agacent déjà des prétentions des médecins qui freinent toute mesure qui les mobiliserait pour participer, par exemple, à la résorption des déserts médicaux.

Ce dialogue de sourd entre l’État et les médecins libéraux, entre les objectifs de l’un et les revendications des autres, n’est pas nouveau, y compris son bras de fer sur le prix des consultations. « Il y aura un équilibre à trouver pour progresser ensemble », a promis François Braun en rappelant que « les partenaires conventionnels devront s’engager : liberté et responsabilité, droits et devoirs, revalorisation et contrepartie. » Un air de déjà-vu qui ne saurait exclure une vraie réflexion sur la place de la médecine de ville.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 30 novembre 2022)

Electrochoc

electricite

La France, historiquement exportatrice d’électricité grâce à ses centrales nucléaires - jadis fleuron industriel national - contrainte d’importer de l’électricité d’Allemagne et de procéder à des coupures d’électricité pour éviter un black-out général. Ce scénario humiliant pour la 6e puissance économique mondiale, jusqu’à présent inimaginable, est pourtant bien celui que le pays s’apprête à affronter dans les prochains mois.

Selon RTE, le gestionnaire du transport d’électricité, qui a révisé ses prévisions pour l’automne et l’hiver 2022-2023, il existe un risque « élevé » de tensions sur le réseau français en janvier prochain. Faute de disposer d’un parc nucléaire pleinement opérationnel en raison notamment du retard dans le calendrier de maintenance des réacteurs, les Français pourraient voir le signal Ecowatt passer au rouge, signe de possibles « délestages » temporaires et ciblés. Une perspective qui ne serait pas amoindrie par la baisse de la consommation des Français, qui ont, visiblement, déjà adopté une certaine sobriété.

Pour l’exécutif, ces possibles coupures constituent un véritable cauchemar et en tout cas un électrochoc. Si Elisabeth Borne et ses ministres, qui ont abordé le sujet lors de leur dernier séminaire gouvernemental, font tout pour « ne pas angoisser » les Français et les assurer que l’hiver va bien se passer, en coulisses, on se prépare au pire. Une cellule interministérielle de crise, dite d’anticipation, pilotée par le directeur de cabinet de la Première ministre et une préfète dédiée s’est installée dans les sous-sols du ministère de l’Intérieur il y a un mois et réunit deux fois par semaine tous les acteurs concernés pour préparer les modalités des délestages. Qui sera touché, qui ne le sera pas ? Les hôpitaux et les prisons seront préservés, mais quid des entreprises, des commerces, des gares et aéroports ? Un vrai casse-tête.

Un casse-tête qui ne sera sans doute rien face au défi énergétique qui attend Emmanuel Macron et son gouvernement. Sous le feu des oppositions qui critiquent le chef de l’État tantôt pour avoir signé l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim, tantôt pour en faire trop ou pas assez sur les énergies renouvelables ou le nucléaire, et qui raillent maintenant le Président qui serait contraint d’imposer la bougie aux Français en cas de coupures de courant, Emmanuel Macron doit, peu ou prou, réinventer un nouveau mix énergétique français. Un mix à même de répondre aux enjeux de la transition écologique : honorer les engagements de la France en termes de réduction des émissions de CO2 et en même temps s’assurer de disposer de suffisamment d’électricité pour répondre par exemple au bouleversement de l’arrêt des voitures thermiques.

Le Président, qui ne saurait être seul responsable de l’incurie qui frappe l’entretien des centrales nucléaires, a pris la mesure du dossier, acté en février la « renaissance du nucléaire » avec la mise en service de 25 GW de nouvelles capacités d’ici à 2050 et le déploiement de petits réacteurs modulaires, ou décidé du renforcement des énergies renouvelables, éoliennes en tête, domaine où la France accuse un sérieux retard. Reste à savoir si, face à l’urgence, ses projets de loi trouveront une majorité pour être votés…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 25 novembre 2022)


Larmes à l'oeil

myopie

C’est une épidémie silencieuse sur laquelle nous aurions tort d’être… aveugles : en 2050 dans le monde, près de la moitié de la population sera myope. Selon les projections, 5 milliards de personnes dans le monde pourraient ainsi être frappées de myopie d’ici à 2050, contre 2,5 milliards aujourd’hui. Actuellement, l’Asie de l’Est est la région du monde la plus concernée avec entre 56 et 80 % de la population myope contre 35 % aux États-Unis et 33 % en Europe. En France, environ 35 % de la population souffre de ce trouble visuel le plus courant qui altère la vision de loin. Si elle se corrige aisément par le port de lunettes, de lentilles ou par des opérations au laser aujourd’hui parfaitement fiables, la myopie est loin d’être anodine et peut déboucher sur des complications. La myopie augmente ainsi le risque de décollement de la rétine, d’une cataracte précoce et de glaucome, qui est multiplié par deux chez les myopes et par cinq chez les myopes forts. Et elle constitue la quatrième cause de cécité.

Dès lors les premières journées nationales d’information et de dépistage de la myopie, organisées depuis lundi et jusqu’à ce vendredi par l’Institut d’Éducation Médicale et de Prévention (IEMP), sont importantes pour informer les Français, qui connaissent encore mal la myopie, et pour la dépister. Un dépistage d’ailleurs capital chez les enfants où la progression de ce trouble inquiète les spécialistes. La première grande étude épidémiologique française sur la myopie, réalisée en 2021 par le groupe Krys et le CHU de Poitiers, a montré, en effet, que 20,5 % des moins de 18 ans étaient touchés soit un enfant sur cinq et même un sur deux à 17 ans… La myopie affecte leur développement, l’ensemble de leurs compétences motrices, cognitives ou affectives et donc potentiellement leur scolarité. Plus une myopie apparaît tôt, plus elle risque d’évoluer rapidement vers des formes sévères à l’âge adulte ; il est donc important de la corriger dès que possible voire de la freiner dans certains cas.

Cette progression de la myopie interroge en tout cas car elle n’est pas seulement imputable à des prédispositions génétiques ; elle peut aussi apparaître au fil des ans en raison de nos habitudes de vie – on parle de myopie comportementale – et plus particulièrement de notre usage des écrans. Des chercheurs de l’Université australienne de Flinders ont démontré que l’usage répété d’écrans (tablettes, smartphones, ordinateurs) favorise la myopie car avec la lumière bleue qu’ils émettent, ils perturbent le cycle circadien et provoque un décalage du temps de sommeil. Il est donc important de limiter le temps passé derrière ses écrans, notamment le soir, mais aussi de pratiquer des activités physiques et de plein air.

Des conseils répétés depuis plusieurs années mais qui peinent à être suivis tant notre société de plus en plus numérisée a multiplié les écrans. Dans sa vaste étude « France, portrait social » 2022 publiée mardi, l’Insee indique ainsi que 27 % des enfants de moins de deux ans et 54 % des moins de 5 ans et demi utilisent des écrans. Alors demain, tous myopes ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 24 novembre 2022)


Au pied du mur

 

chauffage

Lorsqu’Élisabeth Borne a dévoilé le plan de sobriété énergétique du gouvernement, le 6 octobre dernier, les Français avaient la tête ailleurs, davantage préoccupés par la hausse des prix alimentaires ou des carburants. Les températures étaient, de plus, quasi printanières ce jour-là, bien au-dessus des moyennes saisonnières. En Occitanie, elles étaient même au-delà des 20 °C avec des pics à 26° à Perpignan, 25° à Montpellier, 23° Toulouse… Autant dire que l’hiver semblait bien loin et avec lui les interrogations pour se chauffer au meilleur prix compte tenu de l’inflation galopante affectant les énergies. Les appels gouvernementaux à la sobriété énergétique, relayés par la campagne un brin paternaliste « Je baisse, j’éteins, je décale », semblaient aussi tomber à plat.

Mais depuis, les températures ont singulièrement baissé et la France se retrouve bel et bien au pied du mur pour affronter le défi énergétique de cet hiver. Le gouvernement peut se targuer – à raison – d’avoir mis en place de nombreuses aides financières pour limiter à 15 % la hausse des prix du gaz et de l’électricité qui va intervenir le 1er janvier, pour aider les Français qui se chauffent encore au fioul, ou pour contribuer à installer des thermostats.

Depuis l’automne 2021, le déploiement du « boucler tarifaire » sur l’énergie (en incluant les ristournes carburant) a déjà coûté quelque 24 milliards d’euros à l’État. Un « quoiqu’il en coûte » conséquent, qui va s’élargir aux entreprises, au point qu’il a fini ce mardi par inquiéter le Fonds monétaire international (FMI) qui a appelé la France à y mettre un terme en 2023… Mais un quoiqu’il en coûte forcément utile pour les Français qui s’inquiètent de voir la part de leur budget consacrée à l’énergie bondir au-delà des 10 %.

Pour éviter l’explosion de leur facture, les Français ont d’ores et déjà adopté la sobriété et les éco-gestes, fixant à 19° la température dans leur logement, ou surveillant leur consommation grâce aux nouveaux outils numériques. Certains ont même anticipé des travaux d’isolation ou de changement de chaudière. Des efforts mesurés par exemple par RTE qui a constaté une diminution de la consommation d’électricité de l’ordre de 5 à 7 % par rapport à son niveau de 2019.

À cette sobriété « choisie » par la force des choses fait écho une sobriété « subie » de longue date par les Français qui sont en situation de précarité énergétique. Les associations estiment, en effet, que 20 % des Français – soit 12 millions de personnes – sont concernés par cette insupportable précarité énergétique qui a de lourdes conséquences. D’après une étude économétrique de l’OFCE, le fait d’habiter dans un logement difficile à chauffer accroît de 50 % le risque de se déclarer en mauvaise santé… Il y a donc plus que jamais urgence à s’attaquer à ce mal-logement et en premier lieu aux passoires thermiques. Un défi au long cours comme l’a rappelé Elisabeth Borne à l’Assemblée, en estimant que la sobriété, et tout ce qu’elle implique comme politiques socio-économiques, énergétiques et environnementales, « n’est pas la mode d’un hiver. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 23 novembre 2022).

La tactique de TikTok

tiktok

À trop se concentrer sur les GAFAM, les géants Américains de la Silicon Valley que sont Google, Amazon, Facebook et dans une moindre mesure Apple et Microsoft, autant de sociétés aux PDG stars, on en a presque oublié que le monde recelait aussi d’autres géants du numérique, et notamment en Chine. Dans l’empire du milieu où internet est placé sous l’implacable contrôle du régime communiste qui manie surveillance et censure, on les appelle les BATX pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Quatre des plus grandes entreprises technologiques mondiales qui sont bien moins connues du grand public que leurs équivalents américains. Mais ça, c’était avant que ne débarque TikTok.

Le réseau social de partage de vidéos courtes, adapté d’un réseau 100 % chinois, a, d’évidence, changé la donne. En six ans, il a conquis la planète et particulièrement la planète ado, les jeunes répondant du tac-au-tac à TikTok pour relever ses challenges, danser et chanter. Une tactique payante construite sur de puissants algorithmes. Propriété du leader chinois de l’intelligence artificielle, ByteDance – qui a su lever plus de 4 milliards de dollars y compris auprès de fonds d’investissement américains – TikTok connaît un insolent succès partout sur la planète au point de donner des sueurs froides aux réseaux sociaux américains. Tous ont peu ou prou copié les fonctionnalités de TikTok qui totalise ,1,5 milliard d’utilisateurs, mais sans pouvoir freiner sa progression incroyable… et inquiétante.

Inquiétante d’abord pour les utilisateurs et leurs parents. Contenus violents ou inappropriés, instrument de harcèlement scolaire, vecteur de challenges dangereux : TikTok, dont la modération est plus que perfectible, a souvent créé la polémique. Le réseau social illustre aussi combien l’addiction aux écrans est forte chez les adolescents et combien les adultes et l’Éducation nationale doivent accompagner les jeunes dans l’utilisation des applications sociales.

Inquiétante ensuite car TikTok – sous contrôle de l’État chinois qui peut à tout moment jouer les censeurs sur tel ou tel contenu ou exiger d’avoir accès aux données collectées – fonctionne de manière opaque et sans que l’on sache exactement comment il traite les données de ses utilisateurs et ce qu’il sait exactement d’eux. La fuite d’enregistrements de réunions internes a d’ailleurs montré que des données de membres américains non publiques ont été transférées à Pékin. « Tout se voit en Chine », lâchait même un cadre de TikTok…

Soupçonné tantôt d’être un cheval de Troie de la propagande chinoise, d’être un outil d’espionnage ou une arme de manipulation dans les nouvelles guerres informationnelles, TikTok s’est retrouvé sur la sellette. Interdit en Inde, il pourrait l’être aux États-Unis où Donald Trump en avait fait sa bête noire et se retrouve en tout cas sous la loupe de plusieurs régulateurs, dont celui de l’UE qui lui rappellera nos règles. Celles du règlement général de la protection des données (RGPD), en vigueur depuis 2018, ou la nouvelle directive Digital Services Act (DSA), qui va imposer des obligations aux plateformes numériques (lutte contre les contenus illégaux, la désinformation, les atteintes à la liberté d’expression, aux mineurs et à leur santé mentale). Des garde-fous plus que jamais nécessaires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 18 novembre 2022)

Le revers de l'ambition

qatar

La coupe du monde de football qui commence ce dimanche au Qatar va mettre les projecteurs sur ce petit émirat qui, depuis près de trente ans, ne poursuit qu’un objectif : jouer dans la cour des grands. On ne doit ce dessein, rendu possible par les milliards de dollars du pétrole et du gaz dont regorge le sous-sol du pays, que par la farouche volonté d’indépendance affichée par la famille régnante Al Thani, au pouvoir depuis 1971, mais aussi par la vision du père de l’émir actuel qui a compris que la diversification de son économie et l’ouverture au monde de son pays étaient la clé de l’avenir.

Depuis 1995, le Qatar déploie, en effet, une méticuleuse stratégie d’influence, un soft power qui a commencé par la chaîne d’information en continu Al Jazeera et s’est poursuivi une décennie plus tard par la création du richissime fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA). Doté de 460 milliards de dollars, il investit partout dans le monde dans les transports et les industries, la finance et l’immobilier, les médias et, donc, le sport.

À cette frénésie s’ajoute une intense et singulière activité diplomatique. Dans une position de pivot entre l’Arabie saoudite et l’Iran, le Qatar se targue de pouvoir parler à tous et de soutenir qui bon lui semble – on l’a ainsi vu appuyer certains des printemps arabes en 2011 – pour devenir un interlocuteur incontournable au Moyen-Orient, dans les pays arabes et de l’Occident où il paye rubis sur l’ongle avions de chasse et armements.

L’attribution en 2010 de la coupe du monde de 2022 a constitué l’apothéose de cette stratégie. Être le premier pays arabe à accueillir cette compétition consacrait l’émirat comme un pays qui pèse. C’était sans compter sur un terrible effet boomerang qui bouscule aujourd’hui le Qatar, comme le revers d’une ambition jusqu’à présent toujours couronnée de succès. Car ce qui pouvait passer il y a 12 ans ne passe plus aujourd’hui et l’émirat se retrouve noyé sous un flot de critiques.

Des soupçons de corruption au sort des travailleurs migrants dont plus de 6 500 sont morts sur les chantiers des stades, de l’impact environnemental de la compétition au non-respect des droits de l’Homme et des homosexuels, en passant par la place des femmes et les appels internationaux au boycott, le petit émirat – qui a mal anticipé l’exposition médiatique d’une coupe du monde – est attaqué de toutes parts et crie à l’injustice. Il est vrai pour sa défense que ses contempteurs, qui s’indignent bien tardivement et parfois même après avoir largement profité de ses pétrodollars, étaient cyniquement bien moins regardants pour la coupe du monde de la Russie, et que le Qatar, s’il conserve des pratiques intolérables quant aux droits humains, a progressé et entamé des réformes qui sont absentes chez ses voisins.

Contrairement à ce qu’à dit hier Emmanuel Macron qui ne veut pas « politiser le sport », la coupe du monde de football – tout comme les JO – a toujours été un acte politique, de géopolitique même car elle reste l’un des rares événements où le monde entier se retrouve et se regarde. Elle dit aussi une vérité sur l’époque et sur des pratiques qui, en l’occurrence, devront évoluer. Mais cela ne peut être que l’affaire de tous et, à quelques heures du premier coup de sifflet, pas seulement du Qatar ou des joueurs. En revanche, ces derniers sont bien légitimes pour rappeler à tous qu’ils sont porteurs des valeurs du sport où les discriminations n’ont pas leur place.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 18 novembre 2022)

Brume électrique

senior

À l’heure où s’ouvre un second cycle de concertation entre le gouvernement et les partenaires sociaux autour des questions d’équité et de justice sociale, la réforme des retraites commence-t-elle – enfin ! – à sortir de la brume ? L’exécutif – qui marche à l’évidence sur des œufs – dévoile par petites touches ce que pourrait contenir cette réforme controversée qu’Emmanuel Macron entend absolument faire adopter au pas de charge pour une entrée en vigueur à l’été 2023. Sans éviter de souffler le chaud et le froid pour contenter tout le monde, le ministre du Travail Olivier Dussopt, qui pilote les concertations, énumère ainsi dans Les Échos des premières pistes qui pourraient faire consensus… mais aussi celles qui font dissensus.

D’un côté, une meilleure prise en compte du travail des seniors, point faible de la France par rapport à ses voisins européens, une meilleure considération des critères de pénibilité qui pourraient être élargis et des carrières longues, mais aussi une hausse de la retraite minimale au-delà des 1 100 € promis aux futurs retraités par Emmanuel Macron. De l’autre la fin des régimes spéciaux chez EDF et la RATP – deux bastions syndicaux – avec la même clause du grand-père adoptée pour la réforme du régime de la SNCF, et le report progressif de l’âge de départ qui pourrait aussi s’appliquer aux fonctionnaires. Même si le temps presse, le gouvernement tente ainsi de bâtir une réforme des retraites qu’il juge indispensable – bien que le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites ne l’estime pas urgente – en tenant compte de l’hostilité d’une large partie de l’opinion sur le report de l’âge de départ, dont la CFDT a fait une ligne rouge.

Si Olivier Dussopt concède ne pas sous-estimer la capacité de mobilisation dans la rue des syndicats, il lui reste à gagner la bataille de l’opinion et la bataille politique. La première sera difficile à remporter car tous les sondages, depuis des mois, montrent que les Français sont attachés à l’âge actuel de départ de 62 ans.

La bataille politique, elle, pourrait être plus facile à gagner grâce aux parlementaires Les Républicains vers lesquels Emmanuel Macron a explicitement fait une proposition d’alliance le 26 octobre sur France 2. À la faveur du vote sur le Budget de la Sécurité sociale, le Sénat dominé par les LR a voté hier une réforme des retraites précédée d’une période de négociations qui devrait prendre en compte pénibilité, carrières longues et emploi des seniors. En cas d’échec, la droite prévoit un allongement de la durée de cotisation et le report progressif de 62 à 64 ans de l’âge légal de départ. Les points de convergence avec la majorité présidentielle sont tels que Gabriel Attal y a immédiatement vu la possibilité de « trouver une majorité » sur une réforme des retraites qui correspond à l’ADN des LR.

À gauche, on dénonce par avance cette alliance qui pourrait se nouer lors de l’examen de l’amendement LR à l’Assemblée la semaine prochaine, court-circuitant de fait tout vrai débat. « Il faut d’urgence une réunion de toute la gauche sociale et politique pour organiser le barrage à l’Assemblée et dans les rues », a tonné hier Jean-Luc Mélenchon.

La réforme des retraites sort de la brume, mais une brume électrique…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 16 novembre 2022)

La mécanique du clash

TPMP

Qu’il semble loin le temps des débuts de Touche pas à mon poste. Ce n’était qu’en 2010 mais à l’échelle de la télévision, c’est une éternité. Cyril Hanouna est alors l’animateur phare de France 4 lorsque le premier numéro de TPMP est lancé. Autour de quelques chroniqueurs, l’émission veut raconter l’actualité des médias. Le ton est bon enfant, joyeux, juste ce qu’il faut d’irrévérencieux. C’est un vrai succès, le programme fait deux fois l’audience moyenne de la chaîne. En 2012, Cyril Hanouna passe sur D8 avec armes et bagages et emporte avec lui TPMP qui va alors subir, de saison en saison, de multiples transformations, agrandissant son plateau, multipliant le nombre de chroniqueurs et, surtout, élargissant son champ d’action à l’actualité et à la politique, pour finir par devenir le programme phare et la locomotive de C8, l’une des chaînes de l’empire médiatique de Vincent Bolloré.

Entre les deux hommes, la confiance est totale et, en 2015, l’ombrageux milliardaire renouvelle le contrat de l’animateur pour le montant faramineux de 250 millions d’euros sur cinq ans. TPMP, rival d’un « Quotidien » plus policé chez les concurrents de TMC (groupe TF1), fait du clash et du buzz sa marque de fabrique, n’hésitant jamais à aborder les sujets les plus sensibles avec le moins de pincettes possibles au nom d’une prétendue liberté d’expression qui ne s’exerce que dans le cadre des intérêts bien compris de Vincent Bolloré.

Depuis 2012, les polémiques se sont multipliées, C8 a été plusieurs fois condamnée, mais le succès d’audience est tel qu’il semble toujours supplanter le côté sulfureux du programme. Ce qui aurait dû constituer une alerte pour les politiques a, au contraire, agi comme un aimant sur certains d’entre eux en mal de notoriété. Invoquant le besoin de « parler à tout le monde » et à l’audience populaire de l’émission, nombre d’élus se sont ainsi précipités chez Hanouna, de Marlène Schiappa à Jean-Luc Mélenchon en passant par Sandrine Rousseau. Certains Insoumis sont même devenus chroniqueurs comme Raquel Garrido et… Louis Boyard. Ce dernier, violemment pris à partie jeudi par Cyril Hanouna et traité sans l’égard dû à un député de la Nation, pour avoir eu l’outrecuidance d’évoquer les affaires de Vincent Bolloré en Afrique et ses déboires judiciaires, sera-t-il le grain de sable qui va gripper l’implacable mécanique du clash de TPMP ? Voire. Dénoncer aujourd’hui, comme le font depuis jeudi plusieurs responsables politiques, le danger que constituerait l’émission pour la démocratie après y avoir abondamment et complaisamment participé est pour le moins acrobatique… même si, sur le fond, l’émission pose clairement question.

À l’occasion de l’élection présidentielle, la chercheuse Claire Sécail a, en effet, démontré combien TPMP avait valorisé l’extrême droite, et notamment la candidature d’Eric Zemmour, au détriment de la gauche, invisibilisée, se jouant au passage du cadre réglementaire fixé par l’Arcom. Le poids croissant de Vincent Bolloré dans les médias audiovisuels, dans la presse écrite et l’édition, sa volonté d’imposer une ligne politique – sinon un agenda – ultraconservatrice, relève du débat sur la concentration des médias. Un débat complexe qu’on ne risque pas de voir sur TPMP, mais qu’il est urgent d’avoir, car assurer la diversité, l’indépendance et la pluralité de la presse est l’une des conditions d’une bonne santé démocratique.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 15 novembre 2022).

Nouveaux obscurantismes

secte

Fin 2019, le transfert de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) de Matignon vers le ministère de l’Intérieur, au sein d’un secrétariat spécialisé dans la radicalisation (le CIPDR, Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance et de la Radicalisation), avait provoqué émoi et inquiétude chez les associations d’aides aux victimes des sectes. L’éventualité d’une suppression des archives et du site internet de la Miviludes, dont le travail était unanimement reconnu depuis 17 ans, avait ajouté aux craintes de voir amoindris les moyens d’un service de l’État, d’évidence, indispensable. Tout est ensuite rentré dans l’ordre et ce retour à la normale est sans doute dû à l’épidémie de Covid-19.

Car la pandémie historique a suscité de la peur et des inquiétudes évidemment légitimes dans la population effrayée par ce coronavirus dont on ne connaissait pas encore toutes les conséquences sur la santé et contre lequel on n’avait pas encore de vaccin. Les confinements qui ont provoqué de l’isolement ont rajouté à l’angoisse de beaucoup de Français. Sur ce terreau ont alors prospéré les complotistes de tout poil et les gourous marchands de guérison miraculeuse prêts à tout pour vendre leurs « conseils » ou leurs « grigris » potentiellement dangereux à des personnes fragiles dont ils ont abusé de la faiblesse.

Confortée par le gouvernement en termes de moyens, la Miviludes vient de publier son rapport d’activité 2021 qui confirme combien le Covid a bien été un catalyseur de mouvements épars et a façonné un nouveau visage des dérives et mouvements sectaires. L’essentiel des saisines – dont le nombre a augmenté de 33,6 % entre 2020 et 2021 à 4 020 cas – n’est plus seulement composé de groupes purement religieux mais bien des formes de médecines alternatives ou des promesses de bien-être et de spiritualité, qui attirent des personnes se méfiant de la médecine conventionnelle. Un seuil a été franchi comme le note le président de la Miviludes, le préfet Christian Gravel, qui pointe « une prolifération de nouveaux acteurs, plus discrets, maîtrisant le web et ses codes, sachant contrôler les esprits, en exploitant les peurs, la perte de repères, la recherche de solutions simples face à des questionnements existentiels, par définition complexes. » Naturopathes, sophrologues, adeptes de la méditation de pleine conscience, du coaching, du développement personnel, du bien-être, prosélytes du masculinisme ou des théories de conversion…

Autant de charlatans dont le pouvoir de nuisance est souvent démultiplié par la facilité avec laquelle, sur internet, ils peuvent diffuser leurs propos. Le catalogue à la Prévert fait d’autant plus froid dans le dos que derrière les signalements il y a des hommes et des femmes brisés, leurs proches anéantis.

Dès lors, plus que jamais, le combat contre ces charlatans doit être implacable, contre eux mais aussi contre les plateformes numériques qui laissent parfois trop longtemps en ligne des fake news ou des propos dangereux. La liberté d’expression a alors bon dos. Ce combat des Lumières contre les nouveaux obscurantismes sera long. Il doit tous nous mobiliser.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 13 novembre 2022)

Quelles mobilités ?

essence

Plus encore que les années précédentes, les observateurs pronostiquaient une rentrée politique très chaude, notamment en raison d’une Assemblée nationale renouvelée dans laquelle la majorité présidentielle n’était que relative. Les débats virulents, l’usage répété de l’article 49.3 par le gouvernement pour adopter les textes budgétaires et les polémiques diverses ont, d’évidence, contribué à une ambiance électrique sans toutefois atteindre le blocage. La « vraie » rentrée chaude pourrait dès lors intervenir en janvier.

Car c’est à ce moment-là que plusieurs éléments vont tendre le corps social : dans un contexte où l’inflation devrait se maintenir à un haut niveau, notamment sur l’alimentaire, les Français vont devoir faire face à la fin de la ristourne pour tous sur les carburants – celle du gouvernement comme celle de Total Energies – mais aussi à une hausse de 15 % des prix du gaz et de l’électricité, heureusement limitée par le bouclier tarifaire. Si l’on ajoute la controversée réforme des retraites qui pourrait arriver devant le Parlement à ce moment-là et un hiver rigoureux qui contraindrait les Français à dépenser davantage pour se chauffer, on a tous les ingrédients d’une période de fortes turbulences pour le gouvernement.

Sans préjuger de ce qui se passera vraiment, la question des prix des carburants reviendra en tout cas en première ligne car sans les ristournes auxquelles nous nous sommes habitués depuis avril dernier, les stations-service vont à nouveau afficher des prix dépassant allègrement les 2 euros le litre voire davantage en fonction des cours du pétrole, dont l’Opep + a refusé d’augmenter la production. Autant dire qu’il s’agira d’un retour à la case départ de l’essence (très) chère, insupportable pour les millions de Français qui ont besoin de leur voiture faute de disposer de transports en commun suffisants et efficaces. Le gouvernement, qui aura dépensé quelque 7,5 milliards d’euros pour les ristournes carburant, entend mettre en œuvre un nouveau dispositif plus vertueux, ciblé sur les « gros rouleurs » et les ménages les plus modestes. Aussi complexe soit-elle, cette mesure socialement plus juste sera bien sûr la bienvenue, mais elle constitue aussi, comme la ristourne, un choix court-termiste dénoncé par les associations écologiques. Comme le souligne Greenpeace, « le bouclier tarifaire et la ristourne généralisée à la pompe vont à l’encontre des objectifs climatiques du pays et consistent finalement à encourager la consommation d’énergies fossiles. »

Car derrière la hausse des prix des carburants qui pèse lourdement sur le budget des Français, se trouve le plus vaste sujet des mobilités de demain. Comment nous déplacerons-nous, avec quels moyens, individuels ou collectifs comme le train que promeuvent les Régions, serons-nous prêts pour généraliser la voiture électrique aujourd’hui très onéreuse et ne disposant pas des infrastructures de recharge suffisantes ? Et comment accompagner les Français pour qu’aucun ne soit laissé sur le bord du chemin ?

À côté des réponses immédiates, la France doit conduire d’urgence ce grand débat de la transition énergétique car il nécessite non seulement des investissements colossaux – l’économiste Jean Pisani-Ferry évoque 70 milliards d’euros en 2030 – mais aussi une révolution de nos habitudes et de nos comportements qui sera très difficile.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 11 novembre 2022)

Principes de réalité

hypermarché

Au choc de l’inflation, dont le retour est dû à de multiples facteurs - la reprise post-Covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique qui s’en est trouvée exacerbée, mais aussi les conséquences du réchauffement climatique et divers autres facteurs économiques dont les tensions de recrutements dans certains secteurs - semble répondre un choc de la perception qu’ont les Français de la hausse des prix. Comme si deux visions d’une même réalité se faisaient face.

D’un côté, les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) qui, chaque mois, dévoile la hausse des prix à la consommation avec un indice qui se veut au plus près de la réalité. Celui-ci mixe le relevé de 160 000 prix dans 26 000 points de vente partout en France, plus 500 000 relevés sur internet et des données de caisses de la grande distribution. 80 millions de produits sont ainsi suivis. Sur un an, selon l’estimation provisoire réalisée fin octobre, les prix à la consommation augmentent de 6,2 %. Mais la hausse sur l’alimentaire est de +11,8 % et même de +16,9 % pour les produits frais. À ce rythme, le « tsunami d’inflation » pronostiqué par Michel-Edouard Leclerc pour 2023 semble tout à fait possible.

Le gouvernement - comme Emmanuel Macron le 26 octobre sur France 2 avec ses graphiques - a beau expliquer que la France résiste mieux que ses voisins - c’est incontestable -, que les boucliers tarifaires sur l’énergie ont évité aux Français de voir leurs factures exploser, que la kyrielle de mesures adoptées en juillet par le Parlement et prolongées cette semaine a, d’évidence, protégé le pouvoir d’achat et que l’enquête diligentée par Bercy dans l’alimentaire a montré qu’il n’y avait pas eu de « profiteurs de crise » généralisés chez les industriels, les distributeurs et les agriculteurs, rien n’y fait.

Les Français ont, en effet, le sentiment que l’inflation qu’ils subissent est beaucoup plus forte que ne le disent les chiffres : ils estiment ainsi qu’elle est à un niveau deux fois plus élevé que celui présenté par l’Insee (12,5 % contre 6,2 %) selon un récent sondage Odoxa. Car à côté des statistiques, il y a ce que vivent nos concitoyens au quotidien en faisant leurs courses et en payant leurs factures. A la rationalité des chiffres officiels qui supposerait un comportement précis face à la hausse des prix s’oppose ainsi la subjectivité de la vraie vie, où chaque consommateur, exposé à de multiples contraintes et influences, a sa singularité. Ce décalage explique pourquoi toutes les enquêtes d’opinion montrent combien les Français sont inquiets pour leur avenir. L’inflation, qui plombe le moral, angoisse 92 % d’entre eux et 75 % pensent que 2023 sera une année de plus grandes difficultés économiques que 2022...

Pour Emmanuel Macron, il y a urgence à répondre à cette angoisse autrement qu’en martelant qu’ «on va tenir », surtout quand l’inflation continue de galoper. Il faut aller au-delà pour qu’à l’heure où la France va devoir affronter le défi de la transition écologique et ses mutations, les efforts demandés soient équitablement répartis et la hausse des prix supportable par tous.

(Éditorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 10 novembre 2022)