Dans une actualité internationale qui ne prête guère à sourire, entre la guerre en Ukraine qui dure depuis bientôt cinq ans, les tensions au Moyen-Orient, le poison lent de l’affaire Epstein et les décisions brutales de Donald Trump aux conséquences en cascades, le départ prochain de l’astronaute française Sophie Adenot et de ses co-équipiers vers la station spatiale internationale (ISS) apparaît comme une vraie respiration et, pour chacun d’entre nous, à la fois un moment de bonheur partagé et de fierté nationale.
Le bonheur, c’est bien sûr celui de cette pilote d’essai d’hélicoptère de 43 ans dont le rêve d’espace remonte à son adolescence, encouragée par son grand-père, lorsqu’elle ornait sa chambre de posters de fusées sur le pas de tir du mythique Cap Canaveral. Le sourire qu’elle affiche à quelques heures de son décollage est assurément contagieux. Il est l’aboutissement du difficile parcours scientifique et aéronautique sans faute d’une excellente élève évidemment, qui a rejoint un escadron spécialisé dans les missions de recherche et de sauvetage au combat, notamment en Afghanistan.
Mais ce sourire-là est aussi celui de la deuxième Française à aller dans l’espace, trente ans après Claudie Haigneré, qui conserve une place à part dans le cœur des Français et dans le panthéon de nos astronautes aux côtés de Jean-Loup Chrétien, Patrick Baudry et bien sûr Thomas Pesquet. Sophie Adenot, avec émotion, a d’ailleurs rendu hommage à son aînée, qui l’assure en retour dans nos colonnes de son admiration réciproque.
Sophie Adenot a confié que, comme Claudie Haigneré, elle espérait inspirer les générations à venir, et notamment les jeunes filles, qui hésitent parfois encore trop souvent à tenter des carrières scientifiques. Son « formidable exemple » peut être un utile déclencheur comme l’a souligné Emmanuel Macron.
À côté de ce bonheur, c’est aussi la fierté – légitime – des Français qui se manifeste. À l’heure où, dans classe politique, certains ressassent ad nauseam et contre la réalité l’idée que la France vivrait un déclassement sans fin, que nous ne compterions plus pour rien, ni en Europe ni dans le monde, la mission de Sophie Adenot apporte un cinglant démenti. À travers elle, la France montre qu’elle est une puissance spatiale de premier rang qui compte dans ce secteur bouleversé par l’arrivée des acteurs privés du New Space.
Deuxième contributeur de l’Agence spatiale européenne, notre pays représente environ 50 % du chiffre d’affaires spatial européen et près d’un tiers des emplois du secteur. Le Centre spatial guyanais de Kourou assure l’accès autonome à l’espace pour l’Europe et la France est, avec le CNES et ses champions Airbus Defence & Space, Thales Alenia Space, Safran/ArianeGroup ou Arianespace, le partenaire clé des grands programmes comme Ariane, Galileo, Copernicus, etc.
La mission de Sophie Adenot est ainsi à la fois l’apogée d’un destin personnel inspirant pour les jeunes générations mais aussi la poursuite d’une aventure politique, scientifique, industrielle et éminemment humaine qui n’est pas près d’arrêter de nous faire vibrer et rêver.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 10 février 2026)