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Éditos

Peace, nature and love

 

hippie

Il y a un peu plus de 50 ans, dans un monde occidental corseté par les conservatismes et les interdits et plus particulièrement dans une Amérique patriarcale et matérialiste, sûre de ses valeurs face au bloc soviétique mais pratiquant la ségrégation raciale, et qui allait s’enliser dans la guerre du Vietnam, naissait un mouvement totalement inédit : celui des hippies. « Peace and love », paix et amour proclamaient les jeunes gens d’une génération éprise de liberté et d’émancipation individuelle et collective, abhorrant la guerre, avide de nouvelles expériences, de libération sexuelle, de lectures puissantes et de nouvelles musiques. Bref d’un nouveau monde. 

Cette révolution du « flower power » née aux Etats-Unis, cette idée qu’une autre société était possible – et souhaitable – allait essaimer partout dans le monde, entraînant avec elle toute une jeunesse en pantalon patte d’éléphant, chemise à fleurs et cheveux longs, de WoodStock à Mai-68, des plateaux de Katmandou à ceux du Larzac, des vallées de l’Ariège aux plages d’Ibiza, des communautés aux bancs des universités.

La fin de la guerre du Vietnam en 1975 correspondit au déclin du mouvement qui a vu sa contre-culture finalement avalée par un système économique capitaliste toujours prompt à recycler ce qui fait le succès de l’air du temps. Une récupération d’autant plus facilitée que certains des libertaires d’alors sont devenus de parfaits libéraux…

Dès lors que reste-t-il aujourd’hui du mouvement hippie ? Au-delà de son incontestable apport culturel mais de son échec politique à radicalement transformer la société, il perdure l’un des aspects qui le cimenta : le rapport de l’homme à la nature. Un rapport qui, hier secondaire, est devenu l’une des préoccupations majeures de la société, à l’heure où les conséquences du réchauffement climatique et donc de la responsabilité écologique de l’Homme sont devenues incontournables. 

Ainsi, à défaut de réels héritiers – les bobos, les hipsters, les écolos, les vegans le sont-ils vraiment ? – le mouvement hippie a laissé en héritage cette question environnementale qui aura bien besoin de paix et d’amour pour se régler.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 31 juillet 2021)

Le pic et le cap

chu

Ce devait être l’été des retrouvailles, presque celui du retour à la vie d’avant, en tout cas l’occasion de souffler vraiment après 18 mois de restrictions imposées pour freiner l’épidémie de Covid-19. Las ! L’été est devenu en quelques jours celui de tous les dangers. Le variant Delta à la redoutable contagiosité est à l’origine d’une véritable flambée des cas de contaminations, notamment en Outremer – Martinique, Guadeloupe et Réunion renouant avec couvre-feux et confinements – et dans les zones touristiques en métropole où l’obligation du masque en extérieur a fait son retour. Pas étonnant dès lors que l’Occitanie, terre de tourisme entre Méditerranée et Pyrénées, se retrouve en première ligne face à cette 4e vague épidémique qu’on n’espérait subir qu’à l’automne. Quatre des huit départements Français ayant dépassé le seuil d’alerte de 400 contaminations pour 100 000 habitants sont ainsi dans notre région.

« Je viens tirer la sonnette d’alarme pour ne pas condamner la saison », a expliqué le porte-parole du gouvernement en déplacement hier à Montpellier, rappelant le cap fixé par l’exécutif : continuer à vacciner – car les malades hospitalisés sont quasiment tous des non-vaccinés –, continuer à respecter les gestes barrière et assurer du bien-fondé du pass sanitaire qui doit entrer en vigueur le 9 août, mais inquiète nombre de professionnels quand il ne suscite pas de vives oppositions. Autant d’outils qui devraient permettre de freiner la progression exponentielle de l’épidémie et permettre à l’hôpital de passer le pic de la vague attendu d’ici septembre.

Dans cet inquiétant tableau, une lueur d’espoir. Dans un nouveau rapport de modélisation, l’Institut Pasteur assure que « l’accélération de la vaccination peut avoir un impact important sur la taille du pic épidémique », autrement dit la 4e vague pourrait être moins forte que les précédentes si les Français continuent à se faire vacciner.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 juillet 2021).

Nous deux

 

couple


Sans doute les chercheurs, dans les mois et années à venir, mesureront de plus en plus finement l’étendue des conséquences que l’épidémie de Covid-19 a eues sur notre société et les vies de chacun d’entre nous. Le choc du premier confinement – cette mise sous cloche soudaine et brutale qu’on n’aurait pas imaginée dans une démocratie comme la nôtre si attachée aux libertés individuelles – mais aussi ceux qui ont suivi, les couvre-feux et les restrictions sanitaires de tous ordres, changeantes, angoissantes et parfois exaspérantes, ont chamboulé notre quotidien. Derrière la crise sanitaire, des crises économiques, sociales, éducatives, familiales et conjugales, comme le montre aujourd’hui la vaste enquête publiée par l’Ifop, qui a tenté de mesurer l’impact du Covid-19 sur les couples français.

Des couples dont certains se sont retrouvés au bord de la crise de nerfs en 2020, contraints par le confinement de cohabiter 24 heures sur 24 entre télétravail pour les uns, obligation de monter au front pour les travailleurs essentiels de première, seconde ou troisième ligne, ou faire la classe à la maison. Pour certains, cette parenthèse a été un enchantement inattendu, une redécouverte du conjoint, un resserrement des liens familiaux et l’envie de faire de nouveaux projets, et parfois de prendre un nouveau départ radical. Pour d’autres, au contraire, ces mois de promiscuité ont été vécus comme une interminable descente en enfer, le cocon familial étant devenu un huis clos étouffant, une épreuve dont l’issue ne pourrait être que la rupture.

Dans les mois à venir va-t-on assister à un boom des divorces et des séparations ? Les crises précédentes peuvent le laisser penser. Pour l’heure, l’Ifop a plutôt constaté une relative stabilité des itinéraires conjugaux depuis mars 2020, mais l’envie de rompre est pourtant bien présente chez nombre de couples. Elle reste cependant comme anesthésiée tant que l’on n’est pas encore totalement sorti de la crise sanitaire. Un attentisme qui souligne aussi combien le jour d’après reste encore un grand saut dans l’inconnu... comme la vie à deux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 juillet 2021)

Des mots et des maux

burger

« Mal nommer les choses, c’est participer au malheur du monde » disait Albert Camus. Étendu à l’alimentation et à la gastronomie à laquelle les Français sont très attachés et qui fait la renommée de la France dans le monde, cet aphorisme peut s’appliquer sur la façon de nommer les nouveaux produits alimentaires conçus in vitro en laboratoire ou à partir de protéines végétales : un steak peut-il, en effet, être « végétal », un foie gras peut-il être issu d’un processus sans gavage ? Car les mots ont évidemment un sens. On peut comprendre dès lors la colère légitime des éleveurs de voir galvauder leur travail et l’appellation de leurs produits par des sociétés qui, sciemment, utilisent leur vocabulaire et ce faisant peuvent tromper le consommateur. C’est d’ailleurs au nom de la bonne information de ce dernier que la loi « relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires », a été adoptée en mai 2020 et interdit depuis l’utilisation des mots traditionnellement attribués à la viande pour des produits qui n’en contiennent pas.

Mais derrière cette guerre de mots et les polémiques qui s’ensuivent se trouve un enjeu d’une tout autre dimension : quelle alimentation voulons-nous pour l’humanité dans les prochaines décennies, quelle organisation pour répondre aux maux qui minent le système actuel ? Car la progression de la production agricole, et notamment de l’élevage, est considérée maintenant comme une menace pour la planète et pour la survie de l’humanité : bien-être animal, droit de tuer les animaux, protection de l’environnement, occupation des terres cultivables, besoins en eau, réduction de la faim dans le monde, etc. Autant de sujets identifiés par l’ONU. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de viande conventionnelle représente ainsi 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, 30 % de l’utilisation des sols et 8 % de la consommation d’eau…

Dès lors chercher des alternatives, explorer de nouvelles pistes apparaît bel et bien comme une nécessité, que ce soit par le recours à l’élevage d’insectes, par la fabrication de viande de synthèse en utilisant de la bio-ingénierie tout en tenant compte de l’évolution de notre rapport à la viande. Si le phénomène végétarien n’est pas nouveau, il a incontestablement gagné en visibilité ces dernières années, en complexité aussi. Et même s’il reste très marginal – 2 % des Français seulement disent suivre un régime alimentaire sans viande – les questions qu’il soulève méritent des réponses. Car entre l’éthique animale et la préservation d’une gastronomie ancestrale, la préservation de la planète et la nécessité de lutter contre la faim dans le monde, il y a des enjeux économiques et technologiques colossaux dont l’Europe ne peut pas être absente.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 juillet 2021)

La bataille de l'opinion

vaccin

"Les vaccins contre le Covid-19 ont été développés trop vite, on ne peut pas leur faire confiance", "on n’a pas assez de recul", "des personnes vaccinées sont contaminées et hospitalisées, donc le vaccin n’est pas efficace", "les effets secondaires sont trop importants", "les vaccins à ARN messager modifient notre code génétique, ils peuvent provoquer des cancers" : autant d’arguments qui ne s’appuient sur aucune base scientifique ou simplement sur des faits vérifiés, que l’on entend depuis des mois de la part des antivax, les personnes opposées à la vaccination anti-Covid voire à toute forme de vaccination, et que l’on a encore pu lire sur des pancartes ou entendre dans les cortèges des manifestations samedi.

Des arguments répercutés sur les réseaux sociaux que le gouvernement et la communauté scientifique ont bien du mal à contrecarrer. "Nous sommes une grande Nation. Une Nation de Science, celle des Lumières, de Louis Pasteur. Alors quand la science nous offre les moyens de nous protéger, nous devons les utiliser avec confiance dans la raison et dans le progrès", déclarait Emmanuel Macron le 12 juillet dernier en annonçant la vaccination obligatoire pour les soignants et l’extension du pass sanitaire. Mais si l’allocution présidentielle s’est traduite par une forte hausse de prises de rendez-vous vaccinaux, elle ne semble avoir eu aucun effet sur les antivax. Idem pour les nombreuses études scientifiques qui, depuis l’autorisation des vaccins, détaillent, chiffres à l’appui, le caractère minime des effets indésirables par rapport à l’immense bénéfice que constituent les vaccins, y compris ceux à ARN, une technologie sur laquelle les chercheurs travaillent depuis plus de 15 ans.

Cette défiance par rapport à la parole politique et scientifique peut s’expliquer par l’affaire des masques au début de l’épidémie ou par les récents scandales sanitaires – Lévothyrox, Mediator – qui ont gravement entaché le lien de confiance entre ces institutions et la population. Raison de plus pour engager aujourd’hui la bataille de l’opinion, non pas pour convaincre les anti-vaccins les plus radicaux – c’est illusoire – mais pour ramener aux faits vérifiés des Français qui, légitimement, en toute bonne foi, ont des doutes sur les vaccins anti-Covid. Ces Français sceptiques méritent d’être considérés plutôt que conspués et doivent disposer d’informations fiables, vérifiés et accessibles.

Il est plus que temps – et le gouvernement semble en avoir mesuré l’importance – d’engager un combat contre tous les charlatans, les pseudo-experts toutologues, les complotistes et ceux qui exploitent les peurs à des fins politiciennes, qui ont eu et ont encore micro ouvert sur certaines chaînes d’information en continu, ou qui profitent de la complaisance des réseaux sociaux qui ont laissé émerger et laissent encore perdurer des torrents de fake news. Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre à la France ; récemment, le président américain Joe Biden a accusé Facebook de "tuer des gens" en laissant se propager de la désinformation sur le vaccin et l’épidémie.

Que des questions sur les vaccins se posent, que l’on débatte sur le dispositif du pass sanitaire, sur l’étendue des restrictions et contraintes est légitime et même indispensable en démocratie. Mais ce débat ne peut se faire que sur une base admise par tous, le socle commun de la vérité des faits.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 26 juillet 2021)

Pacte civique

covid

A l’instar d’autres documents administratifs, le pass sanitaire fait hélas lui aussi l’objet de fraude et de trafic dont l’ampleur reste pour l’heure encore difficile à mesurer. Non pas que le document en lui-même soit mis en cause : comme le sont le permis de conduire ou le passeport, le QR code sanitaire est infalsifiable, notamment parce que pour le créer il faut disposer d’une clé de cryptage dont seules disposent les autorités des différents pays européens.

Mais comme pour celle visant le permis de conduire, la fraude se déroule en amont, en exploitant des complicités au cœur même du dispositif de santé que les sanctions, pourtant importantes (amendes, prison), ne semblent pas dissuader. Ainsi, une infirmière, un médecin, un pharmacien, toute personne pouvant se connecter à la base de données Covid de la Sécurité sociale est ainsi en capacité de créer de vrais-faux certificats vaccinaux.

Que ce soit pour l’appât du gain ou au nom de leur opposition au pass sanitaire voire à la vaccination, ces délinquants en blouse blanche et ceux qui montent avec eux les juteux trafics rompent le pacte civique qui pourtant devrait lier tous les Français, particulièrement face à une telle épidémie.

En fraudant sciemment sur un document de santé, non seulement ils prennent des risques pénaux importants pour eux-mêmes mais ils fragilisent la stratégie de sortie de la crise sanitaire dont le pass sanitaire, en France comme ailleurs, est l’une des clés. Surtout, ils mettent en danger la santé de tous ceux qui croiseront les adeptes du faux pass potentiellement contaminés et donc contaminants.

La fraude au pass sanitaire met à l’épreuve le sens des responsabilités de chacun, des personnels médicaux dont beaucoup ont prêté le serment d’Hippocrate jusqu’aux plateformes des réseaux sociaux qui ne luttent que mollement contre les offres de vrais-faux pass sanitaires. La meilleure façon d’en finir avec cette fraude, c’est d’en finir avec l’épidémie et pour cela en passer par la vaccination et... le pass sanitaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 25 juillet 2021)

Vigilance

covronavirus

Sur le front de l’épidémie de Covid-19, toute la France est en vert. Toute ? Non. Un département de métropole détonne désormais en reprenant la couleur orange comme l’alerte du même nom. Les Landes suscitent l’inquiétude avec une remontée des contaminations au coronavirus. Le taux d’incidence de ce département du Sud-Ouest est désormais supérieur à 50 contaminations pour 100 000 habitants, le double qu’au plan national. Un rebond dû au variant Delta qui représente « entre 9 et 10 % » des nouveaux cas en France mais 70 % dans les Landes. Ce très contagieux variant Delta, parti d’Inde, se répand dans le monde à vitesse grand V – 85 pays touchés – et pourrait représenter 90 % des contaminations dans l’Union européenne d’ici fin août, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC)…

À l’heure où les Français et les Européens se préparent à retrouver une vie normale cet été après des mois de restrictions sanitaires, le variant Delta jette une ombre sur les jours heureux retrouvés et rappelle son prédécesseur, le variant anglais qui, fin décembre 2020, était devenu « une épidémie dans l’épidémie » avant de provoquer la 3e vague. Le même scénario peut-il se reproduire et provoquer à l’automne une 4e vague déjà annoncée par certains experts 

Les modélisations de l’épidémie de Covid montrent effectivement que l’on n’en est pas sorti et que d’autres vagues sont à venir. En mai 2019 déjà, le Center for Infectious Disease Research and Policy (Cidrap) de l’université du Minnesota, aux Etats-Unis, proposait un scénario « de pics et de creux » épidémiques sur le long terme. Mais à la différence des trois précédentes vagues, nous disposons désormais de la vaccination, dont l’accélération est cruciale mais menacée par un plafond de verre qui complique l’acquisition de l’immunité collective. Dès lors, le respect des gestes barrières que nous avons apprivoisés et supportés depuis mars 2019 doit encore rester de mise. Car on sait que tout relâchement dans notre vigilance peut être lourd de conséquences.

(Editorial publié dans La Dépêche du 26 juin 2021)

L'honneur et la mémoire

 

OmarRaddad

C’est l’une des affaires criminelles les plus emblématiques de ces dernières années, de celles qui passionnent les foules tant les rebondissements y sont nombreux, les doutes immenses et le mystère profond. L’affaire Omar Raddad, du nom de ce jardinier marocain condamné pour le meurtre de sa riche patronne Ghislaine Marchal en 1991 à Mougins avant d’être gracié par Jacques Chirac en 1996, y ajoute un élément supplémentaire qui fait qu’elle a dépassé le seul cadre judiciaire : l’inscription "Omar m’a tuer" peinte sur une porte en lettres de sang, avec une faute d’orthographe. L’expression a depuis été maintes fois détournée, réutilisée tel un mème sur internet qui serait sans cesse repris au point d’en oublier l’origine et les malheurs qui l’accompagnent.

Depuis trente ans, entre rumeurs et contre-enquêtes, toute l’affaire Omar Raddad – qui a très tôt pris des dimensions politiques, diplomatiques et sociétales – tourne autour de cette inscription sur laquelle se sont penchés d’innombrables experts, graphologue et scientifiques pour savoir si c’est bien Ghislaine Marchal qui a écrit les lettres dans les derniers instants de sa vie – thèse validée par la cour d’assises qui condamna Omar Raddad à 18 ans de réclusion criminelle en 1994 – ou si elle a été tracée par quelqu’un d’autre.

C’est cette théorie d’un tiers, pour l’heure inconnu, qui pourrait relancer l’affaire. Ce lundi, en effet, Le Monde a dévoilé les conclusions d’un rapport d’expert rendu en 2019 sur des prélèvements ADN réalisés en 2015. Ce rapport conclut à la présence d’une trentaine de traces d’un ADN complet masculin n’appartenant pas au jardinier et trouvées dans l’une des deux inscriptions "Omar m’a tuer".

Pour la famille d’Omar Raddad, et notamment son fils, Karim, qui consacre sa vie à innocenter son père, ces éléments sont suffisants pour servir de base à une nouvelle requête en révision du procès de 1994. Car si Omar Raddad a été gracié et est aujourd’hui un homme libre, il reste condamné aux yeux de la justice pour le crime de Ghislaine Marchal.

A l’espoir de la famille Raddad répond l’angoisse de celle de la victime, persuadée que c’est bien le jardinier qui a tué la riche héritière, intentionnellement ou par accident. La demande de révision déposée aujourd’hui ravive ainsi les souffrances des deux bords, qui attendent désormais que la justice, dont la lenteur reste pour tous insupportable, se prononce et revienne ou non sur la condamnation de 1994. "Le jugement, c’est le relatif. La justice, c’est l’absolu" disait Victor Hugo. Aujourd’hui, au nom de cet absolu, il en va de l’honneur d’un homme et de la mémoire d’une victime.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 24 juin 2021)

Le goût du voyage

 

avion

L’image avait fait le tour du monde. En juillet 2020, l’aéroport de Taipei, a Taïwan, avait permis à 90 personnes tirées au sort parmi 7 000 candidats, de revivre toutes les sensations du voyage en avion avec une simulation de départ en vacances… mais en restant au sol dans l’appareil. Mieux ailleurs, plusieurs compagnies aériennes, comme l’australienne Quantas, avaient proposé des vols… sans destination. Il s’agissait d’embarquer pour quelques heures dans le ciel avant de revenir au point de départ. En 10 minutes, les billets vendus jusqu’à 2 300 euros avaient trouvé preneurs. Ces exemples, très insolites et pas très écologiques, montrent combien la nostalgie du voyage a frappé l’humanité – du moins celle qui en a les moyens – lorsque la pandémie de Covid-19 s’est répandue dans le monde début 2020.

L’émergence des compagnies low cost et la facilité avec laquelle on peut réserver un hôtel ou un séjour n’importe où dans le monde via internet ont bouleversé notre façon de voyager, devenue plus fréquente et plus abordable, réduisant les distances, rétrécissant la planète à la taille du village global et favorisant les échanges, tous les échanges. Dès lors pas étonnant que lorsque le coronavirus est apparu, le secteur aérien fut l’un des premiers impacté. Et quel impact !

Depuis les attentats du 11-Septembre, l’aviation mondiale n’avait pas connu une telle crise : – 66 % du trafic passagers mondial. Des constructeurs d’avions aux aéroports en passant par tous les métiers qui de près ou de loin travaillent pour l’aérien, le choc a été redoutable. Le retour au niveau d’avant crise sera long, sans doute pas avant 2024. Ce qui serait déjà une performance car lors de la crise des subprimes en 2008 aux États-Unis, il avait fallu attendre 2014 pour dépasser le niveau de trafic et de chiffres d’affaires de 2007…

Mais contrairement à 2008, la crise du Covid devrait avoir un impact plus structurel sur le secteur. Les besoins vont évoluer entre avion vert – une « Alliance pour l’Aviation Zéro Émission » vient de voir le jour – drones taxis, réaménagement des aéroports, etc. Des défis que le secteur aérien peut relever car il a déjà montré sa grande résilience, mais aussi parce qu’il reste ancré dans l’humanité un inextinguible goût du voyage.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 23 juin 2021)

Reconnaissance

 

paysan
Gérard et Patrick Respaud, éleveur dans l'Ariège - Photo Pierre Challier

C’est un cri du cœur, une déclaration d’amour que les agriculteurs n’attendaient peut-être plus : 71 % des Français ont désormais une bonne image de l’agriculture selon un baromètre réalisé par BVA. Ils n’étaient que 59 % à juger ainsi positivement les agriculteurs il y a six ans. Voilà assurément une bonne nouvelle pour des professionnels qui, plus que d’autres, ont été ces dernières années la cible de critiques tous azimuts.

Les débats sur l’utilisation des pesticides et notamment ceux sur l’interdiction du glyphosate ou des néonicotinoïdes ; les projets de grands élevages ; la pollution, notamment en Bretagne ; les prélèvements en eau ; les conditions d’élevage avec les vidéos chocs des militants de la cause animale et du bien-être des bêtes qui ont, légitimement, indigné l’opinion, etc. Les agriculteurs ont enduré ce que l’on a appelé l’agri-bashing, c’est-à-dire une détestable critique systématique qui ne s’embarrasse pas de nuances, les mauvaises pratiques de quelques-uns se retrouvant imputées à tous…

Le baromètre BVA montre non seulement que les Français n’ont pas été dupes, mais aussi, et surtout, que les agriculteurs, dans leur grande majorité, ont su prendre en compte les critiques quand elles étaient fondées pour modifier et améliorer leurs pratiques. Que ce soit dans la traçabilité et la qualité sanitaire de leurs produits, la prise en compte de l’environnement ou celle du bien-être des animaux et de leur suivi sanitaire, les agriculteurs ont évolué positivement.

La reconnaissance de ces efforts de longue haleine par les Français est donc un juste et heureux retour des choses, peut-être accélérée par la crise sanitaire du Covid-19, qui a durement frappé le monde agricole. Car l’épidémie nous a tous convaincus de l’importance d’avoir une agriculture solide, capable d’assurer notre souveraineté alimentaire avec des produits sains payés au bon prix. Les Journée nationales de l’agriculture qui s’ouvrent aujourd’hui vont dès lors montrer que le modèle français a tous les atouts pour relever les défis de demain.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 18 juin 2021)

Les ressorts de l'enquête

 

jubillar

Le rebondissement intervenu hier dans l’affaire Jubillar, du nom de cette infirmière de 33 ans disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre dernier à Cagnac-les-Mines dans le Tarn, et dont on est sans nouvelles depuis, est important. Après six mois d’enquête, l’interpellation du mari et son placement en garde à vue, constituera – quoi qu’il se passe désormais – une date capitale dans l’enquête ouverte depuis fin décembre pour "enlèvement et séquestration" par le pôle criminel du trlibunal judiciaire de Toulouse.

Cette arrestation permet aussi de mettre en avant la persévérance et l’opiniâtreté des enquêteurs et des magistrats instructeurs. À force de recoupements, d’analyses des déclarations des uns et des autres, de la reconstitution minutieuse des heures précédant et suivant la disparition de Delphine Jubillar, de la reconstitution de l’environnement professionnel, amical, familial et presque intime de la disparue, les enquêteurs ont mis au jour des incohérences qui sont autant de zones d’ombre à éclaircir pour s’approcher de la vérité.

La garde à vue de Cédric Jubillar montre combien ce long travail d’enquête classique, minutieux et discret, lent mais essentiel est important et mérite d’être salué à l’heure où le grand public s’est habitué aux spectaculaires progrès de la police scientifique et à son rôle souvent déterminant dans la résolution d’affaires criminelles. "L’apport considérable de la police technique et scientifique dans l’élucidation des crimes et des délits ne peut que favoriser son développement. Énoncer cette vérité ne doit pas conduire à occulter des faiblesses ou des limites qu’il convient d’identifier pour mieux les surmonter", observait Christan Jalby, ancien sous-directeur à la Direction centrale de la police judiciaire, dans un ouvrage qu’il a publié, "La police technique et scientifique." (Ed. PUF). 

De fait, les techniques de police scientifique qui nourrissent tant de scénarios de séries télé ou de films, sont de formidables outils – d’ailleurs utilisés dans l’affaire Jubillar – mais la science ne saurait constituer une preuve absolue. Seul le travail, la réflexion et l’intelligence des enquêteurs permettent de dégager les mobiles, d’expliquer les actes et finalement de confondre les suspects…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 17 juin 2021)

Explosif

 

bouchons

Une mesure écologique forte et ambitieuse pour réduire la pollution et lutter in fine contre le réchauffement climatique et ses conséquences notamment sur la santé ; un projet connu de longue date mais dont une majorité de Français en ignore l’existence ; de nouvelles contraintes qui pèsent davantage sur les plus modestes et les plus ruraux ; et au final l’incompréhension qui se transforme vite en colère… Cela ne vous rappelle rien ? La grogne qui monte actuellement contre les Zones à faibles émissions (ZFE) évoque bien sûr celle qui avait eu lieu fin 2018 contre la taxe carbone et qui constitua l’étincelle donnant naissance au mouvement des Gilets jaunes…

Comme pour la taxe carbone, l’extension des ZFE est parfaitement justifiée car elle veut lutter contre un véritable fléau : la pollution de l’air aux particules fines qui, selon la dernière étude de Santé publique France, est responsable de quelque 40 000 décès prématurés en France par an et d’une baisse de l’espérance de vie pour les personnes exposées. Le trafic routier étant responsable de 57 % des émissions d’oxydes d’azote et d’une large part des particules fines, prendre des mesures pour le limiter en ciblant les véhicules les plus polluants paraît donc non seulement logique mais parfaitement légitime compte tenu de cet enjeu de santé publique. Instaurer des ZFE, des territoires dans lesquels les véhicules les plus polluants sont exclus semble d’autant plus une bonne solution qu’elle a déjà fait ses preuves en Europe, où il existe environ 200 zones de ce type.

Reste que, comme la taxe carbone, l’instauration des ZFE, imparable sur le papier, se heurte à la réalité du terrain en impactant fortement la vie quotidienne de millions de Français propriétaires de véhicules anciens et/ou trop polluants. Des Français qui, faute de disposer d’une offre de transports en commun suffisante et attractive, ne peuvent pas se passer de leur voiture pour se déplacer et craignent dès lors de se retrouver exclus des centres-villes.

Pour l’exécutif, le sujet – qui donne aussi des armes à l’opposition – est évidemment explosif, à dix mois de l’élection présidentielle. À l’heure où Emmanuel Macron vient d’entamer son tour de France des territoires pour les assurer de sa considération, le risque d’une nouvelle fronde de la ruralité serait ravageur. Même si toute une série d’aides a été mise en place pour permettre de changer de véhicules, même si les ZFE ont été appuyées par la Convention citoyenne pour le Climat – celle-là même qui a été installée en réponse à la crise des Gilets jaunes – il y a dans cet épineux dossier une dimension symbolique quant à l’égalité citoyenne qui ne saurait être ignorée et laissée sans réponse.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercredi 16 juin 2021)

Marathon

 

vaccin


La campagne de vaccination contre le Covid-19, est à la fois une course de vitesse contre le virus et une course d’obstacles. Dans notre pays, cette course s’est déroulée en trois phases.

La première phase était celle de la conviction. Fin décembre 2020, la France était le pays champion du monde de la défiance envers les vaccins en général et envers celui contre le Covid-19 en particulier. Mais face à la virulence des vagues épidémiques et le franchissement, terrible, du cap des 100 000 morts, l’opinion a basculé et est désormais majoritairement pro-vaccin.

La seconde phase a été celle de la montée en puissance. Entre la pénurie de doses des débuts et une vraie complexité logistique, l’exécutif a sans cesse dû adapter le calendrier vaccinal en conservant le principe des publics prioritaires. Critiquée pour sa lenteur initiale, la campagne française, telle la tortue de la fable, est désormais largement dans les standards mondiaux avec une organisation certes toujours perfectible mais que la majorité de vaccinés salue.

La troisième phase dans laquelle nous allons entrer – et que d’autres pays avant nous ont expérimenté comme les Etats-Unis – est sans doute la plus délicate : c’est celle qui nous rapproche du « plafond de verre » vaccinal, cette limite qui fait que la vaccination se heurte à la population qui refuse le vaccin ou qui ne peut y accéder. Ce plafond vaccinal empêche dès lors de nous faire atteindre l’immunité collective, acquise par la vaccination ou l’infection naturelle. Pour arriver à cette immunité, on avait fixé le taux de la population vaccinée à 60 % au début de l’épidémie ; avec les variants il est vingt points plus haut…

« Il y a une immunité de groupe à l’horizon » veut croire le Pr Fischer. « Mais c’est comme un marathon dont on aurait déjà couru les deux tiers. Et dont on sait que le dernier sera le plus difficile » alerte le monsieur vaccin du gouvernement. Pour remporter le marathon, il va falloir donner un nouveau coup de collier.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 15 juin 2021)

L’urgence d’une mobilisation

 

drogue

Quand la drogue s’approche de l’école, l’urgence doit être au sursaut, à la mobilisation de tous les acteurs, de la communauté éducative comme de celle qui œuvre pour la sécurité des Français. Que ce soit à l’intérieur même de l’école où elle fait des ravages chez les jeunes comme à l’extérieur où se développent des trafics de stupéfiants, la drogue ne devrait pas avoir droit de cité près des établissements scolaires. Hélas, ce n’est pas le cas et la porosité entre un lieu qui devrait être sinon sacré du moins sanctuarisé comme il se doit et le monde extérieur est inquiétant.

Le dernier exemple en date qui illustre cette dangereuse dérive est survenu en Occitanie, à Nîmes, et aurait dû appeler à une vraie prise de conscience. Dans la préfecture du Gard, une école primaire – l’école Georges-Bruguier, où "Envoyé spécial" a récemment posé ses caméras pour une enquête diffusée sur France 2 – vit au rythme d’une violence continue, encerclée par un trafic de drogue. En deux ans, l’alarme intrusion a été déclenchée plusieurs fois en raison de guetteurs qui traversent la cour et cette violence imprègne désormais les récits des jeunes élèves, témoins de ce trafic et des courses-poursuites qui se déroulent entre dealers et forces de l’ordre. Une telle situation se retrouve hélas dans d’autres métropoles comme Toulouse dans le quartier de la Reynerie ou celui des Izards. À Rennes ou Montpellier on constate aussi que les écoles servent de planques aux trafiquants.

Mais la drogue – et le trafic qui en organise la distribution – ne fait pas seulement que graviter autour des écoles ; elle s’immisce aussi auprès des élèves. Les règlements intérieurs des établissements scolaires peuvent bien rappeler l’interdiction par la loi de l’usage et de la possession de stupéfiants, les jeunes y sont exposés de plus en plus. "Les adolescents français se distinguent de leurs homologues européens par une expérimentation de boissons alcoolisées et de cannabis précoce, bien qu’en net recul [et] par des niveaux de consommation de cannabis qui restent parmi les plus élevés d’Europe en dépit d’une baisse conséquente ces dernières années" relevait en février dernier l’enquête "20 ans d’évolutions des usages de drogues en Europe à l’adolescence", réalisée par l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT). À ce constat sur le cannabis, on peut rajouter le poids des drogues de synthèse, celui du protoxyde d’azote contenu dans les siphons à chantilly ou encore d’autres drogues nouvelles comme le snus venu de Suède – des sachets de tabac humide à glisser entre lèvre et gencive et qui créent une rapide addiction.

"Le secteur de l’éducation a pour responsabilité fondamentale de protéger les enfants et les jeunes de la consommation de substances psychoactives. Il doit pour cela prendre une série de mesures dans une approche globale afin de mobiliser l’ensemble du système, en collaboration avec d’autres secteurs, en particulier le secteur de la santé et les autorités de lutte contre la toxicomanie", notait déjà l’Unesco dans un rapport en 2018. Lutter contre cette situation, trafic à l’extérieur, addictions à l’intérieur de l’école suppose évidemment plus de moyens, plus de coordination, et une analyse plus globale, dépassant le seul cadre sécuritaire. Pour l’heure, cette réponse – éminemment politique – n’y est pas.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 14 juin 2021)

Nouveau regard

 

alzheimer

C’est sans doute l’une des maladies qui effraient le plus tant elle touche au plus intime, à ce qui, finalement, constitue un être humain. La maladie d’Alzheimer, cette maladie neurodégénérative dont l’une des conséquences est la perte de la mémoire, des connaissances, ce qui caractérise et rend unique chaque individu, est redoutée par chacun d’entre nous. Les souvenirs finissent par s’étioler, la réalité se trouble à en devenir confuse, on reconnaît plus difficilement puis plus du tout les plus proches membres de sa famille, épouse ou mari, enfants, amis ou personnels soignants. Et la plongée dans cet abîme, dans cet inconnu, presque cette réalité parallèle que subit le malade concerne aussi ses proches, ses aidants dont certains lui consacrent une large partie de leur temps.

Face à cette maladie encore mystérieuse, deux événements viennent redonner l’espoir. D’abord, l’autorisation donnée par l’Agence américaine des médicaments (FDA) au laboratoire pharmaceutique Biogen pour commercialiser son médicament, l’Aduhelm. Certes, il ne s’agit pas d’un médicament miracle, son administration relève d’un protocole très contraignant et ne concernera que certains malades, dans des stades précoces de la maladie. Mais ce médicament, le premier autorisé depuis dix-sept ans, suscite l’espoir car il pourrait ouvrir la voie à d’autres traitements.

Le second événement qui a sensibilisé le grand public à la maladie d’Alzheimer est le récent film multi-oscarisé de Florian Zeller, "The Father" (le père), adaptation de la pièce de théâtre éponyme. Anthony Hopkins y campe un octogénaire atteint de la maladie d’Alzheimer qui voit son monde se déliter jour après jour dans le huis clos de son appartement londonien. Si le film a un tel impact, c’est que, pour la première fois, on voit ce monde par les yeux du malade ; on perçoit ainsi comme jamais auparavant comment s’instille la confusion, comment se défait la mémoire ou au contraire comment remontent à la surface des souvenirs d’enfance, comment la concentration de plus en plus difficile se focalise de manière obsessionnelle sur un objet, une montre, et, surtout, comment les visages des proches se brouillent, finissant par devenir interchangeables et brumeux… Ce film saisissant permet de comprendre à la fois la dureté de la maladie mais aussi le bouleversement, le choc qu’elle produit chez les aidants. Des aidants qui ont été particulièrement touchés par l’épidémie de Covid-19, confrontés des mois durant aux difficultés face aux structures fermées et à la solitude.

Un médicament qui pourrait améliorer la vie des malades, un film qui éclaire la société sur les réalités de la maladie : deux raisons qui rallument l’espoir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 10 juin 2021)

Science et transparence

 

laboratoire
Photo : United States Army Medical Research Institute of Infectious Diseases

Sans même connaître les tenants et aboutissants du projet d’installation d’un laboratoire de recherches classé P3 en Andorre, sans être familier de la vie politique andorrane qui, comme ailleurs, a son lot de rivalités et de chausse-trappes, l’opinion est d’ores et déjà méfiante, voire inquiète à la simple évocation d’une telle initiative au cœur des Pyrénées. C’est que depuis mars 2020 et l’arrivée du coronavirus responsable de cette épidémie de Covid-19 qui a mis le monde à genoux, l’opinion s’est intéressée à la façon dont on étudie les virus dans les laboratoires et s’est passionnée pour le laboratoire P4 de Wuhan ; ce laboratoire chinois au cœur de l’actualité ces derniers jours avec le retour de l’hypothèse, pour l’heure démentie, que le coronavirus se soit "échappé" de ses murs, fin 2019.

Certes le projet andorran concerne un laboratoire de classification inférieure, P3, qui n’étudie que des virus pour lesquels il existe des mesures sanitaires ou un traitement. Certes, il existe de nombreux laboratoires de ce type, y compris dans notre région, dans des CHU, mais le sentiment de danger persiste dans l’opinion. Et ce n’est pas l’alerte que vient d’émettre cette semaine un expert qui va dissiper ce sentiment : le colonel Hamish de Bretton-Gordon vient d’alerter les dirigeants des pays du G7 sur la sécurité insuffisante dans les laboratoires P3 qui sont environ 3 000 dans le monde…

Pour rassurer l’opinion, de plus en plus bombardée depuis le début de l’épidémie de Covid-19 par des fake news et des thèses complotistes, il n’y a qu’une solution : de la transparence sur les moyens, les enjeux, les financements, les risques aussi et les objectifs scientifiques et de recherche médicale.

(Editorial publié dans La Dépêche du dimanche 6 juin 2021)

Promesses tenues ?

 

linky

C’est l’un des plus importants projets industriels qui doit s’achever d’ici la fin de l’année et, cependant, il y a peu de chance qu’il soit célébré comme tel. La pose de 35 millions de compteurs communicants Linky en France constituait pourtant un immense et enthousiasmant défi technologique et logistique au nom de la transition écologique et de la maîtrise de l’énergie. Las ! Le déploiement a très tôt été marqué par les polémiques à répétition et la défiance de nombreux Français. Depuis six ans, pas une semaine ne passe sans que ne surgissent une polémique, un débat, une empoignade ; ici un dysfonctionnement concernant une hausse inexpliquée de la facture d’électricité, là des mairies ou des habitants réunis en collectif qui s’opposent à l’installation du compteur jaune, parfois jusque devant la justice – cette dernière leur ayant quelquefois donné raison. Et cette semaine, la controverse sur qui paiera in fine l’installation des compteurs qui ont évidemment un coût.

Ces six dernières années, deux sujets sont revenus en boucle : l’impact sur la santé humaine et la protection des données personnelles collectées. Ni les explications pourtant nombreuses d’Enedis, ni les études scientifiques – comme celles de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) montrant l’innocuité des compteurs Linky sur la santé humaine et l’absence de lien de causalité entre l’installation d’un compteur et des pathologies attribuées à une hypersensibilité aux champs électromagnétiques – ne sont totalement parvenues à contenir une défiance populaire, qui fait écho par bien des aspects à celle rencontrée par le vaccin anti-Covid. Six ans après le lancement du programme, il y a eu, d’évidence, un manque de pédagogie, peut-être un manque de transparence, en tout cas une insuffisance de communication pour répondre à des craintes et des questions légitimes, comme celle de savoir si les promesses de nouveaux services au consommateur ou une économie sur sa facture sont bien tenues…

Ces polémiques ont presque fait oublier la raison pour laquelle la France et toute l’Europe ont décidé de déployer des compteurs communicants : mieux gérer les réseaux électriques, les sécuriser pour éviter de subir des black-out comme ceux survenus aux Etats-Unis, leur permettre de répondre à une demande qui évolue sans cesse, et lutter contre le réchauffement climatique en consommant moins. Les données de consommation en temps réel sont la clé de voûte du système mais celui-ci a besoin de la confiance des consommateurs. C’est cette « culture de l’énergie » qu’il reste aujourd’hui à bâtir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 5 juin 2021)

Tenir encore un peu...

 

virus

Après une année de restrictions sanitaires pour endiguer l’épidémie de Covid-19, après toutes ces limitations de déplacements, le télétravail, les confinements et les couvre-feux qui ont tant pesé sur le moral, et bien sûr l’épreuve du Covid pour ceux qui en ont été atteint ou qui ont vu leurs proches souffrir ou mourir, c’est peu dire que les Français ont envie de souffler, de retrouver la vie d’avant. Le succès de la réouverture des terrasses des restaurants, des cinémas et des musées le 19 mai montre bien que l’état d’esprit est au retour de l’optimisme, notamment pour la 2e étape du déconfinement le 9 juin, et pour la préparation de l’été.

Un été libérateur… ou de tous les dangers ? Car si les indicateurs épidémiques ont incontestablement baissé – même s’ils restent encore élevés – les signaux d’alerte qui sont remontés du Sud-Ouest ces dernières heures sur une nouvelle hausse des contaminations commencent à inquiéter.

À l’heure où certains sont tentés de laisser tomber le masque, à l’heure aussi où ceux qui ont reçu une première dose de vaccin sont moins respectueux qu’auparavant des règles sanitaires, il convient de rappeler que la France n’en a pas encore fini avec l’épidémie de Covid, et que tout relâchement trop prononcé peut se solder par un rebond épidémique débouchant sur une nouvelle vague. L’été 2020 est d’ailleurs là pour nous le rappeler et nous empêcher de faire les mêmes erreurs.

« Le meilleur moyen de se délivrer de la tentation c’est d’y céder » disait Oscar Wilde.  Avec l’épidémie de Covid, mieux vaut ne rien céder, dominer les tentations de relâchement et tenir encore un peu…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 4 juin 2021)

Surenchère

 

police

Un homme dans le Gard qui tue son patron avec lequel il a eu un différend et s’enfuie surarmé dans les Cévennes en mode Rambo ; un autre, ancien militaire sous bracelet électronique, auteur de violence conjugale et de tirs contre les forces de l’ordre qui fait de même en Dordogne ; un quadragénaire abattu en pleine rue d’un coup de fusil de chasse dans le paisible village de Saint-Michel en Comminges ; et encore hier un forcené poursuivi en Ardèche après qu’il a abattu son père… Si l’on ajoute à cela la série de règlements de comptes ou d’expéditions punitives à Avignon, Savigny-le-Temple, Lille au cours desquelles des délinquants ont été criblés de balles cette semaine, on obtient une accumulation de faits divers qui ne peut qu’inquiéter et interroger.

Y a-t-il réellement une hausse de ces homicides et violences physiques par rapport aux années, aux décennies précédentes ou ces violences sont-elles mieux répertoriées, mieux enregistrées, et davantage médiatisées qu’avant avec le poids des réseaux sociaux et l’effet de loupe des chaînes d’information en continu ? Y a-t-il – notamment dans les cas des forcenés qui ont marqué l’actualité de ces derniers jours – des éléments expliquant le passage à l’acte, le "pétage de plombs" ? L’impact des mesures sanitaires prises depuis un an pour lutter contre l’épidémie de Covid sur le psychisme de certains a-t-il joué un rôle ? Surtout quelles réponses apporter à tous ces faits, dont les auteurs et les circonstances sont très différents et recouvrent des réalités de terrain très variées ? Et quels moyens doter les forces de l’ordre, la justice mais aussi la médecine psychiatrique pour contrecarrer ces crimes et délits ?

Autant de questions qui mériteraient, d’évidence, un examen minutieux, rigoureux, sans angélisme, quasi-scientifique à partir d’outils statistiques pointus, comme l’indicateur "homicidité" imaginé par le criminologue Alain Bauer pour mieux caractériser la diversité des homicides. Mais ce débat-là, sérieux et serein, paraît aujourd’hui impossible tant la délinquance et l’insécurité emportent un aspect subjectif, émotionnel, humain, et évidemment politique. À un an de l’élection présidentielle, l’insécurité, on le sait, constitue le fonds de commerce électoral de certains, engagés dans une course à la surenchère, les uns parlant d’ensauvagement de la société, d’autres d’un été ou d’un hiver Orange mécanique en référence au film de Stanley Kubrick où une bande de jeunes sombre dans l’ultraviolence gratuite. On a même vu dimanche le n° 2 du parti Les Républicains proposer le rétablissement d’une Cour de sûreté sans appel pour les terroristes, davantage digne d’un pays totalitaire que d’une démocratie respectueuse de l’Etat de droit…

Face à la multiplication des faits divers dans une société où le clash des mots débouche sur la violence physique, la peine des familles des victimes, la mobilisation des forces de l’ordre, la charge croissante des magistrats méritent mieux que des surenchères politiques démagogiques pour répondre aux attentes des Français qui ont placé l’insécurité en tête de leurs préoccupations.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 3 juin 2021)

Le chemin de la (Re)conquête

 

macron

Le passage au quinquennat du mandat présidentiel et l’accélération du temps médiatique sous la pression des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu ont considérablement resserré le temps politique. À telle enseigne que l’élection présidentielle – la seule avec les municipales à mobiliser encore un électorat toujours plus abstentionniste – est devenue quasiment l’unique point d’ancrage de la vie politique française et l’obsession permanente de tous les états-majors. Les élections régionales, dont la campagne officielle a démarré hier, en font d’ailleurs les frais, bousculées par les sujets régaliens, les stratégies et les polémiques nationales qui ne concernent pas les compétences des régions mais dessinent bien déjà ce qui alimentera la campagne présidentielle de 2022. Un an avant l’échéance, toute la classe politique – certains en meilleure forme que d’autres, les traces du big-bang de 2017 n’ayant pas été réparées – est, en effet, dans les starting-blocks pour la présidentielle. Et Emmanuel Macron en tête.

En déplacement aujourd’hui et demain dans le Lot, ce département à ses yeux symbole d’une ruralité heureuse, le Président ne va pas seulement lancer son tour de France pour prendre le pouls du pays à l’heure du déconfinement, il va, d’évidence, lancer le prologue de sa campagne électorale pour un second mandat. Après la grande marche qu’il avait organisée en 2016 pour dresser le diagnostic du pays et se lancer à l’assaut de l’Elysée ; après le grand débat national qu’il avait imaginé pour répondre à la crise des Gilets jaunes en 2018, après aussi le grand débat sur la réforme des retraites qui a été stoppé net par la crise sanitaire, Emmanuel Macron renoue avec un exercice de terrain qu’il affectionne ; un exercice qui va aussi lui permettre d’enjamber des élections régionales qui s’annoncent mauvaises pour sa majorité.

Le président de la République, qui n’a pas renoncé par ailleurs à poursuivre son entreprise de déstabilisation de ses adversaires – hier la gauche, aujourd’hui la droite avec un sens aigu de la triangulation – entend aussi capitaliser sur la sortie de la crise sanitaire au contact des Français. Le choix du quoi qu’il en coûte depuis mars 2020, le pari d’un déconfinement précoce, la montée en puissance de la campagne vaccinale, le calendrier réussi jusqu’à présent de la réouverture des commerces et lieux de culture permettent à Emmanuel Macron de consolider un socle de popularité qui, à 40 % d’opinions favorables, est inédit à cet instant du quinquennat.

Inédit mais fragile car le pays reste fracturé, "archipellisé" pour reprendre l’analyse de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui segmente sa communication tous azimuts en fonction des publics, entre le concours d’anecdotes avec des Youtubeurs – les 18-35 ans constituant un enjeu clé de 2022 – un entretien fleuve au magazine Zadig, et désormais les rencontres de son tour de France. Reste pour le chef de l’Etat à esquisser un projet fédérateur, à trouver les mots – en évitant ses petites phrases – pour parler à une hypothétique "France unie" qui est si loin de l’être. Il reste 10 mois pour trouver le chemin de la reconquête des Français.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 2 juin 2021)

Colères

 

sdf

Si les affaires de squat qui ont émaillé ces dernières années l’actualité suscitent autant de réactions fortes, de polémiques et d’émotions – plus que de raison – c’est parce qu’elles sont la résultante du choc de deux colères.

La première est celle des propriétaires qui se retrouvent dépossédés de leurs biens et sont plongés, particulièrement lorsqu’il s’agit de personnes âgées, dans une vraie détresse, eux dont la maison ou l’appartement – fut-il une résidence secondaire – constitue souvent le seul patrimoine, le fruit d’une vie de travail qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. Confrontés à la lenteur de la justice, aux chausse-trappes d’une administration tatillonne et compliquée, ces petits propriétaires victimes – car ce sont rarement des millionnaires ou de grandes sociétés – s’épuisent, souvent seuls, dans des années de procédures coûteuses avant de récupérer leur bien.

De l’autre côté, il y a aussi une autre colère. Car au-delà des occupations qui peuvent être militantes, politiques et revendicatives, les squatteurs occupent les lieux vacants – ou qu’ils croient vacants – parce qu’ils n’ont souvent tout simplement pas le choix s’ils ne veulent pas être à la rue. Enferrés dans une précarité étouffante, qu’ils soient migrants ou citoyens frappés par l’exclusion sociale de plus ou moins longue date, ils sont confrontés à un mal-logement chronique qui mériterait plus d’attention.

Pour apaiser ces deux colères, il devrait y avoir une réponse de l’Etat et de la classe politique à la hauteur, c’est-à-dire une politique du logement réellement ambitieuse, une application stricte des lois votées, notamment celle du droit au logement opposable, et des expérimentations innovantes. Malheureusement, dans ce qui devrait être une priorité de la nation, on assiste trop souvent aux caricatures qui nourrissent les extrêmes, aux fausses promesses et à l’instauration de mesurettes gadget.

Gouverner c’est choisir dit-on. "Gouverner, c’est d’abord loger son peuple", rétorquait l’abbé Pierre, qui était, lui aussi, un homme en colère face à la misère. Il serait temps d’y réfléchir…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 30 mai 2021)

L'atout France

vacances

L’été 2021 suivra-t-il le même chemin que l’été 2020 ? L’année dernière, heureux d’être sortis de leur premier confinement mais encore inquiets face à cette redoutable épidémie Covid-19 pour laquelle des barrières sanitaires étaient dressées contre les voyageurs dans le monde, les Français avaient joué la carte de vacances d’été à la maison. L’occasion de découvrir ou redécouvrir en famille ou entre amis les trésors de notre patrimoine culturel et naturel, la beauté de nos montagnes, des petites criques ou des grands espaces. Il aura fallu une pandémie mondiale pour nous rendre compte de ce que venaient chercher les étrangers chez nous, faisant de la France la première destination touristique mondiale. Si les professionnels, hôteliers, restaurateurs, gérants de camping, de centre de loisirs ou organisateurs de festivals ou d’événement culturels ont été durement touchés, ils ont aussi pu compter sur la clientèle française.

Un phénomène qui a été particulièrement remarqué en Occitanie, les nuitées des clientèles françaises ayant augmenté de 28 % sur l’été 2020, un record au niveau national. Et la région a même progressé de +1 % tous marchés confondus, la seule progression sur l’ensemble des destinations méditerranéennes, devant la Côte d’Azur…

Cette année, la situation est bien différente. La campagne de vaccination s’accélère, certains Français seront déjà entièrement vaccinés d’ici juillet, les chiffres de l’épidémie baissent en Europe et nombre de nos voisins – Espagne, Italie ou Grèce – nous font les yeux doux pour nous convier chez eux. Mais si l’on peut tenter de repartir en voyage à l’étranger, le prix des tests PCR obligatoires chez nos voisins douche les enthousiasmes. Car si en France, ils sont gratuits – on l’oublierait presque ! – à l’étranger ils coûtent de 60 à 200 €…

Dès lors, l’été 2021 pourrait bien être un nouvel été bleu-blanc-rouge. C’est le leitmotiv du gouvernement comme de tous les comités régionaux ou départementaux du tourisme qui se sont démenés pour proposer des offres attrayantes et parfois des aides financières. Les professionnels du tourisme, qui se relèvent d’une année de fermeture éprouvante, sont eux aussi prêts, dans le respect de stricts protocoles sanitaires, à nous accueillir pour des vacances d’été qui seront aussi des vacances solidaires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 29 mai 2021)

Repenser le travail

teletravail

La crise sanitaire de la Covid-19 aura bouleversé nos vies comme l’organisation de notre société et l’un des faits majeurs provoqués par la pandémie aura sans nul doute été le recours au télétravail. Plébiscité par une large majorité de Français mais détesté par certains, le télétravail a débarqué dans nos vies professionnelles en mars 2020 alors même que cette pratique restait marginale, particulièrement en France où la culture très ancrée du présentéisme et les craintes sur un manque de productivité cantonnaient le télétravail à quelque 7 % seulement de salariés. Du jour au lendemain, pour endiguer la propagation du coronavirus, il a fallu s’y mettre, avec souvent beaucoup de système D pour pallier le manque de réseaux, de matériel ou de formation. Malgré cette précipitation, cela a fonctionné et les salariés – dont le métier permettait de le faire – ont découvert les joies et les difficultés du travail à domicile.

Les joies des débuts lorsqu’il s’est agi de trouver de nouvelles marques, se réjouir d’éviter les trajets domicile-bureau, se découvrir plus autonome et, très souvent, beaucoup plus productif. Les difficultés aussi lorsque le télétravail s’est fait avec la classe à la maison des enfants dans un appartement trop petit, à côté d’un conjoint avec lequel on n’avait pas l’habitude de vivre 24 heures sur 24, sans les liens informels avec les collègues à la machine à café ou avec une pression accrue d’un encadrement intermédiaire dérouté quant à sa propre utilité.

Cette année de télétravail a aussi accéléré la numérisation des entreprises françaises, activé une réflexion sur les organisations, redéfini les priorités personnelles et professionnelles des salariés et aussi redonné aux villes moyennes et aux campagnes un nouvel atout d’attractivité pour les télétravailleurs, pour peu qu’elles disposent de connexions à internet fiables. À l’heure où la règle du 100 % de télétravail préconisée par le gouvernement pour les entreprises qui le pouvaient va prendre fin le 9 juin avec la 2e phase du déconfinement, l’heure est désormais au bilan, tant pour les salariés que pour les employeurs et le moins qu’on puisse dire, c’est que le retour au bureau ne signera pas un retour à la vie professionnelle d’avant.

Entre le 100 % télétravail et le 100 % présentiel, il reste à inventer une forme hybride, flexible, presque à la carte, mêlant présence au bureau et plusieurs jours en télétravail. Cela ne pourra se faire qu’avec une vraie concertation entre patronat et syndicats. Mais cette réflexion peut être une chance, l’occasion de repenser les organisations pour les rendre plus efficaces et moins corsetées, plus créatives et moins uniformes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 28 mai 2021)

Convaincre

 

vaccin

La campagne de vaccination française contre le Covid-19, on le sait, est une course de vitesse contre le virus. Vacciner le plus possible pour atteindre l’immunité collective est, comme pour tout vaccin, la règle clé. Une règle aujourd’hui comprise par une majorité de Français qui, selon les enquêtes d’opinion, se montrent largement favorables à la vaccination, perçue comme le sésame de sortie de la crise. Mais une règle confrontée au côté insaisissable de l’épidémie : la présence des variants – anglais, sud-africain, brésilien, indien, ou d’autres à venir – a repoussé le taux de la population vaccinée pour atteindre l’immunité collective. De 60 % aux débuts de l’épidémie, on est maintenant à 80 voire 90 %. Des taux difficiles à atteindre compte tenu de la persistance de personnes qui, en toute bonne foi, hésitent à se faire vacciner, ou qui, par idéologie, refusent catégoriquement le vaccin.

Dès lors, face au ralentissement prévisible de la campagne de vaccination en raison de ce « plafond de verre », se pose la question de la vaccination obligatoire, qu’a soulevée mardi l’Académie de médecine, qui préconise une obligation progressive pour certains métiers et pour certains publics, notamment les enfants et adolescents. Si une courte majorité de Français semble y souscrire, une vaccination obligatoire pose un vrai dilemme sanitaire, éthique et forcément politique. Face à une France qui, fin décembre dernier, était très méfiante, Emmanuel Macron avait décidé que la vaccination anti-Covid ne serait pas obligatoire. Cette ligne de conduite doit-elle changer ? Faut-il considérer le vaccin anti-Covid-19 comme étant du même niveau que les 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons ?

La vaccination – qui a fait ses preuves contre la variole au début du XXe siècle, la diphtérie, le tétanos ou la poliomyélite – relève à la fois de l’individuel et du collectif : on se protège soi-même contre une maladie, mais on protège aussi les autres. Cette réflexion intime se pose à chacun d’entre nous et se confronte aux impératifs de santé publique. Alors qu’il reste encore des publics désireux de se faire vacciner, l’exécutif a fait le choix, raisonnable pour l’heure, de convaincre plutôt que de contraindre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 27 mai 2021)

Réforme réussie

 

bercy

Comme tout grand changement, l’instauration du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source avait connu, on s’en souvient des hésitations avant de faire le grand saut. Mise en chantier pendant le quinquennat de François Hollande, cette réforme devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018, mais Emmanuel Macron, une fois installé à l’Elysée, avait décidé de se donner un peu plus de temps pour mettre en œuvre ce prélèvement à la source redoutablement complexe, mais pourtant déjà en vigueur depuis longtemps chez plusieurs de nos voisins européens.

Le temps passant, fin août 2018, à quatre mois de l’échéance, le Président, craignant des bugs techniques et administratifs, avait laissé planer le doute sur un nouveau report et demandé à son ministre qui était dans les starting-blocks de faire d’ultimes vérifications… La réforme est finalement bel et bien entrée en vigueur, sans accrocs, le 1er janvier 2019… comme elle est entrée dans les mœurs.

Pour les contribuables qui paient l’impôt sur le revenu, le prélèvement à la source a incontestablement apporté plus de lisibilité, en temps réel, sur ce qui leur reste en net à la fin du mois à partir de leur salaire. Et pour l’Etat, la réforme a même permis de récupérer 2 milliards d’euros supplémentaires en coupant l’herbe sous le pied des petits (ou gros) fraudeurs à la déclaration de revenus… Cette année, la réforme franchit un nouveau cap avec la déclaration automatique des revenus pour près de 12 millions de foyers fiscaux, qui n’ont donc pas à envoyer par courrier ou via internet leur déclaration signée.

Deux ans après son entrée en vigueur, la réforme du prélèvement à la source – que Valéry Giscard d’Estaing avait tenté, en vain, de mettre en œuvre en 1973, tout comme Michel Rocard dans les années 90 au moment de la création de la CSG et Dominique de Villepin en 2006 – a levé toutes les réticences, notamment celle des chefs d’entreprise, artisans en tête, qui estimaient ne pas avoir à se transformer en "percepteurs d’impôts".

Cette réforme, approuvée rapidement par une large majorité de Français, a peut-être aussi permis de mieux comprendre la collecte de l’impôt et de renforcer le consentement à l’impôt. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la politique keynésienne du "quoi qu’il en coûte" permet aussi de voir plus concrètement où passent nos impôts. L’État-providence – que Joe Biden remet au goût du jour de façon spectaculaire aux Etats-Unis – peut ainsi s’appuyer sur des dispositifs de collecte plus clairs.

Reste que l’outil n’est pas une fin en soi et ne saurait seul déterminer une politique fiscale qui, en France reste l’une des plus imposante au monde selon le dernier rapport de l’OCDE, avec un taux de prélèvements de 46,6 %…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 24 mai 2021)