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Éditos

Grand écart



Tout à son envie de rassembler, Emmanuel Macron a-t-il voulu trop en faire pour satisfaire des publics aux points de vue opposés ? Le chantre du « ni-ni », ni de droite, ni de gauche, s'est-il aventuré trop loin dans sa volonté de concilier l'irréconciliable sur deux sujets justement très clivants sur l'échiquier politique ?

A propos de la colonisation, Emmanuel Macron, désireux tout à la fois d'asseoir sa stature internationale et de séduire ses hôtes algériens, n'a sans doute pas mesuré la charge émotionnelle d'un dossier qu'il a bien évidemment le droit d'aborder, mais dont il a, d'évidence, mal évalué la complexité en le ramenant trop vite à la formule choc – fut-elle philosophiquement et historiquement juste – de « crime contre l'humanité. »

Sur les si vindicatifs opposants au mariage pour tous qui auraient été « humiliés » par le gouvernement, Emmanuel Macron – qui est pourtant un défenseur de la loi emblématique du quinquennat – semble, là aussi, avoir voulu pousser ses feux très loin en donnant des gages à un électorat conservateur, voire « villiériste », qui ne lui est pas acquis.

Sur ces deux sujets, Emmanuel Macron reprend la méthode de la triangulation qu'ont utilisée avant lui Nicolas Sarkozy ou son mentor François Hollande pour déstabiliser le camp adverse – méthode qui réclame sans doute des années d'expérience qui font défaut au jeune Macron.

Les deux polémiques sur la colonisation et le mariage pour tous, qu'il a tenté hier de désamorcer avec force, interrogent en tout cas les limites, sur la forme et le fond, de sa candidature hors parti. Un « chemin de crête », comme il se plaît à le dire, sur lequel il vaut mieux ne pas faire le grand écart si l'on veut rester... en marche.

(Article publié dans La Dépêche du 3 mars 2017)

Sursaut



D'aucuns trouveront peut-être à ricaner de ce qui arrive à la présidente socialiste de la Région Occitanie. La vie politique, il est vrai, est faite de passions, d'emportements, d'outrances, de prise à partie et parfois d'insultes vociférées dans les hémicycles, de la plus petite commune jusqu'à l'Assemblée nationale. «La démocratie, c'est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises», soupirait d'ailleurs François Mitterrand.

Mais dans cette affaire, nous sommes dans un tout autre registre que le débat musclé. Le courriel haineux qu'a reçu Carole Delga est tout sauf anodin et ne doit pas être pris à la légère. Par ses propos orduriers, par son ton belliqueux, par les menaces de mort explicites lancées à un élu de la Nation, c'est la démocratie que l'on atteint. De tels propos, ignobles, ne peuvent rester sans réponse et Carole Delga a évidemment eu raison de porter plainte.

Mais les menaces reçues par la présidente de la Région s'inscrivent aussi dans un inquiétant mouvement observé depuis déjà plusieurs mois, en France comme à l'étranger. Un mouvement exacerbé par la présidentielle. Un mouvement parfois encouragé par les ambiguïtés de ceux qui s'arrangent avec la simple vérité des faits. Un mouvement dont le vocabulaire que l'on croyait réservé à des groupuscules extrémistes s'étend de tweets en tweets sur les réseaux sociaux, sur l'air du «tous pourris» appliqué aux politiques, aux médias, aux femmes, etc. Face à ce déferlement de haine qui veut diviser les Français, il est temps que vienne le temps d'un sursaut et que s'exprime la majorité qui se reconnaît dans les valeurs de la République.

(Publié dans La Dépêche du 9 février 2017)

Exemplarité

EPP Summit, Brussels, December 2016


François Fillon reste pour l'heure droit dans ses bottes. « Debout toujours, à genoux jamais », a-t-il proclamé la main sur le cœur et la larme à l'œil devant les militants venus le soutenir dimanche pour ce qui devait être son premier grand meeting de campagne.

Certes, jusqu'à preuve du contraire, François Fillon est présumé innocent. II n'est pas mis en examen et rien ne prouve qu'il aurait financé un emploi fictif pour son épouse avec des deniers publics. Rien ne prouve non plus que le travail de Penelope Fillon auprès de la Revue des deux Mondes, n'a pas été réel. Rien ne dit non plus que les deux enfants du couple Fillon rémunérés par leur sénateur de père n'ont pas effectivement planché sur tel ou tel dossier. Même si les sommes peuvent donner le vertige au Français moyen, rien de tout cela n'est illégal assure François Fillon qui – on l'aura remarqué – parle aussi pour sa femme…

Mais quand on postule aux plus hautes responsabilités de l'État, quand on construit toute sa campagne sur des valeurs d'honnêteté, quand on prétend porter en bandoulière, seul, le sens de l'intérêt général, quand on donne des leçons d'éthique à ses adversaires ou de probité à ses compagnons de parti, quand on dénonce le prétendu assistanat dont bénéficieraient les plus fragiles des Français, quand on conspue les fonctionnaires dont 500 000 seraient de trop, et quand, enfin, on met ostensiblement en avant sa foi chrétienne, on devrait comprendre que l'exigence minimale de transparence impose, en 2017, de présenter aux Français des explications crédibles et étayées plutôt que des déclarations d'amour ou des paroles d'honneur spécieuses. Ce serait là faire preuve de l'exemplarité que François Fillon n'a de cesse de revendiquer.

(Publié dans La Dépêche du 31 janvier 2017)

Sacré bug

L'affaire Penelope s'apparente pour François Fillon le technophile à un sacré bug, de ceux susceptibles de mettre hors service le plus performant des logiciels. Jusqu'à présent, tout semblait réussir à l'ancien Premier ministre. Parti de très loin après la guerre fratricide avec Jean-François Copé, François Fillon, qui a su éviter d'être comptable des années Sarkozy et des déboires financiers et judiciaires de l'UMP, s'est lancé avec succès dans une primaire de la droite où personne ne l'a vu venir. Contrebalançant à l'envi la dureté de son programme ultralibéral et très conservateur, il a mis en avant son éthique, sa morale, sa probité, son souci de l'intérêt général et du sens de l'État, voire sa foi chrétienne. En trente ans, pas une affaire, s'enorgueillissait-il.

Mais, depuis mercredi et les révélations sur les rémunérations aussi suspectes que mirobolantes de son épouse – dont les activités d'assistante parlementaire à son service ou de conseillère littéraire avaient échappé à tous –, voilà ce professionnel de la politique rattrapé par des comportements au parfum de népotisme. Peut-être légaux, mais en tout cas aux antipodes de ses propres déclarations passées, dont Twitter s'est fait la redoutable mémoire. Car les arguments de campagne de François Fillon, pourfendeur du gaspillage de l'argent public au point de vouloir supprimer l'emploi bien réel de 500 000 fonctionnaires, lui reviennent comme un boomerang. A sa fameuse pique contre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé « Qui imagine le général De Gaulle mis en examen ? » répond ainsi en écho « Qui imagine le général De Gaulle embauchant tante Yvonne comme collaboratrice parlementaire ? »

Chez les Républicains, où la gêne a succédé au choc, on s'interroge en tout cas sur la capacité de François Fillon à corriger le bug... pour éviter d'avoir à changer le logiciel.

(Publié dans La Dépêche du 28 janvier 2017)

Janus

Photo: Raul Mee (EU2017EE)
La candidature de Bruno Le Maire à la primaire de droite semble placée sous le signe de Janus, ce dieu de la mythologie romaine à une tête mais deux visages opposés, l’un regardant le passé, l’autre l’avenir.

D’un côté, il y a « Bruno le renouveau », un quadragénaire brillant qui veut bousculer sa famille politique au fonctionnement très conservateur. C’est que depuis qu’il est arrivé en 3e position lors du calamiteux scrutin pour la présidence de l’UMP en 2014, le député de l’Eure s’est senti pousser des ailes. La suppression de l’ENA, la réduction drastique du nombre de sénateurs et de députés font partie de ses propositions pour en finir avec un système – l’ancien régime dit-il – selon lui à bout de souffle. « Si vous voulez que tout continue comme avant, vous avez tout ce qu’il faut sur ce plateau », a-t-il lancé crânement lors du premier débat télévisé.

Mais il y a aussi l’autre face de Bruno Le Maire. Celle d’un énarque, normalien, remarqué par Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Celui d’un technocrate capable de rédiger un pavé-programmme aride de plus de 1000 pages, dont les mesures socio-économiques s’inscrivent dans la doxa ultralibérale la plus dure avec ses « jobs rebond » payés 5€ de l’heure. Celui d’un père de famille à l’image un peu «coincée » qui s’engaillardit à parler « djeuns » ou à tomber la cravate, mais qui précise lire Goethe en allemand avant de se coucher.

« La vérité du pouvoir ne se trouve ni dans sa conquête, ni dans son bilan : la vérité du pouvoir est dans son exercice », écrivait Bruno Le Maire dans « Jours de pouvoirs », le journal de son expérience de ministre de l’Agriculture.

Et on sent bien que celui qui se rêve faiseur de roi à droite, s’il n’acceptera pas d’être Premier ministre, ne saurait dire non à un ministère…

(Publié dans La Dépêche du 22 octobre 2016)

La frondeuse

Photo ArnaudKu 


La candidature de Nathalie Kosciusko-Morizet à la primaire de la droite et du centre est singulière et atypique à bien des égards. Singulière car «NKM» est la seule femme de cette compétition très masculine et il s'en est fallu de peu que celle que d'aucuns appellent «l'emmerdeuse» ne puisse pas parvenir à réunir les parrainages nécessaires. La prise de conscience in extremis du message catastrophique qu'aurait envoyé auprès de l'opinion une primaire entre hommes lui a permis d'afficher sur le plateau de TF1 jeudi dernier son éclatante robe rouge et, surtout, ses convictions qui détonnent dans sa famille politique.

Car la députée de l'Essonne, qui débuta sa carrière politique auprès de Jacques Chirac, cultive sa différence. Ambitieuse – mais qui ne l'est pas en politique ? – parfois cassante selon certains collaborateurs ou adversaires, l'élégante quadragénaire ne craint ni les polémiques (sa photo avec des SDF durant les municipales à Paris) ni les coups bas venant de sa propre famille politique, qui la voit comme la candidate des bobos. C'est que cette polytechnicienne qui ne rate jamais une occasion de rappeler qu'elle a servi dans la Marine, n'hésite pas à naviguer à contre-courant. Sur l'écologie et le numérique qu'elle explora comme ministre non sans succès. Sur sa conception de la laïcité et des valeurs républicaines qui lui fit critiquer le «ni-ni» de Nicolas Sarkozy face au FN, ce qui lui coûta son poste de N°2 du parti. Enfin, sur les questions de société. Sur tout cela, Nathalie Kosciusko-Morizet la frondeuse porte incontestablement la voix d'une droite moderne, mais minoritaire. Derrière son slogan «Nouvelle société, nouvelle France», NKM entend bien incarner cette nouvelle droite.

(Publié dans La Dépêche du 18 octobre 2016)

L'audace

Photo Alberto Cabello from Vitoria Gasteiz
Le prix Nobel de littérature 2016 attribué hier au chanteur américain Bob Dylan est, d'évidence, marqué du sceau de l'audace.

L'audace qui a toujours imprimé, d'abord, la carrière de ce chanteur inclassable, récompensé ce jeudi «pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique», selon l'expression de l'Académie Nobel.

De fait, dès le début des années 60, Bob Dylan s'impose comme l'un des songwriters les plus importants de son temps, souvent copié, jamais égalé. Et celui qui va à la fois coller à l'histoire de l'Amérique et en bousculer toutes les certitudes, tous les codes en y introduisant une vénéneuse contestation, portée par le souffle de textes ciselés comme Blowin' the wind. Contre la guerre du Vietnam, pour les droits civiques, Bob Dylan l'engagé, figure de la beat generation qui explorera le folk, le blues, le rock ou la country, verra son aura dépasser les frontières. En France, les reprises de ses chansons par Hugues Aufray seront autant de prémices de mai 68.

L'audace, c'est aussi celle de l'Académie Nobel qui récompense – à la surprise générale – un chanteur. C'est une première pour une institution qui a souvent honoré des auteurs à l'œuvre aussi immense que la notoriété auprès du grand public mondial était restreinte. Avec Bob Dylan, déjà lauréat d'un prix Pulitzer en 2008 et qui succède à sa compatriote Toni Morrison, le Nobel salue une icône de la musique et vient contredire notre Serge Gainsbourg national : la chanson n'est définitivement pas un art mineur.

(Publié dans La Dépêche du 14 octobre 2016)

Démocratie

Photo Guillaume Paumier
L'expulsion surprise du Canada de José Bové pourrait paraître rocambolesque et insignifiante. Elle est tout au contraire grave et symptomatique de la façon dont l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne a été bâti.

Grave d'abord du point de vue la justice. José Bové a été condamné en France pour certaines de ses actions-chocs contre la malbouffe ou les OGM. Mais il a depuis purgé ses peines. Et l'idée que l'on se fait de la justice, en France comme certainement au Canada, devrait empêcher que l'on reproche perpétuellement à un homme ses condamnations.

Grave, ensuite, du point de vue politique. Alors que le premier ministre canadien Justin Trudeau se fait le chantre de nouvelles pratiques démocratiques, ne seraient autorisés à s'exprimer sur l'Accord de libre échange que les partisans de ce texte controversé ? Curieuse conception du débat public et de la liberté d'expression, surtout quand José Bové, qui est plus qu'un citoyen ordinaire ou un militant engagé, est aussi parlementaire européen.

Cette affaire est, enfin, symptomatique de ces traités internationaux, négociés en catimini, presque en cachette loin des citoyens ou de leurs représentants, comme si la transparence était vécue comme un frein au lieu d'une chance. "La démocratie a (...)  besoin, pour s'épanouir, d'un climat d'honnêteté. Mais l'honnêteté suppose la liberté de choix, que la terreur nie." Justin Trudeau devrait méditer cette analyse d'un ancien premier ministre canadien, son père Pierre-Elliot...

(Publié dans La Dépêche du 13 octobre 2016)

La peine et la faute



En rejetant la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, le tribunal d'application des peines de Melun a provoqué la consternation et suscité l'incompréhension. La consternation, parce que nous attendions tous que cette femme au destin tragique, marqué par 47 années de violences conjugales, puisse recouvrer la liberté. L'incompréhension, parce que les arguments des juges pour son maintien en prison apparaissent bien spécieux, comme peuvent l'être des leçons de morale. Jacqueline Sauvage n'aurait pas suffisamment intégré son degré de culpabilité ? Libérée, elle serait encouragée par ses soutiens à se cantonner à un positionnement exclusif de victime ? Enfin, elle ne pourrait revenir vivre chez sa fille non loin des lieux de son crime ? Qui peut le croire ? Qui peut l'entendre ?

En rendant hier une telle décision, le tribunal va aussi à l'encontre de la grâce partielle présidentielle, qui traduisait, après une mobilisation populaire sans précédent, la reconnaissance équilibrée de la culpabilité pénale et de la souffrance de cette femme devenue un symbole. Alors que les Français se défient trop souvent de la justice qui est rendue en leur nom, les juges feraient bien de relire Montesquieu. «La justice consiste à mesurer la peine et la faute ; et l'extrême justice est une injure». Hier, les 400000 femmes victimes de violences conjugales et ceux qui les soutiennent ont vécu le maintien en détention de Jacqueline Sauvage comme une injure.

(Publié dans La Dépêche du 13 août 2016)

Playmate et palmipèdes

Ce n'est certes pas la première fois qu'une star d'Hollywood franchit le seuil du palais Bourbon pour y plaider une cause. Mais, hier à l'Assemblée nationale, la venue de la plantureuse Pamela Anderson – un mètre de tour de poitrine ! – a mis les producteurs de foie gras non pas en émoi, mais dans une colère aussi rouge que l'était le maillot de bain de l'actrice dans la série Alerte à Malibu qui la fit connaître. Et pour cause.

Alors que la profession est frappée de plein fouet par la grippe aviaire qui va contraindre à la fermeture d'élevages du Sud-Ouest pendant plusieurs mois, la députée verte Laurence Abeille n'a rien trouvé de mieux que de faire un coup de... buzz, en invitant la blonde américaine, militante écologiste, pour soutenir la présentation d'une proposition de loi contre le gavage des oies et des canards dans l'industrie alimentaire. La playmate contre les palmipèdes; la souffrance animale contre celle des producteurs ? Osé. Mieux vaut sourire de cette politique-spectacle… À moins qu'on n'envoie devant le Congrès américain notre Maïté tricolore, qui avait en son temps imaginé… un hamburger au foie gras !

(Publié dans La Dépêche du 20 janvier 2016)

Le «point de détail» de Marine Le Pen

Marine Le Pen en meeting à Lille. Photo Jérémy-Günther-Heinz Jähnick


En 140 caractères et trois photos odieuses postées à quelques minutes d'intervalles sur son compte Twitter mercredi, Marine Le Pen a ruiné la stratégie de dédiabolisation du Front national qu'elle avait patiemment mise en place depuis son accession à la tête du parti d'extrême droite en 2011 ; et montré que, décidément, le FN n'est pas un parti comme les autres. En perdant son sang-froid pour répondre impulsivement au journaliste Jean-Jacques Bourdin dont elle aurait – mais est-ce crédible ? – mal compris les propos, la fille de Jean-Marie Le Pen tombe dans les travers outranciers qui ont émaillé toute la carrière de son père. Ce dernier s'est d'ailleurs promptement - et peut-être avec un soupçon d'ironie - empressé d'apporter son soutien à celle qui voulait l'évincer.

Nul doute que cette affaire de tweets sera à la présidente du FN son «point de détail» comme celui que Jean-Marie Le Pen osa en 1987 pour minimiser l'importance des chambres à gaz dans l'Histoire de la seconde Guerre mondiale. Mais si cette affaire éclabousse le FN, elle entache directement et personnellement Marine Le Pen, qui a commis là une impardonnable faute morale et une lourde faute politique. Morale car en publiant les photos d'otages suppliciés, elle a fait preuve d'un terrible manque d'humanité envers leurs familles et tous ceux qui ont eu affaire au terrorisme. Politique, car en voulant se poser en victime des médias pour répondre de façon si excessive à un simple débat démocratique, elle a démontré son incapacité, et celle de son parti, à se hisser à la hauteur nécessaire pour prétendre entrer à l'Elysée.

(Publié dans La Dépêche du 18 décembre 2015)

Liberté



La polémique pour savoir si une chaîne du service public – d'évidence en manque d'audience et de buzz – devait faire de Marine Le Pen, chef de parti mais surtout candidate aux prochaines régionales, son invitée vedette hier soir, aurait pu être accessoire si elle ne mettait au jour la conception très particulière qu'a le Front national des médias et du débat public.

Dans la lignée de son père Jean-Marie qui fustigeait l' «établissement» et la «caste» journalistique, Marine Le Pen et sa garde rapprochée n'ont de cesse de se poser en martyrs d'un système médiatique qui les ostraciserait, d'une pensée unique dont ils subiraient la censure, de journalistes qui déformeraient leurs propos… Une posture qui ne résiste pas à l'examen des faits. Car à l'instar des chantres du déclinisme comme Éric Zemour ou Alain Finkielkraut, les personnalités frontistes occupent très largement, et depuis longtemps, l'espace médiatique, des matinales radios aux plateaux de télé, en passant par les réseaux sociaux et les Unes de certains magazines. Ils ont tout loisir d'y développer leurs idées avec toutefois une constante : le refus systématique du débat démocratique et de la contradiction qui pourraient démonter bien des contrevérités qu'ils assènent…

Dans un mouvement de fascination-répulsion envers les médias, Marine Le Pen voudrait choisir, comme hier, et les questions, et les journalistes et ses contradicteurs. Depuis Camus, on sait que «la liberté de la presse est l'un des visages de la liberté tout court». En affichant sa conception de la liberté de la presse, on imagine bien ce que pense le FN de la liberté tout court…

(Publié dans La Dépêche le 23 octobre 2015)