La trêve des confiseurs n’est pas celle des agriculteurs. Si de nombreux barrages érigés il y a vingt jours pour protester contre le protocole sanitaire censé circonscrire la dermatose nodulaire bovine (DNC) ont été levés, d’autres restent en place, notamment dans le Sud-Ouest. Bénéficiant d’un fort soutien de l’opinion, les agriculteurs qui occupent les routes entendent ainsi maintenir une pression maximale sur le gouvernement pour espérer une modification du protocole et l’arrêt de l’abattage total. L’État, qui a tardé à prendre toute la mesure du désarroi des éleveurs touchés par la DNC et leur a montré bien peu de compassion, a clairement mal géré sa réponse au début de la crise. Pour autant, sur la DNC, les marges de manœuvre sont limitées et le gouvernement n’entend visiblement pas revoir de fond en comble le protocole décrié, le seul efficace selon les scientifiques. Appliqué d’ailleurs rigoureusement en Italie et en Espagne, il a montré toute son efficacité.
Mais en France, la défiance qui s’est accumulée entre le monde agricole et l’exécutif depuis la crise de 2024 est telle que la vérité scientifique sur la DNC n’est plus entendable par certains. Quatre anciens ministres de l’Agriculture – Michel Barnier, Marc Fesneau, Stéphane Travert et Julien Denormandie – ont eu beau plaider que « l’adversaire n’est ni l’État ni la science, mais le virus », certains n’en démordent pas, notamment chez la Coordination rurale dont le président fanfaronne qu’il veut « attaquer ceux qui nous attaquent » et installer « un rapport de force permanent ».
En découdre donc, quitte à se tromper d’adversaires… Car ni les vétérinaires qui travaillent pourtant toute l’année avec les éleveurs et qui ont été menacés de mort ; ni les journalistes de La Dépêche, qui donnent la parole tous les jours aux agriculteurs, dont l’agence du Gers a été dégradée parce que des articles auraient « déplu » ; ni encore les forces de l’ordre prises à partie ne sont des « adversaires » du monde agricole, bien au contraire. Cette violence, ces menaces et ces dégradations, ce jusqu’au-boutisme dans lequel s’enferre et se piège une partie de la Coordination rurale, sont d’autant plus inacceptables qu’ils desservent la cause de l’agriculture.
Heureusement, d’autres actions se font beaucoup plus pacifiquement, comme sur l’A64, où les « ultras » de Jérôme Bayle justifient le maintien du blocage par leur volonté d’élargir la focale. Car la DNC n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis la crise de 2024, beaucoup d’agriculteurs estiment que les promesses n’ont pas été tenues ou pas assez vite réalisées alors que les difficultés s’accumulent, particulièrement dans notre région où les revenus dans les petites exploitations sont bas.
Règles sanitaires, normes, garanties sur les prix, gestion de l’eau, aléas climatiques et assurances, concurrence internationale avec l’imminence du Mercosur… : autant de dossiers ouverts, difficiles mais cruciaux pour l’avenir, pour lesquels les agriculteurs, et les Français avec eux, attendent simplement des réponses claires. Lever vraiment ces ambiguïtés permettra ainsi de lever les barrages…
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 31 décembre 2025)