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Éditos

Bien commun

eau

Au cœur des années 70, les chocs pétroliers ont montré combien notre dépendance au pétrole pouvait peser sur les économies occidentales et le pouvoir d’achat des ménages. Quelque 50 ans plus tard, la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation partout dans le monde montrent, à nouveau, combien notre dépendance aux énergies fossiles est problématique et combien il est urgent de diversifier nos sources d’énergie et engager une transition énergétique. Mais les problèmes que nous rencontrons avec l’or noir ne sont rien face aux défis que pose l’or bleu, c’est-à-dire l’eau.

Fonte des neiges et des glaces, élévation du niveau de la mer qui engloutit déjà certaines îles, épisodes caniculaires plus intenses et plus longs – comme celui que la France vient de vivre, le plus précoce jamais enregistré – sécheresses plus dures, etc. Les conséquences du réchauffement climatique sur les réserves en eau et donc sur la vie des millions d’humains sur la planète sont de plus en plus tangibles et de plus en plus fortes, soulignés régulièrement par les nombreux rapports des scientifiques dont ceux du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC). Ainsi l’ONU pointe que 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’eau potable, 80 % des eaux usées dans le monde sont rejetées dans l’environnement sans traitement, plus de la moitié de la population mondiale (soit 4,2 milliards de personnes), manque de services d’assainissement, le stress hydrique affecte 2 milliards de personnes et ce chiffre risque d’augmenter, les inondations, les sécheresses et les tempêtes ont été à l’origine de près de 90 % des catastrophes naturelles et l’agriculture représente près de 70 % des prélèvements d’eau.

Ces constats, implacables, nous obligent non seulement à mesurer l’ampleur des problèmes – sans eau pas de vie – mais aussi à les résoudre si l’on veut éviter que dans les décennies qui viennent, le monde ne connaisse une hausse du nombre de réfugiés climatiques voire des « guerres de l’eau » dans certaines parties du monde.

L’accès à l’eau – et donc sa préservation – est désormais un défi majeur pour l’humanité. C’est la raison pour laquelle le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution intitulée « Le droit de l’Homme à l’eau et à l’assainissement ». Après la Décennie internationale d’action « L’eau, source de vie » (2005-2015), l’ONU a lancé en 2018 la décennie « L’eau et le développement durable ». Car c’est bien l’équilibre entre les besoins humains et le respect des écosystèmes qui doit être recherché.

Derrière cet objectif global, il existe des milliers d’actions locales que l’académicien Eric Orsenna avait longuement répertoriées dans « L’avenir de l’eau » (éd. Fayard), second volet de son « Petit précis de mondialisation » qui l’avait conduit à faire un tour du monde pour découvrir comment la Chine, l’Australie, Israël ou Singapour… géraient l’accès à l’eau. Acteurs institutionnels ou privés, start-up et grandes entreprises, chacun cherche améliorations et innovations. Chez nous, l’Agence de l’eau Adour-Garonne participe remarquablement de ce long travail qui doit être l’affaire de tous. Pour faire de l’or bleu un bien commun partagé par l’humanité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 27 juin 2022)

Révolution

car

 Après la mise en place de la ristourne du gouvernement sur le prix des carburants, en avril dernier, les automobilistes avaient pu souffler un peu. Mais depuis deux semaines, les prix du litre d’essence et, surtout, de gazole, ont largement dépassé à nouveau les 2 euros, le diesel revenant à son record historique de mi-mars. De quoi inquiéter les Français à l’approche des vacances. Si Emmanuel Macron a confirmé dans nos colonnes que la ristourne, qui devait s’arrêter le 31 juillet, sera prolongée en août, qu’adviendra-t-il à la rentrée ? Le gouvernement travaille sur un dispositif ciblé pour les gros rouleurs et les ménages modestes, mais quid de tous les Français qui doivent prendre leur voiture pour travailler ou tout simplement se déplacer lorsqu’ils habitent des zones rurales mal ou pas desservies par des transports en commun ?

Car la hausse des carburants pourrait se poursuivre compte tenu du contexte international bousculé par la guerre en Ukraine, les sanctions pétrolières contre la Russie et un marché mondial où l’offre est nettement inférieure à la demande. La flambée des prix à la pompe constatée dans la plupart des économies développées, des États-Unis au Royaume-Uni, en passant par l’Union européenne, et la perspective de voir peut-être un jour un litre de carburant tutoyer les 3 euros, impose, comme l’a dit Emmanuel Macron, « d’accélérer la sortie de nos dépendances au gaz et au pétrole ». D’autant plus, concernant l’automobile, que le plan climat de l’Union européenne – qui vise à réduire d’au moins 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 – a acté la fin de la vente des véhicules thermiques en 2035.

Il faut donc nous préparer à cette transition à marche forcée qui passe par de profonds changements. Changement de comportement d’abord des automobilistes qui sont invités à essayer de privilégier les transports en commun – quand ils existent et qu’ils sont efficients – ce qui n’est pas une mince affaire dans un pays comme le nôtre qui conserve la passion, le culte de la « bagnole ». Changement ensuite, justement, des automobiles elles-mêmes en passant à des véhicules 100 % électriques. Ce passage-là constitue, d’évidence, un défi colossal tant pour proposer aux Européens des voitures électriques plus abordables alors qu’elles sont plus coûteuses à produire et dotées d’une autonomie suffisante, un point qui reste un frein psychologique important.

Mais il faudra aussi développer toute l’infrastructure qui va avec un usage massif de la voiture électrique : des bornes de recharges – rapide si possible – qui sont actuellement en nombre largement insuffisant jusqu’aux moyens de production d’électricité… La révolution de la mobilité est une longue route.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 24 juin 2022)

Ultimatum

macron

La réaction d’Emmanuel Macron sur le résultat des élections législatives de dimanche, qui lui ont infligé un sérieux revers en ne lui donnant qu’une majorité relative étriquée, était très attendue. Le chef de l’État, rétif à se faire dicter son agenda, a pris le temps de recevoir à l’Elysée mardi et hier les principaux chefs de partis présents à l’Assemblée pour esquisser la suite compliquée de ce quinquennat naissant. Chacun de ses interlocuteurs est ressorti de ces entretiens sans savoir précisément ce que le chef de l’État avait en tête, ni s’il allait enfin abandonner son exercice jupitérien et solitaire du pouvoir, ni quelle option il entendait privilégier pour gouverner le pays. Les uns évoquaient un gouvernement de coalition, d’autres des accords ponctuels selon les textes de loi, d’autres encore un bien hypothétique gouvernement d’union nationale. Au final, chacun se demandait si le Président avait bien entendu le message que les Français lui avaient adressé dans les urnes dimanche.

La réponse à cette question est venue hier avec une allocution solennelle à 20 heures. Emmanuel Macron a, d’évidence, bien écouté… mais n’a pas entendu.

Certes le Président a regretté la forte abstention, certes il a admis que les Français ne lui avaient pas accordé la majorité absolue, le plaçant dans une situation analogue à celle que vivent nombre de nos voisins, certes il a reconnu que les législatives montraient « les fractures, les divisions profondes qui traversent notre pays et se reflètent dans la composition de la nouvelle Assemblée », que « nous devons apprendre à gouverner et légiférer autrement » et qu’il était possible « de trouver une majorité plus large et plus claire pour agir ».

Mais à la réalité politique née dimanche, Emmanuel Macron a opposé celle issue de l’élection présidentielle qui, à ses yeux, la préempterait ou serait son égale. Selon lui, le 24 avril, il a été réélu sur « un projet clair » qu’il entend bien mettre en œuvre et non pas grâce à un front républicain - grandement nourri par les électeurs de gauche - qui ne signifiait pas approbation de son programme mais bien barrage à la candidate du Rassemblement national.

Pour Emmanuel Macron, peu importe la composition de l’Assemblée nationale, c’est maintenant aux groupes parlementaires de lui dire « en toute transparence jusqu’où ils sont prêts à aller » pour l’accompagner dans la réalisation de son programme. « Entrer dans une coalition de gouvernement et d’action ? S’engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? » : voilà les devoirs des groupes d’oppositions qui doivent rendre leur copie au Président dès qu’il sera revenu de sa longue séquence de déplacements diplomatiques à l’étranger.

Pas un mot sur Elisabeth Borne, qui en tant que première ministre et cheffe de la majorité, devrait logiquement se présenter devant l’Assemblée et demander la confiance des députés. Emmanuel Macron inverse le processus, met ses oppositions au pied du mur et leur lance un ultimatum, espérant peut-être leur imputer tout futur blocage. Pour « bâtir des compromis », on a connu meilleure méthode…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 23 juin 2022)

Et si c'était une chance ?

assemblee

De la situation politique totalement inédite sous la Ve République découlant du second tour des élections législatives, tout a (presque) été dit depuis dimanche. La tripartition de la vie politique française, constatée au premier tour de l’élection présidentielle, entre un bloc d’extrême droite, un bloc de centre-droit et un bloc de gauche, s’est retrouvée transposée à l’Assemblée nationale, en dépit du mode de scrutin censé empêcher une telle configuration de majorité très relative pour un président réélu huit semaines auparavant. C’est comme si les Français étaient parvenus à introduire la proportionnelle, serpent de mer de tous les gouvernements depuis sa dernière application entre 1986 et 1988.

Alors que le président de la République est parti en quête d’alliés pour obtenir la majorité qui lui fait défaut pour entamer son second quinquennat, d’aucuns dans sa majorité s’alarment des « blocages », de la « paralysie », du « chaos » qu’ambitionneraient de provoquer, selon eux, des oppositions plus radicales et plus nombreuses – et donc moins dociles et moins insignifiantes que par le passé. Certains évoquent, pour sortir de l’ornière, l’utilisation de l’article 49-3 pour passer des textes en force comme le fit jadis Michel Rocard, lui aussi confronté à une majorité relative. D’autres imaginent déjà le scénario d’une dissolution prochaine, oubliant combien elle peut être une arme à double tranchant, les Chiraquiens en savent quelque chose…

Et pourtant… Et si cette nouvelle Assemblée était une chance ? Pour la première fois depuis longtemps, en dépit d’une abstention aussi écrasante qu’inquiétante, la « représentation nationale » reproduit bien mieux le paysage politique réel du pays que dans le précédent quinquennat. On peut évidemment déplorer que le Rassemblement national, dont l’histoire politique s’est construite contre la République, ait obtenu 89 députés, mais cela correspond à ses scores politiques importants obtenus aux Européennes ou à la présidentielle. Cette Assemblée reflète donc mieux la réalité politique et va donc pouvoir accueillir des débats et controverses qui, tels ceux portés par les Gilets jaunes, se tenaient hors de l’hémicycle. Le Palais Bourbon redevient ainsi le cœur battant de notre démocratie. Qui s’en plaindra ?

Ensuite, dans cette chambre à la majorité introuvable, où personne n’a intérêt à créer des blocages institutionnels, les députés vont devoir sortir des postures et des anathèmes et apprendre ou retrouver le sens du compromis, celui-là même qui prévaut dans la majorité des parlements européens – dans 21 pays sur 27, aucun parti n’a la majorité absolue... Bâtir la loi dans notre nouvelle Assemblée ne sera pas impossible, mais sera plus complexe, sans doute plus lent pour examiner les amendements et parvenir à concilier les positions. Mais était-ce mieux auparavant dans une Assemblée dépeinte en simple chambre d’enregistrement : depuis des années, on observe une inflation du nombre de lois, des lois qui, selon les experts, sont d’ailleurs de moins en moins bien rédigées. En finir avec la quantité pour privilégier la qualité des lois. Enfin cette Assemblée qui retrouve un rôle plus central dans la vie politique empêchera-t-elle le gouvernement de gouverner ? Non car ce dernier a d’autres outils pour cela, décrets, règlements, etc.

Au final, ces élections législatives actent une nouvelle révolution institutionnelle, comme le fut la première cohabitation, il y a 36 ans, qui montra combien la Ve République peut être aussi robuste qu’adaptable pour peu que ses acteurs en comprennent les enjeux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 22 juin 2022)

Mauvaises notes

notation

Pas une semaine, pas une journée, pour certains d’entre nous, sans que l’on ne vous demande d’attribuer une note, de rédiger un commentaire sur un produit que l’on vient d’acheter sur un site d’e-commerce ou un service que l’on vient d’utiliser. Les étoiles d’Amazon, de Google ou de Tripavisor – qui a supplanté celles du Guide Michelin –, les notations et commentaires sur des repas livrés par Deliveroo ou Ubereats, des voyages effectués sur telle ou telle compagnie aérienne sont devenus omniprésentes dans nos vies numériques.

Côté face, d’évidents avantages pour les consommateurs. Qui n’a jamais regardé les avis des autres avant d’acheter un produit ou ne s’est jamais détourné si celui-ci totalisait peu d’avis ou pas suffisamment d’étoiles ? Qui n’a jamais choisi un hôtel en fonction des commentaires des clients précédents qui racontent leur expérience, photos à l’appui ? Qui n’a jamais changé de choix de restaurant car celui-ci avait des commentaires négatifs ou préféré un établissement sur le GPS de son smartphone car il avait le plus d’étoiles ? Les étoiles et les commentaires permettent aux consommateurs de mieux choisir ce qu’ils veulent acheter, de faire part de leur satisfaction ou de leur courroux aux commerçants qui, eux, vont forcément chercher à s’améliorer. Étoiles et commentaires seraient la version 2.0 du bouche-à-oreille. Évidemment, ce monde numérique idyllique ne l’est pas tout à fait…

Car il y a un côté pile, plus sombre et inquiétant. D’abord, les faux avis pullulent, qu’ils soient rédigés par des commerces concurrents ou de faux clients qui cherchent à ruiner l’e-réputation de tel ou tel site. Ces faux avis sont même devenus un véritable business. À côté il y a le poids des grandes plateformes numériques qui dictent leurs règles : une entreprise qui ne remplit pas sa fiche descriptive ou qui ne répond pas rapidement aux commentaires des internautes voit l’affichage de son commerce dans les résultats de recherche dégradé, sa visibilité – et donc son chiffre d’affaires – amoindrie.

Plus sournoisement, les notes que les consommateurs attribuent innocemment et nonchalamment depuis leur smartphone à un livreur de repas, au salarié d’une entreprise peuvent avoir des conséquences sur les conditions de travail et même la carrière de ces derniers dans leur entreprise. Car donner 4 étoiles sur 5 peut signifier un travail mal effectué.

Enfin dans le côté sombre de cette guerre des étoiles se trouve aussi le consommateur lui-même. En notant frénétiquement ou en répondant à toutes les sollicitations de commentaires, le consommateur fournit lui-même les données le concernant qui permettront aux algorithmes des plateformes d’affiner son profil et donc de lui adresser de la publicité de plus en plus personnalisée.

Pour tirer le meilleur et éviter le pire de ce système de notes et commentaires, les consommateurs comme les travailleurs ont besoin d’un cadre transparent, clair et protecteur. Il est heureux de voir que l’Europe a su bâtir des règles de régulation qui offrent des garanties sérieuses tant pour ceux qui sont notés que pour ceux qui notent. C’est le meilleur moyen d’éviter les abus et les dérives à la chinoise avec lesquelles c’est le citoyen qui se retrouverait noté.

(Editorial publié dans La Dépêche du samedi 18 juin 2022)

Le train de l'Histoire

train

 « Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent », disait Voltaire. Et c’est vrai que le déplacement d’Emmanuel Macron en Ukraine, hier, était attendu de longue date. Certains imaginaient que le président français, qui s’était rendu à Kiev avant l’invasion russe, y retournerait pour marquer la solidarité européenne, à l’instar du voyage éclair que fit François Mitterrand le 28 juin 1992 à Sarajevo, alors ville assiégée par un terrible blocus. Mais Emmanuel Macron a trop tardé et s’est fait devancer à Kiev par Boris Johnson et plusieurs autres dirigeants.

D’aucuns ont estimé que le voyage du chef de l’État dans l’Est de l’Europe – entamé mardi auprès des soldats français de l’Otan en Roumanie – était à visée électoraliste à quelques jours du second tour des législatives, pour un Président incertain de retrouver une majorité absolue dimanche. Voire. Ces critiques très franco-françaises n’ont pas résisté à la force symbolique du déplacement effectué ensuite à Kiev par M. Macron et ses homologues allemand, italien et roumain.

Car le train qui conduisait dans la nuit de mercredi à jeudi, d’une gare de Pologne vers Kiev, le président du Conseil italien Mario Draghi, le chancelier allemand Olaf Scholz et Emmanuel Macron était, d’évidence, le train de l’histoire. Après trois mois de guerre déclenchée par Vladimir Poutine, après trois mois marqués par un cortège d’horreurs et de malheurs, de crimes de guerre et de destructions de villes entières, de millions de réfugiés jetés sur les routes de l’exil et de morts par centaines, trois mois qui ont changé la géopolitique, bousculé l’économie mondiale, provoqué une crise de l’énergie et peut-être bientôt une crise alimentaire mondiale, le voyage des dirigeants européens dans la capitale ukrainienne constitue un événement historique dont la Russie a d’ailleurs parfaitement mesuré l’importance. Il n’y avait qu’à lire hier les réactions russes sur ce voyage : le Kremlin a jugé « futiles » les livraisons d’armes occidentales promises à l’Ukraine et l’ancien Premier ministre Dmitri Medvedev, proche de Poutine, a raillé « les amateurs européens de grenouilles, de saucisses de foie et de spaghettis ».

Mais ce voyage n’était pas que symbolique : pour les dirigeants européens, il s’agissait aussi de donner des gages concrets à Volodymyr Zelensky, le président-courage qui, depuis le 24 février, galvanise l’héroïque résistance des Ukrainiens et place ses homologues devant leurs responsabilités. Les atermoiements de l’Allemagne sur l’arrêt des importations de gaz et de pétrole russes ou les livraisons d’armes, les appels d’Emmanuel Macron à ne pas « humilier » la Russie ou le plan de paix italien qui imaginait une quasi-partition de l’Ukraine ont suscité des tensions avec Kiev qu’il fallait aplanir.

Surtout, l’heure était venue de donner une réponse claire à l’Ukraine sur sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Pouvait-on refuser l’entrée dans l’UE aux Ukrainiens qui se battent pour défendre les valeurs européennes, la liberté, la démocratie, la paix qui constituent le socle de l’Europe depuis sa création au sortir de la Seconde Guerre mondiale ? En soutenant hier « le statut de candidat immédiat à l’adhésion » pour l’Ukraine, les pays fondateurs de l’Europe ont envoyé le seul signal possible : le destin de l’Ukraine est aussi le nôtre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 17 juin 2022)

Trop optimistes

monde

Après deux étés marqués par l’épidémie de Covid-19, c’est peu dire que les Français espéraient passer, cette année, des mois de juillet et d’août « normaux ». Se retrouver en famille et entre amis, savourer des vacances et, surtout, profiter pleinement des nombreux événements – concerts, festivals… – qui avaient été empêchés ou bousculés par une kyrielle de restrictions… La guerre en Ukraine et l’inflation qui grève le pouvoir d’achat jettent bien sûr une ombre au tableau, mais l’optimisme était de mise, l’insouciance presque à portée de main. Las ! Grave erreur. L’épidémie de Covid que nous avions chassée de nos têtes en même temps que nous tombions le masque était tapie dans l’ombre, prête à rebondir à la faveur d’un énième nouveau variant, d’un sous-lignage prompt à rallumer les contaminations. Nous y sommes et la perspective d’une nouvelle vague, la 7e en France, est devenue ces jours-ci très probable.

« Le sentiment selon lequel la pandémie est terminée est compréhensible, mais erroné. Plus de sept mille personnes ont perdu la vie à cause de ce virus la semaine dernière, soit sept mille personnes de trop », résumait le 8 juin le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), rajoutant qu’ « un nouveau variant encore plus dangereux pourrait apparaître à tout moment, et un grand nombre de personnes restent sans protection. »

De fait la couverture vaccinale mondiale reste insuffisante – 68 pays n’ont toujours pas atteint les 40 % de vaccinés dans leur population – et, en Europe, en dépit de la disponibilité des vaccins, il y a encore des efforts à faire pour aller vacciner les plus fragiles et les plus âgés. Cette potentielle nouvelle vague tombe d’autant plus mal que la sortie de notre régime d’urgence sanitaire était prévue le 31 juillet et que nos services d’urgences connaissent actuellement de graves problèmes de personnels et de moyens qui vont contraindre certains à fermer la nuit cet été… Le gouvernement va donc devoir se replonger dans la gestion de l’épidémie, ses protocoles, ses restrictions, ses tests, ses débats sur le port du masque ou le pass sanitaire. Comme un jour sans fin…

La fin du Covid justement est pourtant une possibilité puisque l’OMS a estimé qu’elle pourrait intervenir d’ici décembre 2022. Il faut donc prendre, à nouveau, son mal en patience et, surtout, se dire que tout ce que nous avons appris de l’épidémie de Covid-19, notamment notre capacité à développer rapidement des vaccins, nous sera utile. Car dans les années à venir, l’humanité pourrait être confrontée à d’autres virus, d’autres épidémies. D’après l’Organisation mondiale de la santé animale, environ 60 % des maladies émergentes sont d’origine zoonotique, c’est-à-dire des maladies transmises à l’Homme par des animaux. Les causes en sont multiples entre le réchauffement climatique ou les activités humaines qui poussent nombre d’animaux à fuir leurs écosystèmes, la déforestation qui renforce le risque de contacts entre faune sauvage, animaux domestiques et populations humaines.

Une prise de conscience est nécessaire pour mesurer combien la santé humaine, celle des animaux et l’environnement sont liés et combien nos actions peuvent préserver ou perturber ces fragiles équilibres.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 16 juin 2022)

Sortir du déni

soleil

Fin juillet 2021, la publication d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) expliquait que, désormais, deux régions du globe étaient devenues trop chaudes et donc inhabitables pour l’Homme, comme un symbole de l’avancée inexorable du réchauffement climatique de la planète. Jacobabad, au Pakistan, et Ras Al Khaimah, aux Émirats arabes unis, affichaient un indice « wet bulb » (température du thermomètre mouillé) supérieur aux 35° que peut supporter un être humain. En mars dernier, la Nasa extrapolait et établissait que d’autres zones en Asie du Sud, dans le golfe Persique et dans certains États américains seraient, eux aussi, inhabitables d’ici 30 à 50 ans. Nous n’en sommes évidemment pas encore là en Europe mais la vague de chaleur exceptionnelle et précoce qui va frapper la France jusqu’à la fin de semaine avec des températures qui pourraient tutoyer les 40 °C, doit nous servir d’avertissement.

Sur les 41 vagues de chaleur détectées depuis 1947 par Météo France, 9 ont eu lieu avant 1989, contre 32 entre 1989 et 2019 : il y a donc eu trois fois plus de vagues de chaleur ces 30 dernières années que durant les 42 précédentes. Et cela n’est malheureusement pas près de s’arrêter puisque les prévisions des spécialistes assurent que la fréquence de ces vagues de chaleur devrait doubler d’ici à 2050 et qu’elles pourraient être encore plus intenses si les politiques de lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas plus ambitieuses.

Car plus la science avance et plus la probabilité est grande que les activités humaines soient bien le principal facteur contribuant à l’augmentation observée de l’intensité et de la fréquence de ces vagues de chaleur dont les conséquences en cascades - sur les rendements agricoles, sur la production d’énergie, sur l’économie, la santé humaine ou les écosystèmes… - seront de plus en plus complexes et difficiles à gérer…

« Nous vivons un avant-goût de notre futur climatique » résume le climatologue français Christophe Cassou, l’un des auteurs du 6e rapport du GIEC, qui appelle les responsables politiques à « sortir du déni » et à « être à la hauteur des enjeux ». Et de souligner que cette vague de chaleur tombant en pleine campagne pour le second tour des élections législatives devrait être l’occasion pour les candidats d’aborder en détail la question climatique et de s’engager à agir.

Hier le gouvernement Borne a rapidement réagi pour permettre aux Français de faire face à la vague de chaleur qui s’installe et promis 500 millions d’euros pour créer des îlots de fraîcheur dans les villes. Actions nécessaires mais insuffisantes. Face au défi climatique, il faudra davantage que des mesurettes de court terme mais bien des choix radicaux pour que la planète reste habitable.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 15 juin 2022)

Dilemme

 

party

Comment appréhender cette « épidémie » de piqûres qui, depuis plusieurs semaines maintenant, ont été relevées dans des boîtes de nuit, des bars, des festivals, des spectacles ou des concerts un peu partout en France ? Les services de police et de gendarmerie, les médias, les organisateurs des événements, les parents et les jeunes qui en seraient les principales victimes sont confrontés à un vrai dilemme : faut-il en parler largement au risque d’entretenir le phénomène, ou bien arrêter de donner trop d’importance à ce que certains considèrent comme une énième rumeur ? Vaste question dont on ne devrait pas avoir la réponse de sitôt.

D’un côté, il y a une réalité : la mobilisation de nombreux enquêteurs dans le pays. Les forces de l’ordre ont ainsi recensé quelque 460 victimes et enregistré entre 380 et 450 plaintes. Toutes les victimes ne sont pas des affabulatrices, certaines témoignent sincèrement de ce qu’elles disent avoir vécu et certaines présentent effectivement des traces potentielles de piqûres, attestées parfois par des médecins. Pour l’heure, ces affaires, dont les récits sont très divers – tantôt très précis, tantôt aussi flous que des soirées bien arrosées – restent traitées au niveau local par des enquêteurs dont certains ne cachent pas leur agacement. Car, en l’état, aucune analyse toxicologique réalisée sur certaines des victimes n’a mis en lumière une quelconque intoxication avec une substance nocive, notamment le GHB, la « drogue du violeur », qui est souvent cité. Sauf à Roanne et dans les Pyrénénées-Orientales où des traces de GHB ont été découvertes, mais sans qu’un lien ne puisse être établi, il n’y a, à l’heure actuelle, aucune personne dont on peut dire qu’elle a été intoxiquée via une aiguille. Reste que les enquêtes se poursuivent sérieusement et ont conduit à l’arrestation de plusieurs suspects dont le dernier, à Toulon, a été accusé d’avoir piqué des spectateurs lors de l’enregistrement de l’émission de TF1 « La chanson de l’année. » Le 5 juin, cet individu a été mis en examen dans le cadre d’une information judiciaire, ouverte notamment pour « violences aggravées par arme et par préméditation », qui devra déterminer le mobile de ses actes.

D’un autre côté, ces événements ont déclenché une psychose et beaucoup de fantasmes qui, cette fois, agacent au plus haut point les organisateurs d’événements. Après deux années de Covid, ils espéraient bien retrouver un été normal et se seraient bien passés de ce phénomène des piqûres. Car au-delà des cas sur lesquels enquêtent les forces de l’ordre, les piqûres sont devenues un phénomène de société sur lequel se pencheront peut-être un jour des sociologues, comme Edgar Morin s’était penché sur la rumeur d’Orléans… Un phénomène alimenté par le carburant des réseaux sociaux entre des appels imbéciles à « piquer des filles » lors de soirées et les « témoignages » d’amis d’amis qui ont cru voir ceci ou cela.

À l’anxiété générée par le Covid-19, qui a impacté durement la santé mentale de la population et plus particulièrement celle des jeunes, ne cédons pas à des peurs irrationnelles qui nous empêcheraient de pleinement se retrouver.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 11 juin 2022)


Bis repetita ?

macron

L’histoire est-elle un éternel recommencement ? Cette vaste question, sur laquelle s’écharpent les historiens et planchent parfois les lycéens, se repose ces jours-ci avec la campagne des élections législatives qui arrive à son terme. À deux jours du premier tour de scrutin, Emmanuel Macron semble, en effet, mettre ses pieds dans ceux de son prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing avec lequel, dit-on, il a horreur d’être comparé. Et pourtant, en 1978, à l’approche d’élections législatives que le pouvoir giscardien voit menacées par la gauche emmenée par François Mitterrand, VGE entre en campagne et prononce le 27 janvier 1978, à Verdun-sur-le-Doubs, un discours pour remobiliser son camp et attaquer ses adversaires. Devant quelque 25 000 personnes venues l’écouter dans cette petite ville, le président de la République appelle les Français à faire le « bon choix ».

« Le bon choix est dicté par le bon sens. Il faut regarder la réalité en face. Et elle vous répond ces quatre vérités : il faut achever notre redressement économique, il faut que la France puisse être gouvernée, il faut avancer vers l’unité et la justice, il faut assurer le rôle international de la France. Les Français ne vivront pas heureux au paradis des idées fausses » détaille Giscard avant de fustiger le « programme commun » qui « plongerait la France dans le désordre économique » et dénoncer les alliances nouées par les forces de gauche promptes à la division.

Quarante-quatre ans plus tard, Emmanuel Macron et ses troupes utilisent les mêmes ressorts pour dramatiser un scrutin beaucoup plus difficile pour eux que celui de 2017, qui était, lui, porté par la dynamique d’un président disruptif promettant un « nouveau monde ». Depuis plusieurs jours, les ministres et ténors de la majorité présidentielle se succèdent pour mettre en garde contre le péril que représenterait la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), tant sur l’économie, la vie politique et les institutions. Parfois jusqu’à la caricature. Hier dans le Tarn, Emmanuel Macron a repris les accents giscardiens pour demander aux Français de lui accorder une majorité « forte et claire » aux législatives. « Faisons en conscience le choix solide de la clarté républicaine sans concession. Il nous faut suivre la voie de la cohérence, de la compétence et de la confiance », a-t-il intimé, fustigeant les « extrêmes » qui, « par leurs déclarations leur contestation, parfois de la légitimité de l’élection, s’éloignent du champ républicain ».

À quelques heures du scrutin, un tel discours peut-il encore porter alors que, sondage après sondage, la Nupes est donnée au coude-à-coude avec la majorité sortante voire devant elle, et que les projections en sièges, certes toujours périlleuses à réaliser, esquissent une perte de la majorité absolue pour les Macronistes ? En 1978, le discours de Giscard avait eu les effets escomptés et la droite à laquelle on promettait la défaite était sortie victorieuse. Quatre décennies plus tard, avec un pays fracturé comme jamais, miné par une abstention endémique qui s’annonce massive dimanche, fatigué par deux ans de pandémie et inquiet face à l’inflation galopante, pas sûr que le discours de Puycelsi ait les mêmes effets que celui de Verdun-sur-le-Doubs…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 10 juin 2022)


En quête de vérité

 

jubillar

Aujourd’hui les avocats de Cédric Jubillar vont demander une nouvelle fois la remise en liberté de leur client. Mis en examen pour meurtre aggravé après la disparition de son épouse Delphine dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Cédric Jubillar est incarcéré depuis maintenant un an. Douze mois derrière les barreaux sans que l’on sache au final qui est vraiment cet homme et quel rôle il a pu jouer ou non dans la disparition de la jeune infirmière ?

Quelle est la personnalité de ce père de deux enfants, qui avait participé activement aux battues et aux recherches de son épouse ? Qui est ce peintre-plaquiste dont on a découvert au printemps 2021, avec surprise, la nouvelle compagne Séverine, amie devenue amante et confidente, avec laquelle il a échangé de nombreux courriers dans lesquels il écrivait « On ne peut avoir confiance en personne, sauf entre nous deux au final… ». Celui qui avait confié à un codétenu avoir tué et enterré sa femme est-il un manipulateur et un menteur comme le soupçonnent la justice et les enquêteurs ? Ou alors est-il injustement accusé et maintenu en détention alors que l’enquête, qui a connu des ratés et dont les témoignages à charge sont fragiles, n’a toujours pas permis de retrouver de corps ni un élément capital à même de faire basculer l’affaire ?

Ce jeudi, c’est dans ce contexte plein d’incertitudes que le juge des libertés et de la détention va donc se pencher sur une nouvelle demande de remise en liberté de Cédric Jubillar. La détention provisoire est-elle toujours utile ? Permet-elle d’exercer une pression suffisante pour « faire craquer » le suspect numéro un ? Ou au contraire est-elle désormais inutile voire abusive, et devrait être remplacée par un contrôle judiciaire strict comme une assignation à résidence avec bracelet électronique ? Le juge des libertés et de la détention va évidemment examiner la demande de Cédric Jubillar en droit, mais peut-il faire abstraction de l’émoi considérable qu’a suscité cette affaire dans l’opinion publique depuis 18 mois ? Une opinion d’autant plus sensible à cette disparition tarnaise que d’autres affaires, très similaires bien que sans lien entre elles, sont apparues en Corrèze et dans l’Yonne. À l’heure où la société française a pris conscience des violences faites aux femmes qui débouchent parfois sur de terribles féminicides, l’affaire Jubillar, affaire judiciaire, est à cet égard aussi un symbole. Mais un symbole qui attend toujours sa vérité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 9 juin 2022)

Changement d'ère

 

avion

À un mois des grandes vacances d’été, les Français pourront-ils partir en train ou en avion à des tarifs raisonnables ? Rien n’est moins sûr à en croire les nombreux témoignages qui, depuis des semaines, font état de tarifs très élevés de la part de la SNCF et des véritables casse-tête auxquels sont confrontés les Français pour s’organiser. Car d’un côté l’Insee explique, étude à la clé, que les tarifs de la SNCF ont augmenté de 15,3 % sur trois mois quand la société ferroviaire explique au contraire qu’ils ont baissé de 7 % depuis juin 2021, date de lancement de la nouvelle offre tarifaire « AvantageS », une carte annuelle qui permet d’accéder à des prix plafonnés selon les distances.

La jungle des tarifs, leur complexité et leur variabilité due à la technique du « yield management » (cette pratique commerciale qui consiste à faire varier les prix en fonction du comportement de la demande des consommateurs) mais aussi les déboires de l’application SNCF Connect font que réserver un billet de train est devenu un véritable parcours du combattant. À telle enseigne que l’on se remémore le sketch du duo comique Chevallier et Laspalès « Le train pour Pau » où un client veut acheter simplement un billet Paris-Pau quand l’agent SNCF lui propose d’improbables itinéraires, répétant sans cesse « C’est vous qui voyez »… Les Français n’ont toutefois pas envie de rire car nombre d’entre eux, pour conjurer l’inflation qui fait grossir les prix des carburants à la pompe, voulaient miser sur le train.

Quant aux tarifs des billets d’avion, parfois inférieurs à ceux du train sur certaines liaisons, ils ont eux aussi augmenté de 10 % depuis le début de l’année selon les chiffres de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC)… Le secteur aérien est, en effet, confronté à la hausse du prix du kérosène et aux difficultés d’avoir les personnels pour assurer un nombre suffisant de vols…

Au final, l’augmentation du prix des billets de train ou d’avion pour cet été sonne comme un appel à l’action. La pandémie, hier, puis l’inflation aujourd’hui due en partie à la guerre en Ukraine, bouleversent ce à quoi nous nous étions habitués : voyager facilement et loin, surtout en ce qui concerne l’avion grâce aux compagnies low cost.

Ces hausses du prix du transport peuvent être l’occasion d’une profonde réflexion sur les transports dont nous aurons besoin dans les années et décennies à venir : transports plus écologiques, moins polluants et plus efficients, pour répondre à la lutte contre le réchauffement climatique et aux demandes des habitants ; transports abordables car se déplacer au quotidien comme pour ses loisirs doit être accessible à tous et non pas l’apanage des plus aisés ; et transports innovants qui doivent répondre à chaque situation, du trajet domicile-travail aux grands voyages. Cette transition peut être une chance tant pour le secteur des transports que pour les citoyens pour réinventer le transport.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 7 juin 2022)

Qui sont les riches ?

tirelire

Qui sont les riches en France et à partir de quels revenus le devient-on ? Ces questions taraudent depuis longtemps la France. Dans le pays qui a fait de l’égalité une composante de sa devise nationale, évoquer le sujet est toujours hautement inflammable, particulièrement en période d’élections. François Hollande ne dira pas le contraire. En janvier 2007, en pleine campagne électorale, celui qui est alors premier secrétaire du Parti socialiste avoue sur le plateau d’une émission télévisée « Je n’aime pas les riches, je n’aime pas les riches, j’en conviens », estimant qu’on l’était à partir de 4 000 euros de revenus mensuels. Tollé à droite. La petite phrase collera à François Hollande jusqu’en 2011 lorsqu’il sera le candidat du PS à l’élection présidentielle et lui sera reprochée par Nicolas Sarkozy dans le débat d’entre-deux tours.

Ce seuil de 4 000 euros restera en tout cas dans les dans les esprits puisqu’en février 2021, interrogé sur l’opportunité d’une contribution exceptionnelle des plus riches en période de Covid, le président du MoDem François Bayrou lance « pourquoi pas ? » avant d’ajouter « 4 000 euros par mois, pour moi, c’est les classes moyennes ; je ne dis pas que c’est les riches ». Tollé à gauche cette fois. Ces deux exemples montrent combien il est difficile d’établir le seuil à partir duquel on est considéré comme riche ; beaucoup plus difficile que d’établir le seuil de pauvreté qui, lui, fait consensus. Car au final, les plus aisés se considèrent peut-être toujours comme le pauvre d’un plus riche qu’eux…

Tenter de définir le seuil de richesse est donc une vraie gageure, en tout cas en France puisque ce seuil existe en Allemagne depuis 20 ans. Estimant qu’ « il est grand temps d’avancer sur ce sujet », l’Observatoire des inégalités vient de publier son « Rapport sur les riches en France » et se propose de fixer un seuil de richesse équivalent au double du niveau de vie médian, soit 3 673 euros par mois pour une personne seule ou 5 500 euros pour un couple, après impôts. 4,5 millions de Français sont concernés soit 7 % de la population, mais à l’intérieur même de ce bloc, les disparités sont grandes, notamment en fonction de l’endroit où l’on est et des conditions de vie.

L’Observatoire, qui se défend de tout sensationnalisme, revendique d’ouvrir le débat et de lutter contre « la cécité de la droite et de la gauche » sur cette épineuse question. La première ne jure, en effet, que par la théorie libérale du ruissellement, venue des États-Unis, qui voudrait que l’enrichissement des plus fortunés finisse par « arroser » les catégories populaires. Même le président Joe Biden a assuré qu’il ne croyait plus à cette fable. La gauche, elle, reste obnubilée, selon l’Observatoire, par les « 1 % les plus riches », ces multimillionnaires qui ont, il est vrai, considérablement accru leur fortune ces dernières années, y compris durant la pandémie, et paient parfois proportionnellement moins d’impôts que les autres.

Au final, au-delà du seuil sur lequel la classe politique ne manquera pas de s’écharper, il conviendrait sans doute de s’interroger, comme l’a fait Thomas Piketty, non pas seulement sur les revenus des Français les plus aisés mais bien sur leur patrimoine global, la façon dont il s’est constitué et comment il se transmet par héritage. Une vision plus large nécessaire pour bâtir de vraies politiques solidaires et redistributives.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 juin 2022)

Pollenpocalypse

pollen

Depuis deux ans, nous avons souvent observé une carte de France qui est souvent devenue rouge voire écarlate au fur et à mesure qu’évoluaient les contaminations au Covid-19. Mais nombre de Français ont aussi scruté une autre carte de France, celle du risque d’allergie aux pollens, réalisée depuis 1996 par le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). Actuellement, cette carte est toute rouge, 90 des 96 départements étant concernés par un risque d’allergie élevé qui devrait le rester encore plusieurs semaines en raison de conditions météorologiques très favorables à l’émission et la dispersion des fortes concentrations de pollens de graminées dans l’air. Mais au-delà des graminées, ambroisies, aulne, bouleau, charme, frêne, peuplier, platane ou même olivier sont pour de nombreux Français non pas seulement des beautés de la nature mais la source de tourments qui les épuisent en provoquant asthme, rhinite ou rhume des foins, conjonctivite, eczéma, urticaire voire choc anaphylactique.

Autant dire qu’avec un tiers de Français qui sont touchés par les allergies, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), les allergies sont bien un vrai problème de santé publique d’autant que les spécialistes tablent sur la moitié de la population impactée d’ici 2050…

Cette hausse de personnes touchées par les allergies est à mettre en regard avec la profusion de pollens dans l’atmosphère, dont certains, transportés par le vent, contiennent des protéines reconnues par le système immunitaire humain comme étant des allergènes. La quantité de pollen est telle que l’on parle parfois de pollenpocalypse, un néologisme né après un épisode fameux survenu en 2019 dans l’État américain de Caroline du Nord qui a vu la ville de Durham submergée par un nuage de pollens.

Comment expliquer ces phénomènes ? Peut-être – mais pas seulement – par le réchauffement climatique. La hausse des températures, en effet, stimule certains végétaux et augmente ainsi les quantités de pollen produit, et donc les quantités d’allergènes. Autre conséquence de la hausse des températures, le démarrage plus précoce de l’apparition des pollens et donc une période beaucoup plus longue à supporter pour les personnes qui sont sensibles. Enfin, le réchauffement climatique bouleverse les écosystèmes et les zones de présences des plantes. Par exemple les ambroisies, ces plantes opportunistes envahissantes dont le pollen est hautement allergisant pour l’Homme, voient leur aire de répartition augmenter d’année en année. Importée d’Amérique du Nord, l’ambroisie fait aujourd’hui l’objet de programmes de lutte mondiaux et européens. En France, la lutte contre l’ambroisie est inscrite dans le 3e Plan national santé-environnement. Un rapport publié dans Nature prévoit une extension des zones de l’ambroisie et une multiplication par quatre des concentrations atmosphériques de pollen d’ambroisie d’ici à 2050 en Europe.

Autant dire que les allergies qui nous affectent constituent un signal supplémentaire pour agir contre le réchauffement climatique…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 mai 2022)

La clé du conflit

ukraine


L’ « opération spéciale » lancée par Vladimir Poutine le 24 février pour « libérer » les Ukrainiens du Donbass et au-delà, et « dénazifier » un pays prétendument aux mains de dirigeants corrompus devait être une Blitzkrieg rondement menée : en trois jours le pays devait tomber. Las ! Trois mois plus tard, la guerre qu’a déclenchée le maître du Kremlin est toujours bien présente avec son cortège d’horreurs et de malheurs, de crimes de guerre et de destructions de villes entières, véritablement rasées, de millions de réfugiés jetés sur les routes de l’exil et de morts par centaines. Vladimir Poutine pensait pouvoir réitérer ce qu’il avait fait en Crimée en 2014, une invasion militaire express sans résistance et la mise devant le fait accompli de la communauté internationale, qui n’avait alors que mollement protesté avec des sanctions économiques et financières quasiment indolores. Mais le président russe a sans doute préjugé de ses forces et mal compris que le monde qu’il rêve depuis longtemps de ramener à la situation simple des blocs est-ouest de la Guerre froide, telle que l’avait connue ce maître-espion du KGB dans la puissante URSS, a bien changé. De fait, les plans de Poutine se sont effondrés les uns après les autres.

Militairement, il s’est heurté à l’incroyable résistance des soldats et du peuple ukrainiens galvanisés par le président Volodymyr Zelensky, cet ancien acteur devenu héros national, en même temps que son armée subissait d’humiliantes pertes, humaines et matérielles, et voyait sa progression freinée par des dysfonctionnements logistiques majeurs. Poutine pensait aussi effrayer l’Otan voire l’entraîner dans le conflit pour justifier sa guerre. Il a au contraire ressuscité l’Alliance atlantique qu’Emmanuel Macron jugeait en mort cérébrale : elle se tient à distance mais livre des armes essentielles aux Ukrainiens, et la Suède et la Fnlande sont désormais candidates pour y adhérer.

Diplomatiquement, il pensait diviser les Européens, cette union à 27 dont nombre de pays sont dépendants de son gaz et de son pétrole. Rarement l’Europe aura au contraire été aussi unie pour adopter des sanctions visant la Russie. Et même s’il reste encore des divergences sur un embargo strict des importations d’énergies russes, la réponse européenne a été rapide et ferme.

Économiquement, Poutine s’était préparé depuis 2014 à faire face à de nouvelles sanctions et force est de constater que celles visant les banques, l’économie ou les oligarques n’ont pas totalement grippé l’économie russe. Mais sur le long terme, surtout si un embargo sur les énergies entre en vigueur, la Russie se trouvera de plus en plus isolée.

Médiatiquement enfin, dans la guerre d’image qui l’oppose à Volodymyr Zelensky, Poutine a perdu la partie. Le président ukrainien, qui maîtrise comme personne sa communication destinée au monde ou à sa population, est devenu le défenseur n° 1 de la liberté et de la démocratie. Le président russe au contraire s’enferme dans les images d’une propagande orchestrée de main de fer en Russie, mais qui commence à se lézarder, ce qui est mauvais signe pour les dictatures…

Dès lors, les jours à venir sont capitaux : en concentrant tous ses efforts sur le Donbass, Poutine pourrait décrocher enfin une victoire. Voudra-t-il alors s’asseoir à la table des négociations pour mettre un terme à l’ «opération spéciale » ? Ou prolonger encore une guerre qu’il n’est pas sûr de gagner ? Malgré tous ses échecs, Vladimir Poutine est bien le seul à détenir la clé de la fin du conflit.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 27 mai 2022)

Bonne route

 

Photo Vinci autoroutes

Le long week-end de l’Ascension va lancer sur les routes de France des milliers d’automobilistes en partance pour quelques jours de repos en famille ou entre amis. Et une bonne part d’entre eux va utiliser le réseau autoroutier français, l’un des plus sûrs d’Europe. Ce premier départ massif, qui préfigure les grands chassés-croisés de l’été, est peut-être l’occasion de réfléchir collectivement, à l’heure de la transition et de la planification écologiques, comment nous nous déplaçons, ce qui suppose de se pencher sur les infrastructures, les véhicules et les automobilistes.

Concernant les infrastructures, l’entretien des quelque 12 000 kilomètres d’autoroutes, dont 9 000 sont à péage, est une priorité majeure. Refaire les revêtements, les terre-pleins, les aires, améliorer les signalisations ou élargir les voies : les travaux sont colossaux. Par exemple, le Plan de Relance Autoroutier (PRA) signé en 2015 entre le gouvernement et les principaux concessionnaires autoroutiers a acté un vaste programme d’investissement de 3,27 milliards d’euros, supporté par les sociétés d’autoroutes. Si ces travaux, parfois très longs voire retardés – comme sur l’A61 entre Toulouse et Narbonne – agacent légitimement les automobilistes qui aimeraient une compensation sur le prix du péage, ils sont d’autant plus nécessaires qu’ils contribuent aussi dans certaines régions, dont la nôtre, à un rattrapage en termes d’offre et de qualité des infrastructures par rapport à des régions qui, historiquement, étaient mieux dotées. Le doublement de l’A9 à Montpellier, le passage en 2 fois 3 voies sur l’A61 ou encore la future autoroute Castres-Toulouse sont autant de chantiers qui ont été ou sont encore très attendus en Occitanie…

La seconde réflexion concerne les véhicules qui empruntent le réseau autoroutier et qui sont amenés à connaître des bouleversements. À l’heure où la voiture électrique connaît un spectaculaire engouement – les ventes ont doublé en 2021 selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie paru lundi – il conviendra d’adapter les infrastructures autoroutières pour permettre à ces véhicules de pouvoir recharger leurs batteries. La réflexion sur la conduite autonome (partielle puis totale) sera aussi l’occasion de repenser notre façon de concevoir nos déplacements autoroutiers.

Enfin, la réflexion doit aussi porter sur les automobilistes eux-mêmes et leur comportement. Si l’autoroute est sûre, les conducteurs ne sont parfois, eux, sûrs de rien… La publication hier du 12e « Baromètre de la conduite responsable » de la Fondation Vinci Autoroutes est à cet égard édifiante : 84 % des conducteurs admettent qu’il leur arrive de quitter la route du regard pendant plus de 2 secondes (soit l’équivalent, à 130 km/h, d’au minimum 72 mètres parcourus à l’aveugle !), 74 % des Français utilisent leur smartphone au volant et 46 % continuent à conduire alors qu’ils se sentent très fatigués… Edifiant ! Alors à la veille d'un long week-end, qu'il y ait ou non des travaux sur son trajet, c'est bien la vigilance qui doit être de mise pour être sûr de faire bonne route.

(Editorial publié dans La Dépêche du Mii du mercredi 25 mai 2022)

La leçon du vaccin

vaccin
Photo DDM Laurent Dard

Qu’il semble loin le temps où, au lancement de la campagne de vaccination contre le Covid-19, fin 2020, le gouvernement se retrouvait face à un mur de défiance de la part des Français. Pourtant patrie de Pasteur, le pays s’affichait alors comme l’un des plus rétifs aux vaccins. Pour passer de la défiance à la confiance, il a fallu déployer des trésors de pédagogie et de patience face à la minorité aussi organisée que très bruyante des opposants, ces antivax dont une partie versait dans les thèses complotistes les plus folles et criait rien moins qu’à la « dictature sanitaire » quand il s’agissait simplement de faire acte de solidarité. Pour rassurer, le gouvernement avait même missionné un collectif citoyen sur la vaccination…

Face aux doutes légitimes d’une partie de la population, Emmanuel Macron, Jean Castex et Olivier Véran côté politique, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19, Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale et l’écrasante majorité des spécialistes et médecins ont expliqué les avantages de ces vaccins, notamment ceux fonctionnant avec l’ARN messager, à savoir qu’ils évitent les formes graves de la maladie et concourent à l’immunité collective de la population. Des explications réitérées à chaque vague, à chaque variant de Delta à Omicron…

Après des débuts chaotiques par rapport à certains de nos voisins européens, l’arrivée des doses au compte-goutte et la difficulté à prendre des rendez-vous, la campagne vaccinale française est montée en puissance – notamment grâce aux vaccinodromes puis aux décisions d’Emmanuel Macron durcissant les conditions d’obtention du pass sanitaire – et a largement convaincu les Français. Elle a aussi montré le rôle important des collectivités, de la médecine de ville et des start-up de la santé. Au final, avec un taux de couverture vaccinale actuel de 80,6 % de Français ayant reçu au moins une dose de vaccin, et 79,3 % toutes les doses requises, la France se classe dans le top 10 des meilleurs élèves.

L’engouement actuel pour recevoir la seconde dose de rappel (la 4e dose au total) est la confirmation que la stratégie française, aussi critiquable soit-elle sur certains aspects, a été la bonne, même s’il reste encore 19 % de la population non-vaccinée. Plus largement, c’est bien la stratégie européenne, entre restrictions sanitaires et mutualisation des achats de vaccins, qui s’est avérée pertinente.

De quoi rasséréner les gouvernements des pays de l’Union européenne qui, tous, depuis l’émergence de l’épidémie, ont essuyé des critiques virulentes d’une partie de leurs populations qui citaient en exemple, entre autres, la stratégie « zéro Covid » des pays asiatiques. Aujourd’hui, ces pays – dont la Chine qui affronte sa pire flambée épidémique depuis le printemps 2020 – restent arc-boutés sur cette stratégie aux conséquences liberticides, dont l’Organisation mondiale de Santé vient de dire qu’elle « n’est pas soutenable ».

En s’adaptant sans cesse, en coopérant, en faisant œuvre de pédagogie, de transparence et de résilience, les pays occidentaux ont réussi à contrôler cette épidémie. Une leçon pour l’avenir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 13 mai 2022)

Bac bancal

bac

Il n’y a pas si longtemps, le top départ des épreuves du baccalauréat était donné par la philosophie mi-juin. Mais cette année, c’est dès ce mercredi que les lycéens vont entrer dans le « tunnel » des séances d’examen avec les épreuves de spécialité, introduites par la nouvelle formule du baccalauréat née de la réforme de Jean-Michel Blanquer en 2018. Histoire-géo, littérature, mathématiques, numérique et sciences informatiques, théâtre ou encore arts plastiques pour la filière générale ; sciences et technologies de la santé et du social, de l’hôtellerie et de la restauration ou du design et des arts appliqués pour la voie technologique. Décalées de mars à mai, ces épreuves, qui sont une première pour les lycéens, illustrent aussi combien la réforme Blanquer n’a cessé d’être bousculée par l’épidémie de Covid-19. Le ministre, en effet, a sans cesse été contraint d’ajuster sa réforme et ses points les plus sensibles comme le grand oral ou la part de contrôle continu. À telle enseigne que ce bac 2022 s’est grandement éloigné du projet initial – déjà très contesté par les syndicats d’enseignants – et s’est attiré de nouvelles critiques au sein même de la majorité, notamment sur l’absence des mathématiques dans le tronc commun, dont même Emmanuel Macron a reconnu qu’il s’agissait d’une erreur qu’il faudrait rapidement corriger.

La réforme du bac – institution républicaine et monument national auxquels les Français restent très attachés – semblait pourtant pertinente. D’une part parce que les mathématiques avaient pris trop de poids dans l’orientation des élèves par rapport à d’autres matières et, surtout, parce que la France se retrouvait depuis trop longtemps dans le bas des tableaux des classements internationaux, alors même que le budget de l’Éducation nationale est l’un des premiers de la Nation et que les professeurs ne ménagent pas leur peine. Mais l’absence de réelle d’écoute du terrain de la part du ministre ; le choix d’un contrôle continu qui reste soumis à l’arbitraire bien plus qu’une épreuve nationale finale ; la mise en place d’un grand oral pour lequel certains élèves n’ont pas l’aisance nécessaire ; et enfin l’amoindrissement de la part de mathématiques alors même que la France est historiquement un pays qui a donné les meilleurs mathématiciens au monde, tout cela fait qu’il faudra vraisemblablement revoir la copie du bac.

Emmanuel Macron a promis de faire de l’Éducation un axe majeur de son nouveau quinquennat. Ses propositions, notamment l’autonomie des établissements ou l’évolution de la rémunération des enseignants, ont d’ores et déjà jeté un froid chez les enseignants qui attendent du futur ministre de l’Éducation que cette dernière conserve un caractère national, notamment pour le bac.

D’ici là, les lycéens qui vont plancher ce matin sur leurs épreuves et qui se demandent quelle sera la valeur de leur bac, que certains estiment « donné », méritent toute notre bienveillance et nos encouragements. Car même réformé, même empêché par la crise sanitaire, le bac reste un rite initiatique important, la première étape de leur entrée dans la vie d’adulte.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 10 mai 2022). 

Moment républicain

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Les Français n’ont souvent pas de mots assez durs pour critiquer ce que l’on appelle la « monarchie républicaine », l’emphase protocolaire, les attributs du pouvoir dont abuseraient président, ministres, parlementaires ou élus. Et paradoxalement, ils ne supporteraient pas que la France ne dispose pas, justement, de ces mêmes attributs qui participent pleinement de son image, de son rayonnement, de sa puissance et de son histoire.

Si elle n’avait forcément pas la charge historique de l’investiture de François Mitterrand en 1981, la cérémonie de ré-investiture d’Emmanuel Macron, hier au palais de l’Elysée, n’a pas échappé à ces critiques et pourtant, lorsque le président réélu pour un second mandat le 24 avril est apparu, la solennité du cérémonial a rappelé à tous qu’il s’agissait bien là d’un moment important de la vie démocratique et politique du pays, d’un moment d’unité, d’un moment de réconciliation, d’un moment républicain.

Car, pour reprendre la théorie de l’historien allemand Ernst Kantorowicz sur les deux corps du roi, il y a en Emmanuel Macron deux personnes. D’abord, l’homme politique qui va conduire au nom des Français, avec son gouvernement, les affaires du pays pendant cinq ans selon des choix qui lui sont propres, dans le respect de la constitution. Et puis il y a le chef de l’État qui incarne à travers sa personne les valeurs de la République, la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, le respect de l’État de droit et de nos institutions et, au-delà, la prééminence des droits de l’Homme nés de la Révolution de 1789 et des valeurs démocratiques et humanistes qui puisent leurs racines dans les Lumières. Comme ses prédécesseurs avant lui – dont deux étaient présents hier à l’Elysée, Nicolas Sarkozy et François Hollande – Emmanuel Macron en est le dépositaire légitime qui doit être reconnu comme tel. En 2027, il transmettra cette charge à son successeur qui, quel que soit son bord politique, devra lui aussi assurer cette permanence de la République.

Dans son premier discours de « nouveau président » pour un « nouveau mandat », Emmanuel Macron a d’ailleurs rappelé combien ses prérogatives l’obligent devant les Français, d’abord parce qu’il a été élu pour la deuxième fois contre l’extrême droite grâce à un Front républicain, ensuite parce que le contexte international met à l’épreuve la solidité des démocraties, de notre démocratie. « Du retour de la guerre en Europe à la pandémie en passant par l’urgence écologique […] rarement notre monde et notre pays n’avaient été confrontés à une telle conjonction de défis », a estimé Emmanuel Macron en promettant « de servir » et en faisant le « serment de léguer une planète plus vivable » et « une France plus forte ».

Après le temps suspendu de l’investiture commence désormais pour Emmanuel Macron le temps de l’action. Il a cinq ans pour honorer la République et son serment.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 8 mai 2022)

Les messages du 9 mai

putin

Au 72e jour ce vendredi de l’ « opération militaire spéciale » censée « libérer » les Ukrainiens du Donbass et au-delà, et « dénazifier » un pays prétendument aux mains de dirigeants corrompus, force est de constater que rien ne s’est passé comme prévu pour Vladimir Poutine. Cette « opération » qui devait lui permettre de s’emparer du pays en quelques jours et installer à sa tête un régime fantoche à sa botte, s’est au contraire enlisée, bloquée par l’incroyable résistance du peuple ukrainien et les ratés logistiques humiliants d’une armée russe pourtant bien plus nombreuse et bien plus puissante.

Elle s’est aussi révélée totalement contreproductive pour le maître du Kremlin : non seulement cette invasion a fait émerger chez les Ukrainiens un puissant sentiment patriotique, scellé autour de leur président-courage Volodymyr Zelensky, mais elle a aussi réveillé l’Europe, désormais convaincue de la nécessité d’une défense commune, ragaillardi l’Otan, dont Emmanuel Macron avait acté la « mort cérébrale » et que la Finlande et la Suède veulent rejoindre, et suscité la solidarité et l’indignation du monde face aux crimes de guerre russes. À ce fiasco s’ajoutent la mise au ban de la Russie de nombreuses instances internationales et des sanctions économiques et financières qui, si elles n’ont pas encore porté tous leurs effets, pourraient être implacables dès que l’Europe mettra en œuvre un réel embargo sur ses importations de gaz et de pétrole russes.

Dans une telle situation, n’importe quel dirigeant s’assoirait à la table des négociations pour arrêter la guerre et rechercher le chemin d’un compromis. Pour Vladimir Poutine – qui, depuis son arrivée au pouvoir, a fait de l’exacerbation du sentiment national de la Grande Russie sa marque de fabrique – il ne saurait en être question. Impossible de perdre la face, pas question de céder à la communauté internationale, quitte à travestir la réalité dans une fuite en avant dont personne ne sait réellement jusqu’où elle ira.

À trois jours de la date commémorative de la victoire de la Russie sur l’Allemagne nazie, Vladimir Poutine entend faire du 9-Mai une démonstration de force en faisant défiler à Moscou les armes sophistiquées et pour certaines nucléaires dont dispose l’armée russe et qu’il menace d’utiliser contre les pays – États-Unis en tête – qui aident l’Ukraine. Quel message va délivrer Vladimir Poutine lors de cette cérémonie ? Va-t-il célébrer la victoire de la prise de Marioupol, la « libération » du Donbass ? Ou alors va-t-il officiellement déclarer la guerre à l’Ukraine qui, de facto, deviendrait une guerre mondiale ?

À ce message guerrier du 9-Mai qui viendra de la Place rouge, l’Europe doit opposer un autre message, un message de paix. Car ce 9-Mai est la Journée de l’Europe qui célèbre la « déclaration Schuman » du 9 mai 1950, l’acte de naissance de l’Union européenne qui n’a jamais été autant d’actualité. « L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre », rappelait alors le diplomate français, donnant un conseil qui, aujourd’hui que l’Europe est faite, devrait inspirer voire obliger nos dirigeants : « la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 mai 2022)

Urgence

maison

C’est peu dire que la question du logement a été la grande oubliée de la campagne présidentielle. Les candidats avaient bien passé un « grand oral » devant l’Alliance pour le logement, qui réunit France urbaine, l’USH, la Fondation Abbé-Pierre, la Fédération Française du Bâtiment et Intercommunalités de France, pour décliner leurs propositions, mais ce thème s’est retrouvé dépassé par celui du pouvoir d’achat. Début mars, le logement était d’ailleurs en queue de peloton des 15 priorités des Français listées par l’institut Elabe, cité par seulement 8 % d’entre eux, loin derrière le pouvoir d’achat (50 %) ou la santé (41 %). Pour autant, dans le détail, l’enquête montrait que le logement – 3e poste de dépenses des foyers – est une préoccupation fortement corrélée au pouvoir d’achat et que 48 % des Français se disaient prêts à augmenter leur budget logement s’ils le pouvaient.

C’est que la crise Covid a bouleversé le rapport des Français au logement. Ceux qui se sont retrouvés confinés dans de petits appartements dans les grandes villes ont commencé à rêver d’ailleurs, s’imaginant locataires et de plus en plus propriétaires d’un logement plus spacieux avec, pourquoi pas, un jardin, dans un environnement plus préservé où les trajets domicile-travail sont moins longs.

Ce rêve de devenir propriétaire se cogne aujourd’hui à une réalité implacable qui voit l’obtention d’un crédit être de plus en plus complexe. L’incertitude de l’évolution de l’économie impactée par la guerre en Ukraine, la hausse des taux et le durcissement des critères des banques douchent les espoirs de beaucoup de Français. Les banques ont, en effet, rehaussé l’apport que doivent mettre sur la table les emprunteurs, et elles prennent en compte la hausse du coût de l’énergie et des matériaux qui impactent le « reste à vivre » (ce qu’il reste pour vivre après le paiement des crédits) des candidats emprunteurs. Résultat, des dossiers qui seraient passés il y a quelques mois sont désormais refusés.

À cette situation s’ajoutent les difficultés et les défis du marché immobilier français : répondre aux besoins en logements en en construisant et en en rénovant davantage et réussir la transition écologique du bâtiment. Durant la campagne, Emmanuel Macron ne s’est pas déclaré en faveur de « la propriété pour tous » mais plutôt d’un logement pour tous, ce qui peut passer par être locataire du parc social, du parc privé ou propriétaire pour ceux qui le souhaitent et le peuvent. Le chef de l’État réélu place son action pour le logement sous le signe de la continuité par rapport à son premier mandat. Mais les professionnels de l’immobilier et les associations réclament plus. À l’heure où se forme un nouveau gouvernement, un vrai ministère de la Ville ou de l’Habitat paraît plus qu’indispensable, urgent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 mai 2022)

Tambouille électorale

assemblee

« La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes » se lamentait Albert Camus. Et il est vrai que depuis le second tour de l’élection présidentielle qui a vu la victoire d’Emmanuel Macron face à la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, grâce à un Front républicain, la vie politique a replongé dans ce qu’elle a de moins noble : la tambouille électorale. De gauche à droite, de la majorité présidentielle sortante à l’extrême droite, pas une famille politique ne se déchire pour savoir le nombre de circonscriptions qu’il faut attribuer à telle ou telle de ses sensibilités, le ralliement qu’il faut récompenser ou la trahison qu’il faut punir, le nombre d’élus escomptés avec le financement public qui y est attaché pour cinq ans et qui conditionne la survie de certains (le PS et les Républicains) ou encore les postes ministériels espérés, qui doivent respecter des équilibres byzantins…

Chaque soubresaut, chaque rumeur, chaque fuite involontaire ou sciemment organisée, ou, pire, chaque silence, déclenche ou alimente depuis le 24 avril vitupérations, insultes, oukases ou improbables rabibochages… Et déjà, alors que le second quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas encore officiellement commencé, certains pensent au coup d’après, l’élection présidentielle de 2027… Pas sûr que les Français, dont l’abstention massive à l’élection présidentielle a illustré la méfiance que leur inspire la politique, s’y retrouvent et vont se réconcilier de sitôt avec la chose publique.

Et pourtant, derrière les stratégies électorales, entre chausse-trappes et jeu de billard à trois bandes, derrière cette tambouille finalement très humaine et pas plus opaque qu’autrefois, il y a bien LA politique, celle des idées, qui n’ont pas suffisamment été explicitées lors de la campagne présidentielle. Pour la gauche, la question est de savoir s’il peut y avoir une union, comme en 1981 ou en 1997, en dépit de divergences profondes sur certains thèmes, mais qui permettrait à chaque formation d’exister au plan national, de pousser des idées communes à tous et peut-être même de gouverner. Pour la droite il s’agit surtout de survivre pour espérer se réinventer : un chemin existe-t-il encore entre le macronisme et la droite nationaliste identitaire ? Pour l’extrême droite, l’union des droites prônée par Eric Zemmour n’est-elle qu’un concept flou face à la dédiabolisation en trompe-l’œil d’un Rassemblement national qui se heurte à un plafond de verre – mais pour combien de temps ?

Et pour la majorité présidentielle, suspendue aux décisions léonines du Président, la question est de savoir quel sens va donner Emmanuel Macron à son second quinquennat : continuer à réformer sabre au clair sans se soucier des corps intermédiaires ou apaiser – réparer presque – un pays fracturé comme jamais entre villes et ruralité, jeunes et vieux, catégories populaires et aisées ?

Ces élections législatives qui doivent donner 577 députés à la Nation sont précédées de jeux d’appareils et d’alliances passionnants pour les uns, exaspérants voire désespérants pour les autres. Mais il s’agit aussi d’un moment démocratique pour le pays qui ne saurait être une formalité et qu’il ne faut pas rater.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 4 mai 2022)

L'équation de Matignon

Matignon

Lorsqu’Emmanuel Macron a été élu en 2017 sur le mantra du « en même temps », le jeune président « et de droite et de gauche » avait devant lui un vaste champ des possibles. Ne disposant pas de compagnons de route qui l’auraient accompagné pendant des décennies comme ce fut le cas pour tous ses prédécesseurs, Emmanuel Macron, libre et disruptif, surprit son monde en choisissant un parfait inconnu du grand public : le maire Les Républicains du Havre, Edouard Philippe. Trois ans plus tard, pour impulser un nouveau souffle censé incarner l’après-Covid et surtout pour stopper l’insolente popularité d’Edouard Philippe qui dépassait la sienne, Emmanuel Macron a encore une fois surpris tout le monde en choisissant, en juillet 2020, l’exact contraire de son Premier ministre : Jean Castex, certes haut fonctionnaire efficace connaissant les arcanes du pouvoir sur le bout des doigts, mais surtout élu local de droite madré à l’accent chantant.

Jamais deux sans trois et Emmanuel Macron, qui travaille depuis le lendemain de sa réélection à la constitution du premier gouvernement de son second quinquennat, devrait, une fois encore, surprendre les Français. Le Président, qui n’aime rien tant qu’être là où on ne l’attend pas, doit d’ailleurs s’amuser de l’agitation politico-médiatique qui, depuis dimanche 24 avril, se perd en pronostics pour savoir qui ira à Matignon. Au gré de ses déplacements, Emmanuel Macron distille avec gourmandise quelques indices sur les caractéristiques du profil recherché, « attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive », avant de brouiller les pistes en rappelant que « Jean Castex venait de la droite. Il a mené une des politiques les plus sociales des dernières décennies »…

Mais le portait chinois que dessine le Président et qui s’apparente pour tous les prétendants rêvant du poste à un supplice chinois – qui est aussi imposé aux Français – masque un véritable casse-tête. Après cinq ans de pouvoir, des crises majeures qui ne sont pas encore terminées et un pays fracturé comme jamais avec un niveau de défiance envers la politique rarement atteint, l’équation de Matignon est plus complexe que jamais pour un Président qui rechigne à déléguer. Le futur locataire de Matignon devra être une personnalité à la fois capable d’incarner la « nouvelle méthode » de gouvernance promise par Emmanuel Macron, être suffisamment consensuelle et rassembleuse pour apaiser le pays, douée d’une vraie capacité d’écoute pour les Français, les corps intermédiaires et les élus locaux, maîtriser tous les dossiers, mais aussi être le chef d’une majorité présidentielle qui pourrait être aussi diverse que pléthorique. Et surtout, le Premier ministre doit avoir la totale confiance du Président et ne pas lui faire de l’ombre… On comprend dès lors que trouver la perle rare relève du défi.

Il y a en revanche un élément qu’Emmanuel Macron pourrait privilégier : nommer une femme à Matignon. Même s’il souhaite privilégier avant tout les compétences, le Président, qui s’y était dit favorable, ne peut pas ignorer que l’idée fait son chemin dans l’opinion. Une génération après Edith Cresson, il est effectivement plus que temps de franchir le cap.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 2 mai 2022)

Retrouver l'insouciance

discothèque


Il est toujours délicat d’adopter la bonne attitude face à certaines affaires dont la réalité n’est pas encore totalement établie : faut-il en parler au risque de relayer et d’amplifier ce qui ne sera finalement qu’une rumeur ? Ou bien n’en rien dire au risque de ne pas alerter sur un danger potentiel réel ? Vaste dilemme.

Il suffit parfois d’une véritable affaire, parfaitement établie, pour que l’imagination des uns construise les plus folles histoires. La fameuse rumeur d’Orléans, sur laquelle se penchèrent nombre de sociologues dont Edgar Morin, en est l’illustration. Cette rumeur, déclenchée en 1969, qui voulait que des jeunes femmes soient enlevées dans les cabines d’essayage de plusieurs magasins de vêtements de la ville – tous tenus par des Juifs – en vue d’être prostituées à l’étranger via des réseaux de traite des Blanches, s’était construite, entre autres, sur une véritable affaire survenue 10 ans plus tôt à Marseille. Et à l’inverse, la rumeur, reprise maintes fois depuis les années 2000 selon laquelle des seringues contenant le virus du Sida étaient placées dans des sièges de cinéma, a inspiré certains délinquants qui ont sciemment cherché à contaminer des personnes.

Pour l’heure, on ne sait pas si l’affaire des piqûres en boîte de nuit, qui inquiète les jeunes et les gérants de bars et discothèques et laisse dubitatifs les enquêteurs et les experts, est une rumeur ou des faits parfaitement établis. Y a-t-il vraiment des individus qui, sciemment, ciblent de jeunes victimes qui font la fête pour pouvoir abuser d’elles avec un procédé aussi compliqué que l’injection d’une substance via une seringue ? Les diverses affaires qui ont surgi partout en France ces dernières semaines, sont-elles liées entre elles ou s’agit-il juste d’un sinistre mimétisme ? Et pourquoi les personnes qui ont le courage de porter plainte disent avoir ressenti les mêmes symptômes attribuables à des substances comme le GHB ; substances que l’on n’a pas retrouvées dans leurs corps après des analyses toxicologiques ? Ces questions restent pour l’heure en suspens, sans réponses, mais ce phénomène qui emballe les réseaux sociaux est révélateur d’un état d’esprit de notre société.

Après deux ans marqués par l’épidémie de Covid-19 et la peur d’être contaminé ou de contaminer ses proches, après deux années où les rumeurs et les thèses complotistes n’ont jamais été aussi nombreuses et pernicieuses pour instiller la peur et la méfiance, c’est toute la société qui se retrouve en tension, et plus particulièrement la jeunesse, qui peut surréagir. Selon un bilan de Santé Publique France, fin décembre dernier, un tiers des Français présente un état anxieux ou dépressif. Dans son rapport sur « La situation des enfants dans le monde 2021 » l’Unicef a pointé l’impact important du Covid-19 sur la santé mentale des jeunes, les restrictions et confinement ayant généré chez nombre d’entre eux un sentiment de peur, de colère et d’inquiétude pour l’avenir.

Quels que soient les résultats des investigations sur l’affaire des piqûres, celle-ci doit inciter la société à agir davantage pour sa jeunesse tant pour préserver sa santé physique et mentale que son insouciance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 29 avril 2022)