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Se réveiller

 


Les températures douces qui ont étreint une grande partie du pays pour Noël, les rayons de soleil qui donnent en cette fin d’année du baume au cœur des Français font du bien au moral. À l’heure où l’inflation continue de grimper et où la situation sanitaire se complique entre triple épidémie de grippe, de bronchiolite et de Covid et grève des médecins généralistes, ces journées quasi-printanières sont appréciables. Appréciables et pourtant inquiétantes, car elles couronnent une année 2022 historique sur le front climatique comme le note Météo-France qui vient de publier son bilan annuel.

2022 restera, en effet, comme l’année la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des relevés en 1900. Une année marquée par un manque criant de précipitations, une sécheresse des sols parmi les plus longues et les plus étendues en France et des événements exceptionnels qu’on croyait réservés à d’autres pays bien éloignés de nos latitudes. Les trois vagues de chaleur ont battu de nombreux records – notamment les 40 °C les plus précoces jamais relevés qui ont été mesurés cette année – exacerbé des feux de forêts majeurs et déclenché des canicules océaniques en Méditerranée inédites. Sans oublier les orages violents et même des tornades spectaculaires observées de la Normandie au Nord-Pas-de-Calais. Et l’Europe n’est pas en reste : à l’échelle du continent, l’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré.

Autant d’événements, autant de drames survenus dans nos forêts incendiées ou dans nos campagnes en manque d’eau, qui montrent que nous avons bel et bien changé d’époque et que les climatologues, notamment ceux participant à la rédaction des rapports du Giec, ont vu juste lorsqu’ils nous alertaient sur notre Maison qui brûlait pendant que nous regardions ailleurs. « Les épisodes estivaux remarquables de 2022 auraient été hautement improbables et nettement moins intenses sans l’effet du changement climatique », relève d’ailleurs Météo-France dans son bilan.

Aujourd’hui, nous devons non seulement regarder cette réalité en face, faites d’événements extrêmes – comme le blizzard historique qui a frappé les États-Unis – mais aussi nous préparer à vivre en France d’autres étés caniculaires dont 2022 aurait constitué les prémices. Car quels que soient les scénarios de réductions d’émissions de CO2 – bien insuffisantes et bien éloignées des engagements pris par les États dans les Accords de Paris en 2015 – la hausse quasi inéluctable des températures au-delà de +1,5 °C va provoquer de profonds bouleversements dont personne ne sera épargné. « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe climatique », a averti le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, infatigable diplomate du climat, qui appelle le monde à coopérer ou périr.

Il est temps de se réveiller…

(Editorial publié le vendredi 30 décembre 2022)

Photo DDM Bastien Arberet : La Mongie


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