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Articles

Affichage des articles du 2025

Crise agricole : des réponses claires

  La trêve des confiseurs n’est pas celle des agriculteurs. Si de nombreux barrages érigés il y a vingt jours pour protester contre le protocole sanitaire censé circonscrire la dermatose nodulaire bovine (DNC) ont été levés, d’autres restent en place, notamment dans le Sud-Ouest. Bénéficiant d’un fort soutien de l’opinion, les agriculteurs qui occupent les routes entendent ainsi maintenir une pression maximale sur le gouvernement pour espérer une modification du protocole et l’arrêt de l’abattage total. L’État, qui a tardé à prendre toute la mesure du désarroi des éleveurs touchés par la DNC et leur a montré bien peu de compassion, a clairement mal géré sa réponse au début de la crise. Pour autant, sur la DNC, les marges de manœuvre sont limitées et le gouvernement n’entend visiblement pas revoir de fond en comble le protocole décrié, le seul efficace selon les scientifiques. Appliqué d’ailleurs rigoureusement en Italie et en Espagne, il a montré toute son efficacité. Mais en ...

Électricité : prix sous tension

    Le marché électrique français a été soumis ces dernières années à une succession d’aléas intérieurs et extérieurs. Intérieurs d’abord, lorsque l’épidémie de Covid-19, à partir de 2020, est venue désorganiser en profondeur le calendrier de maintenance du parc nucléaire français, composé de 56 réacteurs vieillissants. Ces retards cumulés, aggravés ensuite par des problèmes techniques, ont conduit RTE à évoquer, à l’hiver 2022-2023, un scénario de coupures d’électricité ciblées afin d’éviter un black-out général. Aléas extérieurs ensuite, lorsque la guerre en Ukraine a provoqué des conséquences en cascade sur le marché de l’énergie européen, contraignant le gouvernement à mettre en place un coûteux bouclier tarifaire. Celui-ci a permis de contenir la hausse des tarifs réglementés à + 4 % en 2022 puis à + 15 % en 2023. À chaque crise, ménages et entreprises se sont interrogés sur le montant réel de leur facture d’électricité, dépendante à la fois de l’organ...

Nation connectée

    C’était il y a 40 ans, le 29 avril 1985 exactement. Sur le plateau du 13 heures de TF1, Yves Mourousi reçoit François Mitterrand dans une émission spéciale « Ça nous intéresse Monsieur le Président ». « Vous savez ce que c’est que chébran ? », lui demande le journaliste. « Vous auriez dû dire câblé ! » lui répond un Mitterrand goguenard, désireux alors, à 69 ans, de montrer qu’un sénior, fut-il président de la République, peut rester connecté à son époque. Les seniors d’aujourd’hui battent eux aussi en brèche le cliché qu’ils seraient en marge d’une société de plus en plus numérisée. Ni chébrans, ni câblés, ils sont au contraire bel et bien connectés comme le reste de la population. Les différentes études publiées cette année attestent qu’ils sont des usagers réguliers d’internet et des smartphones. En 2024, 70 % des 70 ans et plus possédaient ainsi un smartphone, un pourcentage en hausse de 8 points en un an. Et près ...

Gestion des risques

Évidemment, le contraste est spectaculaire. Le 9 décembre, l’observatoire européen Copernicus, qui a enregistré pour novembre 2025 « le troisième mois de novembre le plus chaud à l’échelle mondiale », assurait que « l’année 2025 est en passe de devenir la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2023 ». « L’anomalie de température moyenne mondiale pour la période de janvier à novembre 2025 est de 0,60 °C au-dessus de la moyenne de 1991-2020, ou 1,48 °C au-dessus de la référence préindustrielle de 1850-1900, avant que le climat ne se réchauffe durablement sous l’effet de l’activité humaine », indiquait Copernicus. La publication des statistiques pour décembre et le bilan annuel pourraient donc placer 2025 derrière le record historique de température établi en 2024. Mais ce week-end, après plusieurs semaines de douceur, la France est entrée brutalement dans l’hiver avec des pluies, de la neige comme on n’en ava...

Changer la ville

  Une victoire politique n’est pas forcément une victoire électorale. Les écologistes qui se sont emparés de plusieurs grandes villes – dont Lyon et Bordeaux – lors des municipales de 2020 pourront méditer cela à l’heure où certains sondages leur prédisent le reflux de la vague verte d’il y a six ans pour le scrutin de mars. Qu’importent au final les grossières caricatures dont ces maires EELV ont été l’objet, les polémiques à répétition nourries parfois par leurs propres maladresses. Car les édiles écolos peuvent revendiquer une victoire politique : aucun maire sortant ni aucun candidat, quel que soit son bord politique, n’envisageraient une seconde de faire l’impasse sur les questions environnementales qui, désormais, conditionnent le cadre de vie d’une commune. L’accélération du réchauffement climatique qui impacte le degré de pollution ou la ressource en eau, crée des îlots de chaleur, rend invivable les logements « passoires thermiques », et met à rude épreuve l...

L'amie mini

  Pour certains, évoquer les voiturettes sans permis, c’est convoquer des souvenirs de jeunesse. Sur les petites routes de campagne, on se prenait à croiser ces petites voitures taillées à la serpe, aussi lentes qu’un tracteur, des "pots de yaourt" dans lesquels prenaient place un pépé ou une mémé. Ces voiturettes étaient aussi le dernier recours des Fangio du volant qui avaient perdu leur permis de conduire. Mais ces images d’Épinal sont bel et bien révolues et les voiturettes ont fait leur révolution et pourraient même ouvrir la voie à une nouvelle mobilité urbaine. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, le marché des voitures sans permis (VSP) en France a enregistré 31 714 immatriculations neuves, soit une hausse spectaculaire de 137 % par rapport à 2019, avec environ 282 560 véhicules en circulation et 50 % des ventes concernées par des modèles électriques. C’est que les constructeurs historiques – Ligier, Microcar, Aixam, Bellier… – ont su se réin...

Pari risqué

    Une décision pragmatique ou un renoncement dangereux ? En décidant hier de revoir à la baisse son objectif ambitieux d’interdire totalement la commercialisation de voitures thermiques en 2035, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, l’Union européenne vient de trancher une épineuse question, espérant ainsi soulager son industrie automobile en souffrance face à la concurrence agressive de la Chine et, dans une moindre mesure, face aux surtaxes douanières américaines. L’UE assure qu’elle ne renonce pas à son objectif, mesure phare du Pacte vert européen aujourd’hui ciblé par tous ceux qui veulent détricoter ses mesures environnementales. Elle avance qu’il s’agit simplement d’être « flexible » et elle liste toute une série de conditions avec lesquelles les constructeurs européens vont devoir composer pour vendre, après 2035, des voitures thermiques. Ils devront ainsi bien réduire de 90 % les émissions de CO2 de leurs ventes par rapport aux niveaux ...

Reconnaissance

L’administration parle pudiquement d’un "dépeuplement", comme pour tenir à distance la violence que représente l’abattage d’un troupeau entier lorsqu’une seule vache a été contaminée par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), cette maladie virale bovine hautement transmissible par vecteurs comme les moustiques ou par contact direct. Les autorités, les scientifiques, les vétérinaires auront beau expliquer que ce protocole de "dépeuplement total", conforme à la réglementation européenne, suivi par d’autres pays, est très efficace car il élimine tout risque de virus persistant dans l’exploitation, protège le statut sanitaire national et permet la reprise rapide des mouvements d’animaux et des exportations, il n’en reste pas moins pour les éleveurs que voir euthanasier leur troupeau est un insondable déchirement. En quelques heures, c’est le travail d’une vie qui disparaît, ce sont des bêtes auxquelles on est attaché qui s’en vont. Les indemnisations ne peuvent assur...

Réseaux sociaux

  Habiter et pouvoir se déplacer. Le logement et les transports : voilà bien deux priorités des Français qui se pérennisent années après années et qui vont tout naturellement structurer le débat des prochaines élections municipales, dans moins de trois mois. À l’heure du réchauffement climatique qui impose de faire des choix plus vertueux dans nos modes de déplacement pour réussir la transition écologique et énergétique, se posent les questions des transports en commun, leur extension ou leur gratuité, la pertinence de la voiture électrique et donc les bornes de recharge dont elle a besoin, la nécessité de nouvelles pistes cyclables, plus sécurisée, mais aussi la place des piétons et le partage de l’espace public entre tous. Autant de sujets qui conditionnent plus que jamais l’aménagement urbain des villes et des villages. Depuis plusieurs semaines, nombre de municipalités accélèrent ainsi des travaux de voiries. Certes parce que les maires sortants, candidats à leur successio...

Souveraineté

Derrière l’amende record infligée à Doctolib par l’Autorité de la concurrence le mois dernier pour des pratiques anticoncurrentielles qui remontent à 2018 émergent deux sujets d’importance, l’innovation et la régulation d’un côté, la souveraineté et la transparence de l’autre. Deux enjeux qui dépassent le cadre français et sont stratégiques pour l’Europe. Certes, nul n’est au-dessus de la loi et si Doctolib a enfreint des règles en développant ses innovations, il est logique qu’il en paie les conséquences. On peut toutefois s’étonner que la décision de l’Autorité tombe sept ans après les faits, autant dire une éternité à l’échelle du numérique. Car entre-temps, le marché de la prise de rendez-vous médicaux et de la téléconsultation a évidemment évolué, bouleversé par la pandémie de Covid. En sept ans, la start-up Doctolib s’est développée, a lancé de nouveaux services, s’est déployée à l’étranger et, en France, est devenue quasi incontournable. Si elle n’a pas un monopole, elle occupe ...

Question de confiance

    Lorsque Boeing a enchaîné les difficultés techniques, entamées par deux crashs successifs, celui du vol Lion Air 610 le 29 octobre 2018 (189 morts) et celui du vol Ethiopian Airlines 302 le 10 mars 2019 (157 morts), Airbus s’est bien gardé de tirer sur son rival historique. « Je ne me réjouis pas des problèmes de mon concurrent. Ils ne sont pas bons pour l’industrie dans son ensemble », avait ainsi déclaré, lors de la conférence « Europe 2024 » à Berlin, Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, là où certaines personnalités politiques affichaient ostensiblement leur préférence pour l’avionneur européen. Sans doute le patron d’Airbus savait que dans une industrie aussi complexe que celle de l’aéronautique, on n’est jamais à l’abri de problèmes. Pour Airbus, ils viennent d’arriver en cette fin d’année. En quelques jours, l’avionneur a fait face à deux difficultés. Vendredi dernier, il a dû rappeler près de 6 000 avions A320 pour rem...

D'intérêt général

    « La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes » déplorait Albert Camus. Et il est vrai que lorsque l’on regarde les débats parlementaires autour du budget, il y a de quoi se désespérer. Entre les stratégies à trois bandes des uns et des autres, les petites mesquineries qui consistent à déposer des centaines d’amendements pour retarder les débats ou empêcher un vote, les oukases des uns pourtant largement sanctionnés lors des législatives de 2024 ou les diktats des autres qui ne disposent d’aucune majorité, les citoyens peuvent légitimement se demander où est passé le sens de l’intérêt général. Pas étonnant que plus de huit Français sur dix estiment que les responsables politiques agissent pour leurs intérêts personnels, selon la dernière enquête « Fractures françaises » d’Ipsos, et qu’à peine 20 % font confiance aux députés ou à l’Assemblée nationale. Et pourtant, le sens de l’intérêt général existe, traverse les d...

Un air de déjà-vu

  Une semaine de cinq jours, des cours plus courts, qui commencent plus tard, des matinées pour les cours théoriques et des après-midi pour des activités pratiques et péri-scolaires, artistiques ou sportives, et un calendrier de vacances scolaires sur deux zones… Les vingt propositions contenues dans le rapport de la Convention citoyenne sur le temps de l’enfant, voté dimanche et transmis au gouvernement, ont un air de déjà-vu. Et pour cause, cela fait au moins trente ans que la France débat de la réforme de ses rythmes scolaires, sans cesse annoncée mais jamais mise en œuvre efficacement en dépit de colloques, séminaires, études, rapports, décrets ou débats sans fin dans les médias. En 1995, Guy Drut et François Bayrou lancent un programme expérimental d’aménagement des rythmes scolaires, proposant à des communes volontaires d’adopter une semaine d’au moins cinq jours avec des plages pour des activités sportives, culturelles et de loisirs. Entre les années 90 et 2000, c’est pourta...

Mythe et réalité

    Dans un pays polarisé, voilà un sujet transversal qui interpelle tous les Français : le retour du service militaire. Ce qui n’était qu’une hypothèse régulière depuis la fin de la conscription, il y a 28 ans, va désormais prendre consistance avec une annonce officielle prévue demain. Jusqu’à présent, les partisans d’un retour du service militaire vantaient sa capacité à être le creuset de la Nation, faisant se côtoyer de jeunes hommes d’horizons sociaux différents. D’aucuns évoquaient la camaraderie des chambrées, l’esprit de corps et les amitiés pour la vie nées dans les casernes. Mais derrière ces souvenirs embellis, la réalité était tout de même bien différente dans les dernières années : le brassage social se faisait au tamis des dispenses des uns et des pistonnages des autres et l’instruction militaire proprement dite s’oubliait aussitôt le service terminé – hormis pour ceux qui optaient pour devenir réservistes. En 1997, Jacques Chirac a eu la lucidité et le...

Priorité numéro 1

Où est passé le pouvoir d’achat ? Il y a encore quelques mois il occupait le devant de la scène médiatique, les représentants de la classe politique promettaient de se battre pour lui à chacune de leurs interventions. Mais depuis que l’inflation s’est assagie, le sujet semble moins prégnant que les chicayas parlementaires et les complexes débats à l’Assemblée nationale sur le Budget de l’État et celui de la Sécurité sociale. Il est vrai que le pic de l’inflation est désormais passé. Selon l’indice des prix à la consommation pour octobre 2025, publié la semaine dernière par l’Insee, les prix ont augmenté de 0,1 % sur un mois et de 0,9 % sur un an. Une très légère hausse qui s’explique d’abord par un rebond des prix des services et des produits manufacturés (+0,2 % après +0,4 %). Mais côté alimentation, les prix baissent de nouveau (-0,2 % comme en septembre), comme ceux de l’énergie (-0,4 % après une stabilité). Sur un an, les prix de l’alimentation ont augmenté de 1,3 %, ceux de l’éner...

Toujours pas automatique

  « Les antibiotiques, c’est pas automatique ». Le slogan de cette campagne de sensibilisation est devenu culte et pourtant, vingt-deux ans après son lancement, les Français ne semblent n’en avoir retenu que la musicalité et pas le fond. En effet, la France, vice-championne d’Europe, reste l’un des pays où l’on prescrit et consomme le plus d’antibiotiques. Les dernières données de consommation d’antibiotiques en secteur de ville, publiée par Santé publique France à l’occasion de la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens et de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques, sont édifiantes. Entre 2023 et 2024, on constate une augmentation de 4,8 % des prescriptions, en ville et hors secteur d’hospitalisation, avec plus de 860 prescriptions d’antibiotiques pour 1 000 habitants réalisées au cours de l’année ! On est loin de l’objectif cible de 650 prescriptions pour 1 000 habitants par an d’ici 2027, fi...

Municipales 2026 : du concret

  Dans quatre mois vont avoir lieu les élections municipales et pourtant ce scrutin semble être passé sous les radars médiatiques, tous focalisés depuis des mois sur le feuilleton budgétaire à l’Assemblée nationale et la valse des Premiers ministres. Hormis dans la presse quotidienne régionale, la campagne des municipales est comme une campagne quasi-fantôme, et seule la cuisine interne politique des alliances et investitures dans quelques grandes villes – Paris en tête – a arraché un peu d’intérêt. Et pourtant, ces municipales – cette fois organisées sans la perturbation d’une pandémie comme en 2020 – sont importantes tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, le scrutin soulève des inquiétudes en raison des modifications qui sont à l’œuvre. Toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants, vont voter selon un mode de scrutin de liste proportionnel paritaire à deux tours avec prime majoritaire. Fini le scrutin majoritaire plurinominal à deux tours avec possi...

Le juste prix

    L’installation d’une boutique du géant numérique de l’ultra fast fashion Shein au cœur du BHV de Paris a suscité un tollé chez les politiques et les professionnels du secteur sinistré de l’habillement Made in France . Mais au-delà de la polémique – qui plus est exacerbée par la vente scandaleuse de poupées pédopornographiques sur le site internet de Shein – cette affaire remet sur le devant de la scène la conséquence la plus remarquable de la mondialisation : l’opposition entre fin du monde et fin du mois… Car tout part de là. Comment demander à des ménages fragilisés de consommer mieux – donc plus cher – lorsqu’ils n’absorbent déjà plus la hausse des prix du quotidien ? Et comment ignorer que le low cost prospère précisément sur cette vulnérabilité, en offrant une illusion de pouvoir d’achat à défaut d’un réel progrès social ? L’économie low cost est une économie éminemment polluante : les produits qu’elle utilise attentent à l’environnement et parfois...

Marqués à vie

  C’était il y a dix ans, c’était hier. Comme pour les attentats contre le World Trade Center à New York le 11 septembre 2001, tous les Français se souviennent de ce qu’ils faisaient dans la soirée du 13 novembre 2015. Déjà éprouvés par l’attaque terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo, celles de l’Hyper Cacher et de Montrouge en janvier, les Français se sont retrouvés précipités face à une inimaginable nuit d’horreur, celle des pires attentats que le pays ait jamais connus. Chacun garde en mémoire des images chocs, le ballet d’ambulances devant les terrasses parisiennes aux noms joyeux – Le Carillon, Le Petit Cambodge, La Belle équipe… – qui se retrouvaient ensanglantées et endeuillées ; les dizaines de blessés hagards et en pleurs, enveloppés dans leurs couvertures de survie dorées ; la mobilisation policière et militaire ; les mines graves de François Hollande, Anne Hidalgo, Manuel Valls ou François Molins, ce procureur-courage dont le visage et la voix rassureront plus ...

Les échecs, quel succès !

  Il y a dans les échecs quelque chose qui fascine ceux qui y jouent comme ceux qui n’y jouent pas, qui résiste au temps, aux modes ou aux ruptures technologiques. Un plateau de 64 cases noires et blanches, des pièces sculptées, cavalier, dame, tour, fou et l’humanité entière qui y projette depuis quinze siècles ses rêves de maîtrise, de stratégie, de victoire et, parfois, d’abîme. Alors que d’autres jeux disparaissent, se transforment ou se font absorber par le numérique, les échecs, eux, prospèrent. En France, la Fédération a franchi le cap des 81 500 licenciés en 2025, contre 50 000 cinq ans plus tôt ! Une spectaculaire progression de 60 % portée surtout par les enfants, les adolescents et les lycéens avec le dispositif Class’Echecs. Aux vieilles tables de bois et aux cafés enfumés du XIX e  siècle se sont ainsi ajoutés les salles d’école, les tournois scolaires et aussi les plateformes en ligne. L’influence de la série « Le Jeu de la Dame » su...

Ouvrir les yeux

  Le procès dit de la "maison de l’horreur" qui s’ouvre aujourd’hui à Auch suscite évidemment l’effroi. L’affaire, révélée par La Dépêche en avril 2022, est hors norme. Il y a trois ans, nous découvrions que dans une vaste bâtisse située près de l’aérodrome de Nogaro, l’impensable s’était produit : un système d’emprise totale dans lequel étaient enfermés quatre femmes et 28 enfants vivant sous l’autorité d’un homme décrit comme violent et manipulateur, utilisant une lecture rigoriste de l’islam comme outil de contrôle. Les enfants, soumis à des brimades et à la pauvreté affective, ne sortaient presque que pour l’école. L’une des femmes avait dénoncé des faits de viols, violences volontaires et séquestration. L’homme doit répondre de 22 chefs d’accusation dont viols sur mineurs, actes de torture et de barbarie, ainsi que pour violences sur l’ensemble des victimes. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d’assises du Gers, qui va s’efforcer de déterminer ...

Le jetable et le durable

    L’arrivée controversée du géant chinois Shein en France, au cœur du mythique Bazar de l’Hôtel de Ville de Paris, concentre à lui seul tous les symboles et les travers de notre époque. Shein est, d’abord, le symbole de l’ultra fast fashion, cette mode jetable aux produits de piètre qualité, capable d’ajouter chaque jour 4 000 à 6 000 références à son inventaire pour inonder le marché mondial. Pour parvenir à fournir ces t-shirts à 1 € ou ces vestes à 10 €, elle ne s’encombre évidemment pas des conditions de travail et de vie des ouvriers qui les fabriquent. Travaillant dans des méga-usines sans répit, 12 heures par jour, avec un seul jour de congé par mois, payés à la pièce, ces hommes, et surtout ces femmes et parfois ces enfants, sont quasi-esclavagisés, comme l’a montré l’eurodéputé Raphaël Glucksmann en alertant sur la situation des Ouïghours. Les ONG ont aussi raison de refuser de distinguer l’ultra-fast fashion type Shein de la fast ...

Des prix et des défis

  L’hiver approche et les Français s’inquiètent d’une hausse des prix de l’électricité. En France, la fin du dispositif de l’ARENH — qui garantissait un tarif régulé pour les fournisseurs alternatifs — et la situation géopolitique internationale laissent planer une ombre sur les factures des ménages et des entreprises. Mais derrière cette préoccupation à court terme, une question plus vaste s’impose : notre système électrique, conçu pour un monde d’usages stables peut-il encore suivre le rythme d’une économie numérique, décarbonée et désormais… dopée à l’intelligence artificielle ? Le réseau français, longtemps modèle de fiabilité, doit aujourd’hui affronter une double tension. D’un côté, la montée en puissance des énergies renouvelables rend la production plus intermittente ; de l’autre, la demande s’emballe tirée par de nouveaux usages (voitures électriques, numériques). Les appels à la modernisation deviennent dès lors pressants : stockage massif, pilotage in...