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Bleus à l'âme

bleus

Il n’y avait pas que Kylian Mbappé qui était sonné dimanche soir sur la pelouse du stade de Lusail, après la défaite 3-3 de la France aux tirs au but face à l’Argentine. À 6 000 kilomètres de distance, c’est tout un pays qui, lui aussi, a accusé le coup après un match de légende et un Mondial du Qatar qui nous auront transportés comme sur des montagnes russes. Même s’il y a de quoi être fier du parcours des Bleus et de cette incroyable remontada finale orchestrée par un Mbappé magistral, la France n’a pas accédé à sa troisième étoile.

Le rêve est devenu cauchemar et, depuis hier, le pays a comme des bleus à l’âme. Bien sûr, le football ne fait pas tout et une victoire des Bleus n’aurait rien changé à l’inflation galopante, aux factures des courses et de l’énergie qui flambent, au risque de coupure d’électricité, à la polarisation politique du pays depuis les dernières élections. Mais une victoire aurait incontestablement redonné un peu de baume au cœur à un pays qui doute souvent trop de lui. Selon une enquête Odoxa, 7 Français sur 10 assuraient vendredi dernier qu’une victoire de la France en finale aurait eu un impact majeur sur le sentiment de fierté des Français et sur l’image de la France dans le monde ; et pour un Français sur trois elle aurait même eu un impact sur le moral de nos concitoyens et l’économie du pays.

Il n’en sera rien et à la joie d’être ensemble unis va succéder une tristesse qui pourrait vite virer à la sinistrose. Emmanuel Macron, qui s’est investi avec passion dans ce Mondial pour soutenir les Bleus – parfois avec la candeur du fan de foot qu’il est – le sait mieux que quiconque. Il a d’ailleurs volontiers filé la métaphore pour expliquer, dimanche soir, que « ce que ce match nous dit aussi, c’est qu’il n’y a jamais de scénario écrit d’avance, que c’est toujours possible. » Mais celui qui a dynamité le paysage politique français en 2017 – un scénario qui n’était lui aussi pas écrit – doit aujourd’hui s’atteler à réparer un pays fracturé. Le président, qui présentera dans onze jours ses premiers vœux du Nouvel an de son second quinquennat, doit se garder d’user de la méthode Coué et chercher au contraire les mêmes mots de réconfort qu’il a murmurés avec bienveillance à l’oreille de Kylian Mbappé. Trouvera-t-il ces mots bleus et les Français y seront-ils réceptifs ? Réponse le 31 décembre.

(Editorial publié dans  La Dépêche du Midi du mardi 20 décembre 2022)

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