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Éditos

Transparence et pédagogie

linky


Il aurait pu être l'instrument visible et consensuel au service de la transition écologique ; l'outil personnel des Français pour comprendre et améliorer leur consommation d'électricité ; le dispositif permettant à la France, à l'instar d'autres pays européens, de bâtir un réseau électrique performant. Las ! Depuis le début de son déploiement il y a bientôt quatre ans, il ne se passe pas une semaine sans que des habitants, ici dans un immeuble en copropriété, là dans le lotissement d'un village, ne contestent l'installation du compteur connecté Linky.

Depuis des mois, des Français rouges de colère ne veulent pas du boîtier vert-jaune qu'on leur impose et qui est déjà installé dans 17 millions de foyers sur 35 à équiper d'ici 2021. Pour la première fois, ces opposants au nouveau compteur viennent d'obtenir une victoire judiciaire. Une juge des référés de Toulouse, saisie, notamment, par l'opiniâtre avocat toulousain Me Lèguevaques, a entendu les plaintes portées partout en France par quelque 5 000 demandeurs. Sur la foi de certificats médicaux de plaignants versés aux débats, la juge a ordonné le 12 mars à Enedis de ne pas installer le compteur Linky chez ces particuliers et de distribuer le courant électrique sans avoir recours au courant porteur en ligne (CPL), par lequel transitent les données de consommation.

En attendant de savoir quelles suites donnera la justice au référé toulousain et quelle sera l'attitude des autres tribunaux saisis, la contestation du compteur Linky permet de tirer deux enseignements.

Le premier concerne la difficulté que rencontre de plus en plus la science à s'imposer naturellement dans le débat public. Car la défiance envers Linky procède des mêmes mécanismes que l'on observe à propos de la prétendue nocivité des vaccins ou de la réalité du réchauffement climatique. Face à des faits scientifiques parfaitement documentés et vérifiables, on oppose ce qui relève davantage d'opinions, parfois bâties sur des études biaisées ou incomplètes. Au nom d'un principe de précaution poussé à l'extrême, on remet en cause des politiques – sanitaires, écologiques, énergétiques – pourtant utiles pour préparer l'avenir du pays. Là où, par le passé, ces discours d'opposition restaient marginaux, ils sont aujourd'hui amplifiés et auto-entretenus par la caisse de résonance de réseaux sociaux où pullulent les fake news. Il n'est bien sûr pas question de remettre en cause la souffrance que peuvent ressentir, de bonne foi, des personnes, se disant électrosensibles aux ondes. Mais en l'espèce, il est urgent de laisser les chercheurs travailler sereinement pour lever les inconnues.

Le deuxième enseignement de la fronde anti-Linky montre que sur des projets d'aussi grande ampleur, qui concernent la quasi-totalité de la population, l'exigence de transparence doit être poussée à son maximum. L'imposition du compteur à la hussarde, les pratiques parfois très intrusives de sous-traitants sous pression, les questions légitimes qui persistent sur l'utilisation finale des données récoltées ont installé de l'inquiétude, de la défiance et, parfois, de farouches oppositions. Plus que de la communication, il faut donc aujourd'hui, d'évidence, faire davantage de pédagogie pour lever les doutes et apporter aux Français des garanties suffisantes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 21 mars 2019)

Cas d'école

aeroport


La privatisation de l'aéroport de Toulouse-Blagnac restera sans nul doute un cas d'école, doublé d'un feuilleton politico-économique digne d'un thriller. Repoussée en 2011 devant la fronde des élus locaux, la privatisation partielle a été réalisée aux forceps en 2014 dans des conditions où la transparence n'a pas été – c'est le moins qu'on puisse dire – la qualité première. Pour rappel, l'État, via l'Agence française des participations, souhaitait se séparer de ses actifs dans l'aéroport toulousain en vendant 60 % du capital qu'il détenait. L'opération devait se faire en deux temps : 49,9 % d'abord, les 10,1 % ensuite. En avril 2015, un groupe chinois inconnu, Casil Europe, remporte la mise et apparaît donc comme actionnaire minoritaire. Sauf qu'un pacte d'actionnaires secret a été conclu entre l'État et Casil, le premier s'engageant à suivre les orientations stratégiques du second pour développer un aéroport déjà dynamique, qui avait jusqu'à présent été très bien géré et disposait de substantielles réserves pour grandir. Rapidement, les ambitions de Casil se sont surtout révélées être plus financières que de développement : le groupe chinois a très tôt réclamé le versement de dividendes conséquents. Voyant qu'il n'arriverait pas à obtenir ce qu'il voulait (l'État a renoncé à vendre les 10,1 % restant), et confronté à des collectivités locales actionnaires vigilantes, Casil a donc décidé de vendre ses parts en espérant réaliser au passage une belle plus value.

Quatre candidats français plus ou moins expérimentés dans la gestion des aéroports lorgnent la part des Chinois, mais rien ne dit qu'un nouvel acteur chinois n'atterrirait pas sur un dossier qui a été critiqué de toutes parts.

En octobre dernier, la Cour des comptes a rendu un rapport au vitriol sur la vente de 2015, concluant à « un échec de la privatisation de l'aéroport de Toulouse ». Et ce lundi, on a appris que le rapporteur général près la cour administrative d'appel de Paris, saisie par l'opiniâtre Collectif contre la privatisation et trois syndicats, a préconisé purement et simplement l'annulation de la vente de 2015, relevant la violation patente du cahier des charges par Casil.

En attendant la décision judiciaire qui doit être rendue dans quelques semaines, la rocambolesque privatisation de l'aéroport de Toulouse apparaît comme particulièrement embarrassante pour le gouvernement, qui souhaite privatiser Aéroports de Paris (ADP).

Le gouvernement aurait pu espérer s'appuyer sur un succès de la privatisation de l'aéroport de Toulouse ; le voilà qui se retrouve avec une épine dans le pied et doit gérer ses propres contradictions. Car l'exécutif justifie d'un côté la privatisation d'ADP en expliquant que l'État n'a pas vocation à gérer les contrats de boutiques de duty-free à Orly et Roissy… oubliant qu'ADP est d'abord une infrastructure stratégique qui lui verse de confortables dividendes ; et d'un autre côté explique que les fruits de la vente abonderont un fonds pour financer des start-up dont l'avenir est souvent incertain. Vérité dogmatique en deçà, erreur au-delà ? Pas étonnant dès lors que l'opposition à la privatisation d'ADP ne cesse de grossir, renforcée par le cas d'école toulousain…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 13 mars 2019)

Responsabilité

Boeing


Les images de crashs aériens sont toujours marquantes pour l'opinion. Tout simplement parce que la disparition des avions, en mer ou sur terre, se traduit par une désintégration de tout ce qui compose les appareils en des milliers de débris, de terribles «confettis» qui prennent au cœur les familles des victimes, les sauveteurs et tous ceux qui voient de telles images. Le crash d'un avion de la compagnie Ethiopian Airlines, qui s'est écrasé alors qu'il effectuait la liaison Addis Abeba-Nairobi, faisant 157 morts dont 9 Français, ne déroge pas à cette sombre règle. Comme à chaque fois l'émotion va aussi laisser place aux questions pour comprendre ce qui a pu provoquer un tel drame.

Dans le cas particulier du Boeing 737 MAX-8, l'enquête qui s'engage fait d'ailleurs écho à celle concernant un autre crash survenu il y a à peine cinq mois sur le même type d'appareil. Un Boeing tout neuf de la compagnie indonésienne Lion Air s'était écrasé en mer, faisant 189 victimes.

Les causes sont-elles similaires dans les deux accidents aériens ? L'enquête le déterminera. Mais d'ores et déjà deux enseignements peuvent être tirés de ce crash.

Le premier, d'ordre très général, est que cette catastrophe aérienne met, à nouveau, en lumière l'extraordinaire automatisation qui s'est opérée ces dernières années dans les cockpits, reliés à une multitude de capteurs qui peuvent, hélas, subir des dysfonctionnements. Et si cette montée en puissance est commune aux deux rivaux que sont Airbus et Boeing, chaque avionneur a développé sa propre philosophie de la relation homme-machine. Jusqu'où doit s'imposer l'assistance, notamment en cas de problème grave en vol ? Quelle liberté d'appréciation – d'intuition même – est-elle laissée aux pilotes ; peuvent-ils avoir le dernier mot ? Vaste débat, autant technique que philosophique, vaste «bataille» entre l'homme et la machine…

Le second enseignement, beaucoup plus précis, illustre finalement une bataille autrement plus concrète et féroce : celle, économique, que se livrent Airbus et Boeing. Face à la nouvelle génération d'Airbus A320neo, Boeing a voulu riposter en développant son Being 737 MAX, devenu depuis une locomotive pour le constructeur de Seattle (5 011 commandes fermes). Ce nouvel avion a été livré très rapidement pour contrer l'arrivée sur le marché du rival européen. Trop rapidement ? Une enquête du New York Times a révélé en février que Boeing, pour limiter les coûts d'entraînement, avait décidé de ne pas informer les pilotes de changements dans le système de contrôle des commandes, notamment dans le système antidécrochage. L'avionneur américain assurait même que les fonctionnalités entre ses anciens et nouveaux 737 étaient similaires. Il aura fallu le crash de la Lion Air, et la mise en cause d'un capteur d'incidence, pour que Boeing envoie une note rappelant aux équipages les procédures existantes pour gérer de tels problèmes. Et ce n'est qu'ensuite que le constructeur a reconnu que son nouvel avion vedette n'avait pas les mêmes fonctionnalités que le modèle précédant. Dès lors, dans la recherche des responsabilités des deux crashs, autant dire que Boeing joue gros.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 12 mars 2019)

Retrouver l'esprit européen



Dans moins de trois mois, lors des élections de mai prochain, l'Europe va jouer son avenir. La construction européenne, qui a fêté ses 60 ans, se poursuivra-t-elle, avec les modifications nécessaires à un meilleur fonctionnement ? Ou va-t-elle se fracasser sur l'écueil des politiques nationalistes qui ne cessent de gagner du terrain ? Pour répondre à cette épineuse question, il faut sans doute prendre un peu de hauteur, sortir de l'actualité chaude – des atermoiements des progressistes qui peinent à s'allier comme des coups de menton et des provocations régulières des populistes – et revenir aux sources de la construction européenne.

En 1952, sept ans seulement après une guerre mondiale qui ravagea l'Europe, entre en vigueur le traité de Paris, qui instaura la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), l'ancêtre de l'Union européenne. Dans « Une Europe fédérée », Jean Monnet, l'un des pères de l'Europe avec Robert Schuman, explique alors « Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des Hommes ». Là est sans doute la clé de l'idéal européen, rêvé à la fin du XIXe siècle par Victor Hugo comme des Etats-Unis d'Europe ; une expression reprise par le chancelier Adenauer. Cette union des hommes de bonne volonté, ennemis devenus partenaires, constitue le ciment de la construction européenne. Année après année, l'Union a marqué des points pour avoir trouvé, souvent au terme de rudes négociations entre ses membres, des solutions que seule une communauté d'Etats était en mesure de mettre en place. Le marché commun, la monnaie unique, des programmes scientifiques, éducatifs (Erasmus), industriels (Airbus, Ariane), la Politique agricole commune, la citoyenneté européenne, etc. : autant de réalisations qui n'ont été possibles que parce que l'union fait la force.

Certes, l'Union, qui a grandi très (trop ?) vite, n'est pas exempte de défauts, loin de là. Son fonctionnement technocratique, sa complexité bureaucratique, ses dispositifs insuffisamment démocratiques et le poids de politiques économiques libérales d'austérité, «à l'allemande», ont besoin d'une sérieuse mise à jour car ils finissent par creuser les fractures sociales, accentuer le ressentiment et nourrir les «passions tristes» que dénonce Emmanuel Macron.

Face au repli nationaliste que proposent les populistes, dont les solutions sont aussi simplistes qu'illusoires et mensongères – on le voit depuis deux ans avec le feuilleton du Brexit – il est temps de retrouver l'esprit européen porté par Jean Monnet. Le seul qui garantisse une paix durable, le développement et la prospérité en Europe.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 28 février 2019)

Le coeur et la raison


soleil


« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » La célèbre phrase de Pascal a ceci de particulier que l'on peut l'appliquer à bien des sujets autres que celui de la religion auquel le savant l'avait circonscrite dans ses « Pensées ». Par exemple au sujet des températures printanières – et quasi estivales – que l'on constate depuis quelques jours en France.

Côté cœur, c'est tout simplement le bonheur de retrouver le soleil et la chaleur, comme un avant-goût de grandes vacances. Ce week-end, de Toulouse à Gruissan, de Montpellier aux Pyrénées, chacun a ainsi profité de ces rayons de soleil qui nous ont tiré de la grisaille et du froid de l'hiver. C'est peu dire que cela fait du bien, au moral… comme au commerce. Les cafetiers et même les glaciers ont retrouvé des couleurs sur leurs terrasses bondées et certains ont – presque – oublié les samedis de rideau baissé pour cause de manifestation de Gilets jaunes.

Dépasser 20 °C en plein mois de février illustre pourtant bien le réchauffement climatique qui devrait tous nous inquiéter. Depuis quelques années, les prévisionnistes de MétéoFrance constatent que les saisons, notamment la saison hivernale, sont de plus en plus courtes, que les périodes froides à l'intérieur de ces hivers se réduisent et sont parfois entrecoupées de périodes de douceur où l'on bat des records. D'ailleurs, 2018 est l'année la plus chaude depuis le début du XXe siècle, pour la France. Mais, las ! L'heure est au petit café en terrasse au soleil, pas aux réflexions sur le changement climatique.

Côté raison justement, il y aurait pourtant urgence à s'inquiéter. Semaine après semaine, les constats alarmants se multiplient : l'accord de Paris sur le climat, ce texte historique signé lors de la COP21, tarde à se concrétiser, les scientifiques tirent la sonnette d'alarme et présentent des scénarios qui laissent à penser qu'il est presque trop tard pour parvenir à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C. Fin 2018, le cabinet B & L évolution, s'appuyant sur le dernier scénario proposé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a présenté les mesures à mettre en place pour s'aligner sur une trajectoire compatible avec + 1,5 °C en France. Autant dire que les changements à opérer sont radicaux : la diminution par deux des trajets en voiture, l'interdiction des vols long-courrier non justifiés en 2020, la suppression des vols intérieurs en 2022, la limitation à 1 kg de vêtements neuf par an et par personne d'ici 4 ans, ou l'instauration d'un couvre-feu thermique entre 22 heures et 6 heures en 2025. Le cabinet reconnaît que son scénario est «peu réaliste» mais il permet de mesurer l'ampleur des efforts à faire.

Alors entre le cœur qui permet de profiter d'une après-midi d'été insouciante en plein mois de février et la raison qui nous imposerait d'opérer des changements radicaux, il existe sans doute un chemin médian. Celui du respect par les Etats de l'accord de Paris associé à une réelle prise de conscience citoyenne. Les jeunes lycéens qui feront une grève pour le climat le 15 mars l'ont compris et nous montrent ce chemin de crête pour démentir les sombres scénarios. Car « il n'est pas certain que tout soit certain » ; c'est Blaise Pascal qui l'assurait.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 27 février 2019)

Derrière l'écran



La grand-messe de la téléphonie mobile, qui s’est officiellement ouverte hier à Barcelone, permet, année après année, de mesurer le poids croissant du secteur des télécoms. En termes économiques, culturels, sociétaux, et même politiques et géostratégiques, rarement une technologie aura conquis aussi rapidement une telle place, qui va encore aller en se renforçant avec l’intégration de plus en plus forte de l’intelligence artificielle. Rares sont ceux - à part quelques personnalités visionnaires comme Steve Jobs, l’emblématique PDG d’Apple et père de l’iPhone - qui, il y a une dizaine d’années, auraient imaginé l’importance que prendraient dans nos vies les smartphones.

Après avoir progressivement remplacé tout un tas d’appareils du quotidien (de l’appareil photo à l’agenda papier, du GPS au lecteur de musique) et créé de nouveaux usages (réseaux sociaux, banque en ligne), le smartphone est devenu - pour le meilleur et le pire - notre meilleur compagnon, le boîtier qui renferme toute notre vie numérique et nous relie aux autres. Au point de provoquer de véritables addictions, ou le syndrome FOMO (Fear of missing out), la « peur de rater quelque chose » d’important comme une information ou l’un de ces événements qui déclenchent tout au long de la journée des notifications sur les mobiles…

Mais derrière le Mobile World Congress de Barcelone, ses nouveautés époustouflantes comme les smartphones à écran pliables, et ses gigantesques stands rutilants, se trouvent deux enjeux majeurs.

Le premier est la masse colossale de données comportementales personnelles qui sont recueillies par les géants du net, les fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) via les smartphones et leurs applications. Des données qui sont ensuite traitées, analysées, souvent commercialisées - parfois à l’insu des utilisateurs, on l’a vu avec les divers scandales de Facebook l’an passé. Des données qui sont aussi, de plus en plus, la cible de pirates qui ont bien compris qu’elles valaient de l’or. Face à ce défi, l’Europe a raison d’agir, que ce soit avec le Réglement général de protection des données personnelles (RGPD) des citoyens européens, mis en place en mai 2018 ; la taxation des GAFAM, qui, depuis des années, sont passés maîtres de l’optimisation fiscale pour payer le moins d’impôts possible ; ou encore avec la future directive sur les droits d’auteur qui veut tout simplement une juste rémunération des auteurs et des médias.

Le second enjeu, économique et stratégique, se cristallise autour des réseaux 5G, la future norme qui promet des débits dix fois plus importants que ceux de la 4G et qui connectera tous les appareils de la maison mais aussi les futures voitures autonomes. Alors que l’Europe a joué un rôle important dans le déploiement des précédentes normes, cette fois la Chine fait très largement la course en tête. Le géant Huawei, connu pour ses smartphones, est quasi-incontournable pour tous les équipements 5G. Au point d’inquiéter de nombreux pays, Etats-Unis en tête, qui soupçonnent des possibilités d’espionnage. Là aussi, l’Europe, qui a par le passé eut de grands champions comme Nokia, doit être capable de retrouver une ambition industrielle. Car sur ces deux enjeux, il en va de notre souveraineté numérique… ou de notre dépendance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 26 février 2019)

Sortir du diagnostic

village


En 1995, Jacques Chirac lance sa campagne présidentielle avec une expression qui sera son marqueur dans la course à l'Elysée pour ne pas dire son slogan : la fracture sociale. En 2003, un an après son élection face à Jean-Marie Le Pen, il reviendra d'ailleurs dessus, estimant que cette fracture sociale – contre laquelle il avait finalement peu fait durant son premier mandat – menaçait «de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse.»

En 2004, le géographe Christophe Guilluy publie « Atlas des nouvelles fractures sociales », coécrit avec Christophe Noyé, puis en 2010, « Fractures françaises ». Deux ouvrages dans lesquels le chercheur explore le thème de la France périphérique, ces zones périurbaines qui s'étendent à l'ombre des grandes villes et jusqu'au milieu rural et qui prennent de plein fouet les conséquences de la mondialisation dont elles sont les perdantes. Avec un corollaire : cette France des invisibles se réfugie de plus en plus dans le vote protestataire.

À l'automne 2018, un mouvement aussi inédit, insaisissable que protéiforme, émerge de la colère contre la hausse des taxes sur le carburant : les Gilets jaunes envahissent les ronds-points et défilent depuis le 17 novembre chaque samedi pour réclamer plus de considération pour la France d'en bas, pour la France rurale. Celle de la «diagonale du vide» où la voiture est seule à permettre la mobilité, notamment pour rejoindre des services publics de moins en moins nombreux.

Trois époques, trois moments, trois aspects (politique, sociologique, sociétal) d'un même problème qui montrent que, depuis les années 90, les fractures françaises, sociales, sociétales, démographiques, territoriales, fiscales, numériques, loin de se résorber, se maintiennent voire s'approfondissent. Le dernier baromètre des territoires publié aujourd'hui, réalisé par Elabe et l'institut Montaigne, en partenariat avec La Dépêche, ne dit pas autre chose. Au-delà du cocon familial et du cercle proche dans lesquels les Français puisent tous leur bonheur personnel, le fossé se creuse entre «une France qui va plutôt bien et a pu tirer parti des évolutions, et une France qui se sent mise à l'écart et a le sentiment de perdre sur tout ou partie des tableaux.»

Vingt-quatre ans – presqu'un quart de siècle ! – après la «fracture sociale» chiraquienne, il devient désormais urgent de sortir du diagnostic incantatoire pour enfin trouver des solutions concrètes, partagées et surtout acceptées par tous. Une urgence d'autant plus prégnante que ces fractures françaises qui perdurent commencent à abîmer notre socle républicain bâti sur l'égalité et la fraternité. L'envie même de faire nation s'effrite ; on le voit avec l'inquiétante augmentation des propos haineux.

Emmanuel Macron, qui avait pourtant su durant sa campagne présidentielle diagnostiquer lui aussi ces fractures, n'est certes pas comptable de 25 ans d'atermoiements. Mais en tant que Président en exercice, il lui appartient de dégager les pistes pour commencer à ressouder le pays, à réconcilier les Français autour de ce qu'Ernest Renan appelait dans sa célèbre conférence « Qu'est-ce qu'une nation ? », «le désir de vivre ensemble»...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 19 février 2019)

Prise de risque

A380


L'annonce par Airbus de l'arrêt de son gros-porteur A380 n'est certes pas une surprise. Dans ces colonnes, nous disions déjà la semaine dernière combien le superjumbo était en sursis, ne répondant plus aux besoins des compagnies aériennes dans un marché mondial qui a profondément évolué ces dernières années. Avant de quitter l'entreprise après 28 ans dans l'aéronautique et la Défense, Tom Enders a donc préféré trancher clairement pour l'arrêt du programme, plutôt que de laisser perdurer un espoir illusoire de rebond ; et acter de fait un terrible échec commercial pour le plus gros avion civil du monde. Quand la production de l'A380 sera définitivement interrompue en 2021, seuls 250 exemplaires auront été vendus…

Le président exécutif d'Airbus, qui laissera son siège à l'issue de l'assemblée générale du 10 avril prochain, reconnaît d'ailleurs que le lancement de l'A380 au tournant du siècle – qui aura coûté quelque 30 milliards d'euros, surcoûts compris – était « une décision risquée », prise sans savoir ce que le marché allait réellement devenir. Mais il serait injuste de ne retenir de l'A380 que le symbole d'un échec commercial cuisant, qui écorne aujourd'hui l'image de l'avionneur. Le superjumbo a, d'évidence, écrit une page de l'histoire aéronautique mondiale. Il a aussi, selon Enders, été un instrument fort pour souder les différentes composantes européennes d'Airbus. Il a permis à l'avionneur européen de devenir un géant, d'épater le monde et de faire la fierté de l'Europe comme de notre région. Enfin, ce programme a fait acquérir à Airbus un savoir-faire qui se déploie aujourd'hui sur les autres gammes d'avion, notamment l'A350.

Le succès global d'Airbus est donc aussi celui des hommes et des femmes qui ont contribué à la réussite technique et industrielle de l'A380. À l'heure de l'arrêt du programme, gageons que les quelque 3 500 salariés actuellement affectés sur l'A380 seront au maximum répartis sur les autres lignes de production.

Le destin finalement tragique de l'A380, cet avion reconnaissable entre tous, mal-né mais pourtant plébiscité par les passagers, doit aussi nous interroger sur l'Europe industrielle que nous voulons. L'A380 a peut-être été un échec commercial mais il a permis à Airbus de devenir un concurrent de poids sur la scène internationale. Aujourd'hui, l'Europe doit s'interroger sur sa présence – ou plutôt son absence – dans d'autres secteurs industriels stratégiques pour l'avenir, comme les télécoms avec la 5G, aujourd'hui préemptée par les Chinois, l'intelligence artificielle où les avancées majeures se font aux Etats-Unis ou en Asie. La récente opposition de la Commission européenne à la fusion Alstom-Siemens dans le domaine ferroviaire face au géant chinois CRCC est peut-être logique sur le papier, mais incompréhensible en termes économiques et industriels. Il est donc urgent que l'Europe renoue dans tous ces domaines avec l'esprit de conquête et la prise de risque, pour bâtir rapidement – tout en préservant les acquis sociaux des pays membres – de grands groupes comme Airbus.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 15 février 2019)

Colères



Le mouvement des Gilets jaunes, on l'a dit maintes fois est inédit. Inédit dans son mode d'action avec l'occupation de ronds-points et des manifestations hebdomadaires chaque samedi depuis le 17 novembre 2018 ; inédit par sa composition sociologique avec des femmes et des hommes qui s'estimaient – et s'estiment toujours – méprisés, oubliées et invisibles ; inédit par sa défiance radicale envers les élites, les politiques, les syndicats ou les médias. Mais ce mouvement est aussi inédit par ses conséquences directes sur la marche du pays.

Certes, toute manifestation ou journée de grève recherche bien souvent la paralysie de l'activité comme moyen de pression pour faire avancer des revendications. Mais là où cette paralysie, orchestrée par des syndicats structurés, est habituellement limitée dans le temps, elle semble sans fin pour le mouvement protéiforme des Gilets jaunes. Depuis 13 semaines, en effet, les manifestations se succèdent, perturbant l'activité économique et commerciale, mais aussi laissant derrière elles des dégâts considérables sur le mobilier urbain, les bâtiments publics ou privés. Des dégradations, dont le coût se chiffre désormais en dizaine de millions d'euros, perpétrées par des casseurs qui infiltrent les cortèges et passent à l'action en fin de journée.

Dès lors à la colère – légitime – des Gilets jaunes réclamant plus de justice sociale et fiscale répond une autre colère : celle des maires des villes balafrées, et celle des commerçants contraints chaque semaine à baisser le rideau. Les premiers ont chiffré les dégâts à une trentaine de millions d'euros et demandent à l'Etat, garant de l'ordre public, d'indemniser les communes pour éviter que celles-ci ne sabrent dans leur budget. Les seconds, qui ont vu leur chiffre d'affaires baisser de 20 à 60 % et ont dû mettre au chômage technique quelque 70 000 salariés en France, voire en licencier certains, demandent au gouvernement d'aller au-delà des aides et étalement de charges déjà annoncés.

Le gouvernement, qui a lancé le Grand débat pour répondre à la colère des Gilets jaunes, doit entendre aussi la colère de ces maires toutes tendances confondues et de ces commerçants à bout qui ont manqué la traditionnelle embellie des fêtes de fin d'année. Une première réunion a – enfin – été organisée, hier à Bercy, par Bruno Le Maire. Le ministre de l'Economie a promis qu'un plan d'action sera transmis au Premier ministre «d'ici 15 jours à 3 semaines». Un plan encore flou et un délai technique peu en phase avec l'urgence des demandes…

Car que ce soit pour les revendications des Gilets jaunes comme pour les indemnisations des communes ou commerçants, l'Etat devrait se garder de trop jouer la montre et apporter rapidement des réponses claires, financières et surtout politiques, pour éviter l'addition des colères.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 14 février 2019)

Responsabilité



Le retrait prochain des troupes américaines de Syrie, tel un jeu de dominos, a des répercussions profondes, dont le retour dans l'Hexagone de quelque 150 jihadistes français dont des familles jusqu'à présent détenus en Syrie et en Irak. Ainsi, la France vient d'être contrainte de changer de doctrine à leur égard. Jusqu'alors, en effet, le gouvernement français s'était toujours opposé à leur retour – sauf pour les mineurs –, estimant qu'ils devaient être jugés sur place et y purger leur peine, sous réserve de bénéficier d'un procès équitable. Désormais, le rapatriement de ces ressortissants français est inéluctable, fut-il facilité par des avions américains. Le retour de ces jihadistes constitue ainsi un véritable défi pour la France, mais aussi un casse-tête politique face à l'extrême sensibilité de l'opinion publique sur le sujet.

Car les Français restent durablement marqués par les attentats terroristes perpétrés par Daech sur notre sol, de l'attaque de Charlie Hebdo en janvier 2015 à celle du marché de Noël de Strasbourg en décembre dernier, en passant par les tueries du Bataclan ou de Nice. Dès lors, difficile d'avoir de la compassion pour des Français qui ont pris les armes contre leurs compatriotes en rejoignant les rangs d'une organisation terroriste, se faisant de fait acteurs ou complices des attentats qui ont frappé la France et qui, une fois arrêtés, en appellent non pas à un tribunal islamique mais à la justice de notre Etat de droit.

Quoi que l'on pense du comportement paradoxal de ces jihadistes, c'est justement cet Etat de droit qui est mis à l'épreuve aujourd'hui. Ce qui appelle de la responsabilité, du sang froid, de la hauteur de vue qui ont parfois fait défaut ces derniers jours. De la même façon que le débat sur la déchéance de nationalité avait fracturé la société durant le mandat de François Hollande, le sort des 150 jihadistes a suscité des propositions parfaitement déplacées de certains élus de droite en quête de buzz, qui se sont lancés dans une surenchère indigne. À l'image d'un député LR réclamant une «élimination ciblée» systématique, c'est-à-dire la peine de mort, abolie en France. Ou encore un Nicolas Dupont-Aignan qui voudrait rouvrir un bagne à Cayenne ou sur les îles Kerguelen… Les victimes du terrorisme et leurs familles méritent mieux que ces propositions incompatibles avec notre République.

« D'abord, ce sont des Français avant d'être des jihadistes » a d'ailleurs fort justement répondu le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, rappelant que c'était bien à la France – et à elle seule – de prendre ses responsabilités. En faisant en sorte que la justice s'exerce pleinement contre les jihadistes qui seront de retour – comme elle a su juger jadis les Français miliciens ou les collaborateurs de Vichy qui avaient, eux aussi, combattu la France libre. En imaginant de nouvelles solutions, dans ou hors des prisons, pour déradicaliser ces jihadistes. En sauvant enfin les enfants emmenés ou nés sur zone de guerre qui sont avant tout victimes des actes de leurs parents.

C'est en répondant à cette tâche immense que la France honorera ses valeurs et principes démocratiques que les terroristes voudraient nous voir abandonner, et qui sont notre force.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 9 février 2019)

Symboles

A380


La confirmation hier par la compagnie aérienne australienne Qantas qu'elle annulait la commande de huit Airbus A380 marque un nouveau revers pour le superjumbo du constructeur aéronautique européen. Un gros porteur dont la pérennité est désormais suspendue, sans beaucoup d'illusions, à une négociation avec la compagnie Emirates, qui avait passé une méga-commande de 36 A380. L'histoire semble désormais jouée et l'A380 va vraisemblablement – sauf surprise venue de Chine ou d'Inde – tirer bientôt sa révérence, devenant le symbole d'un terrible et douloureux échec commercial, mais aussi devenant une page importante de l'histoire aéronautique mondiale.

L'échec, c'est finalement celui d'un avion mal-né qui a accumulé les déconvenues au moment même où le paysage aérien mondial s'est retrouvé chamboulé. L'idée de départ était pourtant séduisante : le plus gros avion commercial du monde avec ses deux ponts, ses quatre réacteurs, capable d'emporter quelque 600 passagers dans des conditions de confort inégalées entre les hubs de grandes villes alors que le trafic aérien était exponentiel. Sur le papier, au tournant du siècle, un tel projet tombait sous le sens et suscitait un vrai enthousiasme. Techniquement, économiquement, commercialement, politiquement l'A3XX devenu A380 serait l'image de l'Europe conquérante face à l'Américain Boeing. Las ! Entre le dépassement des budgets de développement, la mauvaise communication entre équipes françaises et allemandes, les retards de livraison à répétition, la détection de fissures sur les ailes de l'appareil, sans compter des dimensions XXL qui lui ont fermé les portes de certains aéroports, la vie de l'avion géant a été semée d'embûches alors même que l'aviation commerciale changeait radicalement de visage avec le développement des low cost et la préférence pour des liaisons de ville à ville. «Nous avons eu raison dix ans trop tôt», disait souvent l'ancien patron d'Airbus Fabrice Brégier pour expliquer ce qui restera comme un fiasco.

Pour autant, l'A380 n'a pas été vain. En premier lieu, la conception d'un tel avion a permis à Airbus d'acquérir et de conforter un savoir-faire technologique aujourd'hui mobilisable sur d'autres appareils comme l'avion vedette A350. Incontestablement, l'A380 a fait d'Airbus un géant aéronautique et la prouesse technologique rejaillit sur tous les compagnons du constructeur auxquels on peut rendre hommage. Enfin, cet avion dont le premier vol, le 27 avril 2005 à Toulouse-Blagnac, avait été suivi par près de 50 000 personnes, a écrit une page de l'aéronautique et fait la fierté de l'Europe comme de notre région. Son nom s'ajoute désormais à la longue liste des avions de légende qui, du Spirit of Saint-Louis de Charles Lindberg au Concorde en passant par le P38 d'Antoine de Saint-Exupéry, ont fait l'histoire de l'aviation et l'Histoire tout court.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 8 février 2019)

L'alerte



L'enquête sur le complotisme que viennent de publier la Fondation Jean-Jaurès et l'organisme Conspiracy watch est capitale dans le sens où elle permet de mettre des chiffres sur un phénomène ancien dont l'ampleur constitue désormais une réelle menace pour la démocratie, en France comme ailleurs dans le monde.

Jusqu'à présent, les thèses complotistes restaient circonscrites à quelques cercles d'hurluberlus, particulièrement aux Etats-Unis où, au nom du premier amendement de la Constitution qui garantit une absolue liberté d'expression, tout un tas de théories ont pu se développer sans ambages. La Terre est plate, le monde est gouverné par la secte des Illuminati, les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, etc.

Une digue contre ces élucubrations avait été bâtie au fil des ans par la classe politique dans sa majorité et par les médias. Cette digue a commencé à se fissurer en 2016 au moment de la campagne électorale présidentielle américaine qui a vu la victoire inattendue du populiste Donald Trump et l'émergence du phénomène des fake news, ces fausses nouvelles relayées et amplifiées par les réseaux sociaux, notamment ceux de l'ultra-droite, sur fond de défiance envers les médias. Le 20 janvier 2017, jour de l'investiture de Donald Trump, est, à cet égard, devenu une date clé. En dépit de photos qui attestaient le contraire, Trump a maintenu qu'il y avait plus de public pour son investiture que pour celle de Barack Obama. Sa conseillère en communication Kellyanne Conway justifia alors l'appréciation mensongère du nouveau président comme relevant de… «faits alternatifs». Depuis 2017, le monde est ainsi entré dans une ère de post-vérité que l'enquête de la Fondation Jean-Jaurès et de Conspiracy watch illustre parfaitement.

Car cette ère de la post-vérité ne concerne d'ailleurs pas que les Etats-Unis. Du Brésil de Bolsonaro au Venezuela de Maduro, du Royaume-Uni du Brexit aux mensonges proférés par certains candidats lors de l'élection présidentielle française, les démocraties chancellent, y compris les plus établies. Elles sont bousculées par les ingérences étrangères, russes notamment, et font face désormais non plus seulement aux fake news mais aux… hate news, des messages de haine qui ciblent certains groupes de discussions dans le seul but de créer des tensions, hystériser les conflits, empêcher le débat…

Face à ce sombre tableau, il est temps de réagir, car tout n'est pas perdu. Les politiques doivent restaurer les conditions d'un débat serein et arrêter sans doute de succomber à la tentation des petites phrases qui buzzent et qui divisent ; et par ailleurs mettre en place des politiques de formation et d'éducation des citoyens aux enjeux numériques, dès l'école. Les réseaux sociaux doivent – enfin – prendre leurs responsabilités ou être contraints de le faire par la loi, car cela fait longtemps qu'ils ne sont pas que des plateformes d'hébergement mais clairement des éditeurs voire des prescripteurs qui enferment leurs membres dans de dangereuses bulles de filtre. Ensuite les médias doivent faire leur autocritique pour retrouver la confiance du public ; les opérations de lutte contre les fake news en sont une première étape. Enfin, il appartient à chaque citoyen de s'impliquer, individuellement, pour ne pas relayer tout et n'importe quoi. Car préserver la démocratie est l'affaire de tous.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 7 février 2019)

Démocratie sociale ou directe ?

cgt


Le Grand débat national censé répondre à la crise des Gilets jaunes en est à peine au quart de sa durée que, déjà, c'est son issue qui occupe tous les esprits. Quelle peut-être la forme que prendra la restitution des milliers de contributions qui auront été collectées sur tout le territoire et sur internet ? Que décidera Emmanuel Macron pour présenter et expliciter ses choix actant, a-t-il promis, «des conséquences profondes» ? D'ores et déjà, deux pistes sont sur la table et, à dire vrai, deux visions de sortie de la crise.

La première, horizontale, est l'organisation d'un Grenelle. L'évocation de ce simple mot convoque le souvenir de la sortie de crise de Mai-68. Du 25 au 27 mai 1968, le ministère des Affaires sociales, sis rue de Grenelle à Paris, accueille l'ensemble des organisations syndicales pour déboucher sur les accords éponymes historiques. Ces accords de Grenelle actent des avancées sociales majeures : hausse du Smic et des salaires, réduction du temps de travail et instauration de la semaine de 40 heures, etc. À telle enseigne que le mot Grenelle deviendra synonyme de progrès social et sera plus tard associé à d'autres grand-messes comme le Grenelle de l'environnement de Nicolas Sarkozy. Dès l'entame de la crise des Gilets jaunes, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, évoque l'idée d'un Grenelle ; sèchement repoussée par l'exécutif. Après plusieurs samedis de manifestations, cette proposition de «Grenelle du pouvoir vivre» est pourtant toujours là, en dépit de la division des syndicats sur leur mode d'action, et de l'indifférence de Gilets jaunes toujours jaloux de leur indépendance et inquiets de toute récupération.

La seconde piste de débouché du Grand débat national, verticale, a été évoquée par Emmanuel Macron lui-même : celle d'un référendum à plusieurs questions. Le chef de l'Etat a sans doute fait siens les mots de son mentor Paul Ricoeur – «Quand on parle du passé, soit on oublie, soit on rabâche» – pour ne pas renouveler l'expérience d'un Grenelle avec des partenaires sociaux qui, depuis le début du quinquennat, sont, sinon ignorés, du moins très peu écoutés ; et pour préférer un référendum, plus en phase avec la demande de démocratie directe des Gilets jaunes.

Remis en selle par un Grand débat national fait à sa main, Emmanuel Macron n'entend pas transiger et partager avec d'autres la sortie de crise qui doit ouvrir la deuxième partie de son quinquennat.

Si le choix n'est pas encore définitivement arrêté, la préférence présidentielle pour un référendum n'est toutefois pas sans risque. David Cameron au Royaume-Uni ou Matteo Renzi en Italie en savent quelque chose… L'excès de confiance se paie parfois cash dans les urnes pour ceux qui font le pari de la démocratie directe plutôt que celui de la démocratie sociale…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 5 février 2019)

Fracture(s) numérique(s)

illectronisme


Lorsque l'on évoque la fracture numérique, on pense immédiatement à ces territoires ruraux, voire à certains quartiers urbains, qui ne bénéficient pas de connexions à internet à haute vitesse. Réseau mobile absent ou trop faible pour capter quoi que ce soit ; ADSL au débit anémique ; fibre optique absente : autant de handicaps pour les PME, les élus et les simples Français qui se sentent citoyens d'une seconde zone où les nouveaux usages numériques, économiques, éducatifs, administratifs ou ludiques leur sont compliqués voire interdits. Cette fracture-là est grave, certes, mais elle se résorbe petit à petit grâce à l'engagement – encore trop lent pour les Français concernés – de l'Etat, des collectivités locales et des opérateurs.

Il est en revanche une autre fracture numérique, beaucoup plus discrète et pourtant capitale : la capacité de chacun à tirer parti d'internet pour profiter des services qui, jour après jour, deviennent incontournables dans une société connectée comme la nôtre.

En quelques mois, trois enquêtes viennent de mettre en lumière un phénomène que l'on appelle l'illectronisme, qui est au numérique ce que l'illettrisme est à la langue. Les Français qui en sont touchés savent parfaitement ce qu'est un ordinateur, une souris, une imprimante, un smartphone et même une box internet, et ils sont mêmes correctement équipés en matériel pour beaucoup d'entre eux. Mais ils sont mal à l'aise avec ces outils, ne maîtrisent pas suffisamment les subtilités d'interfaces souvent très peu ergonomiques, et renoncent parfois à utiliser tel ou tel service par peur de «faire planter l'ordinateur». Ces internautes-là, pleins de bonne volonté, deviennent alors des abandonnistes du numérique…

Dès lors, cet illectronisme provoque une exclusion numérique qui devient très handicapante au quotidien.

Les Français, qui dans leur ensemble sont conscients des apports positifs du numérique en termes d'accès à l'information, aux démarches administratives de plus en plus dématérialisées, aux outils permettant de rester en contact avec leurs proches, sont tout aussi conscients que le numérique renforce les inégalités. L'illectronisme affecte en effet les personnes âgées mais aussi certains jeunes, les catégories socioprofessionnelles modestes, les Français les moins diplômés et les zones rurales. Au total, l'illectronisme concernerait 19 % de la population !

À l'heure où l'Etat a décidé de muscler son administration électronique, ou les jeunes pousses françaises de la French Tech ont le vent en poupe et où le président de la République caresse l'idée de faire de la France une start-up nation, la lutte contre l'illectronisme devrait être une priorité des pouvoirs publics. Dès l'école avec les formations adéquates mais aussi hors du cadre scolaire avec le soutien des initiatives associatives ou institutionnelles déjà existantes. Car combattre l'exclusion numérique c'est aussi combattre les inégalités et l'exclusion tout court.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 février 2019)

Concession(s)

peage


La hausse annuelle des tarifs de péage, qui va grever un peu plus le budget des automobilistes, tombe au plus mal pour le gouvernement, qui tente de résoudre la crise des Gilets jaunes dont l'origine de la colère est, certes, liée au coût des carburants mais aussi, justement, au prix des péages. D'ailleurs, depuis le 17 novembre, les péages un peu partout en France ont été souvent pris pour cible, occupés pour des opérations «barrières levées» et pour certains incendiés comme à Narbonne.

Elisabeth Borne, la ministre des Transports – qui connaît parfaitement le dossier pour avoir été directrice des concessions chez Eiffage en 2007 – a bien tenté d'amoindrir l'impact de cette hausse annoncée en demandant aux sociétés d'autoroutes de faire un effort. Las, ces dernières n'ont consenti que la mise en place de tarifs préférentiels sur les trajets domicile-travail. Une bien maigre concession…

Car les sociétés d'autoroutes sont tout simplement dans leur bon droit, profitant à fond des clauses de contrats de concessions signés en 2006 par Dominique de Villepin puis révisés en 2015 par un gouvernement dont le ministre de l'économie était un certain Emmanuel Macron. Des contrats qui leur sont très favorables et qui leur ont permis ces dernières années de réaliser des bénéfices records, faisant des autoroutes de véritables poules aux œufs d'or pour les actionnaires de ces grands groupes. Un rapport de l'Autorité de la concurrence soulignait d'ailleurs qu'en 2013, les marges variaient de 20 à 24 % !

Et lorsque l'Etat veut tenter de réguler les tarifs, bien mal lui prend. En 2015, Ségolène Royal souhaite un gel des tarifs… mais en contrepartie, l'État a dû accepter de compenser intégralement ce gel par des hausses de tarifs additionnelles les 1er février de chaque année de 2019 à 2023… Au final, le «gel» entraînera un surcoût de 500 millions d'euros pour les usagers, selon les évaluations de l'Autorité de régulation des transports ferroviaires et routiers (Arafer).

Pas étonnant dès lors que treize ans après les privatisations beaucoup s'interrogent sur une remise à plat d'un système déséquilibré de rentes qui favorise les sociétés d'autoroutes au détriment de l'Etat, garant de l'intérêt général. Certains évoquent une renationalisation du réseau autoroutier français. Des pétitions circulent en ce sens, une proposition de loi vient d'être déposée au Sénat. D'autres plaident pour une renégociation des contrats. Le sujet, en tout cas, mobilise désormais au-delà des clivages partisans ; une trentaine de députés réclame ainsi une commission d'enquête parlementaire sur les contrats.

Alors que, sans état d'âme, l'Etat souhaite privatiser plusieurs fleurons publics comme Aéroports de Paris ou la Française des Jeux, il serait effectivement temps d'avoir ce débat sur le bien-fondé des privatisations d'autoroutes et qu'il arrive sans tarder. Pour en tirer les leçons, sans concessions…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 2 février 2019)

Le juste prix

euro


Les Français qui vont faire leurs courses ce week-end vont constater une hausse significative des prix de certains produits alimentaires de grandes marques. Une hausse qui s'établit en moyenne à 6,3 % et qui est la conséquence directe d'une mesure-clé de la loi Alimentation qui entre en vigueur ce 1er février : les enseignes n'ont plus le droit de vendre à prix coûtant et le seuil de revente à perte est relevé de 10 %. Cette mesure a été prise pour tenter d'en finir avec la guerre des prix à laquelle se livrent les tout-puissants géants de la grande distribution et pour que, in fine, les producteurs soient enfin mieux rémunérés.

Si l'intention était évidemment louable au moment de l'adoption de la loi, c'est peu dire qu'elle tombe mal. Alors que la crise des Gilets jaunes a démarré après la hausse de quelques centimes du prix du litre des carburants, la hausse de prix de nombreux produits alimentaires ne va-t-elle pas raviver l'exaspération des Français, au moment même où la question du pouvoir d'achat est centrale dans les revendications des Gilets jaunes et présente dans nombre de contributions du Grand débat national ? Le gouvernement a d'ores et déjà pris les devants, précisant que ce qu'il demandait aux grandes surfaces était simplement de trouver un moyen de répartir les marges différemment. Les grandes enseignes se sont de leur côté lancées dans des opérations d'explication de ces hausses de prix… mais aussi dans une nouvelle guerre des prix, cette fois sur leurs propres marques de distributeurs, s'appuyant par ailleurs sur leur système de cartes de fidélité.

Plus largement, la hausse de ce vendredi (re) pose la question de ce qu'est un juste prix. C'est-à-dire un prix qui reflète au plus près la valeur d'un bien, un prix qui permette la juste rémunération de celui qui l'a produit, un prix acceptable pour le budget de chaque ménage. Ces dernières années, ce triptyque a souvent été déséquilibré dans tous les secteurs par la course folle aux prix les plus bas, aux promotions les plus fortes, fussent-ils en trompe-l'œil. Car la numérisation de la société et l'ubérisation de pans entiers de l'économie, ont accéléré le mouvement, au prix souvent de plus de précarité et donc pour certains d'un pouvoir d'achat revu à la baisse. Un cercle vicieux qu'il convient de rompre.

Si certains en appellent à une décroissance radicale, il convient aux pouvoirs publics de créer les conditions à l'émergence du juste prix. Au niveau national ou européen, il s'agit d'une part de mettre en place une régulation qui permet d'atténuer les effets pervers de la course aux prix bas ; autrement dit ne pas laisser la «main invisible» du marché, théorisée par le père du libéralisme Adam Smith, comme seul mécanisme autorégulateur. Et d'autre part de mener les politiques économiques qui, en tenant compte du poids des dépenses contraintes dans le budget des foyers, permettent un maintien voire une hausse – réelle – du pouvoir d'achat.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 1er février 2019)

Brexit sans fin

brexit


À soixante jours de la date officielle de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, on a l'impression chaque jour de vivre un Brexit sans fin… où les certitudes de la veille sont remises en cause dès le lendemain au gré de volte-face aussi spectaculaires qu'incompréhensibles. Après avoir subi une défaite historique et humiliante mi-janvier sur un accord de Brexit dont elle ne cessait d'expliquer qu'il était «le meilleur possible» et n'était «pas renégociable», voilà l'insubmersible Theresa May qui est parvenue à obtenir du parlement de Westminster… un nouveau vote pour renégocier le «backstop», ce fameux «filet de sécurité» devant éviter le retour d'une frontière physique entre le nord et le sud de l'Irlande. Une renégociation qui serait la condition à la signature britannique de l'accord de divorce d'avec l'Union européenne. Et la Première ministre d'assurer repartir à Bruxelles pour encore négocier des aménagements «alternatifs», dont personne ne voit en quoi ils pourraient bien consister et dont les 27 de l'Union européenne ne veulent pas entendre parler.

Car après deux ans d'intenses négociations, la lassitude pour ne pas dire l'exaspération a gagné Bruxelles. Aucun chef d'Etat ou de gouvernement – Emmanuel Macron et Angela Merkel en tête – n'entend revenir sur ce que Michel Barnier a méticuleusement négocié. Seule la forme de l'accord, c'est-à-dire la déclaration politique accompagnant l'accord de retrait, pourrait comporter quelques évolutions qui n'auraient de toute façon aucune valeur juridique.

Le vote de mardi à la Chambre des Communes illustre en tout cas, à nouveau, le labyrinthe dans lequel se débat le Royaume-Uni depuis le référendum de 2016 et la volonté des Britanniques de rejeter la responsabilité d'un «no deal» sur la seule Union européenne. Un coup de bluff qui ne trompera personne, car la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le Royaume-Uni relève exclusivement des erreurs politiques britanniques. À commencer par celle de David Cameron. Par un calcul cynique de politique intérieure, l'ex-Premier ministre a enclenché le référendum du Brexit en étant persuadé que jamais le choix du Brexit ne l'emporterait. Première erreur. Au cours d'une campagne truffée de fake news, les promoteurs du Brexit vantaient la simplicité d'un divorce pour obtenir davantage de souveraineté, se gardant bien d'évoquer la situation inextricable qui allait être celle de l'Irlande du Nord… Deuxième erreur. Soit on rétablissait la frontière entre les deux Irlande et on ruinait l'accord de paix si difficilement conclu, soit on déplaçait la frontière en mer d'Irlande est on séparait de fait le Royaume-Uni de l'Ulster… D'où le compromis du «backstop» qui impose à la Grande Bretagne de quitter la gouvernance européenne tout en restant dans l'union douanière deux ans durant. Tout le contraire d'un gain de souveraineté.

À quatre mois des élections européennes, ce Brexit sans fin sonne comme un avertissement à tous les citoyens européens et montre combien les solutions simplistes et mensongères proposées par les formations populistes conduisent dans des impasses au détriment des peuples dont elles se réclament.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 31 janvier 2019)

Equlibre

casseurs


Le sens de l'Etat demande, on le sait, beaucoup de sang-froid, et s'accommode mal de la précipitation. On se souvient qu'aux plus belles heures du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le moindre fait divers tragique ayant ému l'opinion se traduisait les semaines suivantes par l'annonce d'une nouvelle loi… En voulant répondre aux violences – contre les commerces, les bâtiments publics et les forces de l'ordre – qui émaillent les manifestations de Gilets jaunes chaque samedi depuis le 17 novembre dernier, le gouvernement est bien évidemment dans son rôle. Mais il aurait sans doute dû y réfléchir à deux fois avant de reprendre à son compte – pour gagner du temps et rassurer les Français – une proposition de loi de la droite sénatoriale, rédigée par des parlementaires tenants de la ligne du «toujours plus» en matière sécuritaire. Voté par le Sénat en octobre 2018, ce texte, qui se voulait une réponse aux «Black blocs», a été écrit par Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains et l'un des plus virulents opposants à Emmanuel Macron. La proposition de loi avait à l'époque été considérée à gauche comme attentatoire aux libertés publiques, et les sénateurs marcheurs avaient d'ailleurs voté contre.

Dès lors le texte qui est arrivé hier dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale impose un délicat exercice d'équilibrisme : au sein même de la majorité présidentielle d'abord, où nombreux sont ceux qui, mal à l'aise, ont souligné les limites et les risques d'inconstitutionnalité du texte. De leur côté, les députés de gauche le jugent liberticide et la droite reste, forcément, sur sa faim. Car le texte a été méticuleusement détricoté ces derniers jours en commission des Lois à majorité LREM. Reste que ce texte polémique comporte encore de nombreuses dispositions qui posent question : les interdictions préventives de manifester qui pourront être prises par les préfets sur la simple base de soupçons, la création d'une sous-catégorie au fichier des personnes recherchées (FPR), celui-là même qui comprend les fichés S, ou encore la création de périmètres de sécurité. Autant de sujets aussi sensibles que difficiles à mettre en œuvre : quels seront les recours, le rôle des magistrats, la faisabilité de mise en œuvre par les forces de l'ordre ?

Le Premier ministre s'est défendu à plusieurs reprises de vouloir porter atteinte à la liberté de manifester et on peut bien évidemment lui en donner acte, Edouard Philippe étant un démocrate avéré. Mais la loi, fut-elle de circonstance, s'inscrit dans le temps long. Quel usage pourrait en faire, par exemple, face à ses opposants politiques, l'extrême-droite si elle parvenait au pouvoir ? Cette question s'était déjà posée lors de l'examen des législations antiterroristes durant le quinquennat de François Hollande. Aujourd'hui, il appartient aux députés de trouver le point d'équilibre entre sécurité et liberté, sachant comme le disait Benjamin Franklin qu'« un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 30 janvier 2019).

Turbulences

aeroport toulouse-blagnac


La décision du groupe chinois Casil Europe de mettre en vente ses parts dans l'aéroport Toulouse-Blagnac, révélée mardi par La Dépêche du Midi, constitue un nouveau rebondissement dans la saga de la privatisation de l'aéroport toulousain. Surtout, les turbulences économiques et politiques qu'elle engendre vont bien au-delà de la Ville rose et deviennent un épineux dossier national dont le gouvernement se serait sans doute bien passé.

À Toulouse, d'abord. La décision de l'actionnaire chinois – majoritaire avec 49,9 % – de se désengager du 3e aéroport français de province, plonge tous les acteurs dans l'incertitude, même si depuis l'arrivée de Casil, doutes et rumeurs courraient sur les projets réels des Chinois. En tout cas, cette décision confirme a posteriori les sévères remarques émises par la Cour des Comptes en novembre dernier sur les conditions de cette privatisation partielle, qui fut la première du genre en France. Dans leur rapport, les magistrats de la Rue Cambon soulignaient de nombreuses incohérences tant sur le profil de Casil, la gouvernance, que sur le processus de privatisation lui-même, qui prévoyait la cession des 10 % restants de l'Etat, avant que ce dernier n'y renonce sous la pression des collectivités locales actionnaires minoritaires. «L'aéroport de Toulouse reste dans une situation ambiguë et instable, celle d'une société dont le capital est majoritairement public, mais dont le contrôle appartient à l'actionnaire privé», pointait la Cour des comptes. Le départ de Casil devra permettre de sortir de cette ambiguïté.

En attendent, ce nouvel épisode toulousain pourrait avoir un impact sur les autres privatisations programmées par le gouvernement et notamment celle d'ADP (Aéroports de Paris), propriétaire et opérateur des aéroports Charles-de Gaulle, Orly et Le Bourget. Officiellement, il faudra attendre le vote définitif de la loi Pacte, au mois de février, pour démarrer le processus, mais l'Etat se prépare bel et bien à vendre sa participation de 50,6 % valorisée 9 milliards d'euros. Les candidats, dit-on, se bousculent au portillon pour acquérir un fleuron français qui est aussi une poule aux œufs d'or. Premier hub aérien européen, Paris est le passage obligé de toutes les compagnies du monde qui veulent venir en France et apporte donc à son actionnaire une rente assurée.

L'État a-t-il raison de se séparer d'ADP, qui est en bonne santé, et lui verse chaque année des dividendes non négligeables ? Le gouvernement, qui tablait sur l'exemple d'une privatisation toulousaine réussie, est désormais dans l'embarras quoi qu'il en dise et, à l'instar des remous sur la privatisation des autoroutes, risque de se retrouver accusé de vendre les bijoux de famille. La vice-présidente de la Région Occitanie, Nadia Pellefigue l'a résumé en un tweet « La puissance publique doit rester majoritaire dans ses infrastructures stratégiques. » Les Etats-Unis ont tranché la question, la quasi-totalité des aéroports sont dans le giron public. En France, la question mérite débat, peut-être même un grand débat…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 24 janvier 2019)

Parcoursup du combattant

parcourus


Depuis hier, des centaines de milliers de lycéens français doivent exprimer leurs vœux pour la suite de leurs études sur la plateforme Parcoursup qui inaugure là sa deuxième année de fonctionnement. Après avoir succédé à Admission post-bac (APB) – qui connaissait son lot de dysfonctionnements – sans avoir toutefois fait la preuve qu'elle fonctionnait mieux, Parcoursup a été modifié afin d'éviter les écueils de la première mouture, marquée par de longues listes d'attente pour certaines des quelque 14 000 formations proposées. Des modifications pour rendre le système plus rapide, moins discriminant géographiquement, avec un calendrier plus resserré mais qui restent à la marge. Le gouvernement entend bien, en effet, maintenir les principes qu'il s'était donnés : pas de tirage au sort et priorité aux meilleurs élèves et aux meilleurs dossiers quand la demande excède les capacités d'accueil dans une formation.

Dès lors les mêmes critiques se font entendre cette année.

D'abord un manque de transparence en ce qui concerne les algorithmes qui classent les demandes des élèves. Celui de Parcoursup ne procède à aucune affectation quand celui d'APB prenait en compte la hiérarchie des vœux des lycéens. Face aux critiques l'an passé, le gouvernement avait donné les clés de l'algorithme national de Parcoursup… mais les algorithmes locaux utilisés dans chaque établissement étaient restés secrets. C'est ce secret qui pourrait bien tomber après que le défenseur des Droits Jacques Toubon a préconisé cette semaine que les critères de tri, potentiellement discriminatoires, doivent être rendus publics. C'est, d'évidence, la meilleure réponse à apporter pour lever le sentiment d'injustice ressenti par de nombreux lycéens, notamment ceux de quartiers populaires.

La seconde critique concerne les conditions même dans lesquelles les lycéens effectuent leurs choix. Car Parcousup reste un parcours du combattant. Plusieurs études publiées ces derniers jours montrent que les élèves – et avec eux leurs parents – sont stressés, perdus voire paniqués face à une procédure complexe qui engage leur avenir. La peur d'aller in fine dans une filière par défaut est bien là et elle est parfois source de découragement, voire d'abandon. Dès lors se pose la question de la préparation des élèves à la procédure, des moyens donnés à l'orientation.

Une enquête du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco) montrait dernièrement qu'un jeune sur deux déclare ne pas avoir été bien accompagné par son établissement au sujet de l'orientation, et 18 % des 18-25 ans considèrent qu'ils n'ont pas eu le choix de leur orientation. Dès lors, il devient urgent de mettre en place des politiques qui permettent aux jeunes d'apprendre à s'orienter plutôt qu'être orienté, en bénéficiant d'un accompagnement réel et personnalisé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 23 janvier 2019)

Passion française

Michelin
Les chefs étoilés par le Guide Michelin 2019./ Photo Michelin.


Année après année, depuis plus d'un siècle, la sortie d'une nouvelle édition du Guide Michelin reste un événement sur la planète de la gastronomie. Le Guide illustre, en effet, combien la bonne chère encensée depuis Rabelais, ses Gastrolâtres et son Gargantua, reste toujours cette passion française qui fait notre fierté et notre réputation partout dans le monde.

Événement pour le grand public d'abord qui conserve pour le célèbre Guide une affection parfois nostalgique d'un temps où ce livre rouge était la seule et unique référence pour qui voulait bien manger, dans les grandes villes ou au bord des nationales. Le Guide – qui avait au faîte de sa gloire inspiré le film de Claude Zidi L'Aile ou la cuisse avec Louis de Funès patron d'un guide… Duchemin – a par ailleurs toujours su se renouveler, notamment pour faire face à la concurrence d'internet et ses multiples sites web où chacun peut laisser son avis sur le restaurant où il vient de manger.

Évènement ensuite pour les chefs eux-mêmes. Entrer dans le Guide Michelin avec un Bib et c'est une première consécration, une impulsion pour aller plus loin. Gravir ensuite les échelons pour décrocher une, deux puis trois étoiles et c'est comme obtenir le Graal, entrer dans la légende et dans le petit cercle de ces grands chefs qui ont marqué et marquent l'Histoire

Mais cette guerre pour obtenir – et conserver – ses étoiles, cette course effrénée qui se joue derrière les pianos comme en salle, financièrement coûteuse et psychologiquement éprouvante impose une pression immense aux chefs et à leurs brigades. Et cette «tyrannie» des étoiles peut parfois épuiser jusqu'au drame. Chacun garde en mémoire le suicide du chef étoilé Bernard Loiseau en 2003 au moment où il était en passe de perdre l'une de ses trois étoiles. Pour ne plus vivre sous cette pression constante, certains chefs renoncent aux étoiles comme Sébastien Bras, le chef aveyronnais triplement étoilé, qui a demandé il y a deux ans au Guide Michelin de ne plus le référencer.

Se libérer de la pression de la compétition permet alors de retrouver une pleine et entière liberté de création au service d'une clientèle qui a beaucoup évolué ces dernières années. Entre l'émergence de la bistronomie, des food-truck, des concours télévisés, des grands rendez-vous comme les Toqués d'Oc de La Dépêche, et le poids des réseaux sociaux, la gastronomie explore aujourd'hui de multiples chemins. Les étoiles du Michelin en sont un, toujours remarquable. Il y en a désormais bien d'autres et tous font vivre cette passion qui continue à faire de la France une référence dans une gastronomie mondiale sans cesse changeante.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 22 janvier 2019)

Système(s)



Le procès du scandale de la viande de cheval qui s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Paris va bien au-delà d'un simple dossier d'escroquerie classique. Par son retentissement, son ampleur européenne – 13 pays concernés –, il dépasse la simple affaire audoise. Ce procès va devoir, en réalité, décrypter différents systèmes, industriels, médiatiques et politiques qui ont été au cœur d'un scandale agroalimentaire qui a marqué et choqué les Français ; et blessé aussi les professionnels de la région.

Système industriel d'abord, bien évidemment. Si quatre hommes soupçonnés d'avoir participé à cette escroquerie comparaissent à la barre, ce procès va permettre de revenir sur la façon dont les circuits de la viande fonctionnaient il y a six ans – et fonctionnent peut-être toujours encore. À la faveur des lasagnes à la viande de cheval, on a, en effet, découvert que le marché international de la viande, par certains aspects, faisait penser à celui des armes avec de multiples intermédiaires, l'intervention de «traders» opérant à Chypre, aux Pays-Bas ou en Roumanie, dans un contexte d'intense guerre des prix. L'opinion a de plus découvert l'existence du «minerai de viande», terrible expression désignant un aggloméré de bas morceaux hachés pour plats préparés, tellement éloigné de l'idée qu'on se fait de la bonne viande de qualité. Dans cet entrelacs de protagonistes aux profils parfois haut en couleur, l'affaire de la viande de cheval a montré l'opacité d'un système et le manque de contrôle qui a permis une valse des étiquettes faisant passer du cheval pour du bœuf…

Système médiatique ensuite, avec un emballement sur une fraude qui n'était pas un scandale sanitaire. Les différentes marques de surgelés affectées par le scandale, comme Findus, ont très tôt mis en place des stratégies de communication de crise pour rassurer les consommateurs et préserver leur réputation. A contrario, l'entreprise Spanghero s'est retrouvée quasi seule au cœur d'une tempête qui allait emporter des dizaines de salariés. En faisant la lumière sur le scandale, le procès devra aussi apporter une part de réhabilitation à ces salariés.

Système politique enfin. Tétanisée depuis le scandale de la vache folle, la classe politique se range désormais derrière le principe de précaution. Très vite. Trop vite ? L'agrément retiré à l'entreprise Spanghrero a-t-il été déclenché trop précipitamment, au risque de jeter la société vers une faillite certaine ? C'est l'analyse de Laurent Spanghero, qui a confié à La Dépêche son amertume (lire page 3). Les débats du procès apporteront peut-être des éléments de réponse.

Mais surtout, au-delà du jugement de la justice , la seule question qui vaille est de savoir si les leçons ont été tirées du scandale. Rien n'est moins sûr pour l'ONG Foodwatch, qui estime qu'un autre scandale du même type est toujours possible. Le procès de la viande de cheval doit dès lors envoyer un signal clair : celui du plus jamais ça.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 21 janvier 2019)

L'avertissement

Theresa May
Theresa May


Une humiliation complète. Une défaite historique. Elle se bat pour sa survie. La presse britannique n'avait hier pas de mots assez durs pour décrire le vote dont le Parlement venait de rejeter l'accord sur le Brexit conclu entre sa Première ministre Theresa May et les 27 pays de l'Union européenne représentés par le Français Michel Barnier. Le Royaume-Uni se retrouve plongé dans l'incertitude la plus totale pour la suite et, de tous les scénarios, le «no deal», cette sortie sans accord, semble de plus en plus probable tant on voit mal comment pourrait émerger un «plan B.» L'hypothèse d'un nouveau référendum évoquée même hier par le pompier-pyromane Nigel Farrage, sinistre figure de proue du Brexit en 2016, relèverait autant de la farce que du déni de démocratie.

Mais à quelque chose, malheur est bon. À quatre mois des élections européennes de mai, le vote de Westminster apparaît, en effet, comme une leçon, un avertissement à tous les citoyens européens et surtout ceux qui seraient tentés par les solutions simplistes et mensongères proposées par les formations populistes. On se souvient de toutes les fake news des promoteurs du Brexit, vantant la simplicité d'un divorce avec l'UE et ou placardant sur un bus rouge «Donnons les 350 millions de livres que nous versons chaque semaine à l'UE à notre système de santé», une somme tout à fait fantaisiste. On voit aussi, en Italie, combien l'alliance rouge-brun entre Luigi di Maio et Matteo Salvini a dû en rabattre sur le budget qui sortait des règles européennes ou sur le projet de revenu universel promis à cor et à cri avant les élections et qui se réduit comme peau de chagrin.

Le vote de Westminster est ainsi la lointaine conséquence du mensonge de ceux qui ont voulu faire croire au paradis d'un Brexit, qui se révèle, au fil des mois, un enfer.

(Commentaire publié dans La Dépêche du Midi du 17 janvier 2019)

Sortir de sa bulle

debat


Le Grand débat national qui a été lancé hier dans l'Eure par Emmanuel Macron sera-t-il une « invention démocratique » selon l'expression du philosophe Bernard-Henri Lévy, une «agora où peuvent advenir le combat des idées et la conquête de nouveaux droits» ? Ou bien l'Histoire n'en retiendra-t-elle qu'un artifice de communication d'un exécutif aux abois, qui n'aura été le prélude qu'à une nouvelle crise politique et institutionnelle plus dure encore que celle ouverte par les Gilets jaunes il y a deux mois ? Impossible pour l'heure de faire un tel pronostic sur cet outil inédit dans la Ve République. Un outil dont la mise en œuvre soulève presque autant de questions que n'en contenait la lettre aux Français d'Emmanuel Macron.

Qui seront, vendredi, les cinq personnalités qui composeront le collège des garants de l'indépendance et de l'impartialité du Grand débat ? Les ministres Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu – qui ne sont pas à l'abri d'une polémique analogue à celle qui a empêché Chantal Jouanno – pourront-ils animer ce Grand débat en étant finalement juge et partie ? S'il n'y a pas de questions interdites selon le mot du chef de l'Etat, la ligne rouge tracée autour de l'ISF pourra-t-elle être tout de même franchie, comme il l'a laissé entendre hier? Comment se fera le tri dans les milliers de doléances recueillies sur internet ou lors des réunions locales ? Et qu'en retiendra au final le gouvernement dans deux mois ? Autant de questions qui restent en suspens.

Il en est une, pourtant, plus capitale que d'autres : quelle sera la participation des Français ? Répondront-ils à l'invitation du Grand débat pour faire de celui-ci la respiration démocratique qui, d'évidence, manque au système du quinquennat depuis que présidentielles et législatives se suivent sans qu'il n'y ait de vote intermédiaire.

Après deux mois de crise des Gilets jaunes, il est capital que cette participation soit massive et que chacun, pour cela, écoute l'autre et sorte, enfin, de sa bulle.

Bulle de filtre des réseaux sociaux pour les Gilets jaunes. Depuis novembre, les manifestants qui s'organisent avec succès sur Facebook se sont comme enfermés dans un monde parallèle où circulent des informations n'allant que dans leur sens et une quantité incroyable de fake news et de théories complotistes. Les Gilets jaunes, dont la majorité porte des revendications légitimes, doivent sortir de leur bulle, accepter la contradiction et la critique. Et, eux qui réclament plus de démocratie directe, se confronter au débat d'idées.

Le gouvernement et la majorité présidentielle doivent, eux aussi, sortir de leur bulle. Et concevoir que la Ve République est une démocratie représentative qui tire sa légitimité du peuple et non pas une épistocratie, c'est-à-dire un régime politique qui puise sa légitimité dans le seul savoir des experts… Emmanuel Macron et sa majorité doivent se défaire des seuls conseils de ces derniers, écouter et surtout entendre les doléances qui s'exprimeront dans le Grand débat.

Seul cet effort partagé de part et d'autre fera du Grand débat un potentiel succès démocratique. Chacun doit aujourd'hui lui donner sa chance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 16 janvier 2019)

La forme et le fond

speech


La forme, disait Victor Hugo, c'est le fond qui remonte à la surface. Dès lors on comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron et le gouvernement s'attachent à organiser le plus méticuleusement, le plus clairement et le plus précisément possible le cadre du Grand débat qui s'ouvre aujourd'hui pour deux mois afin de trouver une sortie à la crise des Gilets jaunes. Car l'exécutif sait qu'après l'épreuve orale – les vœux du Président – et l'épreuve écrite – la lettre aux Français d'Emmanuel Macron publiée hier notamment dans La Dépêche – il n'y aura pas de session de rattrapage… Ainsi, après la défection surprise de Chantal Jouanno du pilotage du Grand débat, Emmanuel Macron et Edouard Philippe jouent cartes sur table. Deux ministres – qui ont mouillé le maillot dans la crise des Gilets jaunes – vont copiloter le débat, un comité de sages sera garant de sa bonne tenue, des référents à l'impartialité indiscutable seront nommés dans chaque département. Un kit d'outils sera disponible pour l'organisation des débats locaux par les Français. Et les maires et les associations, si souvent toisés par Emmanuel Macron par le passé, vont pourvoir jouer un rôle capital. Autant d'éléments qui peuvent permettre de retrouver le chemin d'une discussion démocratique. Autant de jalons pour retisser du lien et débattre «en confiance» comme le souhaite Emmanuel Macron en conclusion de sa lettre.

Mais au-delà de la forme de ce débat, il y a bien sûr le fond. Emmanuel Macron a décidé de tout mettre sur la table, de ne rejeter aucun thème, y compris celui – explosif – de l'immigration, de n'interdire aucune question – lui-même en pose 35 aux Français. C'est une première dans la Ve République qu'un Président en exercice remette ainsi en jeu les sujets qui ont – théoriquement – été soldés par le suffrage électoral de 2017. Et cette démarche inédite de démocratie participative de grande ampleur ne peut qu'être saluée, quand bien même certains n'y voient qu'un exercice de communication, du bavardage, de l'enfumage. Pour autant, en expliquant « Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle », Emmanuel Macron fixe les limites qui concernent justement la pierre angulaire de la crise : sa politique fiscale, marquée par la suppression de l'ISF. Il oublie cependant qu'un grand nombre a voté pour lui, non pour son programme, mais par défaut.

Nul ne sait pour l'heure ce qu'il adviendra de ce Grand débat dans deux mois, et, surtout, ce que le gouvernement en retiendra réellement. En ouvrant la discussion sur des thématiques aussi vastes, Emmanuel Macron prend le risque de ne pouvoir satisfaire toutes les exigences et de créer ainsi des frustrations. Le Président fait là un pari sur la suite de son quinquennat, un pari aussi sur la capacité des Français à passer de la colère aux propositions, et, un jour, de la défiance à la confiance...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 15 janvier 2019)