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Démocratie sociale ou directe ?

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Le Grand débat national censé répondre à la crise des Gilets jaunes en est à peine au quart de sa durée que, déjà, c'est son issue qui occupe tous les esprits. Quelle peut-être la forme que prendra la restitution des milliers de contributions qui auront été collectées sur tout le territoire et sur internet ? Que décidera Emmanuel Macron pour présenter et expliciter ses choix actant, a-t-il promis, «des conséquences profondes» ? D'ores et déjà, deux pistes sont sur la table et, à dire vrai, deux visions de sortie de la crise.

La première, horizontale, est l'organisation d'un Grenelle. L'évocation de ce simple mot convoque le souvenir de la sortie de crise de Mai-68. Du 25 au 27 mai 1968, le ministère des Affaires sociales, sis rue de Grenelle à Paris, accueille l'ensemble des organisations syndicales pour déboucher sur les accords éponymes historiques. Ces accords de Grenelle actent des avancées sociales majeures : hausse du Smic et des salaires, réduction du temps de travail et instauration de la semaine de 40 heures, etc. À telle enseigne que le mot Grenelle deviendra synonyme de progrès social et sera plus tard associé à d'autres grand-messes comme le Grenelle de l'environnement de Nicolas Sarkozy. Dès l'entame de la crise des Gilets jaunes, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, évoque l'idée d'un Grenelle ; sèchement repoussée par l'exécutif. Après plusieurs samedis de manifestations, cette proposition de «Grenelle du pouvoir vivre» est pourtant toujours là, en dépit de la division des syndicats sur leur mode d'action, et de l'indifférence de Gilets jaunes toujours jaloux de leur indépendance et inquiets de toute récupération.

La seconde piste de débouché du Grand débat national, verticale, a été évoquée par Emmanuel Macron lui-même : celle d'un référendum à plusieurs questions. Le chef de l'Etat a sans doute fait siens les mots de son mentor Paul Ricoeur – «Quand on parle du passé, soit on oublie, soit on rabâche» – pour ne pas renouveler l'expérience d'un Grenelle avec des partenaires sociaux qui, depuis le début du quinquennat, sont, sinon ignorés, du moins très peu écoutés ; et pour préférer un référendum, plus en phase avec la demande de démocratie directe des Gilets jaunes.

Remis en selle par un Grand débat national fait à sa main, Emmanuel Macron n'entend pas transiger et partager avec d'autres la sortie de crise qui doit ouvrir la deuxième partie de son quinquennat.

Si le choix n'est pas encore définitivement arrêté, la préférence présidentielle pour un référendum n'est toutefois pas sans risque. David Cameron au Royaume-Uni ou Matteo Renzi en Italie en savent quelque chose… L'excès de confiance se paie parfois cash dans les urnes pour ceux qui font le pari de la démocratie directe plutôt que celui de la démocratie sociale…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 5 février 2019)

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