L’étude récemment publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur les risques de l’usage des réseaux sociaux sur la santé des adolescents confirme, au fond, ce que parents, enseignants et soignants ont pu observer de façon empirique et ce que d’autres études internationales ont montré ces dernières années. Troubles du sommeil et fatigue ; anxiété, dépression, dévalorisation de soi ; troubles alimentaires liés à l’image du corps ; exposition au cyberharcèlement et à des contenus dangereux (violence, automutilation, suicide) ; conduites à risque et isolement social… : les plateformes des réseaux sociaux sont conçues pour capter l’attention et maintenir l’engagement, ce qui exploite la vulnérabilité spécifique de l’adolescence et peut enfermer certains jeunes dans une spirale de contenus problématiques.
Le sujet est désormais mondial et préoccupe les autorités d’autant plus que le temps passé devant les réseaux sociaux en particulier et les écrans en général a explosé. L’OMS alerte sur la hausse de l’usage problématique des écrans, passé de 7 % à 11 % en quatre ans chez les 11-15 ans. En France, le dernier baromètre de l’Arcom, publié en novembre, montre que 99 % des 11-17 ans utilisent au moins une plateforme en ligne ; 62 % ne mettant pas leur vraie date de naissance pour pouvoir s’inscrire sur au moins une plateforme.
Face à cette situation inquiétante quant au développement des jeunes, et face à la mauvaise volonté des plateformes pour modérer réellement leurs contenus, les États commencent enfin à prendre la mesure du danger et à taper du poing sur la table. L’Australie, la France, l’Espagne envisagent d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans quand l’Europe n’hésite plus à lancer des procédures contre les plateformes qui ne respectent pas sa réglementation, avec la menace de lourdes sanctions.
D’aucuns diront que le réveil est tardif de la part d’une classe politique qui – à quelques exceptions près – a souvent été fascinée par les patrons de la Silicon Valley. Mieux vaut tard que jamais diront les optimistes même si la réalisation de ces interdictions pose beaucoup de questions techniques et juridiques.
L’autre point positif vient des adolescents eux-mêmes qui ont conscience de leur addiction aux réseaux sociaux. Selon le baromètre de l’Arcom, plus des trois quarts des adolescents considèrent que les réseaux sociaux les exposent à des risques graves… même s’ils s’en croient personnellement prémunis avec seulement un peu plus d’un tiers qui s’inquiètent des conséquences potentielles sur eux-mêmes. Cette prise de conscience doit être accompagnée par les adultes pour que les jeunes maîtrisent leurs usages sans être contraints par des interdictions trop strictes et donc potentiellement inefficaces.
Car l’Anses le reconnaît : les réseaux sociaux peuvent avoir des effets positifs en termes de sociabilisation, d’accès à information, de soutien entre pairs, mais elle insiste sur la nécessité d’en réduire les usages délétères alors même que les algorithmes numériques font tout pour que les utilisateurs en deviennent accros pour le plus grand bénéfice des géants du net qui monétisent leur attention. Il est temps pour les utilisateurs, jeunes et moins jeunes de reprendre le contrôle de leur vie numérique.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 février 2026)