Pour certains, évoquer les voiturettes sans permis, c’est convoquer des souvenirs de jeunesse. Sur les petites routes de campagne, on se prenait à croiser ces petites voitures taillées à la serpe, aussi lentes qu’un tracteur, des "pots de yaourt" dans lesquels prenaient place un pépé ou une mémé. Ces voiturettes étaient aussi le dernier recours des Fangio du volant qui avaient perdu leur permis de conduire. Mais ces images d’Épinal sont bel et bien révolues et les voiturettes ont fait leur révolution et pourraient même ouvrir la voie à une nouvelle mobilité urbaine.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, le marché des voitures sans permis (VSP) en France a enregistré 31 714 immatriculations neuves, soit une hausse spectaculaire de 137 % par rapport à 2019, avec environ 282 560 véhicules en circulation et 50 % des ventes concernées par des modèles électriques. C’est que les constructeurs historiques – Ligier, Microcar, Aixam, Bellier… – ont su se réinventer, proposant des voiturettes séduisantes qui n’ont presque plus rien à envier aux citadines traditionnelles en termes d’équipements, de confort et de sécurité. Mais c’est surtout l’arrivée de la Citroën AMI, en 2020, qui a révolutionné le segment, attirant une clientèle jeune et urbaine grâce à son prix accessible, tout en favorisant l’électrification sans cannibaliser les acteurs traditionnels. Chapeau. Conduire une voiturette n’est non seulement plus ringard, mais vertueux au regard de la transition écologique. Les lycéens l’ont bien compris, l’AMI devenant pour certains la mobylette d’antan, leur offrant leur autonomie tout en rassurant les parents.
Revers de la médaille de ce succès : une augmentation du nombre d’accidents. En 2024, on a constaté une hausse de 48 % des tués par rapport à 2023, sur une flotte de 282 560 véhicules. Le risque de blessure grave est six fois plus élevé par kilomètre parcouru qu’en voiture classique, en raison notamment du poids limité, de l’absence d’airbags ou d’ABS et d’un non-port de ceinture quatre fois supérieur… Autant dire qu’il est urgent de rappeler que les règles de la sécurité routière s’appliquent pleinement aux conducteurs de voiturettes, et notamment aux plus jeunes qui manquent d’expérience.
Ces chiffres inquiétants ne devraient toutefois pas contrecarrer le succès réel des voiturettes qui a ouvert la voie au débat sur la création d’une nouvelle catégorie de micro-citadines électriques abordables en Europe. L’Union européenne envisage des "E-Cars" inspirées des kei cars japonaises pour contrer les ambitions automobiles de la Chine en Europe. L’UE réfléchit ainsi à alléger les normes pour avoir des petites voitures électriques de moins de 15 000 €. Des constructeurs comme Renault ou Stellantis y voient une opportunité, au grand dam des fabricants historiques de voiturettes.
En attendant la création de cette nouvelle catégorie d’automobiles, les voiturettes vont vivre leur rêve américain. On a appris que la Fiat Topolino, la cousine italienne de l’AMI, va être vendue au pays des pick-up géants et des 4x4 XXL. Forza !
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 20 décembre 2025)
