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Éditos

La France à cran

 

teletravail

Il aura suffi d’une voix, aussi douce que déterminée, pour mettre des mots sur ce que les Français ressentent à la veille d’un troisième confinement présenté comme inéluctable mais qui n’en finit pas de se faire attendre. Cette voix, c’est celle de Niels Arestrup. Invité au 20 heures de France 2 dimanche dernier à témoigner du désarroi du monde de la culture, le comédien a livré sa vision de la situation et son appréciation des restrictions sanitaires qui pèsent sur nous tous. « Je crois que les Français sont drôlement gentils, depuis un bon moment. Depuis pratiquement une année. Ils font tout ce qu’on leur demande, tous les efforts qu’ils peuvent. […] Il faut être gentil avec les gens qui vivent ça et qui acceptent ça. Ce ne sont pas des procureurs. Ce sont surtout des victimes ». Des propos renvoyant à la petite phrase d’Emmanuel Macron qui déplorait de devoir gouverner « 66 millions de procureurs »… Des propos, surtout, qui ont eu beaucoup d’écho sur les réseaux sociaux, et parfois été repris par certains ténors des oppositions, car ils dépeignent parfaitement le sentiment général d’une France à cran, gagnée par la lassitude et l’abattement provoqués par une épidémie sans fin.

Le premier confinement, totalement inédit pour une démocratie comme la nôtre, avait suscité au printemps la sidération puis au fil des semaines, permis parfois une remise à jour des priorités dans la vie de beaucoup de Français. Le second confinement, moins strict, a été marqué par un sentiment de résignation mais chacun a tenu, s’accrochant à l’idée de pouvoir préserver les fêtes de fin d’année. Cette fois, le troisième confinement – que d’aucuns imaginaient éviter avec le vaccin – provoque un sentiment de défiance, exacerbé par la communication calamiteuse et zigzagante du gouvernement quant à sa mise en œuvre.

De fait, l’acceptabilité du confinement, qui était très forte au printemps, s’étiole comme jamais dans l’opinion et met l’exécutif sous pression. Depuis plusieurs jours Emmanuel Macron est ainsi pris entre deux feux : ceux qui le pressent de reconfiner pour éviter une envolée des cas de Covid, décuplés par les variants très contagieux du coronavirus ; et ceux qui estiment qu’un reconfinement trop précoce , «très serré»,  secouerait encore un peu plus une économie déjà en souffrance et provoquerait colère et désobéissance civile…

À ce dilemme s’ajoute désormais pour le chef de l’Etat le questionnement des choix opérés depuis un an – la santé avant l’économie – sous le prisme de la fracture générationnelle. « Années gagnées sur la mort contre années perdues pour la vie : c’est en ces termes que devrait être posé le débat sur le confinement généralisé », a ainsi écrit le philosophe Gaspard Koenig dans une tribune très largement partagée, notamment par une jeunesse française en grande souffrance.

À l’aune de cette situation sous tension, il devient urgent pour Emmanuel Macron d’arrêter le compte à rebours et de  trancher rapidement, clairement, précisément, en offrant aux Français, outre la compréhension de leur désarroi, des perspectives pour la suite, des raisons d’espérer sinon les Jours heureux, au moins des jours meilleurs…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 29 janvier 2021)

Tragique

chien


Face au drame qui a frappé mardi soir le village de Senouillac, c’est bien sûr l’émotion et la compassion avec la famille de la victime qui affleure en chacun de nous. Sandra Vicente, dont la force, la détermination et l’engagement auprès des autres en général et de ses concitoyens en particulier forçaient l’admiration, n’aurait pas dû perdre la vie dans des circonstances aussi tragiques. Vraisemblablement blessée par ses chiens, cette jeune élue handicapée n’a peut-être pas eu la possibilité ou la force de se protéger, de se défendre depuis son fauteuil roulant. L’enquête devra déterminer plus précisément les circonstances du drame, trouver l’élément déclencheur qui a poussé les chiens, deux rottweillers, à se retourner contre leur maîtresse.

Ce drame convoque immanquablement, aussi, le souvenir d’une autre affaire récente : celle d’Elisa Pilarski, fin 2019. Cette jeune femme de 29 ans, enceinte avait été mortellement mordue par son chien Curtis, un American Staffordshire terrier, selon les conclusions d’une longue enquête qui avait alors écarté l’implication d’une meute de chiens de chasse. La famille de la jeune femme ne pouvait se résoudre à croire que les morsures étaient dues au propre chien de la victime.

Dans l’affaire Pilarski, le chien était classé en catégorie 1, celle des « chiens d’attaque ». Dans le drame du Tarn, les rottweilers appartiennent à la catégorie 2, dite des « chiens de garde et de défense ». Pour tous ces chiens, depuis 2010, le législateur a rendu obligatoire une attestation d’aptitude remise après une formation du propriétaire, et une évaluation comportementale de l’animal par un vétérinaire. À la lumière des deux drames, ces mesures doivent-elles être encore renforcées sachant qu’il y aura toujours une part d’inconnu dans le comportement animal ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 28 janvier 2021)

Comment préparer demain

bruno le maire


Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance et son collègue Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, sont un peu le yin et le yang du gouvernement. L’économie et la santé, la santé et l’économie. Depuis un an et le début de la pandémie de Covid-19, l’économie a dû s’effacer devant la santé, au nom du principe humaniste selon lequel il fallait privilégier à toute autre considération la vie des Français, quels qu’ils soient, quel que soit leur âge. D’autres pays ont fait le choix inverse, comme les Etats-Unis de Donald Trump : le résultat est sans appel et l’Amérique est devenue le pays le plus endeuillé du monde avec 400 000 morts…

Mais si la santé est la priorité numéro un, l’économie reste la préoccupation majeure du gouvernement. Pour éviter son "écroulement", selon le mot terrible mais juste de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe, Emmanuel Macron, déjà bousculé dans ses certitudes par la crise des Gilets jaunes, a dû complètement revoir son plan de réformes. Le président de la République voulait "libérer" l’économie puis "protéger" les Français ; il s’est retrouvé contraint de protéger d’abord les Français de la pandémie avant de pouvoir les libérer. Et pour ce faire, Emmanuel Macron a entamé un virage vers une politique plus sociale-démocrate que celle, sociale-libérale, menée jusqu’alors. Chacun garde en mémoire son "quoi qu’il en coûte"…

Un "quoi qu’il en coûte" que Bruno Le Maire est chargé depuis d’orchestrer, avec toute la difficulté que cela suppose. Au gré des restrictions sanitaires qui ont beaucoup évolué depuis un an – entre confinements et couvre-feux – le ministre doit sans cesse adapter son dispositif d’aides aux entreprises, leur expliquer pourquoi elles ne peuvent pas rouvrir, les assurer que le soutien de l’Etat sera là au moment où le virus ne le sera plus. Face aux lecteurs de La Dépêche, hier, restauratrice, commerçante, patrons de PME de l’aéronautique et de l’événementiel, directrice de station de ski, c’est un "discours de vérité" et de transparence que Bruno Le Maire a voulu tenir.

Un discours prononcé au plus près de ce terrain d’où remontent aujourd’hui colères et inquiétudes, angoisses et désespoir des Français. Un discours qui ouvre, aussi, des perspectives politiques… À cet égard, Bruno Le Maire – que la crise a conforté comme l’un des ministres clés du gouvernement et un poids lourd d’une Macronie qui en manque cruellement – n’hésite pas à aborder les sujets qui fâchent avec une lecture de nature à rassurer à droite : la dette colossale qu’il faudra bien rembourser, la réforme des retraites aujourd’hui gelée ou les dépenses publiques, qu’il faudra à ses yeux réduire. "Le moment venu", assure celui que certains voient déjà comme un remplaçant potentiel de Jean Castex. Bruno Le Maire, qui trouve le temps d’écrire un livre en pleine pandémie quand d’autres ministres se perdent sur les réseaux sociaux, se défend bien sûr de telles ambitions, à Matignon… ou plus loin. En 2013, dans son "Jours de Pouvoir", n’écrivait-il pas : " En politique, une vérité en chasse une autre, une certitude en balaie une seconde des dogmes anciens. Rien de stable, rien de pérenne, rien de clair ni de tranché, sauf un soir de mai, le résultat de l’élection".

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 23 janvier 2021)

Réparer l'Amérique

biden

La tâche qui attend Joe Biden, investi aujourd’hui à midi comme 46e président des Etats-Unis dans un Washington bunkérisé, est immense. Après les quatre années de bruit et de fureur de la présidence du républicain populiste Donald Trump, l’ancien vice-président de Barack Obama a pour mission de réparer une Amérique qui n’a jamais été aussi divisée, polarisée, abîmée. Après quatre années de tweets en majuscules, d’outrances, d’invectives, de fake news, de mensonges éhontés de la part du milliardaire qui n’a pas concédé sa défaite, qui affirme toujours sans preuve que l’élection lui a été volée et qui a chauffé à blanc ses partisans, les incitant à envahir le Capitole, temple de la démocratie, Joe Biden va devoir réconcilier ses concitoyens mais aussi réconcilier l’Amérique avec le monde.

Le natif de Scranton (Pennsylvanie) n’a ni le charisme d’un Obama, ni la jeunesse d’un Kennedy, ni l’aura d’un Roosevelt. Mais Joe Biden, qui se présente en normal guy proche des gens, a pour lui une vie marquée par les épreuves, une longue expérience parlementaire dont il est ressorti maître dans l’art de bâtir des compromis, une empathie et un sens de l’intérêt général qui ont tant fait défaut à son prédécesseur, une vice-présidente, Kamala Harris, sur laquelle il va pouvoir compter et une majorité, fragile mais réelle, au Congrès.

Autant d’atouts qui vont lui permettre d’agir dès demain, avec une administration, féministe, inclusive, dont il a minutieusement choisi les nominations avec des personnalités aux compétences incontestables.

Gestion de la crise sanitaire qui fait des Etats-Unis le pays le plus endeuillé au monde, plan de relance massif de l’économie et en faveur des millions d’Américains précipités dans la pauvreté, lutte contre le réchauffement climatique, prise en compte des minorités… et aussi des attentes de ceux qui ont voté Trump : les dossiers qui attendent le président Biden sont aussi cruciaux que nombreux. Et il va devoir rapidement obtenir des résultats.

Sur le plan international, Joe Biden, favorable au multilatéralisme, bénéficie d’un a priori positif, en tout cas dans les démocraties occidentales, qui voient en lui l’artisan d’un retour à la normale… qui ne sera toutefois pas un retour à la période Obama. Car ne nous y trompons pas : si Trump s’enferrait dans une Amérique isolée, Biden – comme ses prédécesseurs démocrates ou républicains – fera toujours passer l’Amérique d’abord.

La France – qui partage avec les Etats-Unis un même dessein universaliste – et l’Union européenne ne doivent pas être naïves, mais au contraire profiter de la présidence Biden pour mieux s’affirmer dans un monde dont l’épicentre géopolitique et économique bascule désormais de plus en plus vers la Chine et l’Asie du sud-est.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercredi 20 janvier 2021)

Quand l’intendance ne suit pas

 

vaccin

Certains diront que le gouvernement joue de malchance avec le vaccin contre le Covid-19, d’autres qu’il paye là son impréparation de la campagne vaccinale par rapport à ce qu’ont fait d’autres pays européens. Toujours est-il qu’à l’heure où la défiance de l’opinion envers les vaccins s’est enfin inversée – 54 % de nos concitoyens se déclarent désormais prêts à se faire vacciner, contre 39 % à peine fin décembre, selon un sondage Ifop-Lemon paru ce week-end – et donc que l’exécutif pourrait se réjouir d’avoir gagné la bataille, capitale, de l’opinion, le voilà confronté à une nouvelle tuile : une possible pénurie de doses du vaccin Pfizer-BioNTech et la colère des élus locaux…

Les difficultés de production rencontrées par les deux laboratoires ne sont bien sûr pas le fait du gouvernement, d’autant plus que l’approvisionnement s’est fait pour chaque pays au niveau européen. Mais cette crainte de manquer de doses – que Pfizer-BioNTech a tenté d’atténuer ce week-end en promettant un retour à la normale d’ici le 25 janvier – s’ajoute aux dysfonctionnements qui entachent la campagne française depuis ses débuts, le 4 janvier.

La stratégie française de prioriser certains publics comme les résidents des Ehpad, avant de vacciner plus largement, n’est évidemment pas mauvaise. Elle a d’ailleurs été validée par la Haute autorité de santé et recueille le large assentiment de la communauté scientifique. Mais pourquoi tant de lenteur dans notre pays, quand l’Allemagne, avec ses vaccinodrômes, ou l’Italie vaccinent à tour de bras ? Emmanuel Macron, qui connaît pourtant parfaitement la haute administration française dont il est issu, a poussé un coup de gueule pour que le gouvernement accélère la cadence, maniant le ton gaullien selon lequel l’intendance doit suivre. Sauf que l’intendance patine…

Depuis hier, la vaccination des 5 millions de personnes de plus de 75 ans – qui ont parfois péniblement décroché un rendez-vous – a commencé, mais l’engouement des seniors pour le vaccin et le nombre insuffisant de doses créent, de fait, un inquiétant embouteillage. Le gouvernement tempère, assure qu’à la fin du mois un million de personnes seront bien vaccinées, Jean Castex a même appelé samedi à une vaccination "dans le calme" et hier Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a expliqué qu’"il va falloir attendre un peu"… Il y a pourtant urgence, à l’heure où surgit la menace des variants du coronavirus et où le vaccin reste la seule et unique solution pour en finir avec cette épuisante crise sanitaire.

Après la pénurie de masques puis l’échec de la stratégie tester-tracer-isoler, la France peut-elle prendre du retard dans sa vaccination ? Et l’exécutif, une nouvelle fois peu transparent quant au nombre de doses disponibles, peut-il les diffuser au compte-gouttes et refuser l’aide que lui proposent plusieurs collectivités locales, villes, départements ou régions pour ouvrir davantage de centres de vaccinations ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 19 janvier 2021)

La bataille de l’opinion

 

vaccin

Dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, l’humanité a remporté une première bataille : celle de trouver des vaccins en un temps record. Là où il faut habituellement plusieurs années pour mettre au point un vaccin, les scientifiques du monde entier ont réalisé des prouesses grâce à une mobilisation et une collaboration internationales exceptionnelles pour livrer en un an plusieurs vaccins. Qu’ils utilisent des techniques traditionnelles ou la nouvelle méthode de l’ARN messager – méthode étudiée toutefois depuis plus de dix ans – ces vaccins, dont les homologations ont respecté tous les protocoles de sécurité, notamment en Europe et donc en France, constituent aujourd’hui la seule arme dont nous disposons pour sortir de cette pandémie qui a mis le monde à genoux.

Mais il reste encore la seconde bataille à mener : celle de l’opinion. Si la rapidité de mise au point des vaccins peut susciter de légitimes questions pour lesquelles les autorités peuvent apporter des réponses claires, des faits parfaitement étayés scientifiquement, elle a aussi provoqué un torrent de fake news et de rumeurs qui, aujourd’hui, menacent la réussite des campagnes de vaccination. Cela, hélas, est plus vrai encore en France que dans d’autres pays. C’est dans la patrie de Louis Pasteur que la défiance envers le vaccin, attisée par des groupes antivax complotistes qui agissent sans aucun obstacle sur des réseaux sociaux complaisants, atteint, en effet, des sommets. Selon un sondage Ipsos Global Advisor publié mardi, seuls quatre Français sur dix souhaitent se faire vacciner contre la Covid-19, faisant de la France la « championne du monde » des pays réfractaires, devant la Russie et l’Afrique du Sud.

Pour le gouvernement, la réussite de la campagne de vaccination passe dès lors par un préalable : rétablir à tout prix la confiance dans le vaccin. Déjà accusé de vouloir imposer une « dictature sanitaire » avec des mesures de restrictions pourtant prises dans d’autres pays, handicapé par de nombreux couacs commis depuis le début de l’épidémie (sur les masques ou les tests), l’exécutif a fait le choix de se donner le temps de convaincre, afin notamment de pouvoir recueillir le consentement éclairé des Français pour leur vaccination non obligatoire. Dès lors, en une semaine, quelques dizaines seulement de Français ont été vaccinées contre plusieurs milliers chez nos voisins qui ont commencé en même temps que nous. Cette lenteur est assumée par le gouvernement mais elle relève du pari risqué. Est-il pertinent, pour rassurer les défiants, de finir par inquiéter les confiants ? Et surtout est-ce une bonne stratégie à l’heure où une troisième vague nous menace ? Le généticien Axel Kahn ou l’Académie de médecine ont déploré une trop grande prudence tandis que près de 200 maires se sont dits prêts à se faire vacciner pour montrer l’exemple, comme Joe Biden a pu le faire aux Etats-Unis. Face à la pression, Olivier Véran a décidé jeudi soir d’ouvrir la vaccination aux soignants de 50 ans et plus dès ce lundi et promis que la campagne vaccinale « va bientôt prendre de l’ampleur »…

« Nous sommes le pays des Lumières et de Pasteur, la raison et la science doivent nous guider », assurait Emmanuel Macron au démarrage de la campagne vaccinale. Il est urgent de passer de la parole aux actes.

(Editorial publié dans La Dépêche lundi 4 janvier 2020)

Dilemme

 

virus

Dans sa gestion de l’épidémie de Covid-19, le gouvernement se trouve confronté à un dilemme. Au vu des cartes épidémiologiques, la France, en effet, est comme coupée en deux entre un côté Ouest où le coronavirus circule modérément, et un côté Est où les cas de Covid-19 s’emballent au point d’inquiéter les soignants quant à une rapide saturation des hôpitaux, comme lors de la première vague du printemps. Dès lors, faut-il réagir de façon uniforme sur tout le pays avec les mêmes mesures restrictives, inéluctables pour faire face à une troisième vague, ou bien faut-il cette fois régionaliser les réponses avec des mesures différentes d’une région à l’autre ?

Choix d’autant plus cornélien qu’il n’y a pas de bonne réponse. En choisissant depuis le début de l’épidémie une gestion centralisée et nationale – à quelques exceptions près comme les couvre-feux des métropoles en octobre ou le renforcement de l’actuel couvre-feu dans une vingtaine de départements de l’Est – l’exécutif a souvent été critiqué mais peut avancer l’efficacité des confinements nationaux passés. Après tout, la gestion décentralisée de l’épidémie en Allemagne par les Länder était donnée en exemple… avant que la deuxième vague ne frappe plus durement nos voisins, handicapés par leurs mesures régionales non coordonnées.

A contrario, face à cette France coupée en deux, beaucoup d’élus locaux réclament d’avoir davantage de prérogatives avec un argument imparable : pourquoi, par exemple, la Bretagne épargnée devrait subir les mêmes restrictions draconiennes que le Grand Est, en pleine flambée épidémique ? Les régions poussent d’autant plus en ce sens qu’au printemps, elles ont montré plus d’agilité que l’Etat pour commander et obtenir les masques qui faisaient tant défaut.

De fait, l’épidémie remet au centre l’éternel débat entre gestion girondine ou jacobine du pays. Il ne sera sans doute pas tranché en cette année d’élections régionales, mais nul doute qu’il reviendra dès que l’épidémie sera vaincue.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 3 janvier 2021)

Nouveau dynamisme

 

foule
Photo DDM, Xavier de Fenoyl.

Année après année, notre région se rapproche de la barre des six millions d’habitants. Selon la dernière étude de l’Insee, nous étions 5 885 496 habitants en Occitanie au 1er janvier 2018, grâce à un gain annuel de 40 300 habitants entre 2013 et 2018. La hausse est de +0,7 % par an contre +0,4 % en France métropolitaine. Mais notre croissance démographique a légèrement fléchi puisqu’elle était de +1 % entre 2008 et 2013, c’est-à-dire avant la fusion des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. L’étude conforte aussi le constat d’un dynamisme porté par les deux métropoles et leurs départements respectifs. Toulouse et son agglomération influent jusqu’aux départements voisins, idem pour Montpellier et le littoral.

Ces études sont toujours des mines passionnantes d’informations pour les citoyens comme pour les élus locaux. Elles permettent de mesurer concrètement les phénomènes que chacun peut percevoir sur le terrain, et donc d’adapter des politiques d’aménagements du territoire en termes d’infrastructures de transports, de logements, de services publics, etc.

Mais cette année, la publication de l’étude de l’Insee est bousculée par l’épidémie de Covid-19. Quel sera l’impact de la pandémie sur la croissance démographique ou le solde migratoire ? La région restera-t-elle toujours aussi attractive pour des Franciliens désireux de descendre au soleil ? La crise socio-économique qui frappe de plein fouet le secteur aéronautique, acteur économique majeur, va-t-elle au contraire se traduire par une hémorragie ou une meilleure répartition des populations entre métropoles et territoires ruraux ? La Covid-19 va rebattre les cartes sans nul doute et impose plus que jamais d’engager dès à présent des réflexions poussées sur la diversification économique, les transports, les grands aménagements qui doivent aussi s’inscrire dans des enjeux nationaux et internationaux plus larges comme celui de l’incontournable transition écologique. Autrement dit, 2021 doit être l’occasion pour notre région d’inventer un nouveau dynamisme, agile et innovant. Gageons que la campagne électorale des régionales permettra ce débat avec et pour les Occitans.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 30 décembre 2020)

Le cœur et la raison

 

party

À deux jours de la nuit du réveillon de la Saint-Sylvestre et du passage à la nouvelle année, il faudrait que les Français fassent mentir… Oscar Wilde. L’auteur anglais se plaisait à dire que "le meilleur moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y céder." En cette fin 2020, marquée par des chiffres élevés de contamination au coronavirus, il faudrait, au contraire, tout faire pour ne pas céder à la tentation de faire la fête. Une tentation qui est, on le sait, très forte. Un an après l’apparition de l’épidémie de Covid-19, après deux confinements éprouvants et deux déconfinements compliqués, l’oppressant couvre-feu qui reste en vigueur dès 20 heures, les cafés et restaurants toujours fermés tout comme les cinémas et les salles de spectacle, c’est peu dire qu’on aimerait tous enterrer cette année 2020 avec nos proches autrement qu’en visioconférence, retrouver un peu le sens de la fête sous les cotillons et se redonner du courage pour 2021.

À ce que nous dicte notre cœur, nous devons pourtant opposer la raison face à une situation épidémiologique qui se dégrade à nouveau en France, au point que ce matin, en Conseil de défense, Emmanuel Macron et ses ministres vont évoquer un possible troisième confinement pour endiguer une troisième vague quasi-inéluctable. Israël, l’Autriche ou l’Irlande s’y sont déjà résolues. La France attend encore quelques heures pour voir l’évolution des courbes, et l’exécutif croise les doigts pour que les Français soient raisonnables ce 31 décembre.

Beaucoup le seront et respecteront à la lettre, comme ils le font depuis le début, les consignes sanitaires. Mais d’autres vont braver les recommandations : 25 % des Français entendent fêter le nouvel an selon un sondage Odoxa, ce qui représente près de 13 millions de personnes. Parmi elles, une majorité de jeunes : 50 % des 15-24 ans et 41 % des 25-34 ans veulent fêter en groupe cette nuit-là. Certains n’ont d’ailleurs pas attendu le nouvel an pour se retrouver ces derniers mois dans des fêtes clandestines, parfois dans des lieux désaffectés, souvent dans des lieux privés, appartements ou locations AirBnB ; souvent en petits groupes mais parfois avec plusieurs centaines d’invités informés via les réseaux sociaux. Inconscience, égoïsme diront certains. Mais ces fêtes constituent aussi pour une part de la jeunesse une soupape qui permet de supporter le poids écrasant de l’épidémie, qui a bousculé les études, la vie sociale, les débuts de la vie professionnelle, et parfois précipité les jeunes dans la précarité économique et psychologique. "Oui, c’est dur d’avoir 20 ans en 2020", admettait en octobre Emmanuel Macron, qui va devoir trouver les mots justes pour convaincre les jeunes de préférer la raison au cœur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 29 décembre 2020)

Le changement, c’est maintenant

 

glacier

Cinq ans après l’Accord de Paris sur le climat qui avait vu 195 pays s’engager pour limiter le réchauffement climatique en le contenant au-dessous de +2 °C et, si possible +1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, la situation est toujours aussi préoccupante. Les catastrophes naturelles n’ont cessé de se multiplier entre incendies géants, tempêtes, sécheresses et fonte des glaciers, toutes ayant un impact majeur sur la biodiversité. Les rapports des experts, notamment du Giec, n’ont en parallèle cessé de tirer la sonnette d’alarme sur une dégradation des indicateurs et les ONG ont pointé la faiblesse de la mise en œuvre des engagements de 2015 par les pays signataires, en dépit d’une opinion et d’une jeunesse de plus en plus mobilisées sur ces questions. Enfin, la pandémie de Covid-19, devenue urgence planétaire, aura aussi souligné que, bien qu’à l’arrêt quasi-total en raison des confinements, les économies de la planète n’ont fait baisser "que" de 7 % les émissions de carbone sur l’année 2020. Autrement dit, plus que des engagements, il faudrait une révolution verte pour impulser une véritable transition écologique.

Est-ce trop tard comme le pensent certains spécialistes ? Est-il vain de faire des efforts ? Sûrement pas car de multiples signaux montrent aussi que les choses changent : la Chine investit massivement dans le photovoltaïque, les Etats-Unis tournent la page climatosceptique trumpiste et reviennent dans l’Accord de Paris, Joe Biden nommant John Kerry "Monsieur Climat" ; l’Union européenne vient de muscler ses engagements pour arriver plus vite à la neutralité carbone ; partout dans le monde des collectivités, villes ou régions, agissent, à l’instar de l’Occitanie qui veut être la première région à énergie positive ; les greentech, ces start-up du numérique spécialisées dans l’environnement, sont de plus en plus présentes. Ce kaléidoscope d’initiatives montre que le changement est à notre portée, maintenant. Et que nous serions inconscients de relâcher nos efforts.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 27 décembre 2020)

Un enjeu de société

 

senior

L’épidémie de Covid-19 a souligné ces derniers mois combien les seniors pouvaient être touchés par la crise sanitaire lorsqu’ils sont en Etablissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes (Ehpad). Privés de visite de leur famille pour éviter les contaminations au coronavirus, contraints parfois de rester isolés des autres résidents en restant seuls dans leur chambre, et, hélas, parfois victimes de contaminations fulgurantes au sein de ces établissements. Dès lors, beaucoup de Français espèrent finir leurs vieux jours chez eux, à domicile, dans un environnement familier, riche de souvenirs et avec une plus grande liberté. Ce maintien à domicile est souhaité chaque fois un peu plus lors des enquêtes annuelles conduites par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère des affaires sociales. Que ce soit pour un proche ou pour eux-mêmes, une majorité de Français opte pour un maintien à domicile. En mars 2019, 85 % des retraités interrogés par l’Ifop souhaitaient rester chez eux.

Mais le maintien à domicile représente un coût important dans les budgets des retraités, qui va croissant lorsque l’on passe du troisième âge, à 65 ans, à l’entrée dans le quatrième âge, à 85 ans, où l’on est beaucoup plus dépendant. Le premier baromètre réalisé par Retraite.com et Silver Alliance permet de mesurer combien le maintien à domicile peut être cher : passé un certain âge, il faudra, en effet, prévoir plus de 10 000 euros par an. Certains petits retraités ne peuvent donc l’envisager – un senior sur deux déclare être en difficulté financière – en dépit des diverses aides de l’Etat et des collectivités.

Dès lors, le maintien à domicile est un enjeu majeur de société qui impose d’imaginer de nouvelles organisations et de nouveaux financements. En 2019, le rapport Libault sur la concertation Grand âge et Autonomie tablait sur des besoins de financement respectivement de 6,2 et 9,2 milliards d’euros en 2024 et 2030…

Le 7 août dernier, une nouvelle branche de la sécurité sociale a donc été créée, un cinquième risque, celui de l’autonomie. Pour 2021, selon le budget de la Sécurité sociale 2021 adopté ce mois-ci, cette branche sera financée à hauteur de 2,5 milliards d’euros et, sur amendement du gouvernement, 150 millions d’euros en 2021 et 200 millions en 2022 vont être débloqués pour renforcer l’attractivité des métiers de l’aide à domicile. Un premier pas pour mettre en place les outils qui permettront aux aînés de bien vivre jusqu’au bout et qui maintiendront plus aisément les liens intergénérationnels que les Français – qui en ont parfois été privés ces derniers mois – plébiscitent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 26 décembre 2020)

Notre part d’humanité

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Photo DDM, Marie-Pierre Volle

pCe sont des images qui nous sont, hélas, familières. Au petit matin, les habitants d’un quartier ou d’un village se réunissent à l’appel de la police ou de la gendarmerie. Certains se connaissent de longue date, sont même amis parfois, quand d’autres sont de simples voisins, voire de parfaits inconnus avec ceux qu’ils retrouvent dans une salle des fêtes, sur un terrain de rugby ou à l’orée d’une forêt. Tous répondent à l’appel à la mobilisation citoyenne lancé par les forces de l’ordre, gendarmes ou policiers, qui remuent ciel et terre pour retrouver un enfant, une femme ou un vieillard disparu du jour au lendemain et dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours. Tous reçoivent quelques explications avant d’être répartis en petits groupes pour arpenter et fouiller une vaste zone à la recherche d’un indice et dans le pire des cas, d’un corps. 

Cette scène s’est reproduite plusieurs fois ces dernières années, partout en France, et constitue une étape-clé dans les affaires de disparitions inquiétantes. Étape clé dans l’enquête bien sûr car ces battues citoyennes peuvent évidemment être utiles voire capitales pour faire avancer l’enquête et contribuer à résoudre le mystère. Étape clé aussi sur la communauté des habitants car ces battues renforcent la cohésion, si diffuse en temps normal mais exacerbée par de tels drames. Hier, c’est de Cagnac-les-Mines que ces images nous sont parvenues : près de 1 000 personnes se sont réunies pour retrouver Delphine Jubillar, cette jeune infirmière disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre. Aux tragédies en puissance, nous opposons notre refus et le farouche espoir de croire que rien n’est jamais perdu, même si la réalité vient parfois nous en démontrer le contraire. Face au drame s’exprime toujours notre solidarité, notre part d’humanité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 24 décembre 2020)

Prendre les devants ?

 

covid

Pour reprendre la métaphore d’Emmanuel Macron sur l’épidémie de Covid-19 du «Jour sans fin», le film où le héros revit sans cesse la même journée, ce dernier finit par anticiper et apprendre comment éviter les erreurs commises la veille. Faut-il procéder de la même façon ? Sachant que de nombreuses études, conduites aux Etats-Unis ou en France, mais aussi l’histoire des épidémies montrent que la troisième vague de l’épidémie de coronavirus est quasi-inéluctable et devrait déferler début ou mi-janvier, faut-il, cette fois, prendre les devants ?

Une fois passé Noël – qui apparaît autant comme une indispensable bulle d’insouciance que comme un potentiel générateur de contaminations – faut-il à nouveau se confiner pour sauver la rentrée et éviter que cette troisième vague ne soit trop forte ? L’idée a déjà été adoptée par plusieurs pays européens, qui sont toutefois dans des situations plus tendues que celle de notre pays. La France va-t-elle suivre le même chemin comme le réclament plusieurs médecins et quelques élus ? Ou alors faut-il attendre une harmonisation européenne pour mettre en place un confinement dont on sait par ailleurs qu’il est très efficace s’il est bien respecté ?

L’équation posée à l’exécutif, comme toutes celles qu’il a dû résoudre depuis un an, est toujours aussi complexe. S’il serre trop la vis avec des mesures restrictives mais efficaces pour contenir l’épidémie, il est accusé d’autoritarisme sanitaire – de dictature même avancent certains. S’il préfère attendre d’avoir plus d’éléments chiffrés ou des avis scientifiques plus charpentés, on le soupçonne de laxisme et de vouloir mettre l’économie au-dessus de la santé des Français. L’arrivée du vaccin dès dimanche ne changera rien à l’affaire puisqu’il faudra encore plusieurs mois pour qu’il joue pleinement son rôle dans le long processus d’acquisition de l’immunité collective... Dès lors, on en revient toujours à la même situation : si le respect des gestes barrière se relâche, l’épidémie repart et nécessite un reconfinement. Les Français pourront-ils en subir encore un ? Car avant même la troisième vague épidémique, le pays commence à mesurer une autre vague, comme la partie immergée d’un iceberg : celle des conséquences psychologiques immenses de cette année sous Covid.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 23 décembre 2020)

Sagesse européenne

 

vaccin

L’Histoire retiendra sans doute que l’épidémie de Covid-19 a constitué un tournant pour l’Union européenne, un tournant éminemment positif et plutôt inattendu sur les plans économique et sanitaire.

Sur le plan économique, d’abord, l’Union, grâce l’impulsion de la France d’Emmanuel Macron et de l’Allemagne d’Angela Merkel, a su mettre sous l’éteignoir son implacable orthodoxie budgétaire, s’affranchissant – au moins temporairement – des sacro-saints critères de Maastricht sur les déficits et les dettes. Cette attitude que l’on n’attendait pas a permis de débloquer un plan massif de relance, bâti sur des coronabonds mutualisés pour faire face aux terribles conséquences socio-économiques de la pandémie. L’UE a joué pleinement son rôle sur ces questions économiques qui sont son domaine de compétence.

Mais l’Europe s’est aussi distinguée sur un domaine dont les compétences sont du ressort des Etats membres : la santé. Alors qu’à l’arrivée du coronavirus, chaque Etat a paré au plus pressé, agissant trop souvent sans consulter ses voisins et partenaires pour mettre en place mesures de restrictions et confinements, l’Union européenne a peu à peu introduit de la coordination jusqu’à devenir l’interlocuteur unique concernant l’achat et la distribution des vaccins. Sous la houlette de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, l’Europe a fait preuve de sagesse et de pondération pour pré-réserver et valider les candidats vaccins puis organiser équitablement leur distribution aux populations. Alors que la course au vaccin comprend évidemment une forte dimension géopolitique – avoir le vaccin le premier – et économique, l’Union européenne n’a pas dérogé à ses principes, respectant scrupuleusement les procédures de validation et de contrôle et ne confondant pas vitesse et précipitation. Un vaccin oui, mais pas sans avoir les meilleures garanties en termes de sécurité sanitaire pour les Européens. À l’heure où la défiance contre les vaccins atteint des sommets, notamment en France, une telle attitude est à saluer.

Ainsi en moins d’un an, l’Europe a montré que 60 ans après sa création, en dépit de sa complexité et de ses décisions parfois insupportables ou incomprises, elle était capable de mettre en œuvre des politiques efficaces et solidaires. À l’heure où le Royaume-Uni s’embourbe dans son Brexit, l’Union européenne vient de montrer avec la gestion de cette épidémie inédite que ce que Jean Monnet, l’un des pères de l’Europe avec Robert Schuman, disait d’elle, est toujours d’actualité : « Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des Hommes ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 22 décembre 2020)

L'épidémie sans fin ?

 

virus

En annonçant aux Français le 28 octobre le reconfinement du pays pour faire face à la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron avait concédé aux Français "je sais la lassitude, cette impression d’un jour sans fin." Il ne croyait hélas pas si bien dire en évoquant le film éponyme où l’acteur Bill Murray revit sans cesse la même journée… Alors que, cahin-caha, les Français se préparent à fêter un Noël totalement inédit, entourant d’infinies précautions leurs réunions familiales et résolvant vaille que vaille le casse-tête d’un réveillon à six adultes maximum, voilà venu d’outre-Manche un bien mauvais "cadeau" qui nous renvoie aux débuts de l’épidémie : une mutation du coronavirus SARS-CoV-2.

L’information aurait pu être anodine car il est courant que les virus mutent et, depuis l’apparition il y a un an à Wuhan de celui qui a fait de 2020 une année infernale, le coronavirus a connu pas moins de 12 000 modifications. Sauf que cette fois, la nouvelle variante serait autrement plus coriace, à tel point que le Royaume-Uni a notifié à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) que cette mutation, désormais "hors de contrôle", pourrait être plus contagieuse que les autres variantes du SARS-CoV-2…

Alors qu’elles se concentraient sur l’arrivée salvatrice des vaccins contre la Covid-19 et la façon d’organiser la très complexe logistique pour servir leurs populations, les capitales européennes – dont certaines sont sous pression d’une potentielle 3e vague – ont renoué ce week-end avec de nouvelles réunions de crise pour endiguer ce virus-bis, dont des cas ont été observés au Danemark et au Pays-Bas. Couper les ponts aériens ou ferroviaires avec une Angleterre par ailleurs embourbée dans la préparation du Brexit sera-t-il suffisant ? On sait que le virus ne connaît pas de frontières et, instruit de notre expérience passée avec le coronavirus, on se gardera bien de garantir que cette variante restera cantonnée outre-Manche. Peut-être est-elle même déjà massivement sur le continent puisque, selon l’OMS, la nouvelle souche britannique "pourrait aussi affecter l’efficacité de certaines méthodes de diagnostic".

On peut même frémir et se demander si elle pourrait résister aux vaccins… nous renvoyant alors à de nouveau confinements-déconfinements selon l’épuisante stratégie du stop-and-go. On n’en est pas encore là et on peut garder espoir. Le film "Un jour sans fin" se termine bien par un happy end…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 21 décembre 2020)

La justice et la vérité

 

gregory

C’est l’une des grandes affaires criminelles qui n’en finit pas de passionner les Français et le nouveau rebondissement qui vient de survenir, trente-six ans après les faits, ne fait qu’aviver l’émoi et l’intérêt de l’opinion. De nouvelles auditions diligentées par un énième juge d’instruction et l’imminence du rapport d’une nouvelle expertise « stylométrique » vont-elle apporter la vérité sur l’assassinat du petit Grégory, noyé dans la Vologne le 16 octobre 1984 et dont le ou les auteurs n’ont jamais été confondus, ni même leur mobile explicitement formulé ? « La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop émoussés pour y toucher exactement », assurait Blaise Pascal.

C’est peu dire que dans l’affaire Grégory, et l’une et l’autre ont été jusqu’à présent très émoussées. Les nombreux errements de l’enquête, les dérapages, les non-dits des uns, les mensonges des autres, l’omerta d’un clan dont les relations restent encore aujourd’hui mystérieuses, les erreurs de la justice, les approximations, la pression médiatique ont fait de Lépange-sur-Vologne un étouffant huis clos, un labyrinthe où la vérité peine à trouver la sortie, bousculée par les certitudes et les intimes convictions que chacun a fini par se forger au gré des articles de presse, des reportages et plus récemment de la mini-série documentaire sur Netflix.

Saura-t-on un jour seulement la vérité ? Rien n’est moins sûr. Il est toutefois heureux qu’après toutes ces années, la justice, si perfectible qu’elle soit, n’abandonne pas, et remette sans cesse sur l’ouvrage cette affaire, persuadée qu’un élément pourrait éclairer d’un jour nouveau le dossier. Car non seulement un crime ne saurait rester impuni, mais cette quête de vérité, on la doit avant tout aux parents et à la mémoire du petit Grégory.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 17 décembre 2020)

Sous pression

castex


Cinq mois après son installation à Matignon, Jean Castex, qui n’ignorait rien des rouages de la haute fonction publique, en découvre sans doute chaque jour le revers depuis qu’il est en position d’en impulser l’action. Et de fait, cet adepte du dialogue et de l’écoute des territoires – deux qualités auxquelles il doit sa nomination par Emmanuel Macron – se retrouve confronté chaque jour à ce que tous ses prédécesseurs ont appelé l’ « enfer de Matignon ». Une « lessiveuse » épuisante où les dossiers prioritaires s’enchaînent, réclamant des décisions aussi urgentes que complexes, et où les imprévus bousculent tout ce qui avait été calé. C’est peu dire que l’épidémie de Covid-19 a exacerbé cette situation, et la journée d’hier est venue apporter la démonstration de la pression permanente à laquelle est soumis le chef du gouvernement.

Hier matin, donc, le premier coup de Trafalgar est venu de la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement, qui a remis sur le devant de la scène l’affaire de la pénurie de masques au début de l’épidémie. Affaire qui est au gouvernement ce que le sparadrap était au capitaine Haddock : un dossier miné dont il est très difficile de se débarrasser… De fait, les sénateurs accusent le numéro deux du ministère de la Santé, le Pr Salomon, d’avoir fait le choix en 2018 de ne conserver qu’une très faible quantité de masques en stock, sans en informer la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, puis d’avoir modifié un rapport scientifique a posteriori pour justifier cette décision… « Le fiasco des masques a été sciemment dissimulé par le gouvernement durant la crise » tonnent les sénateurs, pointant là, a minima, un manque de transparence.

La transparence justement est pourtant bien ce que doit absolument mettre en œuvre le gouvernement tant pour l’organisation de la campagne de vaccination – alors qu’un Français sur deux n’a pas confiance dans les vaccins – que pour organiser le deuxième déconfinement qui ne doit pas être l’antichambre d’une troisième vague épidémique. Hier soir, Jean Castex s’est donc attaché à dominer la pression afin d’expliquer pourquoi le gouvernement avait dû modifier les modalités de la deuxième étape du 15 décembre en raison des mauvais chiffres (l’objectif de 5 000 contaminations par jour n’a pas été atteint). Pris entre les exigences sanitaires et économiques, mis sous pression par des professionnels empêchés de travailler et des Français désireux de se retrouver à Noël pour terminer cette année de malheur, le Premier ministre a dû progresser sur un chemin de crête de plus en plus étroit, autorisant là certaines choses, en interdisant ailleurs d’autres. 

«Je sais votre lassitude, vos doutes, vos souffrances. Je les partage. Mais je vous dois d’abord la vérité et la transparence sur cette épidémie» a dit hier un Jean Castex qui s’est fait le plus pédagogue possible, assumant de devoir tâtonner, comme d’ailleurs le font nos voisins européens. C’était nécessaire, mais cela sera-t-il suffisant pour les Français ?Car eux aussi sous pression...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 11 décembre 2020)

Générations en souffrance

 

masque

"Oui, c’est dur d’avoir 20 ans en 2020. C’est dur. Donc je ne donnerai jamais de leçon à nos jeunes parce que ce sont ceux qui, honnêtement, vivent un sacrifice terrible, des examens annulés, de l’angoisse pour les formations, de l’angoisse pour trouver un premier job". Cette analyse d’Emmanuel Macron, prononcée lors de son allocution aux Français du 14 octobre dernier qui annonçait le deuxième confinement, avait été critiquée par certains. Le confinement ? Pas plus dur que ce qu’avaient pu vivre les générations précédentes, notamment celles des jeunes de 17 ans engagés dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale… La sentence est toutefois un peu courte, car chaque génération vit avec son temps et les difficultés de celui-ci.

Et pour ceux qui ont 20 ans aujourd’hui, et en élargissant pour les enfants, les collégiens et lycéens, c’est peu dire que l’année 2020 aura été éprouvante. À telle enseigne que dans les mois à venir, on pourrait s’apercevoir que ce sont bien eux les principales victimes de l’épidémie de Covid-19, non pas parce qu’ils auront contracté la maladie, mais parce que les mesures prises pour endiguer celle-ci ont bouleversé leur vie et provoqué des problèmes psychologiques dont ils pourraient garder des séquelles.

Les différentes enquêtes menées par la Haute autorité de santé publique (HASP), les constatations étayées des pédopsychiatres et des psychologues qui sont intervenus auprès de jeunes en souffrance, les signalements effectués par les syndicats enseignants ou étudiants, les professeurs ou les infirmières scolaires, et tout simplement les témoignages des parents de ces enfants, adolescents et jeunes adultes montrent combien cette "génération Covid" s’est retrouvée privée de sa vie normale à un moment où chacun de ses membres a besoin des interactions sociales pour se construire. Cette année de confinement/déconfinement, de protocole sanitaire et de port du masque, de gestes barrières et de distanciation entre amis, de cours entre Zoom et courriels a pesé et va peser sur ces jeunes. D’autant plus que durant cette période, ils ont souvent été montrés du doigt : les enfants étaient des supercontaminateurs dangereux pour les aînés, les plus âgés étaient accusés de se moquer des gestes barrières lorsqu’ils se retrouvaient entre amis…

Enfin, il convient de souligner aussi que si la jeunesse a globalement souffert de la crise sanitaire, cette souffrance n’a pas été uniforme : l’épidémie de Covid-19 a mis en lumière la précarité qui touche certains et pas d’autres, et le creusement des inégalités. Autant de raisons pour faire des jeunes l’une des priorités du monde d’après.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 10 décembre 2020)

Avant/Après

immobilier

La pandémie de Covid-19 aura profondément bouleversé le marché de l’immobilier comme le secteur du BTP. Certes, avant l’arrivée du coronavirus fin 2019, l’immobilier était déjà au ralenti depuis quelques mois avec notamment le durcissement des conditions de crédit, mais l’irruption de la pandémie l’avait stoppé net avec le brutal et totalement inédit confinement du printemps : chantiers de construction à l’arrêt, agences fermées faute de pouvoir organiser des visites, crédits immobiliers mis sur pause, etc. Le second confinement dont nous venons tout juste de sortir aura été beaucoup moins paralysant. Les états des lieux, les signatures de compromis et d’actes de vente ont pu se faire. Le marché immobilier a ainsi mieux résisté et on assiste à une stabilisation des prix dans les dix plus grandes villes de France.

Pour autant, on ne reviendra pas à la situation du monde d’avant car les deux confinements ont sensiblement modifié l’appréhension de l’immobilier par les Français. L’assignation à résidence pour freiner l’épidémie a fait cogiter tous ceux qui ne disposaient pas d’une agréable maison avec jardin mais d’un appartement trop exigu et parfois sans balcon. La possibilité du télétravail a permis à certains de se projeter ailleurs : dans une maison hors du centre-ville, voire dans ces villes moyennes longtemps victimes de l’exode vers les métropoles et aujourd’hui redécouvertes pour leur qualité de vie. De nouveaux critères émergent : selon un récent sondage pour le réseau de mandataire iad, les Français veulent un coin pour jardiner (95 %), un coin pour travailler (39 %) et un coin pour bricoler (25 %).

Ce nouvel état d’esprit pourrait ainsi remodeler le marché immobilier dans les mois à venir comme le montre le dernier indicateur Drimki/BVA des projets immobiliers. Les plus jeunes sont ainsi les plus nombreux à avoir un projet immobilier, suivis par les personnes ayant une situation professionnelle privilégiée ou plus stable. Sur le plan géographique, la part de personnes ayant un projet immobilier est plus importante dans l’agglomération parisienne où, d’évidence, l’envie de se mettre au vert est forte. Le changement de logement – la vente de son logement actuel pour en acheter un autre ou construire – est, quant à lui, de plus en plus considéré par les Français ayant un projet immobilier. Enfin, l’indice montre une hausse des projets d’achat d’un logement dans le but de le louer, autrement dit investir dans la pierre est toujours plébiscité.

Reste que la sortie de la pandémie pour l’immobilier s’accompagne toujours d’incertitudes en raison de la hausse du chômage dans les mois à venir, d’un nouveau durcissement de l’accès au crédit et de la tension immobilière dans certaines grandes villes. On n’est plus dans le monde d’avant l’épidémie, mais loin encore d’un monde d’après plus florissant…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 7 décembre 2020)

Le virus et la vérité

 

covid

Il y a un an, le monde découvrait la ville de Wuhan, foyer d’un virus inconnu et bientôt épicentre d’une épidémie mondiale qui s’est répandue comme une traînée de poudre en quelques semaines. En dépit des nombreuses alertes qui avaient eu lieu ces dernières années de la part de spécialistes des épidémies, d’infectiologues réputés ou de services de renseignements qui, tous, appelaient à se préparer à de telles pandémies, beaucoup voulaient croire que ce nouveau coronavirus, 18 ans après celui du SRAS, resterait cantonné à la Chine. "Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée", assurait même notre ministre de la Santé Agnès Buzyn le 24 janvier… On connaît la suite, l’expansion redoutable du coronavirus SARS-CoV-2 qui a fait aujourd’hui 1,5 million de morts et contaminé 65 millions de personnes dans le monde. Un virus contre lequel tous les pays sont entrés en "guerre" pour reprendre l’expression employée par Emmanuel Macron le 16 mars. Expression forcément exagérée puisqu’on ne peut combattre un virus comme un ennemi dans un conflit, mais expression qui permet de se rappeler ce que Rudyard Kipling disait : "La première victime d’une guerre, c’est la vérité."

Et c’est peu dire qu’en un an, la vérité a été malmenée, oubliée et parfois cachée, dès le départ de l’épidémie en Chine. Pour ne pas déplaire au pouvoir central, les médecins lanceurs d’alerte de Wuhan ont été sommés de se taire, les autorités locales de la région du Hubei n’ont pas alerté Pékin, retardant la prise en compte de l’épidémie par la Chine comme par l’OMS. Et une fois informée de la réalité de cette épidémie aux contaminations exponentielles, l’administration de Xi Jinping a sciemment menti en minimisant les chiffres comme viennent de le montrer des documents accablants révélés par CNN. Ces mensonges sur le début de l’épidémie ont été enfouis sous une habile communication mettant en scène la construction d’un hôpital géant en quelques jours ou l’établissement d’un confinement radical pour des millions de personnes, tandis qu’à l’étranger les "jeunes loups" de la diplomatie chinoise – dont l’ambassadeur en France – vantaient les décisions de Pékin et fustigeaient de façon aussi fausse qu’insultante les actions des démocraties occidentales…

Ces dernières se sont retrouvées comme prises en étau entre l’exigence de transparence que l’on attend d’un état de droit et une kyrielle de théories complotistes dont beaucoup ont prospéré sur l’idée que la Chine n’avait pas tout dit… Les tâtonnements des gouvernements face à une pandémie totalement inédite et mouvante ont débouché sur des maladresses, des erreurs avec la tentation parfois de l’autoritarisme. D’autres, comme les Etats-Unis ou le Brésil, dont les dirigeants ont toujours accommodé la vérité avec des "faits alternatifs", se sont enferrés dans un déni mortifère.

Aujourd’hui, alors que la Chine célèbre sa victoire contre le virus avec des expositions mais emprisonne ceux qui voudraient documenter ce qu’ont vécu les habitants du Hubei, les vaccins permettent de voir le bout du tunnel. Une fois l’épidémie passée, il faudra en tirer les leçons. "Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire", disait Jaurès. 2020 aura montré qu’en termes d’épidémie, il faut aussi protéger la vérité par la raison, la transparence et les faits scientifiques…

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 6 décembre 2020)

Kafka va au ski

La Molina
La station La Molina en Espagne

Mi-novembre, un article du grand journal allemand Die Zeit ironisait sur l’« Absurdistan autoritaire » imposé, selon lui, par le gouvernement français à ses concitoyens. « Le verrouillage de la France est si répressif que même les règles sensées tombent en discrédit », écrivait Annika Joeres.Auto-attestations de sortie obligatoires uniques en Europe, contradictions dans les autorisations ou interdictions de vente de certains produits comme les livres dans les supermarchés ou les sapins de Noël, décisions de santé publique prises de façon monarchique par le président de la République en Conseil de défense, Etat d’urgence sanitaire sans cesse prolongé, etc. La charge était sévère et sans doute un peu injuste puisque le confinement à la française a eu au final des effets bien réels pour freiner la circulation du virus et diminuer les hospitalisations… alors que l’Allemagne est en plus mauvaise posture actuellement.

C’est dans ce contexte que le chef de l’Etat puis son Premier ministre ont surpris tout le monde en envisageant de sévir… contre les Français qui voudraient aller skier à l’étranger, faute de pouvoir le faire en France où les stations sont certes ouvertes mais privées de leurs remontées mécaniques. Face à la mésentente européenne sur une fermeture générale de toutes les stations de sports d’hiver durant les vacances de Noël, Emmanuel Macron a donc choisi la méthode forte pour protéger les stations françaises d’une concurrence déloyale… au risque, dans cette précipitation, d’être accusé d’une nouvelle dérive autoritaire et liberticide ou, à tout le moins, d’une ingérence dans la vie des Français au-delà du raisonnable.

Car à côté des aspects purement pratiques – comment seront faits les contrôles, par qui et où ? La tenue vestimentaire ou le matériel sportif seront-ils systématiquement vérifiés ? Quid des chaussures de ski des transfrontaliers qui vont faire leurs courses ou travailler de l’autre côté de la frontière ? Où se feront les quarantaines ? – on peut légitimement s’interroger sur l’intérêt d’une telle mesure. D’une part parce que la majorité des 10 % de Français adeptes de la montagne skient en France et d’autre part parce que lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron en appelait à « l’esprit de responsabilité » des Français, difficilement conciliable avec des mesures infantilisantes.

« La véritable réalité est toujours irréaliste », assurait Franz Kafka.C’est peu dire que certaines décisions apparaissent effectivement kafkaïennes…

(Commentaire publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 4 décembre)

Opération vaccination

vaccin

Si l’arrivée du vaccin est la lueur d’espoir que le monde entier attendait, elle s’accompagne de nouvelles décisions délicates à prendre pour les gouvernements concernant l’acheminement et la distribution des doses aux populations. Si l’achat des différents vaccins puis leur répartition entre Etats membres ont été intelligemment mutualisés et centralisés par l’Union européenne, la suite est, en effet, à la discrétion de chaque pays, qui doit trouver la meilleure façon de s’organiser.

Cette « opération vaccination » de grande envergure, qui devrait durer toute l’année 2021, va donner des sueurs froides au gouvernement. Car après les ratés sur les masques et les tests, Emmanuel Macron n’a, d’évidence, pas droit à l’erreur dans la sortie de l’épidémie de Covid-19, à un an de la présidentielle. À la complexité de la logistique pour transporter des doses de vaccin – dont certaines nécessitent des températures très basses et donc une distribution rapide – s’ajoutent, pour le chef de l’Etat, deux défis de taille très spécifiques à la France : l’un politique l’autre sociétal.

Défi politique car pour une distribution optimale des vaccins, l’organisation ne devra laisser aucun acteur de côté : élus locaux, médecins libéraux, hôpitaux, Ehpad, etc. Il faudra donc trouver un subtil équilibre entre une impulsion nationale et des relais régionaux et locaux. Dans une France toujours marquée par le jacobinisme centralisateur, au contraire d’une Allemagne fédérale, voilà un défi délicat à relever.

Le second défi, qui est à l’œuvre partout dans le monde mais prend en France un relief particulier, est sociétal : notre pays, pourtant patrie de Pasteur, est devenu le champion du monde de la défiance envers les vaccins. Face à toutes les thèses complotistes, si nombreuses avec le Covid-19, mais aussi à de légitimes inquiétudes sur les effets secondaires de vaccins ARN totalement inédits, Emmanuel Macron a fait le pari de la responsabilité – pas d’obligation vaccinale – et le choix d’une transparence maximale pour convaincre. Son idée de créer un « collectif de citoyens » pour associer la population est à regarder à cet aune. Même si, au final, c’est lui qui sera comptable du bon déroulement de la vaccination…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 1er décembre 2020)

Déni de réalité

 

cannabis

En jugeant illégale l’interdiction par la France de la commercialisation du cannabidiol (CBD) – soulignant que cette molécule présente dans le chanvre n’a "pas d’effet psychotrope ni d’effet nocif sur la santé humaine", qu’elle n’est donc pas un stupéfiant pour résumer – la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) va-t-elle enfin débloquer le débat autour du CBD en particulier et du cannabis en général dans notre pays qui s’entête dans ce qu’il faut bien appeler un déni de réalité ?

Car en l’occurrence, dès qu’on parle de cannabis, tout se mélange et tout se crispe. Pas une année, en effet, où le cannabis ne revienne sur le devant de la scène. Pas un semestre où ne s’affrontent les partisans de la dépénalisation ou ceux de la répression, à l’instar du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, promoteur de l’amende forfaitaire pour les consommateurs de cannabis, entrée en vigueur depuis le 1er septembre dernier sans que son efficacité n’ait depuis été démontrée. Pas une année ou le débat sur la légalisation du cannabis thérapeutique ou récréatif ne réapparaît. Et, depuis 2018, pas un mois sans que le CBD ne s’invite dans des discussions...

À chaque fois, médecins, politiques, magistrats, responsables associatifs se toisent et s’opposent par médias interposés, à coups de tribunes – le célèbre "appel du 18 joint" en 1976 – ou d’arguments de santé publique plus ou moins étayés.

Non seulement la législation française – l’une des plus répressives d’Europe – n’empêche en rien la consommation, ni, en corollaire, le développement de l’économie souterraine du trafic, mais la France semble passer à côté de vrais enjeux comme le cannabis thérapeutique ou récréatif.

Par son arrêt, la Cour de justice de l’Union européenne inflige donc un camouflet à notre pays qui a, d’évidence, fait montre d’une répression disproportionnée envers les gérants de boutiques et les consommateurs de CBD…

L’attitude de la France a été jusqu’à présent d’autant plus dommageable qu’elle a privé le pays de la possibilité de développer sereinement – et de façon très encadrée – une filière tricolore de production et de vente de CBD dans un contexte mondial en pleine expansion.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 30 novembre 2020)


"Maintenant il faut faire évoluer la législation au plus vite, il est incompréhensible qu’on s’arc-boute encore sur une réglementation qui repose seulement sur cette peur irrationnelle de tout ce qui peut concerner le cannabis", assure le député LREM de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la mission sur le cannabis à l’Assemblée nationale. Le rapport qu’il va rendre en décembre sur le CBD, devrait faire bouger les lignes.

Savoir anticiper

 

covid

Alors que la France a entamé hier la première étape de son déconfinement progressif avec la réouverture des commerces, et que le pic de la deuxième vague a été franchi grâce aux efforts de tous, la perspective d’une troisième vague de l’épidémie de Covid-19 qui arriverait à la fin de l’hiver entache notre soulagement de cette fin d’année. Cette « impression d’un jour sans fin » – pour reprendre l’expression qu’Emmanuel Macron avait prononcée le 28 octobre lors de l’annonce du deuxième confinement – nous assaille à nouveau, d’autant plus que plusieurs pays dans le monde font déjà face à une troisième vague…

La probabilité que celle-ci déferle en Europe est dès lors forte. Elle avait – comme la deuxième vague d’ailleurs – été largement prévue par les scientifiques qui, au mois de mai, ont modélisé différents scénarios. Seule inconnue : quelle pourrait être l’intensité de cette vague, et sera-t-elle cette fois la dernière ?

Face à ce défi qui est devant nous, il convient de ne pas céder à la résignation car nous sommes désormais mieux préparés. Nous nous sommes habitués aux gestes barrières, les soignants ont appris à mieux gérer les malades, nous avons aussi été capables d’innover en recourant comme jamais aux outils numériques. Le monde d’après l’épidémie ne sera pas un retour au monde d’avant, chacun en est désormais persuadé. La Covid-19 nous montre aussi l’impérieuse nécessité de mieux se préparer aux épidémies qui pourraient à l’avenir se multiplier. Depuis plusieurs années, des scientifiques, des services de renseignements, des experts mettaient en garde contre de possibles épidémies virales de grande ampleur, préconisant toute une série de mesures, y compris en France. Mais le danger semblant lointain, ces plans de luttes n’ont sans doute pas été suffisamment pris en compte.

La Covid-19 aura permis une réelle prise de conscience, mondiale : d’une part que toute l’humanité est bien dans le même bateau et que face aux épidémies, il faut anticiper ensemble. Car là aussi, l’union fait la force…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 29 novembre 2020)

Question d’égalité

 

accent

Vous avez "un accent chantant", "rocailleux", "de troisième mi-temps de rugby", "à couper au couteau" ou "incompréhensible", etc. Tous les Français qui parlent avec un accent ont eu à subir un jour ou l’autre ce type de remarques. Certaines partent évidemment d’une bonne intention et sont dites sur le ton du compliment, mais d’autres sont bel et bien des moqueries lancées avec le mépris et la condescendance de ceux qui estiment bien parler le "vrai" français. Et quand ces appréciations barrent la route à un emploi ou imposent à celui qui a un accent de le gommer ou de l’oublier, on est clairement dans le cadre d’une discrimination. "L’une des dernières (micro) agressions racistes socialement admises" selon le député héraultais Christophe Euzet dont la proposition de loi "visant à promouvoir la France des accents" et donc à lutter contre leur discrimination – la glottophobie – est examinée aujourd’hui à l’Assemblée nationale.

D’aucuns s’offusquent que ce texte, profitant d’une niche parlementaire, arrive dans l’hémicycle en pleine épidémie de Covid-19. N’y a-t-il pas plus urgent à discuter ? D’autres estiment qu’avec la nomination à Matignon de Jean Castex, qui ne cache en rien son accent, le sujet est nul et non avenu. D’ailleurs, avant l’ancien maire de Prades, n’y a-t-il pas eu Charles Pasqua, Gaston Deferre ou plus loin Paul Ramadier ? Une loi contre la discrimination à l’accent serait même contre-productive, pire que le mal, s’offusquent certains qui craignent que Nicolas Canteloup ou Laurent Gerra ne puissent librement imiter un Jean Lassalle ou un Eric Ciotti.

Las ! Ceux qui s’agacent de la proposition de loi sont évidemment les partisans d’un statu quo, adeptes de la politique de l’autruche. Car le texte n’empêchera ni les compliments, ni les plaisanteries et encore moins les caricatures. En revanche, il posera des limites et donnera des armes à ceux qui subissent les moqueries comme un véritable harcèlement ou sont empêchés d’accéder à certains emplois. En ce sens, cette proposition de loi rappelle exactement la loi du 6 juin 2000 sur la parité : avant son adoption, rien n’empêchait des femmes d’accéder à des mandats électoraux et à des fonctions électives… mais tout était fait pour leur faire barrage.

Pour faire changer les mentalités et faire progresser la société vers davantage d’égalité en droits, il faut parfois en passer par la loi, qui punit les abus et rappelle à tous les citoyens que, quelles que soient leurs origines ou leur accent, aucun n’est supérieur à l’autre, mais tous sont égaux aux yeux de la République.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 novembre 2020)