Accéder au contenu principal

Sursaut



D'aucuns trouveront peut-être à ricaner de ce qui arrive à la présidente socialiste de la Région Occitanie. La vie politique, il est vrai, est faite de passions, d'emportements, d'outrances, de prise à partie et parfois d'insultes vociférées dans les hémicycles, de la plus petite commune jusqu'à l'Assemblée nationale. «La démocratie, c'est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises», soupirait d'ailleurs François Mitterrand.

Mais dans cette affaire, nous sommes dans un tout autre registre que le débat musclé. Le courriel haineux qu'a reçu Carole Delga est tout sauf anodin et ne doit pas être pris à la légère. Par ses propos orduriers, par son ton belliqueux, par les menaces de mort explicites lancées à un élu de la Nation, c'est la démocratie que l'on atteint. De tels propos, ignobles, ne peuvent rester sans réponse et Carole Delga a évidemment eu raison de porter plainte.

Mais les menaces reçues par la présidente de la Région s'inscrivent aussi dans un inquiétant mouvement observé depuis déjà plusieurs mois, en France comme à l'étranger. Un mouvement exacerbé par la présidentielle. Un mouvement parfois encouragé par les ambiguïtés de ceux qui s'arrangent avec la simple vérité des faits. Un mouvement dont le vocabulaire que l'on croyait réservé à des groupuscules extrémistes s'étend de tweets en tweets sur les réseaux sociaux, sur l'air du «tous pourris» appliqué aux politiques, aux médias, aux femmes, etc. Face à ce déferlement de haine qui veut diviser les Français, il est temps que vienne le temps d'un sursaut et que s'exprime la majorité qui se reconnaît dans les valeurs de la République.

(Publié dans La Dépêche du 9 février 2017)

Posts les plus consultés de ce blog

Symboles

La confirmation hier par la compagnie aérienne australienne Qantas qu'elle annulait la commande de huit Airbus A380 marque un nouveau revers pour le superjumbo du constructeur aéronautique européen. Un gros porteur dont la pérennité est désormais suspendue, sans beaucoup d'illusions, à une négociation avec la compagnie Emirates, qui avait passé une méga-commande de 36 A380. L'histoire semble désormais jouée et l'A380 va vraisemblablement – sauf surprise venue de Chine ou d'Inde – tirer bientôt sa révérence, devenant le symbole d'un terrible et douloureux échec commercial, mais aussi devenant une page importante de l'histoire aéronautique mondiale.

L'échec, c'est finalement celui d'un avion mal-né qui a accumulé les déconvenues au moment même où le paysage aérien mondial s'est retrouvé chamboulé. L'idée de départ était pourtant séduisante : le plus gros avion commercial du monde avec ses deux ponts, ses quatre réacteurs, capable d'em…

Responsabilité

Le retrait prochain des troupes américaines de Syrie, tel un jeu de dominos, a des répercussions profondes, dont le retour dans l'Hexagone de quelque 150 jihadistes français dont des familles jusqu'à présent détenus en Syrie et en Irak. Ainsi, la France vient d'être contrainte de changer de doctrine à leur égard. Jusqu'alors, en effet, le gouvernement français s'était toujours opposé à leur retour – sauf pour les mineurs –, estimant qu'ils devaient être jugés sur place et y purger leur peine, sous réserve de bénéficier d'un procès équitable. Désormais, le rapatriement de ces ressortissants français est inéluctable, fut-il facilité par des avions américains. Le retour de ces jihadistes constitue ainsi un véritable défi pour la France, mais aussi un casse-tête politique face à l'extrême sensibilité de l'opinion publique sur le sujet.

Car les Français restent durablement marqués par les attentats terroristes perpétrés par Daech sur notre sol, de l'…

L'alerte

L'enquête sur le complotisme que viennent de publier la Fondation Jean-Jaurès et l'organisme Conspiracy watch est capitale dans le sens où elle permet de mettre des chiffres sur un phénomène ancien dont l'ampleur constitue désormais une réelle menace pour la démocratie, en France comme ailleurs dans le monde.

Jusqu'à présent, les thèses complotistes restaient circonscrites à quelques cercles d'hurluberlus, particulièrement aux Etats-Unis où, au nom du premier amendement de la Constitution qui garantit une absolue liberté d'expression, tout un tas de théories ont pu se développer sans ambages. La Terre est plate, le monde est gouverné par la secte des Illuminati, les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, etc.

Une digue contre ces élucubrations avait été bâtie au fil des ans par la classe politique dans sa majorité et par les médias. Cette digue a commencé à se fissurer en 2016 au moment de la campagne électorale présidentielle américaine qui a vu la vict…