Une victoire politique n’est pas forcément une victoire électorale. Les écologistes qui se sont emparés de plusieurs grandes villes – dont Lyon et Bordeaux – lors des municipales de 2020 pourront méditer cela à l’heure où certains sondages leur prédisent le reflux de la vague verte d’il y a six ans pour le scrutin de mars. Qu’importent au final les grossières caricatures dont ces maires EELV ont été l’objet, les polémiques à répétition nourries parfois par leurs propres maladresses. Car les édiles écolos peuvent revendiquer une victoire politique : aucun maire sortant ni aucun candidat, quel que soit son bord politique, n’envisageraient une seconde de faire l’impasse sur les questions environnementales qui, désormais, conditionnent le cadre de vie d’une commune.
L’accélération du réchauffement climatique qui impacte le degré de pollution ou la ressource en eau, crée des îlots de chaleur, rend invivable les logements « passoires thermiques », et met à rude épreuve les habitants a conduit toutes les municipalités à redéfinir leurs aménagements urbains, à verdir leurs politiques, répondant autant à la nouvelle donne climatique qu’aux demandes d’habitants en quête de verdure et d’air pur. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le chemin parcouru en six ans par les villes et villages français et, ces dernières semaines, les inaugurations des derniers chantiers du mandat qui, quasiment tous, incluent une dimension « verte ».
Les questions environnementales, la transition écologique et énergétique seront ainsi logiquement au cœur des programmes des candidats. Les enjeux portent à la fois sur la réduction des émissions (logement, mobilité, foncier…) et sur l’adaptation très concrète aux épisodes de canicules, d’inondations, de sécheresses et autres risques climatiques à l’échelle des communes. En juillet dernier, selon un sondage Ipsos, 87 % des citoyens déclaraient que la transition énergétique compterait dans leur choix municipal. Près de 4 Français sur 10 attendent en priorité des mesures locales contre la pollution, un tiers contre le dérèglement climatique.
Des attentes d’autant plus forte que les électeurs savent que les maires ont un réel pouvoir d’action dans ce domaine pour changer la ville et donc changer la vie. Les communes et intercommunalités disposent, en effet, de leviers structurants en matière d’urbanisme, de mobilités, d’énergie et de gestion de l’eau, ce qui en fait un échelon clé de la transition. Et 80 % des Français disent vouloir voir le maire disposer de davantage de pouvoirs pour agir en faveur de l’environnement.
Reste aux candidats à trouver le bon équilibre pour choisir des trajectoires urbaines compatibles avec les engagements climatiques nationaux et européens : agir vite et fort mais en tenant compte des difficultés d’adaptation de certains. Les zones à faibles émissions, le « zéro artificialisation nette », les nouvelles restrictions de circulation pour favoriser les mobilités douces ou les transports en commun, la végétalisation parfois coûteuse sont autant de potentiels points de frictions qui méritent du débat plutôt que de vaines invectives politiciennes et, surtout, d’associer les citoyens aux choix. Car en mars, il s’agira d’arbitrer les investissements structurants des 10 à 20 ans à venir.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 22 décembre 2025)
