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Éditos

Bonheur et fierté

 

Adenot

Dans une actualité internationale qui ne prête guère à sourire, entre la guerre en Ukraine qui dure depuis bientôt cinq ans, les tensions au Moyen-Orient, le poison lent de l’affaire Epstein et les décisions brutales de Donald Trump aux conséquences en cascades, le départ prochain de l’astronaute française Sophie Adenot et de ses co-équipiers vers la station spatiale internationale (ISS) apparaît comme une vraie respiration et, pour chacun d’entre nous, à la fois un moment de bonheur partagé et de fierté nationale.

Le bonheur, c’est bien sûr celui de cette pilote d’essai d’hélicoptère de 43 ans dont le rêve d’espace remonte à son adolescence, encouragée par son grand-père, lorsqu’elle ornait sa chambre de posters de fusées sur le pas de tir du mythique Cap Canaveral. Le sourire qu’elle affiche à quelques heures de son décollage est assurément contagieux. Il est l’aboutissement du difficile parcours scientifique et aéronautique sans faute d’une excellente élève évidemment, qui a rejoint un escadron spécialisé dans les missions de recherche et de sauvetage au combat, notamment en Afghanistan.

Mais ce sourire-là est aussi celui de la deuxième Française à aller dans l’espace, trente ans après Claudie Haigneré, qui conserve une place à part dans le cœur des Français et dans le panthéon de nos astronautes aux côtés de Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry et bien sûr Thomas Pesquet. Sophie Adenot, avec émotion, a d’ailleurs rendu hommage à son aînée, qui l’assure en retour dans nos colonnes de son admiration réciproque.

Sophie Adenot a confié que, comme Claudie Haigneré, elle espérait inspirer les générations à venir, et notamment les jeunes filles, qui hésitent parfois encore trop souvent à tenter des carrières scientifiques. Son « formidable exemple » peut être un utile déclencheur comme l’a souligné Emmanuel Macron.

À côté de ce bonheur, c’est aussi la fierté – légitime – des Français qui se manifeste. À l’heure où, dans classe politique, certains ressassent ad nauseam et contre la réalité l’idée que la France vivrait un déclassement sans fin, que nous ne compterions plus pour rien, ni en Europe ni dans le monde, la mission de Sophie Adenot apporte un cinglant démenti. À travers elle, la France montre qu’elle est une puissance spatiale de premier rang qui compte dans ce secteur bouleversé par l’arrivée des acteurs privés du New Space.

Deuxième contributeur de l’Agence spatiale européenne, notre pays représente environ 50 % du chiffre d’affaires spatial européen et près d’un tiers des emplois du secteur. Le Centre spatial guyanais de Kourou assure l’accès autonome à l’espace pour l’Europe et la France est, avec le CNES et ses champions Airbus Defence & Space, Thales Alenia Space, Safran/ArianeGroup ou Arianespace, le partenaire clé des grands programmes comme Ariane, Galileo, Copernicus, etc.

La mission de Sophie Adenot est ainsi à la fois l’apogée d’un destin personnel inspirant pour les jeunes générations mais aussi la poursuite d’une aventure politique, scientifique, industrielle et éminemment humaine qui n’est pas près d’arrêter de nous faire vibrer et rêver.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 10 février 2026)

Réseaux sociaux : reprendre le contrôle

 

réseaux sociaux

 

L’étude récemment publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur les risques de l’usage des réseaux sociaux sur la santé des adolescents confirme, au fond, ce que parents, enseignants et soignants ont pu observer de façon empirique et ce que d’autres études internationales ont montré ces dernières années. Troubles du sommeil et fatigue ; anxiété, dépression, dévalorisation de soi ; troubles alimentaires liés à l’image du corps ; exposition au cyberharcèlement et à des contenus dangereux (violence, automutilation, suicide) ; conduites à risque et isolement social… : les plateformes des réseaux sociaux sont conçues pour capter l’attention et maintenir l’engagement, ce qui exploite la vulnérabilité spécifique de l’adolescence et peut enfermer certains jeunes dans une spirale de contenus problématiques.

Le sujet est désormais mondial et préoccupe les autorités d’autant plus que le temps passé devant les réseaux sociaux en particulier et les écrans en général a explosé. L’OMS alerte sur la hausse de l’usage problématique des écrans, passé de 7 % à 11 % en quatre ans chez les 11-15 ans. En France, le dernier baromètre de l’Arcom, publié en novembre, montre que 99 % des 11-17 ans utilisent au moins une plateforme en ligne ; 62 % ne mettant pas leur vraie date de naissance pour pouvoir s’inscrire sur au moins une plateforme.

Face à cette situation inquiétante quant au développement des jeunes, et face à la mauvaise volonté des plateformes pour modérer réellement leurs contenus, les États commencent enfin à prendre la mesure du danger et à taper du poing sur la table. L’Australie, la France, l’Espagne envisagent d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans quand l’Europe n’hésite plus à lancer des procédures contre les plateformes qui ne respectent pas sa réglementation, avec la menace de lourdes sanctions.

D’aucuns diront que le réveil est tardif de la part d’une classe politique qui – à quelques exceptions près – a souvent été fascinée par les patrons de la Silicon Valley. Mieux vaut tard que jamais diront les optimistes même si la réalisation de ces interdictions pose beaucoup de questions techniques et juridiques.

L’autre point positif vient des adolescents eux-mêmes qui ont conscience de leur addiction aux réseaux sociaux. Selon le baromètre de l’Arcom, plus des trois quarts des adolescents considèrent que les réseaux sociaux les exposent à des risques graves… même s’ils s’en croient personnellement prémunis avec seulement un peu plus d’un tiers qui s’inquiètent des conséquences potentielles sur eux-mêmes. Cette prise de conscience doit être accompagnée par les adultes pour que les jeunes maîtrisent leurs usages sans être contraints par des interdictions trop strictes et donc potentiellement inefficaces.

Car l’Anses le reconnaît : les réseaux sociaux peuvent avoir des effets positifs en termes de sociabilisation, d’accès à information, de soutien entre pairs, mais elle insiste sur la nécessité d’en réduire les usages délétères alors même que les algorithmes numériques font tout pour que les utilisateurs en deviennent accros pour le plus grand bénéfice des géants du net qui monétisent leur attention. Il est temps pour les utilisateurs, jeunes et moins jeunes de reprendre le contrôle de leur vie numérique.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 février 2026)

 

Affaire Epstein : la boîte de Pandore

 

Epstein

Depuis le décès en août 2019 en prison du milliardaire américain Jeffrey Epstein, alors accusé d’avoir créé et supervisé un vaste réseau international de trafic sexuel pédocriminel, l’affaire apparaît de plus en plus comme une bombe à fragmentation. Au fur et à mesure que la justice américaine – contrainte par une loi du Congrès adoptée contre la volonté de Donald Trump – publie sur son site internet des milliers de documents du dossier judiciaire d’Epstein, l’onde de choc s’amplifie aux États-Unis et se répand dans le monde entier, éclaboussant des centaines de personnalités notamment en Europe et en France où Epstein avait ses habitudes.

Aux États-Unis, l’affaire Epstein passionne et a viré depuis longtemps à l’obsession, notamment dans la sphère MAGA où l’on est très réceptif aux théories complotistes et aux discours contre des élites supposément corrompues. Donald Trump lui-même a joué sur cette corde sensible durant sa dernière campagne électorale. Croyant mettre en difficulté les démocrates dont beaucoup fréquentèrent Epstein – comme l’ancien président Bill Clinton qui va devoir témoigner devant le Congrès – Donald Trump avait chauffé à blanc sa base en promettant qu’à la Maison Blanche il ordonnerait la publication de l’intégralité du dossier.

Las ! Une fois élu, Trump s’est retrouvé piégé, se rappelant trop tard que lui-même avait été un intime d’Epstein, et a envisagé de ne pas honorer sa promesse. Depuis, l’affaire est omniprésente en dépit des spectaculaires rebondissements de sa présidence. Ni le Groenland, ni le Venezuela, ni l’Iran et encore moins l’Ukraine ne détournent ses propres partisans de l’affaire Epstein qui a déjà fracturé le camp républicain et pesé sur les derniers scrutins locaux, tous remportés par les démocrates. À dix mois des mid-terms, comme le capitaine Haddock avec son sparadrap, Trump n’arrive pas à se débarrasser de l’affaire Epstein dont il reste encore des milliers de documents à divulguer.

Mais l’affaire Epstein n’est plus seulement américaine. En parallèle de son horrible réseau pédocriminel, le milliardaire avait aussi patiemment construit un tentaculaire réseau relationnel d’affaires qui fait qu’aujourd’hui, la publication de sa correspondance, de ses photos ou de ses vidéos éclabousse autant des personnalités qui ont bel et bien participé à des actes pédophiles que d’autres qui n’avaient que des liens purement professionnels avec cet investisseur en vue.

La publication partielle du dossier Epstein, la mise en ligne « en vrac » qui impose à la presse d’effectuer un long travail de recoupage et de vérification, le caviardage massif des documents jettent une suspicion aussi générale que délétère. Qui savait quoi des activités criminelles d’Epstein ? Qui a fait quoi avec cet homme finalement mystérieux dont le carnet d’adresses mêlait stars du show-biz, jet-setteurs internationaux, familles royales européennes, hommes politiques de premier plan, intellectuels, financiers, diplomates voire services de renseignements ?

Ce que révèle, au fond, l’affaire Epstein n’est pas seulement l’ampleur d’un crime abject ni l’étendue d’un réseau mondain compromis. Cette boîte de Pandore met à nu une pathologie plus profonde, celle d’un monde de puissants convaincus que l’accumulation de richesses, de relations et de secrets constitue une immunité ; un monde d’ultra-riches qui méprisent l’intérêt général comme les règles démocratiques, les droits humains comme l’État de droit. Il est temps de rappeler que nul réseau, aussi riche soit-il, ne peut durablement se placer au-dessus de la loi sans fissurer la démocratie elle-même.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 février 2026)

La voix de la France

 

barrot

 

Il n’a pas le panache flamboyant et le lyrisme d’un Dominique de Villepin, entré dans l’Histoire avec son discours devant l’ONU en 2003 contre la guerre en Irak que voulaient mener les États-Unis. Il n’a pas la longue expérience du taiseux Jean-Yves Le Drian, emblématique ministre de la Défense puis des Affaires étrangères de François Hollande et d’Emmanuel Macron. Il n’a pas non plus le savoir diplomatique et encyclopédique d’un Hubert Védrine, ancien « sherpa » de François Mitterrand puis patron du Quai d’Orsay du gouvernement Jospin, ni le poids et le doigté politiques d’un Laurent Fabius capable de créer l’impensable, les conditions de l’Accord de Paris il y a dix ans.

Contrairement à des Dati ou des Darmanin, son nom n’apparaît pas ou peu dans les palmarès politiques. Et les mauvaises langues disent parfois de lui qu’il ne doit sa nomination qu’en raison du respect des équilibres politiques internes de la macronie ou de la réputation de son père Jacques, ministre et commissaire européen. Enfin, et surtout, il ne vient pas du sérail diplomatique, lui, le spécialiste de l’économie.

Et pourtant, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères depuis septembre 2024, a su trouver sa place pour incarner la voix de la France sur la scène internationale, avec son style, plutôt discret et équanime, dans un monde d’une complexité et d’une brutalité que n’ont pas eu à connaître tous ses prédécesseurs.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un an, c’est, en effet, tout l’édifice de l’ordre et du droit internationaux, patiemment construits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui est en train de vaciller avant, peut-être, de s’effondrer. Le retour des empires – Chine, États-Unis et dans une moindre mesure Russie –, la prééminence quasi-systématique de la force sur le droit, l’affaiblissement des démocraties libérales, notamment européennes, sous les coups de butoir des extrêmes droites, des ingérences étrangères et des algorithmes des géants du numérique dessinent un monde où porter la voix singulière de la France apparaît comme une gageure, ou un sacerdoce.

Sur son bureau, Jean-Noël Barrot voit les crises s’accumuler : guerre en Ukraine, souveraineté du Liban, du Groenland, tragédie à Gaza, relations avec l’administration Trump, critiques des accords de libre-échange avec le Mercosur ou l’Inde, crise en Iran ou avec l’Algérie – avec un de nos compatriotes, Christophe Gleizes, injustement emprisonné pour avoir fait son métier de journaliste. Le ministre jongle avec de multiples dossiers, tous plus importants les uns que les autres, et qui peuvent avoir des conséquences directes sur le quotidien des Français.

Il doit de surcroît aussi gérer les « fulgurances » d’Emmanuel Macron dont la diplomatie reste le pré carré. Ainsi en octobre 2023, le Quai d’Orsay découvre la proposition du Président, formulée à côté de Benjamin Netanyahu lui-même surpris, de s’inspirer de la coalition internationale anti-Daech pour lutter contre le Hamas, qualifié d’ « ennemi commun » terroriste. Plus récemment, le ministre a dû tempérer la réaction enthousiaste du Président à la capture de Nicolas Maduro en rappelant qu’elle « contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international »…

Dans ces moments-là, Jean-Noël Barrot pense peut-être à son père qui croyait « à l’effort persistant et continu plus qu’aux coups de collier sans lendemain. » Comme une définition de la diplomatie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 3 février 2026)

Photo Nathalie Saint-Affre.

 

La colère et les larmes

 

crans

 

Trente jours après l’incendie qui a ravagé le bar Le Constellation dans la station suisse de Crans-Montana, faisant 40 morts, dont une moitié de mineurs, et 116 blessés graves, dont beaucoup de grands brûlés, nous sommes partagés entre la colère et les larmes.

La colère, d’abord, en découvrant les rebondissements qui apparaissent au fil de l’enquête. Au centre de celle-ci, les propriétaires français du bar, Jacques et Jessica Moretti. Des Thénardiers pour lesquels il semble que la priorité des priorités était de dégager à tout prix de leurs établissements le maximum de profits, au mépris de la sécurité. Les dernières conversations révélées par la presse, les témoignages d’anciens employés, les dernières images des caméras de surveillance dont l’une montre qu’une issue de secours était volontairement bloquée par une chaise, sont édifiants. À cette désinvolture dont le couple va devoir répondre devant la justice suisse s’est ajoutée l’indignité de vouloir se dédouaner en rendant responsable de l’incendie l’employée qui manipulait les feux de Bengale et qui n’est plus là pour se défendre.

Mais, outre les propriétaires, la justice doit aussi remonter le fil des dysfonctionnements et notamment ceux concernant les contrôles. L’ancien responsable de la sécurité et l’actuel chef du service de la sécurité publique de la commune de Crans-Montana sont dans le collimateur de la justice qui leur demandera pourquoi, en dix ans, le Constellation n’a été contrôlé que trois fois ; la dernière en 2020 ? Pourquoi, aussi, les rapports d’inspection pointaient, à chaque fois depuis 2015, de nombreux défauts entre un escalier d’issue de secours en bois, des salariés non-formés ou l’emplacement d’extincteurs non-indiqués… ? Dès le lendemain du drame, les autorités locales avaient d’ailleurs elles-mêmes avoué un manque de contrôles… « Qui a fermé les yeux ? », demande Me Giudicelli, avocat de deux victimes grièvement blessées.

Cette défaillance des contrôles en Suisse a des répercussions en France où il existe aussi des bars similaires au Constellation qui se prennent pour des discothèques sans respecter la législation auxquelles ces dernières sont soumises. Il y a sans doute urgence, en Suisse comme en France, à reclassifier systématiquement ces « bars dansants », leur imposer un registre de sécurité à jour et la traçabilité de contrôles périodiques obligatoires. Et enfin à se pencher sur l’interdiction ou l’encadrement drastique des effets pyrotechniques en sous-sol…

Rendre justice, tirer les leçons du drame sont deux actions capitales qu’attendent les familles dont la colère est avivée par les larmes. À la difficulté de faire le deuil de ceux qui ont péri, à l’angoisse de devoir vivre et revivre cette nuit tragique du premier de l’an pour les rescapés, s’ajoute l’indicible souffrance des blessés brûlés et de leur famille. Ces jeunes gens ne sont qu’au début d’un parcours médical long, complexe, éprouvant, incertain ; leurs parents font face à une fatigue morale, à des difficultés logistiques et financières aussi insupportables qu’injustes.

L’émotion intacte de l’opinion en Europe doit se traduire par une solidarité à leur égard pour les aider à tenir. Tenir parce que, comme l’ont assuré ces derniers jours de grands brûlés, derrière la douleur et le découragement, les larmes et la colère, percent l’espoir et la vie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 janvier 2026)

 

Fragile embellie

 

immobilier

À moins de deux mois des élections municipales, le marché immobilier français donne des signes de réveil. Après trois années de chute historique, 2025 a, en effet, marqué un frémissement : davantage de transactions, des prix stabilisés, un crédit redevenu accessible pour une partie des ménages. Mais cette reprise reste encore fragile, presque sous perfusion. Et surtout, elle se heurte à une double menace : l’immobilisme politique et une crise de l’offre devenue structurelle.

Les chiffres livrés ce mois-ci par la FNAIM sont sans ambiguïté. Avec 940 000 ventes de logements anciens en 2025, le marché progresse de 11 % sur un an, sans retrouver pour autant le sommet de 2021. Les prix, eux, n’augmentent que marginalement (+ 0,8 %), à peine au niveau de l’inflation. Une reprise technique, donc, plus qu’un véritable rebond. Car derrière ces indicateurs rassurants, la confiance reste vacillante, plombée par la hausse des droits de mutation, la pénurie de logements locatifs et une fiscalité immobilière devenue instable et illisible.

Surtout, l’ascenseur résidentiel est grippé. La détente des taux, stabilisés autour de 3,2 %, a surtout profité aux ménages les plus solvables. Les primo-accédants, de leur côté, reviennent, mais l’accès au crédit demeure trop sélectif, laissant de côté une large partie des classes moyennes. Et la fracture territoriale est toujours là : certaines villes moyennes ou en périphérie redémarrent quand d’autres décrochent. Cette géographie masque ainsi une réalité plus profonde : la France manque de logements, tout simplement.

La dernière enquête Ipsos pour la Fondation du logement rappelle en parallèle l’urgence sociale liée au logement. Un Français sur cinq a connu des difficultés pour payer son logement en 2025, contre 13 % seulement trois ans plus tôt. Le logement s’impose ainsi comme la première source d’angoisse budgétaire des ménages, devant l’énergie ou l’alimentation.

Or, à l’approche des municipales puis de la présidentielle, le secteur est placé sous cloche. La construction ralentit, les décisions structurantes sont différées et l’action publique se réduit à un empilement de dispositifs parfois contradictoires : encadrement des loyers, fiscalité mouvante, incitations suspendues ou réinventées. L’annonce par Sébastien Lecornu d’un objectif de deux millions de logements d’ici 2030 marque, certes, une inflexion de discours bienvenue. Mais l’histoire récente invite à la prudence : sans stratégie globale, sans stabilité réglementaire et sans choc de confiance, l’objectif restera incantatoire.

La reprise est là, réelle mais ténue et elle peut encore s’enrayer. Le logement, première dépense des Français et pilier de la cohésion sociale, ne peut plus être géré au rythme des calendriers électoraux. À défaut d’un cap clair et durable, la fragile embellie immobilière de 2025 risque de n’avoir été qu’un sursis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 janvier 2026)


Angles morts

 

squat

 

L’activisme médiatique d’un ministre n’est pas toujours synonyme de sérieux dans sa traduction législative. Telle pourrait être la leçon à retenir de la loi anti-squat du très libéral Guillaume Kasbarian, aujourd’hui député EPR admirateur des méthodes du président argentin Javier Milei. Il y a deux ans, la loi portant son nom avait durci fortement la répression des squats, accéléré les expulsions administratives (procédure 48/72 heures) et raccourci les délais pour les locataires en impayés. Les peines pour occupation illicite d’un logement avaient triplé, allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (au lieu d’un an et 15 000 euros).

Partiellement censuré par le Conseil constitutionnel, le texte, sans surprise, avait été accusé de « criminaliser les sans-logis » par de nombreuses associations, qui estimaient qu’il assimilait mal-logés, squatteurs et délinquance et privilégiait la répression plutôt que les solutions de logement. Pour les propriétaires, en revanche, la loi a apporté un surcroît de sécurité. Confrontés à la lenteur de la justice ou aux chausse-trappes d’une administration tatillonne, les petits propriétaires victimes de squatteurs – ce sont rarement des millionnaires – s’épuisaient, souvent seuls, dans des années de procédures coûteuses avant de récupérer leur bien, parfois très dégradé.

Mais la loi Kasbarian n’a pas recensé tous les cas de figure et comportait des angles morts, des failles sur lesquelles les sénateurs se sont penchés le 20 janvier dernier. Si un squatteur est un individu qui entre et se maintient illégalement dans le logement d’autrui, celui qui refuse de quitter son logement à la fin du bail n’était, en effet, pas considéré par la loi comme un squatteur. Une situation anormale qui s’est produite notamment avec les locations de courte durée via Airbnb ou plateformes assimilées. Ces cas de détournement de location saisonnière sont certes très minoritaires mais existent et nécessitaient donc d’être pris en compte. La proposition de loi sénatoriale y répond et en profite pour élargir la protection anti-squat aux locaux commerciaux et agricoles qui en étaient exclus.

Reste que voir le Parlement se pencher une énième fois sur le problème des squats donne la perception, comme l’arbre cachant la forêt, que ce serait là la seule problématique du logement en France. Il n’en est évidemment rien et Sébastien Lecornu, dont le gouvernement prépare un « grand plan logement », semble bien en avoir conscience, lui qui s’est donné pour objectif, le 23 janvier, de construire « 2 millions de logements d’ici à 2030 », soit 400 000 par an. Un objectif colossal pour lequel le Premier ministre a promis des moyens : 500 millions d’euros seront alloués à 700 bailleurs sociaux, afin « qu’ils construisent plus et rénovent davantage ».

C’est qu’il y a urgence. Plus de 4 millions de personnes sont mal logées, tandis que 12 millions supplémentaires sont fragilisées par le logement selon la Fondation pour le logement. En 2024, plus de 19 000 expulsions locatives ont eu lieu, souvent sans relogement. Et près de 3 millions de ménages attendent un logement social…

Autant dire que si s’attaquer aux squats est légitime, y compris en modifiant la loi pour les cas les plus minoritaires, le désordre du logement ne se réglera ni à coups de peines alourdies ni par des ajustements législatifs successifs. Il appelle une politique de production massive, de régulation du marché et de protection sociale assumée. À défaut, le Parlement continuera de légiférer sur les conséquences visibles d’une crise dont il peine encore à traiter les causes structurelles.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 janvier 2026)

 
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Derrière la vitrine

 

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Il devait être comme à chaque édition un grand moment de fête, mais le salon de l’agriculture sera cette année bien triste, peut-être à l’image d’une agriculture française qui, de crise en crise, peine à redéfinir son modèle dans un monde bousculé par une nouvelle géopolitique mondiale plus agressive. En effet, pour la première fois depuis sa création en 1964, la « plus grande ferme de France » n’aura pas ses bovins, dont l’égérie du Salon, la vache Biguine, de la race Brahman, qui voulait donner un coup de projecteur et de chapeau aux éleveurs ultramarins. Cette décision crève-cœur a été prise par les organismes de sélection des races bovines, qui ont choisi, malgré l’accord des autorités, de ne pas présenter de bovins au concours général agricole et refusé la présence, même symbolique, de quelques vaches, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire bovine (DNC), cette crise sanitaire qui s’est muée en crise tout court.

Des boycotts en solidarité avec les éleveurs de bovins ont depuis émergé, comme ceux des Chambres d’agriculture des Ardennes ou de l’Ariège, notamment, et potentiellement d’autres acteurs qui font le déplacement chaque année à Paris pour montrer leur savoir-faire et la qualité de leur production. « Certaines formations syndicales et politiques ont appelé au boycott pour semer le bazar », a tancé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui, décidément, semble aussi en décalage qu’au début de la crise de la DNC où elle avait mis du temps à exprimer un peu de compassion envers les éleveurs éprouvés.

Le salon, pourtant, se tiendra bien en dépit de l’absence de bovins, les organisateurs voulant transformer cela en opportunité de soutien à l’agriculture. Car le SIA 2026 reste toujours pertinent comme vitrine des solutions face aux crises – sanitaire, économique, climatique –, en promouvant innovations, transmission et souveraineté alimentaire. Il constitue aussi un lieu de rencontre unique entre les agriculteurs et les Français, et un lieu de rendez-vous incontournable entre les professionnels et les politiques qui, tous, défileront entre les stands en évitant de se défiler pour proposer leurs solutions.

Les solutions aux crises de l’agriculture française sont justement le leitmotiv du salon dont le thème, « Générations solutions », veut mettre en lumière les jeunes paysans qui construisent l’agriculture de demain, alors qu’un tiers des agriculteurs français partira à la retraite d’ici 2030. Un bouleversement qui s’ajoute à la perte vertigineuse des petites exploitations : entre 1988 et 2020, 90 % des départements français ont perdu plus de la moitié de leurs fermes ; 40 000 ont disparu dans les trois dernières années. En conséquence, les exploitations de 200 hectares ou plus représentent désormais une ferme sur dix. Une situation qui pourrait s’accélérer et peser sur l’emploi, sur la diversification, sur la biodiversité.

Au final, le salon sera la vitrine d’une agriculture en train de changer profondément, parfois brutalement et même injustement quand les agriculteurs subissent une concurrence déloyale. Et pour la première fois depuis 50 ans, la balance commerciale de l’Hexagone dans l’agroalimentaire sera probablement déficitaire. Une bascule historique qui doit appeler des réponses à la hauteur pour que les prochains salons retrouvent le sourire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 23 janvier 2026)

 
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Tenir Parole

 

LGV

Que vaut la parole de l’État ? Non pas celle de ceux qui sont de passage à sa tête ; on a vu combien elle pouvait être friable et changeante avec un Sébastien Lecornu jurer en octobre ne pas utiliser le 49.3 pour faire adopter le budget et qui revient benoîtement sur sa promesse trois mois plus tard. Non, que vaut la parole de la puissance publique qui, lorsqu’elle a été prononcée, actée, signée, doit être tenue parce qu’elle engage dans un cadre démocratique clair des projets, des décisions concrètes pour les Français ?

On peut se poser légitimement la question quand on voit l’État impécunieux et criblé de dettes envoyer des ballons d’essai, commander un énième rapport au Conseil d’orientation des infrastructures, pour laisser entendre qu’il ne pourrait pas honorer sa promesse de financer à hauteur de 40 % les 14,3 milliards d’euros des LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax – 166 M€ par an, soit 0,03 % du budget de l’État – et qu’il faudrait plutôt recourir à un partenariat public-privé pour financer le projet ferroviaire.

Cette perspective, disons-le clairement, est inacceptable. Inacceptable de voir l’État tenter de se défiler pour ne pas honorer le montage financier patiemment construit qu’il avait validé aux côtés des collectivités locales et de l’Union européenne, qui financent respectivement 40 % et 20 % du montant total.

Inacceptable parce que le chantier a déjà commencé et qu’il serait insupportable et incompréhensible de le voir s’interrompre maintenant, retardant encore l’arrivée du TGV.

Inacceptable parce que ce projet est plébiscité massivement par les citoyens qui l’attendent. 87 % des habitants du Sud-Ouest et 76 % des Français y sont favorables selon le dernier sondage commandé en octobre dernier par GPSO.

Inacceptable parce que ce projet répare une injustice. Comment justifier que Toulouse, l’une des métropoles les plus dynamiques du pays, que l’Occitanie et ses 6 millions d’habitants, que ses centaines d’entreprises et ses milliers de touristes qui nous rendent visite ne disposent pas d’un TGV pour rejoindre Paris et se connecter au réseau à grande vitesse qui passe déjà à Bordeaux, Lyon, Lille ou Marseille ?

Inacceptable enfin parce que le partenariat public-privé (PPP) évoqué par l’ancien ministre des Transports Dominique Bussereau est très loin d’être la solution miracle, comme le montrent de nombreuses études. En 2018, la Cour des comptes européenne a rendu un rapport sévère pointant retards de construction jusqu’à 52 mois ou hausses de coûts de 12 PPP qu’elle avait passés au crible. Au point que la Cour a recommandé de ne pas promouvoir un recours accru aux PPP. La Cour des comptes française, dans des rapports antérieurs, a dénoncé des coûts financiers excessifs, un partage de risques défavorable aux collectivités et un manque de concurrence, appelant de fait à la prudence. Et dans un rapport publié le mois dernier, l’Inspection générale des finances, si elle soulignait que les PPP pouvaient être efficaces, pointait aussi leur complexité et leur coût élevé.

Les élus locaux ont aujourd’hui raison d’être en colère et d’appeler l’État à la cohérence pour ne pas dire à la raison et au respect de sa parole. Réaliser la LGV Toulouse-Bordeaux est, au-delà de la question du transport lui-même, une question d’équité et de considération envers une Occitanie qui a été souvent oubliée et parfois un peu méprisée par Paris. La LGV, projet structurant attendu depuis des années, ne saurait être une variable d’ajustement budgétaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 janvier 2026)

Justice à bout

 

justice

Il y a, dans la justice française, une scène et des coulisses. La scène, ce sont les grands procès pénaux, terroristes notamment : solennels, rigoureux, exemplaires. Les procès du Bataclan, des affaires Pélicot ou Jubillar, ou encore ceux de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen montrent une institution capable de traiter des milliers d’actes, d’écouter des centaines de victimes et de témoins, de tenir le temps long, finalement d’incarner réellement l’État de droit dans ce qu’il a de plus noble. Mais derrière ce décor, les coulisses racontent une autre histoire : celle d’une justice du quotidien à bout de souffle, engorgée, contrainte, et parfois invisible.

En effet, chaque année, des millions de plaintes affluent. Trop pour des parquets saturés, trop pour des services d’enquête sous tension, trop pour une machine judiciaire structurellement sous-dimensionnée. Résultat : des classements sans suite en masse, des délais qui s’étirent sur des mois voire des années, et des infractions banales reléguées au rang de variables d’ajustement. Vols mineurs, dégradations, escroqueries, violences sans ITT : autant de faits mal traités qui nourrissent chez les victimes un légitime sentiment d’abandon.

La tentation serait grande d’y voir une justice indifférente mais ce serait une erreur. Car notre système tient encore par le dévouement de celles et ceux qui le font vivre. Policiers et gendarmes, qui jonglent avec des dizaines de procédures en parallèle. Magistrats du parquet, sommés de trancher dans l’urgence des milliers de dossiers par an. Juges du siège, contraints de hiérarchiser l’inacceptable. Greffiers, personnels administratifs, agents souvent invisibles sans lesquels rien ne fonctionnerait. Tous travaillent à flux tendu, souvent au prix de l’épuisement, pour garantir une justice aussi équitable que possible. Il suffit d’assister à n’importe quelle audience correctionnelle qui s’étire parfois jusque tard dans la nuit pour mesurer leur professionnalisme face un système grippé qui manque de moyens.

La France continue, en effet, de consacrer moins de moyens à sa justice que la plupart de ses voisins européens, tout en lui demandant davantage. Moins de juges, moins de procureurs, des délais plus longs : la comparaison est cruelle et persistante. Certes, les budgets augmentent. Certes, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, promet des recrutements « historiques ». Mais sur le terrain, le ressenti reste le même : celui d’un décalage entre les annonces et le quotidien des justiciables.

La justice française n’est pas défaillante par manque de principes mais par excès de charges et insuffisance de moyens. À force de traiter l’urgence permanente, elle fragilise, d’évidence, la confiance, nourrit le sentiment d’impunité et abîme le pacte civique. Restaurer cette confiance suppose de regarder au-delà des vitrines prestigieuses des grands procès et de prendre au sérieux la justice ordinaire, celle qui règle les conflits modestes mais essentiels, celle qui dit à chaque Français que sa plainte compte, et donc que lui-même compte comme citoyen dont les droits sont respectés.

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 20 janvier 2026)

Cercle vertueux

 

commerces

Chacun d’entre nous a déjà été confronté à un centre-ville où des commerces ont fermé boutique, où les rideaux baissés sont plus nombreux dans une rue que les vitrines éclairées, où les immeubles finissent par se vider de leurs commerces au rez-de-chaussée puis de leurs habitants. Avec un taux de vacance commerciale estimé à 14 % en 2024, contre 6 % en 2010, les centres-villes traversent, c’est peu de le dire, une phase de fragilisation structurelle profonde. Profonde mais pas inéluctable.

Certes, la concurrence des zones commerciales en périphérie des villes est redoutable depuis plusieurs décennies. Que faire, en effet, face à des centres commerciaux XXL dont le stationnement est gratuit, avec un foisonnement d’offre alimentaire, de services ou d’habillement, de vastes hypermarchés aux références sans fin, des galeries commerciales aux enseignes très diverses… et qui imitent parfois les rues d’un centre-ville, un comble ! Par comparaison, le commerce de centre-ville paraît daté, trop cher, trop compliqué pour s’y garer à proximité.

Pourtant rien n’est figé et on peut rompre ce cercle vicieux pour reconstruire un cercle vertueux. Ce qui suppose la mobilisation de tous. Les élus d’abord qui doivent veiller à l’équilibre entre centres commerciaux en périphérie – forcément pourvoyeurs d’emplois – et commerces de centre-ville sans lesquels une ville n’est plus une ville. Réhabiliter les centres avec les nombreux programmes existants (opération Coeur de ville, etc.) et en faire un élément structurant de la vie de la cité permet de redynamiser le commerce. Les exemples ne manquent pas et certaines villes redécouvrent le bonheur des Halles, comme Rodez qui vient d’inaugurer les siennes. D’autres ouvrent des perspectives en piétonnisant tout ou partie d’artères qu’on pensait délaissées. À Toulouse la transformation de la rue de Metz en est un bon exemple.

Mobilisation des Français ensuite. Il ne suffit pas de se dire attaché aux commerces de proximité en ville, comme le montre le 10e Baromètre du centre-ville et des commerces – 64 % des Français le sont, 75 % chez les 18-24 ans –, sans mettre en adéquation ses propres pratiques de consommation. Il faut, d’évidence, des preuves d’amour et faire l’effort d’acheter en ville, c’est soutenir le commerce mais aussi une certaine idée de la ville dont les rues ne sauraient accueillir que des agences bancaires ou d’assurances…

Enfin les professionnels doivent mieux se structurer, revoir leurs offres face aux grands centres commerciaux qui, eux, doivent être mieux encadrés.

Les élections municipales sont l’occasion d’aborder la question du commerce de proximité car derrière se trouve la vision que l’on veut pour sa ville, son bourg en n’oubliant pas les connexions qu’il y a avec les villages du bassin de vie. La ville évolue sans cesse, se réinvente et depuis quelques années, on redécouvre les bienfaits d’une vraie proximité comme l’a montré le professeur Carlos Moreno qui a inventé le concept de ville du quart d’heure et territoire de la demi-heure qui montrent que tout reste possible.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 janvier 2026)

Nouvel an, nouveau monde

 

monde

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». La célèbre phrase d’Antonio Gramsci, homme politique, journaliste et penseur italien né en 1891, a été si souvent citée à tort et à travers, ignorée ici, récupérée là, qu’elle en a presque perdu de sa force. Gramsci refusait l’économicisme – qui suppose que tout relève de l’économie – et avançait l’importance du rôle de la culture et des idées, de leur appropriation et de la bataille autour de l’hégémonie culturelle. Cette bataille-là autour, finalement, de la vision du monde que l’on veut est actuellement à l’œuvre et 2026 s’ouvre ainsi sur une période de grandes incertitudes.

Le vieux monde se meurt, c’est d’abord celui de l’ordre international né après la Seconde Guerre mondiale. Jamais le multilatéralisme n’a reçu autant de coups, particulièrement venu de ceux qui jusqu’ici en étaient les défenseurs, les États-Unis. Le retour d’un Donald Trump avide de revanche à la Maison Blanche il y a un an, a donné le vertige tant les renoncements et les reniements, souvent dictés par un ego démesuré et versatile, ont été nombreux. D’abord aux États-Unis, où certains redoutent de voir s’installer un régime autoritaire techno-fascisant. Mais aussi à l’extérieur. Le spectaculaire rapprochement ambigu avec la Russie de Poutine sur le dossier de la guerre en Ukraine interroge. Jusqu’où le président américain est-il prêt à aller pour sceller des « deals » ? À l’heure où l’on atteindra, en février prochain, quatre années de guerre, on espère que 2026 sera l’année de la paix à Kiev.

Donald Trump n’hésite jamais à souffler le chaud et le froid avec ses adversaires comme avec ses alliés. L’Europe en sait quelque chose. Après 80 ans de paix, là voilà attaquée par son allié historique : hausse des droits de douane, critiques permanentes sur nos politiques économiques et migratoires, ou sur notre régulation des grandes plateformes numériques américaines, chantage autour de l’effectivité de l’Otan, ingérences politiques dans les scrutins de plusieurs pays, etc. À cela s’ajoutent les guerres hybrides et économiques menées ici par la Russie, là par la Chine…

Handicapée par ses divisions, l’UE a tout de même pris la mesure du danger existentiel qui la menace, esquissant enfin la défense commune qu’appelait de ses vœux depuis 2017 Emmanuel Macron. En 2026, il va falloir que l’Europe reste unie, ferme sur ses valeurs, mais ouverte pour évoluer et ne devenir ni une colonie numérique des États-Unis, ni le réceptacle principal des produits fabriqués en Chine. Entre Trump et Xi Jinping, l’UE ne peut se contenter de seulement réguler, il faut qu’elle se retrousse les manches, mobilise ses talents, investisse massivement et rapidement pour innover sur les transports, l’intelligence artificielle, la santé… Il en va de sa souveraineté.

Aux incertitudes internationales et européennes s’ajoutent, enfin, celles pour la France. Que réservera 2026 à notre pays si polarisé ? La crise politique née de la dissolution ratée de l’Assemblée nationale en juin 2024 ne sera sans doute pas réglée et, entre le scrutin local des municipales en mars et la préparation de la présidentielle de l’année prochaine, on se retrouve comme enlisé dans un sas d’attente. L’attente d’une vision claire qui réponde à tous les enjeux économiques, sociaux, agricoles, scientifiques, industriels, culturels… Chaque citoyen va – et doit – y contribuer à condition d’avoir les clés de compréhension de tous ces enjeux, trop souvent pollués par un brouillard de désinformation et de fake news.

C’est pour lever cette chape que La Dépêche vous accompagnera toute l’année pour raconter, expliquer, décrypter ce qui se passe près de chez vous comme à l’étranger. Parce que si l’époque est propice aux monstres évoqués par Gramsci, le monde de demain reste, heureusement, à écrire avec vous.

(Mon éditorial dans La Dépêche du Midi du 1er janvier 2026)

Crise agricole : des réponses claires

 

barrage

La trêve des confiseurs n’est pas celle des agriculteurs. Si de nombreux barrages érigés il y a vingt jours pour protester contre le protocole sanitaire censé circonscrire la dermatose nodulaire bovine (DNC) ont été levés, d’autres restent en place, notamment dans le Sud-Ouest. Bénéficiant d’un fort soutien de l’opinion, les agriculteurs qui occupent les routes entendent ainsi maintenir une pression maximale sur le gouvernement pour espérer une modification du protocole et l’arrêt de l’abattage total. L’État, qui a tardé à prendre toute la mesure du désarroi des éleveurs touchés par la DNC et leur a montré bien peu de compassion, a clairement mal géré sa réponse au début de la crise. Pour autant, sur la DNC, les marges de manœuvre sont limitées et le gouvernement n’entend visiblement pas revoir de fond en comble le protocole décrié, le seul efficace selon les scientifiques. Appliqué d’ailleurs rigoureusement en Italie et en Espagne, il a montré toute son efficacité.

Mais en France, la défiance qui s’est accumulée entre le monde agricole et l’exécutif depuis la crise de 2024 est telle que la vérité scientifique sur la DNC n’est plus entendable par certains. Quatre anciens ministres de l’Agriculture – Michel Barnier, Marc Fesneau, Stéphane Travert et Julien Denormandie – ont eu beau plaider que « l’adversaire n’est ni l’État ni la science, mais le virus », certains n’en démordent pas, notamment chez la Coordination rurale dont le président fanfaronne qu’il veut « attaquer ceux qui nous attaquent » et installer « un rapport de force permanent ».

En découdre donc, quitte à se tromper d’adversaires… Car ni les vétérinaires qui travaillent pourtant toute l’année avec les éleveurs et qui ont été menacés de mort ; ni les journalistes de La Dépêche, qui donnent la parole tous les jours aux agriculteurs, dont l’agence du Gers a été dégradée parce que des articles auraient « déplu » ; ni encore les forces de l’ordre prises à partie ne sont des « adversaires » du monde agricole, bien au contraire. Cette violence, ces menaces et ces dégradations, ce jusqu’au-boutisme dans lequel s’enferre et se piège une partie de la Coordination rurale, sont d’autant plus inacceptables qu’ils desservent la cause de l’agriculture.

Heureusement, d’autres actions se font beaucoup plus pacifiquement, comme sur l’A64, où les « ultras » de Jérôme Bayle justifient le maintien du blocage par leur volonté d’élargir la focale. Car la DNC n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis la crise de 2024, beaucoup d’agriculteurs estiment que les promesses n’ont pas été tenues ou pas assez vite réalisées alors que les difficultés s’accumulent, particulièrement dans notre région où les revenus dans les petites exploitations sont bas.

Règles sanitaires, normes, garanties sur les prix, gestion de l’eau, aléas climatiques et assurances, concurrence internationale avec l’imminence du Mercosur… : autant de dossiers ouverts, difficiles mais cruciaux pour l’avenir, pour lesquels les agriculteurs, et les Français avec eux, attendent simplement des réponses claires. Lever vraiment ces ambiguïtés permettra ainsi de lever les barrages…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 31 décembre 2025)

Électricité : prix sous tension

 

electricité

 

Le marché électrique français a été soumis ces dernières années à une succession d’aléas intérieurs et extérieurs. Intérieurs d’abord, lorsque l’épidémie de Covid-19, à partir de 2020, est venue désorganiser en profondeur le calendrier de maintenance du parc nucléaire français, composé de 56 réacteurs vieillissants. Ces retards cumulés, aggravés ensuite par des problèmes techniques, ont conduit RTE à évoquer, à l’hiver 2022-2023, un scénario de coupures d’électricité ciblées afin d’éviter un black-out général.

Aléas extérieurs ensuite, lorsque la guerre en Ukraine a provoqué des conséquences en cascade sur le marché de l’énergie européen, contraignant le gouvernement à mettre en place un coûteux bouclier tarifaire. Celui-ci a permis de contenir la hausse des tarifs réglementés à + 4 % en 2022 puis à + 15 % en 2023. À chaque crise, ménages et entreprises se sont interrogés sur le montant réel de leur facture d’électricité, dépendante à la fois de l’organisation du marché français et européen et de la situation géopolitique internationale.

Cette interrogation va se poser à nouveau avec la disparition, le 1er janvier prochain, de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH). Ce mécanisme, prévu par la loi NOME et entré en vigueur en 2011, obligeait EDF à céder jusqu’à 100 térawattheures par an – environ un quart de sa production nucléaire – à un prix fixe, au bénéfice de ses concurrents fournisseurs. Une concurrence artificielle, largement en trompe-l’œil. Une quarantaine de fournisseurs alternatifs ont profité de ce système, mis en avant des arguments marketing parfois spécieux et bâti des offres calées sur le tarif réglementé ou sur les prix de marché, avec le risque de hausses brutales en période de tension. Pour de nombreux observateurs, cette concurrence n’a pas réellement bénéficié aux consommateurs, tout en contribuant à fragiliser EDF. L’électricité ainsi « bradée » par l’électricien public a été évaluée par Bercy à plusieurs milliards d’euros, jusqu’à 8 milliards selon certaines estimations.

Mettre fin à l’ARENH aura-t-il des conséquences sur les factures ? Non, affirme le gouvernement, qui assure que la stabilité des prix sera au rendez-vous en 2026 et 2027. Oui, rétorquent à l’inverse les fournisseurs alternatifs et certaines associations de consommateurs, qui estiment que les prix auraient pu baisser avec le maintien du dispositif. Le comparateur Hello Watt, qui décortique le marché de l’électricité, souligne que la France n’est plus aujourd’hui le pays européen le moins cher, que les tarifs pour les consommateurs français demeurent supérieurs de près de 25 % à leurs niveaux d’avant-crise et que la fin de l’ARENH pourrait conduire à des prix plus volatils et structurellement plus élevés.

Derrière ce mécano complexe et souvent illisible pour le grand public se dessine en réalité l’avenir du marché électrique européen, qui nécessite une profonde mise à jour. L’Union européenne devra investir entre 2 000 et 3 000 milliards d’euros d’ici 2050 pour moderniser ses réseaux, renforcer leur résilience face aux aléas climatiques et accompagner l’électrification massive des transports, du chauffage et de l’industrie. En France, accélérer l’électrification constitue une urgence absolue, selon le dernier rapport de RTE. Une urgence également politique, à l’heure où le gouvernement est en retard sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), censée fixer enfin un cap lisible sur le développement des énergies renouvelables, la maîtrise de la demande, le nucléaire et, surtout, le prix de l’électricité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 30 décembre 2025)

 

Nation connectée

 

smartphone

 

C’était il y a 40 ans, le 29 avril 1985 exactement. Sur le plateau du 13 heures de TF1, Yves Mourousi reçoit François Mitterrand dans une émission spéciale « Ça nous intéresse Monsieur le Président ». « Vous savez ce que c’est que chébran ? », lui demande le journaliste. « Vous auriez dû dire câblé ! » lui répond un Mitterrand goguenard, désireux alors, à 69 ans, de montrer qu’un sénior, fut-il président de la République, peut rester connecté à son époque. Les seniors d’aujourd’hui battent eux aussi en brèche le cliché qu’ils seraient en marge d’une société de plus en plus numérisée.

Ni chébrans, ni câblés, ils sont au contraire bel et bien connectés comme le reste de la population. Les différentes études publiées cette année attestent qu’ils sont des usagers réguliers d’internet et des smartphones. En 2024, 70 % des 70 ans et plus possédaient ainsi un smartphone, un pourcentage en hausse de 8 points en un an. Et près de deux tiers d’entre eux déclarent un usage quotidien du smartphone, contre moins de 4 sur 10 en 2017.

L’épidémie de Covid-19 et ses éprouvants confinements sont passés par là. Le numérique a permis de rapprocher virtuellement des familles séparées physiquement, ancrant dans les habitudes l’utilisation de la visioconférence, des messageries, des groupes Whatsapp où l’on s’échange petits mots et photos. Et que dire de l’explosion du commerce en ligne ou de la lente mais réelle numérisation des démarches administratives ; des démarches en ligne que les seniors maîtrisent mieux que leurs petits enfants. Le Baromètre du numérique montre que 69 % des jeunes adultes (18-24 ans) sont, de loin, les plus nombreux à éprouver des difficultés concernant la réalisation de démarches administratives sur internet… Et même s’ils passent évidemment moins de temps devant les écrans que les plus jeunes, les seniors utilisent eux aussi les réseaux sociaux, où beaucoup apparaissent acteurs, contributeurs et non pas seulement spectateurs passifs.

Le tableau n’est toutefois pas tout rose. Si beaucoup des plus de 65 ans maîtrisent bien les outils numériques classiques – au point pour certains de refuser les smartphones « spécial senior » – d’autres grossissent les rangs de ce ceux qui sont frappés par l’illectronisme. 16 millions de Français souffrent ainsi de l’absence ou de l’insuffisance de compétences numériques de base – voire n’ont pas du tout de connexion internet. Une personne sur quatre âgée de 60 à 74 ans est concernée, deux sur trois après 75 ans.

Il y a donc urgence à lutter contre cette exclusion en mettant en place des dispositifs d’aide qui ne se passent pas uniquement en ligne ou par téléphone mais mobilisent des formateurs en face-à-face. Il s’agit d’installer un contact humain indispensable pour embarquer dans le grand bain numérique les aînés – et les autres – mais aussi d’offrir en attendant des alternatives physiques aux démarches dématérialisées. Ne laisser personne exclu du numérique, voilà l’exigence à laquelle doit répondre une nation qui se veut connectée.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 27 décembre 2025)

 
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Gestion des risques

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Évidemment, le contraste est spectaculaire. Le 9 décembre, l’observatoire européen Copernicus, qui a enregistré pour novembre 2025 « le troisième mois de novembre le plus chaud à l’échelle mondiale », assurait que « l’année 2025 est en passe de devenir la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2023 ». « L’anomalie de température moyenne mondiale pour la période de janvier à novembre 2025 est de 0,60 °C au-dessus de la moyenne de 1991-2020, ou 1,48 °C au-dessus de la référence préindustrielle de 1850-1900, avant que le climat ne se réchauffe durablement sous l’effet de l’activité humaine », indiquait Copernicus. La publication des statistiques pour décembre et le bilan annuel pourraient donc placer 2025 derrière le record historique de température établi en 2024.

Mais ce week-end, après plusieurs semaines de douceur, la France est entrée brutalement dans l’hiver avec des pluies, de la neige comme on n’en avait plus vues depuis longtemps, notamment en Aveyron, et des inondations d’un niveau historique dans l’Hérault ou le Gard. Une météo très hivernale, qui devrait se prolonger avec une goutte froide. Ce phénomène devrait faire de ce Noël 2025 l’un des plus froids depuis quinze ans.

Ce contraste chaud-froid fait turbuler les climatosceptiques, mais il illustre bien les effets du réchauffement climatique, celui que Donald Trump qualifiait à la tribune de l’ONU en septembre de « plus grande arnaque » de l’Histoire. D’arnaque, il n’y en a pas, seulement des faits scientifiquement établis et vérifiables qui montrent que le dérèglement climatique généré par l’activité humaine rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, plus meurtriers et plus destructeurs.

À quelques heures de Noël, la mobilisation est de mise pour porter secours et assistance aux sinistrés, privés de courant ou dont les maisons ont été inondées. Élémentaire et nécessaire solidarité. Mais la mobilisation doit se doubler d’une réflexion de plus long terme dont vont devoir se saisir les candidats aux municipales : la gestion des risques naturels à l’échelle des communes – forcément coûteuse – est désormais capitale tant pour les aménagements futurs que l’adaptation des infrastructures actuelles, la préparation et la parfaite information des populations.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 décembre 2025)

Changer la ville

 

ville

Une victoire politique n’est pas forcément une victoire électorale. Les écologistes qui se sont emparés de plusieurs grandes villes – dont Lyon et Bordeaux – lors des municipales de 2020 pourront méditer cela à l’heure où certains sondages leur prédisent le reflux de la vague verte d’il y a six ans pour le scrutin de mars. Qu’importent au final les grossières caricatures dont ces maires EELV ont été l’objet, les polémiques à répétition nourries parfois par leurs propres maladresses. Car les édiles écolos peuvent revendiquer une victoire politique : aucun maire sortant ni aucun candidat, quel que soit son bord politique, n’envisageraient une seconde de faire l’impasse sur les questions environnementales qui, désormais, conditionnent le cadre de vie d’une commune.

L’accélération du réchauffement climatique qui impacte le degré de pollution ou la ressource en eau, crée des îlots de chaleur, rend invivable les logements « passoires thermiques », et met à rude épreuve les habitants a conduit toutes les municipalités à redéfinir leurs aménagements urbains, à verdir leurs politiques, répondant autant à la nouvelle donne climatique qu’aux demandes d’habitants en quête de verdure et d’air pur. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir le chemin parcouru en six ans par les villes et villages français et, ces dernières semaines, les inaugurations des derniers chantiers du mandat qui, quasiment tous, incluent une dimension « verte ».

Les questions environnementales, la transition écologique et énergétique seront ainsi logiquement au cœur des programmes des candidats. Les enjeux portent à la fois sur la réduction des émissions (logement, mobilité, foncier…) et sur l’adaptation très concrète aux épisodes de canicules, d’inondations, de sécheresses et autres risques climatiques à l’échelle des communes. En juillet dernier, selon un sondage Ipsos, 87 % des citoyens déclaraient que la transition énergétique compterait dans leur choix municipal. Près de 4 Français sur 10 attendent en priorité des mesures locales contre la pollution, un tiers contre le dérèglement climatique.

Des attentes d’autant plus forte que les électeurs savent que les maires ont un réel pouvoir d’action dans ce domaine pour changer la ville et donc changer la vie. Les communes et intercommunalités disposent, en effet, de leviers structurants en matière d’urbanisme, de mobilités, d’énergie et de gestion de l’eau, ce qui en fait un échelon clé de la transition. Et 80 % des Français disent vouloir voir le maire disposer de davantage de pouvoirs pour agir en faveur de l’environnement.

Reste aux candidats à trouver le bon équilibre pour choisir des trajectoires urbaines compatibles avec les engagements climatiques nationaux et européens : agir vite et fort mais en tenant compte des difficultés d’adaptation de certains. Les zones à faibles émissions, le « zéro artificialisation nette », les nouvelles restrictions de circulation pour favoriser les mobilités douces ou les transports en commun, la végétalisation parfois coûteuse sont autant de potentiels points de frictions qui méritent du débat plutôt que de vaines invectives politiciennes et, surtout, d’associer les citoyens aux choix. Car en mars, il s’agira d’arbitrer les investissements structurants des 10 à 20 ans à venir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 22 décembre 2025)

L'amie mini

 

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Pour certains, évoquer les voiturettes sans permis, c’est convoquer des souvenirs de jeunesse. Sur les petites routes de campagne, on se prenait à croiser ces petites voitures taillées à la serpe, aussi lentes qu’un tracteur, des "pots de yaourt" dans lesquels prenaient place un pépé ou une mémé. Ces voiturettes étaient aussi le dernier recours des Fangio du volant qui avaient perdu leur permis de conduire. Mais ces images d’Épinal sont bel et bien révolues et les voiturettes ont fait leur révolution et pourraient même ouvrir la voie à une nouvelle mobilité urbaine.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, le marché des voitures sans permis (VSP) en France a enregistré 31 714 immatriculations neuves, soit une hausse spectaculaire de 137 % par rapport à 2019, avec environ 282 560 véhicules en circulation et 50 % des ventes concernées par des modèles électriques. C’est que les constructeurs historiques – Ligier, Microcar, Aixam, Bellier… – ont su se réinventer, proposant des voiturettes séduisantes qui n’ont presque plus rien à envier aux citadines traditionnelles en termes d’équipements, de confort et de sécurité. Mais c’est surtout l’arrivée de la Citroën AMI, en 2020, qui a révolutionné le segment, attirant une clientèle jeune et urbaine grâce à son prix accessible, tout en favorisant l’électrification sans cannibaliser les acteurs traditionnels. Chapeau. Conduire une voiturette n’est non seulement plus ringard, mais vertueux au regard de la transition écologique. Les lycéens l’ont bien compris, l’AMI devenant pour certains la mobylette d’antan, leur offrant leur autonomie tout en rassurant les parents.

Revers de la médaille de ce succès : une augmentation du nombre d’accidents. En 2024, on a constaté une hausse de 48 % des tués par rapport à 2023, sur une flotte de 282 560 véhicules. Le risque de blessure grave est six fois plus élevé par kilomètre parcouru qu’en voiture classique, en raison notamment du poids limité, de l’absence d’airbags ou d’ABS et d’un non-port de ceinture quatre fois supérieur… Autant dire qu’il est urgent de rappeler que les règles de la sécurité routière s’appliquent pleinement aux conducteurs de voiturettes, et notamment aux plus jeunes qui manquent d’expérience.

Ces chiffres inquiétants ne devraient toutefois pas contrecarrer le succès réel des voiturettes qui a ouvert la voie au débat sur la création d’une nouvelle catégorie de micro-citadines électriques abordables en Europe. L’Union européenne envisage des "E-Cars" inspirées des kei cars japonaises pour contrer les ambitions automobiles de la Chine en Europe. L’UE réfléchit ainsi à alléger les normes pour avoir des petites voitures électriques de moins de 15 000 €. Des constructeurs comme Renault ou Stellantis y voient une opportunité, au grand dam des fabricants historiques de voiturettes.

En attendant la création de cette nouvelle catégorie d’automobiles, les voiturettes vont vivre leur rêve américain. On a appris que la Fiat Topolino, la cousine italienne de l’AMI, va être vendue au pays des pick-up géants et des 4x4 XXL. Forza !

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 20 décembre 2025)

Pari risqué

 

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Une décision pragmatique ou un renoncement dangereux ? En décidant hier de revoir à la baisse son objectif ambitieux d’interdire totalement la commercialisation de voitures thermiques en 2035, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050, l’Union européenne vient de trancher une épineuse question, espérant ainsi soulager son industrie automobile en souffrance face à la concurrence agressive de la Chine et, dans une moindre mesure, face aux surtaxes douanières américaines.

L’UE assure qu’elle ne renonce pas à son objectif, mesure phare du Pacte vert européen aujourd’hui ciblé par tous ceux qui veulent détricoter ses mesures environnementales. Elle avance qu’il s’agit simplement d’être « flexible » et elle liste toute une série de conditions avec lesquelles les constructeurs européens vont devoir composer pour vendre, après 2035, des voitures thermiques. Ils devront ainsi bien réduire de 90 % les émissions de CO2 de leurs ventes par rapport aux niveaux de 2021, et compenser les 10 % d’émissions restantes. Reste que cette décision, réclamée par les constructeurs qui jugeaient l’échéance de 2035 intenable, sonne comme un aveu d’échec pour une industrie qui a longtemps été leader mondial, en ventes et en technologies. Pire, elle ressemble à un cautère sur une jambe de bois, car rien ne dit qu’avec cet « assouplissement », les constructeurs européens seront prochainement en meilleure posture face au rouleau compresseur chinois…

Dans son rapport sur la compétitivité européenne en 2024, Mario Draghi, l’ancien patron de la Banque centrale européenne, avait déjà posé les termes de l’équation, un vrai dilemme stratégique pour l’Europe : importer des véhicules électriques chinois bon marché pour atteindre ses objectifs climatiques ou protéger et reconstruire une base industrielle européenne dans l’automobile et les technologies propres. Le rapport reliait par ailleurs directement l’automobile électrique à la question des dépendances stratégiques (batteries, lithium, cobalt, etc.) et appelait à des partenariats industriels européens, à une sécurisation des approvisionnements et à une politique économique extérieure plus offensive. On en est loin…

Hier l’UE a bien annoncé des mesures pour « verdir » les flottes d’entreprises ou pour instaurer une « préférence européenne » obligeant les industriels bénéficiant de financements publics à se fournir en composants « made in Europe », mais on sent bien que l’« assouplissement » ne va pas dans le sens de l’histoire et que la Chine a déjà pris une importante longueur d’avance. Elle contrôle toutes les étapes (métaux rares, batteries, électronique) et propose des voitures qui n’ont plus rien à envier en termes de qualité aux meilleurs véhicules premium européens.

Tout est-il perdu pour autant ? Non, à condition que les Européens sortent de la naïveté en n’hésitant pas à mettre en place des barrières réglementaires, et, comme le préconisait Mario Draghi, investissent massivement dans leur réindustrialisation, dans leurs infrastructures électriques (production, bornes…) et arrivent à proposer des voitures électriques abordables. En décidant un sursis pour le thermique plutôt qu’une accélération dans l’électrique, l’Europe fait un pari. Un pari risqué.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 17 décembre 2025)

 

Reconnaissance

agriculteurs

L’administration parle pudiquement d’un "dépeuplement", comme pour tenir à distance la violence que représente l’abattage d’un troupeau entier lorsqu’une seule vache a été contaminée par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), cette maladie virale bovine hautement transmissible par vecteurs comme les moustiques ou par contact direct. Les autorités, les scientifiques, les vétérinaires auront beau expliquer que ce protocole de "dépeuplement total", conforme à la réglementation européenne, suivi par d’autres pays, est très efficace car il élimine tout risque de virus persistant dans l’exploitation, protège le statut sanitaire national et permet la reprise rapide des mouvements d’animaux et des exportations, il n’en reste pas moins pour les éleveurs que voir euthanasier leur troupeau est un insondable déchirement.

En quelques heures, c’est le travail d’une vie qui disparaît, ce sont des bêtes auxquelles on est attaché qui s’en vont. Les indemnisations ne peuvent assurément pas compenser cette détresse qui mérite toute la solidarité de la nation. Au sentiment d’injustice s’ajoutent ainsi l’incompréhension et la colère comme on l’a vu en Ariège. Une colère qui reflète un profond malaise agricole, déjà observé lors du mouvement né en Occitanie début 2024. Car les agriculteurs – en tout cas ceux des exploitations familiales – semblent enfermés dans une spirale de crises économiques et sanitaires sans fin, rythmées par la multiplication d’épizooties. Influenza aviaire hautement pathogène, dermatose nodulaire contagieuse bovine, fièvre catarrhale ovine, menace de peste porcine africaine…

Autant de maladies qui viennent s’ajouter aux autres difficultés que traverse l’agriculture française, entre les surcoûts sur les engrais ou les produits phytosanitaires, la charge administrative lourde voire écrasante pour certains, la réglementation aussi copieuse que tatillonne, les écarts de revenus importants, les problèmes d’accès au foncier et ce vieillissement accéléré qui laisse craindre la disparition de nombreuses exploitations. C’est contre ce dépeuplement-là que les agriculteurs, massivement soutenus par les Français, se battent en ayant souvent l’impression de ne pas être compris, ni écoutés, ni entendus, ni respectés, ni reconnus…

À 16 mois de la prochaine élection présidentielle, il y a urgence à en finir avec les rustines démagogiques ou électoralistes, syndicales ou politiques, pour redéfinir sérieusement quelle nation agricole la France veut être dans l’Europe et avec quelles agricultures – car il n’y a pas qu’une agriculture uniforme. Dans un monde aux équilibres géopolitiques qui ont des conséquences directes sur nos fermes, il faut ouvrir la réflexion sur ce que le sociologue Jean Viard appelle une "quatrième révolution agricole", centrée sur l’adaptation au climat et la recomposition sociétale périurbaine. François Purseigle, qui va prendre la direction d’AgroToulouse, appelle, lui, à un partage des risques liés à la transition écologique entre exploitants et industriels, et à offrir, enfin, une juste reconnaissance au rôle stratégique des agriculteurs.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 décembre 2025)

Réseaux sociaux

 

velo

Habiter et pouvoir se déplacer. Le logement et les transports : voilà bien deux priorités des Français qui se pérennisent années après années et qui vont tout naturellement structurer le débat des prochaines élections municipales, dans moins de trois mois.

À l’heure du réchauffement climatique qui impose de faire des choix plus vertueux dans nos modes de déplacement pour réussir la transition écologique et énergétique, se posent les questions des transports en commun, leur extension ou leur gratuité, la pertinence de la voiture électrique et donc les bornes de recharge dont elle a besoin, la nécessité de nouvelles pistes cyclables, plus sécurisée, mais aussi la place des piétons et le partage de l’espace public entre tous. Autant de sujets qui conditionnent plus que jamais l’aménagement urbain des villes et des villages.

Depuis plusieurs semaines, nombre de municipalités accélèrent ainsi des travaux de voiries. Certes parce que les maires sortants, candidats à leur succession, veulent couper des rubans tricolores avant le scrutin, mais aussi parce qu’il faut adapter urgemment les villes aux demandes et aux besoins des habitants. Et ils sont nombreux. Dans un contexte où, selon une enquête de l’institut Verian, la voiture reste toujours le premier mode de déplacement quotidien pour 58 % des Français – et reste incontournable dès que l’on habite en périphérie des métropoles et en zone rurale – la refonte de l’offre de transports collectifs est très forte. Mais aussi très coûteuse pour des collectivités dont les marges de manœuvres financières sont de plus en plus contraintes. De la même façon, la création de nouveaux aménagements de voiries pour donner plus de place aux mobilités douces – vélos, piétons – est, là aussi, non seulement coûteuse mais aussi potentiellement source de tensions.

Penser ou repenser une ville est, d’évidence, une mission complexe, d’autant plus qu’il n’y a pas de solution unique. Chaque municipalité doit bâtir sa propre vision, quitte à aller chercher ailleurs ce qui a marché. Ainsi, à Toulouse, on a adopté les ronds points "à la hollandaise", conçus pour mieux protéger les cyclistes mais qui désarçonnent les automobilistes quant aux priorités à respecter. Ailleurs, c’est la ville du quart d’heure (ou le territoire de la demi-heure), formidable concept de Carlos Moreno qui séduit des villes du monde entier, celles-ci redécouvrant leurs quartiers en rendant accessibles en 15 minutes les services essentiels aux habitants. Et même derrière le coup de buzz de Louis Sarkozy, candidat à Menton, qui propose de supprimer les feux rouges, il y a matière à réflexion.

Au final, les transports et les aménagements qu’ils nécessitent, sont peut-être le vrai thermomètre d’une ville comme vient de le montrer une passionnante enquête de l’institut Terram sur les "Infrastructures invisibles", ces réseaux du quotidien que les habitants demandent à leurs élus de "tenir" et d’entretenir et qui sont finalement les plus utile des réseaux sociaux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 décembre 2025)

Souveraineté

doctolib

Derrière l’amende record infligée à Doctolib par l’Autorité de la concurrence le mois dernier pour des pratiques anticoncurrentielles qui remontent à 2018 émergent deux sujets d’importance, l’innovation et la régulation d’un côté, la souveraineté et la transparence de l’autre. Deux enjeux qui dépassent le cadre français et sont stratégiques pour l’Europe.

Certes, nul n’est au-dessus de la loi et si Doctolib a enfreint des règles en développant ses innovations, il est logique qu’il en paie les conséquences. On peut toutefois s’étonner que la décision de l’Autorité tombe sept ans après les faits, autant dire une éternité à l’échelle du numérique. Car entre-temps, le marché de la prise de rendez-vous médicaux et de la téléconsultation a évidemment évolué, bouleversé par la pandémie de Covid. En sept ans, la start-up Doctolib s’est développée, a lancé de nouveaux services, s’est déployée à l’étranger et, en France, est devenue quasi incontournable. Si elle n’a pas un monopole, elle occupe une position hégémonique qui peut être légitimement questionnée quant à son impact sur le fonctionnement du système de santé.

Mais il convient aussi de regarder honnêtement à quoi est dû son succès : Doctolib a répondu à une forte attente des Français et des praticiens en leur proposant un outil simple et efficace pour leur faciliter la vie. Les services de l’État, entravés par leur lourdeur administrative, ont été incapables d’en faire autant et on l’a encore vu lors de la campagne de vaccination Covid où c’est une initiative privée – ViteMaDose – qui est venue au secours des Français inquiets pour organiser leurs rendez-vous vaccinaux. Idem pour les médecins qui ont beau jeu de s’offusquer des tarifs élevés ou des contrats de Doctolib, mais qui ont souvent été rétifs à la moindre modernisation – on l’a vu au moment de la mise en place de la carte Vitale, on le voit encore lorsque certains ne prennent toujours pas la carte bancaire… Alors oui, une société privée a répondu intelligemment à un besoin que les acteurs historiques de la santé ont été incapables de fournir. On devrait par ailleurs se réjouir qu’elle soit française et que son savoir-faire s’exporte. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne faille pas encadrer ses pratiques, ni lui imposer des règles claires notamment en ce qui concerne la gestion des données des Français.

Et c’est là le second sujet capital que soulève le débat sur la place de Doctolib. Où sont hébergées les données de santé des Français, qui y a accès et pour quoi faire ? Car ces données, éminemment sensibles et de plus en plus nombreuses, suscitent des convoitises. Si les données servent principalement des objectifs d’intérêt public – information, mise en œuvre de politiques publiques, surveillance sanitaire, recherche médicale, évaluation des activités et innovation avec l’intelligence artificielle –, elles intéressent aussi des acteurs privés, assureurs, producteurs de produits de santé, etc. Il y a donc urgence à les sécuriser, à encadrer leur utilisation et à permettre aux Français de donner ou pas leur consentement éclairé. Pour l’heure, le compte n’y est pas. L’État a bien mis en place un cadre réglementaire, mais nombre de données sont encore hébergées sur des serveurs appartenant à des entreprises américaines, qui peuvent être sommées de les communiquer aux autorités des États-Unis en vertu du Cloud Act.

Pour sortir de cette dépendance, la France et l’Europe doivent agir. Dans son rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne, Mario Draghi ne disait pas autre chose. Soulignant que 90 % des données de l’UE sont transférées hors d’Europe, l’ancien patron de la BCE exhortait l’an dernier à créer un cloud souverain européen pour conserver le contrôle sur la sécurité, le chiffrement et l’hébergement de nos données. Il y a urgence…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 6 décembre 2025)

Question de confiance

 

airbus



 

Lorsque Boeing a enchaîné les difficultés techniques, entamées par deux crashs successifs, celui du vol Lion Air 610 le 29 octobre 2018 (189 morts) et celui du vol Ethiopian Airlines 302 le 10 mars 2019 (157 morts), Airbus s’est bien gardé de tirer sur son rival historique. « Je ne me réjouis pas des problèmes de mon concurrent. Ils ne sont pas bons pour l’industrie dans son ensemble », avait ainsi déclaré, lors de la conférence « Europe 2024 » à Berlin, Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, là où certaines personnalités politiques affichaient ostensiblement leur préférence pour l’avionneur européen. Sans doute le patron d’Airbus savait que dans une industrie aussi complexe que celle de l’aéronautique, on n’est jamais à l’abri de problèmes. Pour Airbus, ils viennent d’arriver en cette fin d’année.

En quelques jours, l’avionneur a fait face à deux difficultés. Vendredi dernier, il a dû rappeler près de 6 000 avions A320 pour remplacer en urgence un logiciel de commande vulnérable aux radiations solaires. Une décision prise à la suite d’un spectaculaire incident survenu fin octobre aux États-Unis où un A320 a subitement piqué. Si les mises à jour du logiciel ont été rapidement annoncées, la seconde difficulté est plus problématique puisqu’elle touche à la fabrication des A320. En raison d’un problème de qualité chez un fournisseur de panneaux de fuselage, Airbus a décidé hier de revoir à la baisse ses prévisions de livraison d’avions commerciaux pour l’exercice 2025 : 790 contre une estimation précédente d’environ 820. Cette révision à la baisse – forcément coûteuse – tombe mal pour Airbus, qui doit dévoiler le nombre de commandes et de livraisons d’avions commerciaux pour le mois de novembre ce 5 décembre. Elle tombe d’autant plus mal qu’en juillet dernier, l’A320 est devenu l’avion le plus vendu au monde, devançant celui de son grand rival, le Boeing B737.

Toutefois, ces difficultés sont très loin de l’ampleur des déboires qui ont durablement affecté Boeing pendant plusieurs années.

Que ce soit pour le logiciel à mettre à jour ou pour les pièces de fuselage non conformes aux critères de qualité attendus du sous-traitant, Airbus a rapidement réagi et a fait preuve d’une réelle transparence, mettant en avant son souci permanent que la qualité et la sécurité sont toujours sa priorité. Une gestion de crise bien mieux maîtrisée que celle, chaotique, de Boeing et qui a permis d’éviter tout décrochage pérenne en Bourse. Hier matin, Airbus gagnait 2,41 %, figurant ainsi parmi les plus fortes hausses du CAC 40 et plusieurs analystes n’envisageaient pas de changer leur opinion sur les perspectives de l’avionneur.

Autrement dit, en dépit de ces deux fâcheux incidents, Airbus conserve ce qu’il y a de plus précieux pour un constructeur d’avions : la confiance, que ce soit celle des marchés, de ses clients et, au final, des passagers.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 4 décembre 2025, photo Airbus SAS)