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Certitudes

 

covid

« Je vous demande d’être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d’accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes, nous nous les appliquerons tous, il n’y aura pas de passe-droit, mais, là aussi, de ne céder ni à la panique, ni au désordre. Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause ». Ces mots, prononcés lors de l’une de ses allocutions solennelles en pleine première vague, le 16 mars 2020, Emmanuel Macron pourrait les redire aujourd’hui, car le coronavirus et ses nombreux variants apparus depuis, continuent à bousculer les certitudes. Et notamment celles, piliers de la stratégie anti-Covid française, concernant la vaccination et le pass sanitaire qui va devenir pass vaccinal.

Certitude sur la vaccination. Non pas celle émise par les antivaccins, ces Français ultraminoritaires, qui, depuis plus d’un an de campagne vaccinale, s’accrochent à toutes les fake news, les théories complotistes et leur égoïsme pour refuser toute injection. Il s’agit désormais des questionnements des Français tout à fait favorables à la vaccination mais qui, d’une part, comprennent de moins en moins que des vaccinés soient contaminés et qui, d’autre part, s’interrogent sur l’intérêt d’une possible 4e dose quand on sort à peine de recevoir la 3e… Face à ces questions, la communauté médicale mais aussi le gouvernement, doivent multiplier les explications en transparence. Ce vaccin contre un virus respiratoire n’empêche pas la contamination, mais il permet d’éviter de développer des formes graves de la maladie et donc de se retrouver intubé en soins intensifs.

Certitude ensuite sur la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal, c’est-à-dire un pass qu’on ne peut plus obtenir avec des tests négatifs. Là aussi les interrogations fusent et ont donné lieu à 35 heures de débats parlementaires houleux. Ce pass vaccinal, dont la mise en œuvre s’annonce complexe et délicate, n’arrive-t-il finalement pas trop tard, alors que la France va franchir le pic de la vague Omicron ? Et sa finalité – pousser les non-vaccinés à se faire vacciner – est-elle toujours aussi pertinente à l’heure où certains pays, tout en maintenant des restrictions sanitaires, envisagent comme en Espagne de traiter le Covid-19 comme la grippe saisonnière ? La semaine dernière, l’Agence européenne du médicament a même estimé que la propagation fulgurante du variant Omicron devrait transformer le Covid-19 en une maladie endémique, avec laquelle l’humanité peut apprendre à vivre.

Si les Français restent majoritairement favorables au pass vaccinal et même à la vaccination obligatoire, leur confiance dans l’exécutif pour gérer la crise sanitaire est en baisse. À trois mois de la présidentielle, Emmanuel Macron se retrouve donc à nouveau face au casse-tête sanitaire et politique que lui impose le coronavirus, à l’heure où il doit donner des perspectives claires de sortie de l’épidémie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 18 janvier 2022)

Heureux euro

 

euro

« Je vous parle d’un franc que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ». À l’heure où l’on célèbre l’anniversaire de la monnaie unique, la tentation de paraphraser Aznavour est tentante car, après deux décennies, ce sont désormais quelque 16 millions de jeunes Français qui n’auront connu que l’euro quand leurs aînés ont vécu ce passage, aussi historique qu’inédit, de changement de monnaie. C’est peu dire que l’arrivée de l’euro avait suscité des angoisses, les Français étant particulièrement mal lotis avec ce taux de conversion d’un euro pour 6,55957 francs. Entre les astuces de calcul mental des uns et les calculatrices à double affichage des autres, la monnaie unique – qui existait formellement depuis le 1er juillet 1999 – a fini par s’imposer même si, vingt ans plus tard, un Français sur deux continue ponctuellement à effectuer la conversion euro-franc et si nombreux sont ceux qui pensent que la monnaie unique a fait augmenter les prix.

Salué par le président Chirac comme « une victoire de l’Europe » qui affirmait « enfin son identité et sa puissance », l’euro apparaît aujourd’hui incontestablement comme un succès. Succès dans l’affirmation d’une identité européenne qui reste toujours à consolider : partager la même monnaie a été et reste un puissant moteur pour se retrouver autour d’un destin commun. Succès pour faciliter la vie quotidienne des citoyens européens : voyager sans se soucier des taux de change, sans avoir besoin de courir au bureau de change puis de convertir la lire, deutschemark ou la peseta dans sa monnaie nationale. Succès pour stabiliser notre zone économique : sans coordination budgétaire entre ses pays membres, la monnaie unique a surmonté de nombreuses crises – crise de la dette, crise grecque, etc. – qui auraient pu précipiter sa fin. De sommets de la dernière chance en conseils d’urgence, les Etats de la zone euro ont toujours su se retrouver, parfois in extremis, en dépit de certaines divergences, notamment sur les critères de Maastricht. De fait, l’euro est aujourd’hui une monnaie solide et protectrice, on l’a vu lorsqu’il a fallu faire face aux conséquences économiques de l’épidémie de Covid.

En revanche, l’ambition géopolitique de l’euro n’a pas été réalisée. L’euro ne s’est pas imposé comme l’égal du dollar américain, que les Etats-Unis savent utiliser comme une arme lorsqu’ils imposent des sanctions et de lourdes amendes contre des entreprises étrangères, par exemple les sociétés européennes qui avaient investi en Iran et se sont retrouvées sous la menace de représailles américaines. L’euro ne peut rivaliser avec le dollar qui dispose des bons du Trésor américain, valeur refuge des investisseurs en cas de turbulences sur les marchés…

Vingt ans après l’arrivée de la monnaie unique, plus personne en tout cas n’envisage de faire machine arrière. En France, à trois mois de la présidentielle, aucun candidat n’évoque plus une telle perspective. 56 % des Français sont d’ailleurs opposés à sa suppression, 54 % contre un retour au franc et 74 % estiment que la monnaie unique est une bonne chose pour l’Union européenne.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 2 janvier 2022)

Le nucléaire : retour en grâce mais...

nucleaire

C’est un vieux débat que celui de l’énergie nucléaire qui revient dans l’actualité avec une nouvelle donne provoquée par une crise sanitaire inédite qui a fait bondir la demande et donc les prix de l’énergie, et une crise climatique majeure qui pousse le monde à revoir ses mix énergétiques en privilégiant ceux qui permettent de lutter contre la pollution et le réchauffement du climat.

Ce débat nucléaire entre pro et anti, radical et parfois brutal, a longtemps été celui de bloc contre bloc. Né après la fin de la Seconde Guerre mondiale et les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, le mouvement anti-nucléaire s’est intensifié dans les années 70 lorsque, après le choc pétrolier, le programme français est monté en puissance pour construire les quelque 54 réacteurs que nous connaissons. Les pro et les anti-nucléaire se sont alors affrontés entre considérations énergétiques et industrielles d’un côté – soutenir une filière d’excellence française et fournir de l’électricité au meilleur prix aux Français – environnementales et de santé publique de l’autre – dénoncer l’accumulation de déchets radioactifs et les risques d’accidents susceptibles de polluer irrémédiablement l’environnement et d’attenter à la santé des Français. Bataille de chiffres, accusation de dissimulation ou de manipulation, intrusion de militants dans les centrales lors d’actions coup de poing, intense lobbying des sphères politiques, etc. Pas de place à la nuance…

Ces dernières années, le débat paraissait pourtant s’être émoussé face aux promesses des énergies renouvelables, photovoltaïques et surtout éoliennes. Démanteler les centrales vieillissantes paraissait logique et l’accident de Fukushima en 2011 a tenu le nucléaire en piètre estime dans l’opinion publique. Dix ans plus tard, la situation a radicalement changé : les éoliennes font l’objet de vives polémiques, accusées d’enlaidir le paysage ou d’être plus coûteuses qu’efficaces, et le nucléaire apparaît comme l’énergie décarbonée par excellence et le garant de notre indépendance énergétique et de notre souveraineté économique.

Ce retour en grâce du nucléaire n’est d’ailleurs pas propre à la France, il est mondial : l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) vient même de relever ses projections pour la première fois depuis 2011 en prévoyant un doublement de la puissance installée d’ici à 2050. Et alors qu’Emmanuel Macron veut relancer les projets nucléaires, notamment les petits réacteurs, la Commission européenne doit dire en janvier si elle classe le nucléaire… comme énergie verte.

Ce retournement de situation ne doit toutefois pas faire oublier une réalité beaucoup plus complexe : d’un côté le coût de la surveillance des centrales vieillissantes va augmenter, les EPR à venir seront eux aussi très coûteux et surtout, on ne peut pas miser uniquement sur le nucléaire. Dans son dernier rapport « Futurs énergétiques 2050 » où étaient étudiés six scénarios de mix énergétiques pour l’avenir (dont le 100 % renouvelables et 0 % nucléaire), RTE estime que pour répondre aux besoins de demain, nous aurons besoin et du nucléaire et des énergies renouvelables.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 30 décembre 2021)

Dramatiser sans démoraliser

 

omicron

Ce lundi 27 décembre aurait pu être un jour de fête, en tout cas de célébration puisque hier, cela a fait un an que la campagne de vaccination contre le Covid-19 a commencé. Chacun se souvient de Mauricette, cette pimpante retraitée de 78 ans qui s’était dite « émue » devant les caméras en devenant la première personne en France à être vaccinée contre le coronavirus, à l’hôpital René-Muret de Sevran, en Seine-Saint-Denis. Entamée avec retard et une logistique qu’il a fallu faire monter en puissance avec les vaccinodromes, la campagne vaccinale française a depuis rattrapé bien des pays qui nous distançaient, notamment le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Un an après, plus de 52 millions de Français ont reçu une première dose, dont plus de 51 millions les deux doses, et la France compte plus de 21 millions de personnes vaccinées avec la dose de rappel.

Mais, las ! Hier l’heure n’était pas à la fête. L’exécutif, qui a un temps escompté le retour prochain de jours heureux entre perspective de fin de l’épidémie et reprise économique, a dû revoir ses plans face à la fulgurance du variant Omicron, véritable vague dans la vague du variant Delta qu’il va bientôt supplanter. La contagiosité d’Omicron est, en effet, telle qu’il pourrait en janvier paralyser le pays avec un nombre record de milliers de cas positifs et donc d’arrêts de travail.

Comment freiner ce variant et éviter que les hôpitaux – déjà en tension avec des personnels aussi admirables qu’épuisés – ne soient submergés tout en préservant l’activité économique ou l’éducation des enfants ? Comment endiguer la vague sans enfermer la société ? Comment trouver cet impossible chemin de crête entre les rassuristes et les alarmistes ? Comment dramatiser sans démoraliser ? C’est à la poursuite de cet « en même temps » qu’Emmanuel Macron et ses ministres ont travaillé hier lors d’un conseil de défense sanitaire puis d’un conseil des ministres extraordinaire : au premier de décider de nouvelles mesures restrictives en poussant le plus loin possible le curseur vers la ligne rouge du confinement ; au second d’acter la transformation très sensible du pass sanitaire en pass vaccinal – une « obligation vaccinale déguisée » selon Olivier Véran – via un projet de loi qui arrivera devant le Parlement en janvier avec des débats houleux.

Avec ces deux leviers, l’exécutif croit pouvoir franchir la 5e vague Delta et affronter la 6e vague Omicron en s’accrochant à l’espoir formulé la semaine dernière par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Nous avons les outils pour faire rendre gorge à la pandémie : si on les utilise correctement, nous avons le pouvoir d’y mettre fin en 2022 », estimait Maria Van Kerkhove, chargée de la lutte contre le Covid à l’OMS.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 28 décembre 2021)

Le jeu de l'amour et du hasard

 

amour

Sorti en 2013, le film « Her » (Elle) de Spike Jonze, romance de science-fiction se déroulant en 2025, préfigurait-il le devenir des applications de rencontre ? L’histoire est celle d’un écrivain public divorcé, incarné par Joaquin Phoenix, qui installe sur son smartphone une intelligence artificielle, baptisée Samantha, qui va tellement coller aux attentes de son propriétaire qu’il finit par en tomber amoureux à la grande inquiétude de ses amis. Le héros, qui pensait ainsi s’éviter la souffrance qui peut naître d’une relation avec une personne humaine, ne se rendra compte que bien plus tard de la réalité froide et mercantile qui se cache derrière l’avatar numérique si parfait.

Nous n’en sommes pas encore là mais force est de constater que depuis la mise en ligne, il y a bientôt vingt ans, de la première version du site de rencontres Meetic, la recherche d’une relation affective – ou sexuelle ne soyons pas naïf – est de plus en plus soumise à des algorithmes.

La personnalité des utilisateurs et utilisatrices et/ou leurs désirs les plus intimes sont ainsi passés au tamis informatique afin de remplir la promesse ultime de faire correspondre – matcher – deux profils aux caractéristiques plus que compatibles, similaires. L’ingéniosité des applications consistant à donner l’illusion du contrôle à celui ou celle qui, de clic en swipe, reste finalement enfermé, comme sur les réseaux sociaux, dans une bulle de filtre où le hasard n’a évidemment plus guère sa place.

La majorité des utilisateurs – et notamment les plus jeunes de la génération Z – ne sont dupes de rien et ont heureusement conscience de ces limites, savent les surmonter et en jouer pour redonner aux rencontres un marivaudage numérique que n’aurait pas renié Marivaux et dans lequel les femmes se retrouvent, aujourd’hui, sur un pied d’égalité avec les hommes. 

Dans le paysage hyperconcurrentiel des applications de rencontres qui ciblent de plus en plus des créneaux spécifiques de la population (les jeunes, les seniors, etc.), la pandémie de Covid-19 a parachevé cette numérisation des relations. Confinements et couvre-feux ont d’ailleurs eu deux conséquences mesurées par l’Ifop. D’une part, une recherche de sérieux : les applications de rencontre ont été davantage activées dans l’optique d’une relation sérieuse (62 %) que pour une relation d’un soir (56 %). Et d’autre part une virtualisation plus poussée des relations. La plus forte tendance de l’étude de l’Ifop montre « l’explosion du nombre d’individus admettant avoir recherché sur ces plateformes une personne avec qui flirter en ligne mais sans chercher à se rencontrer en vrai » mais aussi l’explosion des rapports sexuels virtuels, qui ont été multipliés par cinq sur les six dernières années. Qu’en sera-t-il lorsque le Metavers, l’univers virtuel de Facebook sera en place ? « Her » était décidément bien visionnaire…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 26 décembre 2021)

Ancien monde, nouveau monde

 

banque

La faillite de Swoon, qui proposait un compte de paiement sur mobile et, en produit d’appel, un compte rémunéré à 3 % à partir de prêts aux PME, et qui laisse aujourd’hui sur le carreau quelque 500 clients, ou encore les clients de la néobanque allemande N26 qui ont vu leurs comptes bancaires fermés du jour au lendemain et attendent pour certains toujours la restitution de leur argent, sont deux affaires récentes bien différentes. Mais elles permettent de tirer deux leçons en ce qui concerne les fintech, ces start-up spécialisées dans la finance qui bousculent le secteur bancaire.

La première est que, comme pour n’importe quel produit financier, il convient de faire preuve de prudence, de fuir les promesses de rendements trop alléchants ou de services inclus gratuits mais vite limités, et de se renseigner sur le pedigree des sociétés à qui l’on va confier son argent. On ne compte plus le nombre de fintech arrivées sur le marché avec de belles vitrines… mais qui cachent des fondations très fragiles ou dont le business plan se révèle bancal. Les futurs clients – particuliers comme professionnels – doivent passer outre le matraquage marketing et se renseigner sérieusement auprès des comparateurs spécialisés, des forums internet dédiés ou des associations de défense des consommateurs avant franchir le pas.

La deuxième leçon est que ces affaires, qui donnent d’évidence une mauvaise image des néobanques, ne sauraient masquer leur incontestable succès bâti avant tout… sur les mauvaises pratiques des banques traditionnelles. Les frais exorbitants de tenue de compte, les conseillers bancaires difficilement joignables, le coût du moindre virement interbancaire, les dates de valeurs pour les chèques, les frais supplémentaires lorsque l’on est à l’étranger, etc. : tout cela a contribué à ce que de plus en plus de clients quittent leur banque ou ouvrent un autre compte dans une néobanque qui propose tous ces services gratuitement ou à prix serrés, le tout pilotable en temps réel sur son smartphone. Ciblant prioritairement les digital natives, ces jeunes qui ont toujours connu internet, les néobanques ont su trouver leur public en profitant notamment de la faiblesse de la numérisation des banques traditionnelles, devenant parfois de grands acteurs bancaires comme N26 ou Revolut.

L’émergence de ces fintech a poussé les banques traditionnelles à investir massivement dans le numérique pour rattraper leur retard et conserver leur clientèle, soit en développant des services identiques en interne soit en rachetant tout simplement des fintech. Boursorama banque est ainsi devenue la propriété de la Société générale, Eko by CA est celle du Crédit agricole, Nickel de BNP Paribas, etc. Toutes mettent en avant deux atouts qui leur permettent de s’assurer une meilleure fidélité de leurs clients que ceux, plus versatiles des néobanques. Le premier, ancien est la notoriété de leur maison mère et la confiance qu’elle inspire. Le second, plus récent et en plein essor depuis la pandémie de Covid-19, est le besoin des clients d’avoir des conseils sur le patrimoine, les investissements, etc.

Les banques traditionnelles n’ont pas dit leur dernier mot pour compter dans le monde d’après…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 23 décembre 2021)

Jamais plus jamais ?

 

confinement

Après bientôt deux années d’épidémie, le Covid-19 nous aura appris une chose : il ne faut jamais dire jamais. Car cette pandémie insaisissable est, d’évidence, toujours prête à rebondir avec un nouveau variant alors qu’on pensait en avoir fini. Le Covid-19 épuise les scientifiques qui apprennent chaque jour un peu plus comment fonctionnent le coronavirus et ses mutations, fatigue les soignants qui font dignement et courageusement face à la 5e vague Delta et la 6e vague Omicron qui arrive, et exaspère chacun d’entre nous, professionnels ou particuliers, qui rêvons de retrouver, sinon la vie d’avant, du moins une vie plus normale où les relations sociales ne seraient pas conditionnées par une multitude de contraintes, nécessaires mais exténuantes, où la vie sociale, culturelle, économique ne se déroulerait pas sous une chappe de restrictions entre gestes barrière et pass sanitaire.

Après le premier confinement du 17 mars au 11 mai 2020, chacun s’accordait à dire – et le gouvernement au premier chef – plus jamais ça ! Et pourtant cette épidémie de Covid nous a contraints à organiser un deuxième confinement du 30 octobre au 15 décembre 2020. Plus jamais ça redisions-nous alors encore. Las ! Un troisième confinement, certes moins strict que le premier, a dû être décidé du 3 avril au 3 mai 2021. Plus jamais ça martelions-nous encore une fois…

Face au variant Omicron dont la progression fulgurante effraie le monde, allons-nous renouer avec un nouveau confinement ? La question est dans toutes les têtes. Pour l’heure aucun pays touché par Omicron ne se résout à l’extrémité d’un confinement généralisé, total, strict, car si le principe du confinement a bien prouvé son efficacité sanitaire, il s’accompagne aussi de terribles et lourdes conséquences socio-économiques et psychologiques sur les populations.

Alors face à la multiplication des cas dus à Omicron – un doublement tous les 1,5 à 3 jours selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) – chaque pays pioche dans la palette des restrictions déjà éprouvées : ici un confinement limité pour les fêtes ou localisé sur un territoire très impacté, là un couvre-feu, ailleurs un pass sanitaire élargi à de plus en plus de lieux voire au travail, plus loin des fermetures de frontières aux pays les plus à risques, etc. Et partout la volonté d’accélérer la vaccination, la meilleure arme contre le virus, celle qui pourrait permettre d’en finir avec l’épidémie l’année prochaine si, comme le dit l’OMS, 70 % de la population de chaque pays est vaccinée d’ici à mi-2022… Le bout du tunnel semble encore loin, incertain même, mais il existe et constitue cet espoir qui, depuis deux ans, fait tenir l’Humanité qui ne veut pas renoncer. Jamais.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 22 décembre 2021)

Pari sanitaire, effet politique

pass

En annonçant vendredi soir la volonté du gouvernement de transformer d’ici fin janvier le pass sanitaire en pass vaccinal, c’est-à-dire accessible aux seules personnes vaccinées contre le Covid-19 ou guéries de celui-ci, c’est peu dire que le Premier ministre Jean Castex a surpris son monde. Mais face à la 5e vague de l’épidémie et, surtout, face au variant Omicron, véritable vague dans la vague à la progression fulgurante, l’exécutif a pris un pari sanitaire aux effets très politiques.

Pari sanitaire car face aux menaces, le simple rappel du respect des gestes barrière en famille autour de la table de Noël ne suffisait évidemment pas. Alors que la France, pays parmi les plus vaccinés au monde, semble pour l’instant mieux tirer son épingle du jeu, l’exécutif a choisi de faire monter en puissance la principale arme dont nous disposons face au coronavirus : la vaccination, qui atténue les transmissions et évite de développer une forme grave de la maladie.

Après la dose de rappel puis l’élargissement imminent de la vaccination aux enfants, le gouvernement a choisi d’accentuer encore la pression sur les quelque 5 à 6 millions de Français toujours pas vaccinés, avec l’outil du pass vaccinal. Que l’on y voit « une obligation vaccinale déguisée » comme le concède Olivier Véran ou « une forme de semi-confinement des personnes qui ne sont pas vaccinées », comme le dit le Pr Alain Fischer, le résultat est le même : il est temps d’en finir avec les mauvaises raisons du refus de la vaccination qui, par égoïsme, fragilise la santé de tout un pays. Après des millions d’injections partout dans le monde, des centaines d’études sur les effets secondaires potentiels, les doutes légitimes et les théories complotistes des débuts n’ont plus lieu d’être : les vaccins ont montré toute leur efficacité contre le Covid-19. L’écrasante majorité des patients en réanimation dans les hôpitaux – dont certains regrettent amèrement leur refus passé – sont d’ailleurs des non-vaccinés, au grand désespoir de soignants épuisés par bientôt deux années d’épidémie.

L’avènement d’un pass vaccinal en France, mais aussi vraisemblablement dans de nombreux autres pays, apparaît inéluctable et recueillera sans doute l’approbation des populations fatiguées par le Covid. Mais le projet de loi devra aussi préciser les contours de l’application du pass vaccinal et sa compatibilité avec les libertés individuelles, certes amoindries mais au nom de l’intérêt général. Le Conseil constitutionnel que certains rêvent de supprimer est là pour s’en porter garant.

Pour Emmanuel Macron, l’introduction du pass vaccinal, pari sanitaire, aura en tout cas aussi des effets politiques en anesthésiant les autres actualités. Fini les débats ad nauseam sur les questions identitaires et l’immigration, secondaires les bisbilles sur l’union de la gauche, reporté le bilan du quinquennat : à l’heure des réveillons sous masques, le Covid occupera tous les esprits et à quatre mois de l’élection présidentielle et quelques jours des vœux présidentiels, il replace le chef de l’Etat non seulement au centre du jeu politique, mais en surplomb de celui-ci.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 21 décembre 2021)

Nouvelles frontières, nouveaux fronts

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En mars 2003, l’inquiétude avait gagné le plateau du Larzac où se construisait le viaduc de Millau. Le déclenchement de la guerre en Irak laissait craindre que l’armée américaine ne décide de dégrader le signal du célèbre système GPS qui lui appartient pour empêcher les Irakiens de l’utiliser. Problème : le signal GPS était alors utilisé pour faire avancer très précisément l’une vers l’autre les deux parties du tablier du pont multi-haubané le plus haut du monde. Il n’en a finalement rien été et la construction du viaduc a pu se poursuivre normalement. Cet épisode anecdotique montrait déjà combien, en n’étant pas maître de ses outils, l’on peut être soudainement vulnérable. Cette règle, dans le domaine spatial, n’a cessé depuis de se vérifier alors que l’espace est devenu un lieu de potentiels conflits civils mais aussi militaires.

Le New Space, ce nouvel espace où se bousculent agences spatiales américaines, russes, chinoises, européennes, indiennes ou japonaises, et depuis quelques années des sociétés privées comme Space X d’Elon Musk ou Blue Origin de Jeff Bezos, n’est pas encore devenu un Far west, mais il s’éloigne de plus en plus de l’esprit du Traité de l’espace signé en 1967 et qui garantissait que l’espace reste un endroit pacifique, un bien commun au service de la science, où l’intérêt général de l’Humanité prévaut sur les intérêts privés.

Ce Traité, toujours en vigueur, devient de plus en plus incompatible avec ses objectifs initiaux au fur et à mesure qu’il est bousculé par les ambitions de sociétés privées et d’Etats. Ainsi, d’un côté, on voit les entreprises du New space investir l’espace, aujourd’hui pour installer des constellations de nano-satellites de télécommunication, demain pour l’exploration puis l’exploitation des ressources spatiales, notamment sur la Lune. Avec parfois la bénédiction des Etats : en 2015, Barack Obama a signé le Space Act, une loi américaine qui autorise les entreprises des Etats-Unis à s’emparer des ressources de l’espace… De l’autre côté on voit des Etats importer dans l’espace des différends géopolitiques, stratégiques et militaires et se donner les moyens de mener une nouvelle guerre des étoiles bien plus dangereuse que celle des années Reagan. Au point que l’Otan a fait de l’espace en 2019 le 5e domaine d’affrontement, au même titre que la terre, la mer, les airs et le cyberespace.

Face à ces nouvelles frontières, ces nouveaux fronts, l’Europe a intérêt à agir, que ce soit dans le domaine civil ou militaire pour porter sa vision, défendre ses intérêts et acquérir une souveraineté plus que jamais indispensable.

Le Commandement de l’espace créé à Toulouse après la tentative d’espionnage d’un satellite franco-italien par un satellite militaire russe en 2017, la loi de programmation militaire qui prévoit des investissements massifs dans du matériel dernier cri permettent de préparer, de sécuriser même notre avenir tant nos activités sur Terre sont dépendantes de ce qui se passe dans l’espace. De l’autre côté, face à l’innovation portée par les sociétés américaines du New Space, l’Europe et donc la France doivent permettre l’émergence de nouveaux champions et soutenir les acteurs historiques comme Ariane.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 17 décembre 2021)

Urgente transparence

cerveau

À la lecture de notre enquête et des témoignages ou des prises de position que nous publions dans nos colonnes aujourd’hui, que ce soient ceux des patientes atteintes de tumeurs cérébrales, ceux d’association d’aide aux malades ou ceux de médecins spécialistes, on reste saisi par une désagréable impression de déjà-vu. Un médicament largement prescrit, qui se révèle finalement plus dangereux que bénéfique et dont les patients qui le prennent, au pire ne sont pas informés des terribles effets secondaires, au mieux le sont avec des années de retard. Et on pense à ces scandales sanitaires récents du Mediator, du Lévothyrox, de la Dépakine, avec leurs cortèges de victimes et les longues batailles judiciaires face à des laboratoires qui restent dans le déni, droit dans leurs bottes à l’image de Jacques Servier. On pense aussi à celles et ceux qui ont permis, avec un courage et une force de caractère inouïs que la vérité sorte du brouillard et éclate en pleine lumière : le docteur Irène Frachon pour le Mediator, Marine Martin pour la Dépakine ; et à ceux qui les ont soutenues comme, à Toulouse, l’ancien député PS et médecin, Gérard Bapt, ou l’avocat Me Christophe Lèguevaques.

La Toulousaine Emmanuelle Choussy, qui a découvert après une IRM de contrôle qu’elle avait développé une tumeur au cerveau et qui nous livre son témoignage poignant, sera-t-elle de ces lanceuses d’alerte ? Le Lutényl – avec lequel elle a été traitée pendant dix-huit ans – et le Lutéran, ces deux progestatifs très utilisés par des femmes ayant des problèmes gynécologiques, s’ajouteront-ils à un nouveau scandale sanitaire en France ? Il est trop tôt pour le dire. Et même s’il y a des faisceaux d’indices graves et concordants, comme l’on dit en matière judiciaire, il convient de rester prudent, d’attendre les résultats de nouvelles études, de nouveaux examens, de nouvelles investigations menées par des experts indépendants ; et ce faisant d’observer un principe de précaution.

En attendant, cette nouvelle affaire montre combien les questions de bénéfices-risques et de transparence de l’information aux patients sont devenues cruciales et doivent être mieux prises en compte par la communauté médicale. Le temps des mandarins tout-puissants à la science infuse et prétendument infaillibles devant lesquels les patients devaient obéir est révolu depuis longtemps mais il persiste encore trop de poches de résistance, trop de mépris. De la même façon, le poids des lobbys pharmaceutiques sur la bonne marche des autorités de contrôle sanitaire – en France comme en Europe – qui s’est assorti parfois de pratiques corruptives ou de conflits d’intérêts patents, doit être urgemment freiné. Ensuite, les médecins eux-mêmes doivent sans doute être mieux accompagnés dans leurs prescriptions, mieux formés et informés sur l’évolution des connaissances sur les médicaments qu’ils administrent et les nouvelles molécules qui arrivent.

Enfin, et surtout, alors que les fake news en matière médicale explosent – on l’a vu avec la crise Covid sur les vaccins – il convient de renforcer la transparence dans l’information médicale donnée par les médecins à leurs patients. Seule cette transparence dans la chaîne médicale permet de maintenir une indispensable confiance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 13 décembre 2021)

Nouveau pari


vaccin

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les enfants ont constitué comme une énigme pour les scientifiques. La compréhension de leur rôle dans la transmission du coronavirus était particulièrement délicate, nombre d’études scientifiques semblant se contredire. Tantôt potentiels supercontaminateurs auprès de leurs proches dans le cercle familial ou scolaire, tantôt quasi-indifférents au Covid-19 ; tantôt ne développant que des formes bénignes de la maladie, tantôt subissant, comme certains adultes, des Covid longs éprouvants, les enfants face au coronavirus restaient un mystère.

Mais au fil des mois et des études scientifiques notre compréhension s’est affinée. Si les jeunes enfants apparaissent moins souvent malades et transmetteurs que les adolescents ou les adultes et si le pourcentage d’enfants infectés et à l’origine de transmission semble moins important que chez l’adulte, en cas de circulation très active du virus et donc d’un nombre de cas très élevé, ce faible pourcentage peut être à l’origine d’un nombre non négligeable de cas, selon la Société française de pédiatrie (SFP), qui compile toutes les études depuis mars 2020.

L’arrivée du variant Delta, très contagieux, confirme ainsi largement cette analyse avec une explosion actuelle des cas : le nombre de contaminations a augmenté de 34 % en sept jours chez les élèves et le taux d’incidence chez les 6-10 ans se rapproche désormais des 1 000 cas pour 100 000 à l’échelle nationale. Du jamais vu.

Étonnamment, ces chiffres alarmants n’inquiètent pas le ministre de l’Education nationale. « On ne peut pas dire qu’il y ait une explosion (de l’épidémie chez les enfants), le mot est trop fort, il y a un taux d’incidence qui est en train d’augmenter », affirmait hier contre l’évidence Jean-Michel Blanquer, qui estime que « ce qui a explosé, c’est le nombre de tests faits pour les enfants. » Derrière ce déni, qui exaspère les enseignants, se trouve la farouche volonté de l’exécutif de tenir l’objectif de ne surtout pas fermer les écoles. D’où le renoncement à fermer les classes dès le premier cas positif ou encore à avancer les vacances de Noël d’une semaine, au grand soulagement de certains parents.

Nul ne conteste les ravages provoqués par les confinements passés et les cours à distance sur le niveau des élèves et leur état psychologique. Les effets de l’école à la maison et les décrochages qui s’en sont suivis ont largement été documentés. Mais face à une cinquième vague redoutable devant laquelle les enfants sont les moins protégés, impossible de négliger la priorité sanitaire.

À l’instar d’autres pays, la France va ainsi entamer la vaccination de quelque 6 millions d’enfants de 5 à 11 ans. Une vaccination qui suscite légitimement de nombreuses questions chez les parents mais qui, aujourd’hui, apparaît inéluctable. Pour l’exécutif, un nouveau pari, celui de concilier en même temps les exigences sanitaires et éducatives.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 8 décembre 2021)

Pointillisme

 

jubillar

Dans quelques jours, cela fera un an que Delphine Jubillar aura disparu. Un an que l’on est sans nouvelles de l’infirmière de 33 ans, de la jeune maman de deux enfants qui s’est volatilisée à Cagnac-les-Mines dans la nuit du mardi 15 au mercredi 16 décembre 2020. Un an que ses amies, qui ont régulièrement organisé des recherches au-delà des lieux examinés par les enquêteurs, veulent garder un espoir dont elles savent qu’il est de plus en plus infime. Un an que les enquêteurs explorent toutes les pistes possibles et referment les hypothèses, les unes après les autres. Un an que l’opinion publique se passionne pour cette affaire qui, semaine après semaine, est devenue hors normes. Un an que le mystère persiste et s’épaissit au point que certains imaginent que « l’affaire Jubillar » ne finisse par rejoindre la longue liste de ces cold cases, ces affaires non résolues qui, à l’instar d’une affaire Grégory, nourrissent des années durant toutes les théories possibles et imaginables.

Et pourtant, régulièrement, de nouveaux éléments apparaissent aux enquêteurs qui viennent ajouter de nouveaux paramètres à ce Cluedo tarnais devenu un vrai casse-tête.

Vendredi 26 novembre, c’est l’audition du fils de Delphine, âgé de 7 ans, qui a apporté de nouveaux éléments troublants sur la dispute qui aurait éclaté entre ses parents le 15 décembre au soir et dont il a été le témoin visuel direct. Fallait-il faire témoigner cet enfant si longtemps après les faits ? Oui ont considéré les juges d’instruction qui ont mis en examen pour meurtre le père du garçonnet, en détention préventive depuis l’été. Non estimaient les avocats de Cédric Jubillar, qui crie son innocence.

Avant-hier, c’étaient ces mystérieux 145 appels passés la nuit de la disparition de Delphine par la compagne de son amant avec lequel elle envisageait de refaire sa vie, qui sont venus grossir le dossier des enquêteurs. Mais un mystère chasse l’autre et on ne connaît pas pour l’heure quel était le destinataire de ces appels…

Un an après, le tableau pointilliste de la disparition de Delphine Jubillar, est loin d’être achevé. Par petites touches, les enquêteurs progressent mais personne n’a trouvé la bonne distance pour que l’ensemble des points réunis puisse former une vérité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 4 décembre 2021)


Les alarmistes et les rassuristes

noel


Noël 2021 ressemblera-t-il à Noël 2020 ? À trois semaines des fêtes de fin d’année, les Français s’interrogent alors que la 5e vague de l’épidémie de Covid-19 avance de façon fulgurante avec près de 50 000 cas en 24 heures mercredi, que les hospitalisations sont en hausse et ont contraint certains hôpitaux à déclencher leur plan blanc, et que le variant Omicron – dont on ignore encore la contagiosité et la dangerosité – vient d’arriver en métropole. Autant d’éléments qui paraissent menacer les retrouvailles tant attendues et nous ramènent un an auparavant quand il fallait songer à séparer la famille. « On coupe la bûche en deux, papy et mamie mangent dans la cuisine et nous dans la salle à manger », osait même le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, le docteur Rémi Salomon, déclenchant un tollé.

La situation est heureusement bien différente cette année car près de 75 % des Français sont vaccinés. Mais la bataille fait tout de même encore rage entre les alarmistes et les rassuristes. Pour les premiers, pas de doute, « Noël est en danger », car tous les indicateurs sont repartis à la hausse et qu’il reste encore trop de Français non vaccinés. De nouvelles mesures sanitaires – confinement ? couvre-feux ? – pour éviter la saturation des hôpitaux seront inéluctables si on ne réagit pas, prédisent ces Cassandre. Pas du tout disent les autres. « Noël n’est pas en danger si nous faisons tous attention » martèle ainsi le Pr Delfraissy, président du Conseil scientifique. Qui croire entre le père fouettard et le père Noël ?

Comme souvent depuis le début de l’épidémie, il faut faire preuve de mesure et, surtout, d’humilité. Combien de fois les prévisions les plus alarmistes ne se sont pas réalisées ? Et combien de fois aussi une nouvelle vague épidémique est arrivée alors qu’on pensait en avoir fini avec le coronavirus ? Une chose est en revanche sûre, si le virus circule c’est bien que nous le faisons circuler. Aussi pénibles soient-ils, il nous faut donc renouer avec les gestes barrière en diminuant sans doute le nombre de nos contacts, continuer à utiliser le pass sanitaire et poursuivre pas à pas la vaccination avec la 3e dose de rappel.

Telle est la trinité du gouvernement qui veut avancer sur un chemin de crête entre la fermeté des contrôles et l’incitation à se faire vacciner. Pas question de désespérer les uns ou de braquer les autres avec des couvre-feux, des confinements ou une obligation vaccinale dont l’idée gagne de plus en plus de terrain en Europe. À quatre mois de l’élection présidentielle, dont la campagne est déjà percutée par l’épidémie, Emmanuel Macron sait bien qu’il a tout à gagner d’une bonne gestion de l’épidémie qui ne cède ni aux alarmistes, ni aux rassuristes…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 décembre 2021)

Risques

cerveau

Le décès de la technicienne de laboratoire toulousaine de la maladie de Creutzfeldt-Jakcob soulève évidemment de nombreuses questions sur la façon dont la recherche sur les prions, ces agents hautement pathogènes et dangereux, est menée en France, sur les conditions d’exercice de ces travaux ou sur les moyens financiers et humains dont disposent les laboratoires. 

Mais ce décès est avant tout un drame humain. On ne connaît pas encore l’identité de cette retraitée, ni les conditions exactes dans lesquelles elle a pu être contaminée, mais elle est aujourd’hui, assurément, le symbole de tous ces chercheurs, de tous ces scientifiques, de tous ces techniciens, de toutes ces petites mains qui, dans les laboratoires, sur les paillasses ou devant leurs ordinateurs, œuvrent jour après jour pour le progrès de la science avec passion, détermination et abnégation. Et parfois, trop souvent, dans l’indifférence de l’opinion et des responsables politiques. À quatre mois de la présidentielle, la science et la recherche sont, hélas, les grandes absentes des débats… Cette technicienne comme avant elle Emilie Jaumain – dont l’histoire a donné naissance à l’association Emilys qui promeut la sécurité dans les laboratoires de recherche et médical – méritent hommage et considération.

Ces décès liés à des contaminations survenues il y a plusieurs années lancent en tout cas un défi à la communauté scientifique pour conforter une culture du risque assurément insuffisante. Certes, le risque zéro n’existe pas, un accident de laboratoire est toujours possible – rappelons-nous le coronavirus dont il est de plus en plus plausible qu’il ait fuité du laboratoire P4 ultra-sécurisé de Wuhan. Mais il convient de minimiser au maximum le risque en adoptant des protocoles bâtis à partir des connaissances scientifiques dont on dispose et qui évolueront au fil du temps. L’importance accordée à la formation des agents, le suivi médical professionnel, la conduite à tenir en cas d’accident, l’harmonisation des pratiques, la conformité globale des locaux et des équipements… : autant d’éléments à améliorer comme le notait d’ailleurs à l’automne 2020 la mission ministérielle diligentée après le décès d’Emilie Jaumain. La nouvelle mission qui doit rendre son rapport d’ici la fin de l’année, devra non seulement amender les recommandations mais aussi apporter des garanties pour la levée du moratoire.

Car rien ne serait pire que d’arrêter les recherches sur les protéines prions. Ce serait bafouer la mémoire et l’engagement des deux chercheuses. Ce serait aussi se priver d’accroître nos connaissances sur la maladie de Creutzfeldt-Jakob mais aussi les autres maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Azheimer, la maladie de Parkinson, ou certains cancers.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 2 décembre 2021)


Sous la pression d'Omicron

omicron

Avec un nom qui fleure bon la science-fiction ou qui pourrait être celui d’un super-vilain dans un film de superhéros de Marvel, Omicron a fait souffler en quelques jours un vent de panique mondial, provoquant ici la suspension des vols en provenance d’Afrique du Sud et des pays d’Afrique australe et là, la fermeture de leurs frontières décidée préventivement par plusieurs pays. Il est encore trop tôt pour savoir si ce nouveau variant du coronavirus SARS-Cov-2 est plus contagieux et plus dangereux que le variant Delta auquel nous nous sommes habitués depuis un an. Mais une chose est sûre : l’apparition d’Omicron constitue pour la communauté internationale un sévère avertissement pour nous rappeler les caractéristiques de la pandémie de Covid-19.

Et la première d’entre elles est qu’il s’agit bien d’une épidémie mondiale contre laquelle il faut une stratégie mondiale. La fermeture des frontières décidée par certains pays – qui venaient d’ailleurs à peine de les rouvrir – pour rassurer à bon compte les populations, est à cet égard illusoire. Dans un monde globalisé et de plus connecté par des milliers de lignes aériennes, tout virus est amené à se déplacer. « Le virus ne connaît pas de frontières » avait d’ailleurs dit, à raison, Emmanuel Macron en avril 2020. Et le chef de l’Etat avait poursuivi en expliquant que « la gestion de cette crise appelle une réponse internationale forte, guidée par un impératif de solidarité et de responsabilité partagée. Seule une victoire totale, incluant pleinement l’Afrique, pourra venir à bout de cette pandémie. » Presque vingt mois plus tard, le constat vaut toujours car la situation n’a guère évolué.

Alors que les pays riches en sont à la dose de rappel dans leurs campagnes de vaccination, l’Afrique est à la traîne. En Afrique du Sud où est apparu Omicron, seuls 24 % de la population sont complètement vaccinés. Le mécanisme international Covax, fondé notamment par l’Alliance du vaccin et l’Organisation mondiale de la santé, et censé permettre à 92 États et territoires défavorisés de recevoir gratuitement des vaccins financés par des nations plus prospères, a péniblement franchi la barre des 500 millions de doses la semaine dernière. Quand 143 doses ont été administrées pour 100 habitants dans les pays à haut revenus, seulement 7 l’ont été dans les pays pauvres. Autant dire qu’avec une Afrique à ce point sous-vaccinée, le virus continuera à circuler et donc à muter en de nouveaux variants, potentiellement plus dangereux ou résistants aux vaccins. Se pose dès lors la question de la stratégie de la 3e dose au niveau mondial ou encore celle de la levée des brevets sur les vaccins.

Omicron nous rappelle également que nous sommes loin d’en avoir fini avec cette épidémie qui garde une part de mystère, et que la 5e vague épidémique qui frappe l’Europe pourrait, hélas, ne pas être la dernière. Cela conforte toute la stratégie de lutte contre la propagation du virus, patiemment bâtie au fil des mois : gestes barrière, pass sanitaire et évidemment vaccination constituent la porte de sortie, non seulement pour notre pays, mais surtout pour le monde.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 30 novembre 2021)

On est tous SAM

 

SAM
Photo Pierre Challier

La décision du tribunal de commerce de Toulouse de liquider la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) était attendue. Elle n’en constitue pas moins un coup dur pour les quelque 340 salariés de la fonderie qui voulaient croire jusqu’à la dernière minute – et avec eux la population – à un ultime délai pour pouvoir trouver une solution et ainsi préserver leur avenir.

Mais la liquidation de la fonderie aveyronnaise ne peut pas en rester là car elle va beaucoup plus loin que la triste chronique économique que vivent certaines entreprises. Elle pourrait même devenir, comme l’usine Whirlpool d’Amiens en 2017, un symbole à quelque mois de l’élection présidentielle de 2022.

Symbole, d’abord, du mépris des grandes entreprises pour leurs sous-traitants dont elles sont le client principal. Renault a fait savoir par communiqué qu’il ne jugeait pas « crédible » le projet de reprise de son sous-traitant porté par Alty-Sifa en dépit des garanties apportées notamment par la Région et l’Etat. Le constructeur était pourtant moins regardant quand il s’agissait de vérifier la crédibilité des dépenses pharaoniques de son ancien PDG Carlos Ghosn… On aurait attendu d’une entreprise française, surtout lorsqu’elle est porteuse d’une part du patrimoine industriel du pays, qu’elle donne une chance à la SAM.

Symbole ensuite de la duplicité de la parole publique. On sait depuis Lionel Jospin – qui réagissait alors à la fermeture de l’usine belge de Renault à Vilvorde – que « l’Etat ne peut pas tout ». Certes, nous ne vivons plus dans une économie administrée et l’Etat s’est souvent montré piètre gestionnaire. Mais quand même, lorsque d’une part on est actionnaire de Renault et que d’autre part on martèle matin, midi et soir, sa volonté de réindustrialiser la France et de faire de la souveraineté économique une priorité, le devenir de la SAM ne méritait-il pas d’être davantage défendu ? L’État a récemment réussi à convaincre Ascoval, sous pavillon allemand, de ne pas rapatrier des activités de son usine des Hauts-de-France et il ne pourrait pas convaincre une entreprise dont il est actionnaire de revoir sa position ? Difficilement… crédible.

Enfin, la liquidation de la SAM est le symbole de cet insupportable deux poids deux mesures dont souffrent encore trop de territoires qui subissent des décisions brutales concernant leur avenir et leur développement sur les transports, le médical ou l’économie, sans y être pleinement associés. Après les déboires de l’usine Bosch de Rodez, l’Aveyron est de ces territoires durement éprouvés. L’amertume concernant la SAM est d’autant plus vive que cette fonderie s’inscrit dans l’histoire économique douloureuse du bassin minier de Decazeville, où s’est construite une part de l’identité économique, politique, syndicale et sociale de la France.

Toutes ces raisons expliquent qu’à l’abattement des salariés succèdent désormais la colère et l’indignation légitimes de toute une région qui refuse d’écrire le mot fin à l’histoire et crie aujourd’hui « on est tous SAM. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 27 novembre 2021)

La France de l'après-Covid

 

immobilier

Vingt mois désormais après le début de l’épidémie de Covid-19, il est peut-être encore trop tôt pour savoir comment va évoluer le marché de l’immobilier en France, quelles seront les dispositions des banques et les taux des prêts immobiliers ou quelle forme prendra la reprise. Car avant l’épidémie, ce secteur nous a souvent habitués à jouer du yoyo. Pour autant la pandémie mondiale a bouleversé notre rapport au logement. L’assignation à résidence pour freiner l’épidémie lors des confinements de 2020 et 2021 a, d’évidence, fait cogiter tous ceux qui ne disposaient pas d’une agréable maison avec jardin mais d’un appartement trop exigu et parfois sans balcon. La possibilité du télétravail a permis à certains de se projeter ailleurs, dans une maison hors du centre-ville, voire dans ces villes moyennes longtemps victimes de l’exode vers les métropoles et aujourd’hui redécouvertes pour leur qualité de vie. De nouveaux critères ont émergé pour imaginer son chez-soi : un coin pour jardiner, un coin pour télétravailler ou un coin pour bricoler.

Dans cette nouvelle donne immobilière, les régions tirent incontestablement le marché comme vient de le montrer l’Insee. Au 3e trimestre de cette année, la hausse annuelle des prix de l’ancien s’est établie à 7,4 %, avec, en province, une envolée de 9,4 % des maisons, contre 4 % en Île-de-France. Un tel écart ne s’était plus vu depuis les années 90. Cet attrait pour la province saute aux yeux sur la carte que nous publions à partir des données de Meilleurs Agents : la façade atlantique connaît un boom spectaculaire – merci l’effet TGV – le littoral méditerranéen et la grande agglomération toulousaine qui déborde sur le Tarn-et-Garonne aussi.

Cet état des lieux de l’immobilier dessine peu à peu une France de l’après Covid, comme la dépeignent Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely dans leur livre « La France sous nos yeux » (Ed. Seuil). Ainsi, à la « France périphérique » et oubliée analysée par le géographe Christophe Guilluy en 2014 et après « l’Archipel français » décrypté en 2019 par Jérôme Fourquet, on passe à une France « hybride » dans laquelle de nouvelles connexions se font jour. Les frontières ne s’estompent pas encore totalement entre les territoires, mais les définitions de la métropole, de la banlieue, de la campagne, des zones périurbaines et de ceux qui y vivent deviennent plus complexes et plus mouvantes.

Accompagner ces mutations – qui inquiètent les uns et enthousiasment les autres – constitue un vrai défi pour les décideurs publics en termes d’aménagement du territoire. Repenser l’offre de transports et de mobilité, le partage de l’espace entre toutes les activités, l’urbanisme à rendre plus harmonieux et plus respectueux de l’environnement, la place des services publics, les besoins énergétiques et la transition écologique, ou encore la couverture numérique… Autant de dossiers qui devraient être au cœur de la campagne présidentielle qui s’annonce. On en est encore loin.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 25 novembre 2021)

Le cas Castex

 

castex

D’aucuns y verront une coupable désinvolture avec les règles sanitaires imposées à tous les Français, d’autres ce sentiment de supériorité qui étreint nombre de politiques sur le ton du « faites ce que je dis pas ce que je fais », et les derniers, peut-être les plus indulgents et les plus nombreux, considéreront que l’erreur est humaine. En tout cas l’annonce, lundi soir, que le Premier ministre Jean Castex venait de contracter le coronavirus permet à tous de prendre à nouveau conscience de ce qu’est l’épidémie de Covid-19 en se rappelant quelques fondamentaux appris depuis mars 2019. Cela devrait être bien utile alors que la France se prépare à affronter une 5e vague de l’épidémie, annoncée comme « fulgurante ».

Premier rappel : l’importance des gestes barrière et du port du masque. Santé publique France a récemment tiré le signal d’alarme sur le relâchement de leur respect depuis l’été. Un relâchement qui a aussi atteint l’exécutif puisqu’on a vu, mardi 16 novembre en marge du congrès de l’Association des maires de France, Jean Castex et Gérald Darmanin, tout sourire et sans masque, serrer les mains de nombreux élus. Emmanuel Macron lui-même a plusieurs fois pris quelques libertés avec les règles sanitaires ces derniers mois. Le Premier ministre est à cet égard comme tous les Français, épuisés de devoir se masquer le visage et de se tenir à distance de leurs interlocuteurs. Et pourtant, ces gestes-là, si pénibles soient-ils, sont bel et bien capitaux dans la lutte contre le coronavirus.

Deuxième rappel : le vaccin n’empêche pas d’être contaminé. Contrairement à ce que Jean Castex, vacciné à l’Astrazeneca, avait dit en juillet – une personne doublement vaccinée « n’avait plus de chance d’attraper la maladie » si elle croisait une personne malade, selon lui – on peut être vacciné et contracter le Covid. Le vaccin empêche les formes graves de la maladie ; mais on peut parfaitement être contaminé et donc contaminant même en étant vacciné.

Ce n’est pas la première fois que Jean Castex commet une gaffe ; on se souvient de son passage en direct sur France 2 où il avait avoué benoîtement ne pas avoir téléchargé l’application StopCovid que le gouvernement promouvait matin, midi et soir comme indispensable pour freiner l’épidémie… Paradoxalement, le Covid de Jean Castex peut être un atout dans la communication du gouvernement pour annoncer un retour de restrictions sanitaires plus strictes. À l’image du Premier ministre, nous sommes nombreux à avoir un jour relâché notre vigilance, fait moins attention que d’habitude, ou même s’être cru protégé de tout une fois vacciné. À tort évidemment.

Pour affronter la 5e vague, à l’heure de nouvelles annonces et dans un contexte où les restrictions sont de plus en plus contestées partout en Europe, le gouvernement doit plus que jamais faire preuve d’humilité, convaincre les Français de revenir aux bases qui ont marché les fois précédentes, leur rappeler les bons gestes, leur expliquer l’importance du vaccin qui n’est pas l’alpha et l’oméga de la lutte contre l’épidémie mais reste notre meilleure arme pour surmonter l’épreuve qui vient.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 novembre 2021)

Avec modération

ecran

Des bébés que l’on met devant la télévision, des enfants qui ne lâchent pas leurs tablettes ou jouent sur le smartphone des parents, des adolescents qui passent plus de temps sur les réseaux sociaux qu’avec leurs amis à l’extérieur... L’étude menée par l’institut de sondages GECE, qui vient de paraître, montre combien les écrans et le numérique sont présents dans nos vies, de la toute petite enfance – 96 % des enfants sont connectés aux écrans dès 6 ans – aux portes de l’âge adulte. Une addiction qui s’est encore accentuée avec les confinements imposés par l’épidémie de Covid-19 qui a amené les élèves à utiliser davantage les écrans avec l’école à distance… Pour nombre de parents, d’enseignants et de médecins, il y a lieu de tirer le signal d’alarme car cette addiction aux écrans n’est pas sans conséquences sur la santé physique et mentale, et bien sûr sur les résultats scolaires des élèves.

La littérature scientifique sur le sujet est désormais bien établie, montrant ici combien le temps passé devant un écran plutôt que dans des activités physiques conduit à une sédentarité qui peut provoquer surpoids et obésité, sans parler des problèmes de vue. C’est bien pour cela que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de limiter à une heure maximum par jour le temps d’écran des enfants de 2 à 5 ans.

À ces problèmes de surexposition aux écrans s’ajoute aussi l’impact de ce qui est fait devant les écrans. Les réseaux sociaux, dont les algorithmes sont conçus pour passer toujours plus de temps avec eux, provoquent chez certains adolescents de graves problèmes psychologiques, une mauvaise estime de soi ou laissent se développer un insupportable cyberharcèlement contre lequel Emmanuel Macron lui-même s’est élevé ce jeudi à l’occasion de la Journée nationale contre le harcèlement scolaire. Là aussi, les révélations sur les pratiques des géants du web ont montré cette réalité.

Les divulgations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, ex-ingénieure de Facebook, ont révélé que la firme de Mark Zuckerberg savait qu’Instagram accentue les complexes corporels de 32 % des adolescentes utilisant l’application. Aux Etats-Unis, les procureurs généraux de huit Etats ont d’ailleurs annoncé jeudi une enquête sur la manière dont Instagram attire et influence les jeunes…

Il serait toutefois vain de ne voir derrière les écrans, les jeux vidéo ou les réseaux sociaux que des monstres menaçant la santé des enfants. Le numérique, lorsqu’il est maîtrisé, peut être une source d’épanouissement, une chance pour apprendre, découvrir, surmonter sa timidité, nouer des relations d’un continent à l’autre, développer de nouvelles compétences... L’étude du GECE montre d’ailleurs que les adolescents utilisent les écrans avec plus de modération qu’on ne le croit et sans négliger leur vie personnelle.

Dès lors, il appartient aux autorités, et particulièrement à l’école, de définir un cadre réglementaire aussi protecteur que stimulant, et aux parents d’être dans l’accompagnement pour que les enfants maîtrisent plutôt que subissent les écrans.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 20 novembre 2021)

Réconcilier deux mondes

chasse

À cinq mois de l’élection présidentielle, la chasse – et ses quelque 1,1 million de pratiquants-électeurs… – va-t-elle s’inviter dans la campagne électorale ? En tout cas elle est de nature à occuper le débat public avec la question de sa régulation qui revient sur le devant la scène après la survenue, ces dernières semaines, de plusieurs accidents de chasse très médiatisés.

Pour les écologistes, les associations de défense de l’environnement et de la faune et plus largement de simples citoyens adeptes de promenades en forêt ou de cueillette de champignons, la limitation des risques ne peut se faire qu’avec de nouvelles règles plus coercitives que celles incluses dans la réforme de 2019. L’interdiction de la chasse certains jours, le mercredi ou les week-ends, de meilleurs contrôles des armes et de leur utilisation sont des propositions qui rencontrent un certain écho dans l’opinion. Pour preuve, la pétition lancée par le collectif « Un jour un chasseur » a récolté plus de 100 000 signatures, provoquant l’ouverture d’une mission sénatoriale sur le sujet.

Pour les chasseurs, dont le nombre de permis a augmenté après un assouplissement de leur délivrance, les règles actuelles sont bien suffisantes et leur renforcement potentiel est vécu comme une véritable agression. Tout comme les décisions du Conseil d’Etat concernant l’interdiction des marginales chasses traditionnelles, décisions vécues comme une insulte à des traditions solidement ancrées dans les territoires ruraux.

Le Sénat, qui va auditionner tous les acteurs, aura bien du mal à faire émerger un consensus. Concilier la protection des espèces chassables dont certaines font l’objet d’inquiétudes quant à leur statut de conservation selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et la nécessaire régulation de certaines espèces comme les sangliers qui prolifèrent. Concilier la possibilité pour les Français de se promener dans la nature sans risquer d’être blessés ou tués par des tirs de chasse, et le droit de chasser qui, faut-il le rappeler, est devenu un acquis du peuple depuis la Révolution de 1789… Concilier enfin des fortes personnalités qui, à l’approche de la présidentielle, poussent leur revendication aussi loin que possible, quitte à jouer de la surenchère et des provocations.

Souvent présenté comme le Président des villes et des start-up, sans ancrage ni relais locaux dans la ruralité, Emmanuel Macron s’était très tôt rapproché des chasseurs, quitte à susciter l’incompréhension et une tonitruante démission de Nicolas Hulot. Mais le 4 octobre dernier à l’occasion de la Journée mondiale des animaux, le chef de l’Etat avait expliqué : « Tout le monde est attaché à la condition animale mais en même temps, nos compatriotes sont attachés à la ruralité et à des traditions ». Et Emmanuel Macron de refuser « d’opposer deux mondes »

C’est cet « en même temps » très macronien que la mission sénatoriale va devoir maintenant rechercher. Elle aura fort à faire pour trouver ce chemin de crête : ne pas banaliser les accidents de chasse qui ont légitimement ému l’opinion, et ne pas lancer des anathèmes contre des chasseurs dont la grande majorité respecte les règles.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 12 novembre 2021)

Tôt ou tard ?

 

macron

Le 15 mars 2021, lors d’un sommet franco-espagnol à Montauban, Emmanuel Macron, qui s’est toujours voulu « maître des horloges » depuis son accession à l’Elysée, le concédait : « Le maître du temps, c’est le virus, malheureusement ». Aujourd’hui, à cinq mois de l’élection présidentielle et alors qu’approche une 5e vague de l’épidémie de Covid – qui pourrait faire 500 000 morts cet hiver en Europe selon l’Organisation mondiale de la santé – c’est encore le virus qui pourrait fixer l’agenda politique des prochaines semaines. Cette 5e vague est évidemment contrariante pour Emmanuel Macron qui souhaitait parler d’autres choses que de la crise sanitaire : plan de relance, écologie, réindustrialisation, pouvoir d’achat. Bref avenir et monde d’après. Las ! Le voilà contraint de renouer dès demain soir avec les allocutions solennelles qui ont rythmé la 2e partie de son quinquennat et de reparler vaccin et restrictions sanitaires.

Pour autant, s’il n’est plus – pour l’instant – le maître des horloges, le président de la République est arrivé à l’heure des choix qu’ont connue tous ses prédécesseurs : à quel moment annoncer sa candidature à un second mandat, qui ne fait plus guère de doute ? Tôt ou tard ?

Tôt pour entrer dans l’arène et répondre aux attaques, parfois outrancières, de ses adversaires. Notamment celles – critique classique – accusant le Président, qui a effectué 28 déplacements depuis la rentrée, de faire campagne aux frais de l’Etat et de sortir abondamment le carnet de chèque pour une kyrielle de mesures. Dans la majorité présidentielle, certains trépignent de livrer bataille, défendre le bilan et le Président, et rendre coup pour coup. En attendant, les appétits s’aiguisent pour occuper les postes clés de la campagne, sous l’œil attentif d’Emmanuel Macron qui a toujours été adepte du darwinisme en politique… Mais partir trop tôt, c’est descendre du piédestal qu’offre à Emmanuel Macron l’Elysée et renoncer à la situation forcément confortable d’être au-dessus de la mêlée. Une mêlée marécageuse, dont on ne connaît pas encore tous les protagonistes, mais qui brasse déjà bien des idées nauséabondes quand ce n’est pas du vent.

Partir tard alors à la façon d’un François Mitterrand en 1988 qui se déclare le 22 mars un mois avant le scrutin ? Une campagne éclair d’un mois à peine, en mode Blitzkrieg, façon seul contre tous avec l’idée de rassembler un camp de la raison face aux populistes et aux démagogues. Périlleux, car 2022 n’est pas 1988 : l’évidence mitterrandienne ne peut être dupliquée à l’heure des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu qui imposent un rythme effréné entre clashs et buzz, et une communication tous azimuts épuisante… Parti tard le 15 février 2012, Nicolas Sarkozy, qui avait voulu s’inspirer de François Mitterrand, avait estimé qu’il lui avait manqué 15 jours…

Tôt ou tard ? Certains tablent sur une fenêtre de tir fin janvier-début février, après le lancement de la présidence française de l’Union européenne. À moins qu’Emmanuel Macron ne suive ce qui a fait sa marque de fabrique, : être là où on ne l’attend pas…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 novembre 2021)

Le défi de l'avion vert

 

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Sans préjuger de ce que provoquera la 5e vague de l’épidémie de Covid-19, on constate pour l’heure que l’économie mondiale a amorcé une reprise après des mois de paralysie provoquée par le coronavirus et entrevoit la fin d’une période qui aura mis genoux nombre de secteurs. Parmi ceux-ci, celui de l’aviation aura payé un lourd tribut, que ce soit pour les compagnies aériennes qui ont subi une chute historique du trafic aérien – – 66 % de baisse, du jamais vu depuis le 11-Septembre – ou les constructeurs qui ont enduré l’annulation de commandes. Pour tous les métiers qui, de près ou de loin, travaillent pour l’aérien, le choc a été redoutable et sans doute les aides publiques en France – chômage partiel, prêts garantis par l’Etat et plan de soutien à la filière aéronautique (15 milliards d’euros mobilisés) – ont permis d’éviter un crash socio-économique pour les quelque 300 000 emplois directs et indirects dans notre pays.

Aujourd’hui, la situation s’améliore, le trafic reprend et les constructeurs retrouvent le sourire, du moins chez Airbus. Les résultats du constructeur européen présentés le 28 octobre – un bénéfice net de plus de 2,6 milliards d’euros au 30 septembre et 424 avions commerciaux livrés au cours des neuf premiers mois – constituent de belles promesses pour la suite. Chez Boeing en revanche, l’espoir suscité par la reprise des livraisons du 737MAX est assombri par de nouveaux déboires, ceux du 787 Dreamliner. Pour autant nous ne sommes pas revenus à la situation pré-Covid, le retour à la normale n’étant pas attendu avant 2024 au mieux.

D’ici là, le secteur aérien va se trouver confronté à deux défis majeurs : celui de la consolidation et celui du réchauffement climatique. Après la phase de survie face au Covid, la consolidation, c’est-à-dire l’intégration d’activités, apparaît indispensable et s’amorce lentement via le fonds Aéro Partenaires créé en juin 2020 par l’Etat, Airbus, Safran, Dassault Aviation et Thales.

Le défi du réchauffement climatique, autrement dit la diminution des gaz à effet de serre dont la COP26 montre à nouveau la nécessité, est autrement plus complexe et n’offre que deux choix : la sobriété, c’est-à-dire moins de trajets aériens et donc la reconversion de milliers de salariés, ou l’innovation, c’est-à-dire l’avion vert. Deux choix pas forcément incompatibles d’ailleurs mais qui supposent du consensus et de l’audace.

L’Europe, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050 et une réduction de 45 % des émissions de CO2 de tous les vols domestiques et au départ de l’UE d’ici 2030, ne manque pas d’ambition ; elle a même créé une Alliance européenne pour « l’aviation zéro émission ». C’est que dans la course mondiale à cet avion vert pour l’heure utopique – qu’il soit électrique, hybride, à hydrogène ou avec des biocarburants –, derrière l’objectif environnemental se trouvent des enjeux économiques et géopolitiques colossaux. Mieux vaut ne pas rater ce rendez-vous et comme disait Saint-Exupéry ne pas essayer de prévoir l’avenir mais bien de le rendre possible.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 5 novembre 2021)

Éviter que tout recommence

 

masque

La perspective de voir les écoliers de 39 départements, dont six en Occitanie, être obligés de porter à nouveau le masque à partir de lundi prochain doit résonner comme un avertissement pour les Français. Le franchissement du taux d’incidence de 50 cas positifs au Covid pour 100 000 habitants, qui devrait déclencher le niveau supérieur du protocole sanitaire dans les écoles, illustre, en effet, un rebond épidémique latent depuis plusieurs semaines et qui pourrait devenir une cinquième vague de l’épidémie de Covid. Cette vague-là est déjà à l’œuvre dans plusieurs pays et, depuis la Chine et l’Asie, a commencé à gagner l’Europe. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou le Danemark voient leurs taux d’incidence et leur nombre d’hospitalisation augmenter…

Pour l’heure il convient toutefois de rester prudent car si les résultats des tests de dépistage du Covid-19, comme ceux de la surveillance des eaux usées, montrent bel et bien un début de rebond épidémique en France, la fin de la gratuité des tests biaise un peu l’analyse de la situation. De plus, depuis la quatrième vague - souvent considérée comme celle des non-vaccinés -, la couverture vaccinale s’est encore améliorée en France ; 88 % de la population éligible est vaccinée soit 76 % de la population totale.

Mais depuis la fin de l’été, un retour à la vie un peu plus normale s’est opéré et chacun a commencé à être moins vigilant avec les gestes barrière qui étaient notre quotidien depuis mars 2020. On a laissé tomber le masque, on se lave moins souvent les mains avec le gel hydroalcoolique et certains ont recommencé à serrer des mains et à se faire la bise… Cette reprise de la vie sociale « comme avant » inquiète les autorités à l’heure où, de plus, les virus hivernaux - grippe ou bronchiolite - recommencent à circuler… « Aujourd’hui, l’enjeu majeur est de continuer à agir pour diminuer la circulation du virus et ses conséquences pour l’hôpital et pour les personnes qui peuvent tomber gravement malades » a rappelé, à raison, le ministre de la Santé Olivier Véran, hier dans nos colonnes, inquiet qu’une cinquième vague ne vienne saturer le système hospitalier à l’approche des fêtes.

Dès lors, si l’immunité collective est évidemment l’objectif à poursuivre dans la lutte contre la pandémie, elle doit être accompagnée par les gestes barrière, le port du masque, le pass sanitaire. Il faut utiliser tous les outils dont nous disposons, pour mettre toutes les chances de notre côté. C’est la meilleure chose à faire pour éviter que tout recommence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 3 novembre 2021)

Stopper le fléau

carcassonne


On pensait jusqu’à présent que les règlements de comptes entre bandes rivales sur fond de trafics de stupéfiants ne concernaient que les grandes agglomérations, Marseille en tête. D’ailleurs, la cité phocéenne a, une nouvelle fois, été marquée ce week-end par la mort d’un homme de 30 ans, tué par balles dimanche soir dans une rue du 15e arrondissement, au nord de la ville. Le drame qui s’est joué dans le quartier Grazailles à Carcassonne, dimanche soir aussi, et s’est soldé par la mort de deux jeunes âgés de 18 et 20 ans, nous rappelle – si tant est que l’enquête en apporte la démonstration dans les heures à venir – que ces vendettas entre malfaiteurs peuvent survenir partout. Des vendettas de plus en plus violentes et parfois meurtrières qui se déroulent sous les yeux de riverains impuissants. Ces derniers subissent au quotidien les conséquences dramatiques de ces trafics qui ont foncièrement évolué.

« Il existe un lien très fort entre la violence et les stupéfiants. L’an passé, les violences entre trafiquants ont fait plus de 250 blessés, dont la moitié ont moins de 25 ans, et 60 morts », détaillait au printemps le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a fait de la lutte contre la drogue – « cette merde » selon l’expression qu’il emploie souvent – une priorité du gouvernement.

C’est que, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur qui permettent de dresser un état des lieux des règlements de comptes en France depuis 1996, on constate une augmentation du nombre de morts par règlement de comptes depuis 2010 : de 45 cette année-là, on est passé à 100 en 2020. Cette violence souvent cyclique s’explique par divers facteurs – guerre de territoires entre cités, luttes d’influence internes – qui ont toutefois tous à voir avec le poids économique croissant du trafic de drogue : la rentabilité des points de deal qui brassent entre 20 000 et 80 000 euros en liquide par jour et la « militarisation » du trafic avec des dealers qui se sont beaucoup armés ces dernières années. « En novembre 2019, quand on démantelait un trafic, 8 % des personnes interpellées étaient porteuses d’armes à feu. Aujourd’hui, c’est 22 % », expliquait Gérald Darmanin à l’heure où acheter une Kalachnikov ne présente aucune difficulté pour certains sur le DarkWeb ou dans la rue…

Comment endiguer ce fléau, casser la dynamique de ces violences ? Il n’existe pas de solution toute faite, mais tous les acteurs s’accordent à dire qu’il faut à la fois des moyens et une meilleure coordination. Des moyens en termes d’effectifs de police sur le terrain, de douaniers pour les saisies, de magistrats pour faire appliquer la loi – le maire de Marseille propose un parquet national dédié – mais aussi de soutien aux associations qui, dans des quartiers souvent frappés par un fort chômage, tentent d’offrir aux jeunes de vraies perspectives autres que l’économie souterraine de la drogue. Enfin, cette mobilisation devra aussi se faire avec la prise de conscience chez les consommateurs que derrière leurs stupéfiants, il y a non seulement de ravageuses addictions mais aussi un trafic qui aujourd’hui tue…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 2 novembre 2021)

Question d'éthique

 

dissection
Photo Pierre Challier

Un scandale est parfois nécessaire pour qu’éclate au grand jour une vérité jusqu’alors tue, fût-elle bien connue d’un grand nombre d’acteurs, et que de salutaires changements s’opèrent, des réformes trop longtemps repoussées ne voient enfin le jour. Celui qui a touché le Centre du don des corps de l’Université Paris-Descartes en novembre 2019, lorsqu’un charnier a été découvert en son sein, est incontestablement de ceux-là. Pendant des années – l’instruction judiciaire déterminera depuis quand – les corps de défunts qui avaient choisi de leur vivant de se donner à la science ont été maltraités. Plusieurs documents, notamment photographiques, ont montré que cette maltraitance était devenue au fil des ans normalisée, voire institutionnalisée, au mépris de toutes les exigences éthiques et juridiques, au mépris, surtout, de la dignité que l’on se fait du corps humain et du respect que l’on doit à tout homme, y compris après sa mort.

L’affaire a profondément choqué l’opinion publique, mais aussi une large part de la communauté médicale, car le don de corps à la science revêt une forte charge symbolique et le respect du corps un caractère sacré. Maltraiter le corps d’un homme ou d’une femme, lui manquer de respect constituait dès lors la trahison de la confiance mise par ces défunts et leurs familles dans l’institution médicale. La tache sur la réputation de l’Université Paris-Descartes a de plus rejailli sur tous les Centre du don des corps français – qui accueillent chaque année quelque 2 500 corps – tous désormais confrontés à la défiance voire à l’opprobre. Retrouver la confiance demandera du temps mais aussi des actes, à commencer par une réforme en profondeur des procédures, de nouvelles règles, une meilleure information et un meilleur accueil des familles avant, pendant et après les actes de dissection, et l’octroi de moyens financiers et humains suffisants pour mener à bien ces missions irremplaçables.

Car depuis la Renaissance et les découvertes de Leonard de Vinci, l’acquisition de connaissances médicales s’est faite historiquement grâce à la dissection de cadavres. Et aujourd’hui, en dépit des progrès considérables réalisés ces dernières années, la modélisation des corps en 3D, la réalité virtuelle et la simulation numérique restent insuffisantes pour un bon enseignement de la chirurgie et une recherche de qualité par rapport à un travail réalisé sur des corps morts. Travail indispensable mais qui a souvent suscité le rejet. 

« Qu’on sauve mes restes d’une sacrilège autopsie, qu’on s’épargne le soin de chercher dans mon cerveau glacé et dans mon cœur éteint le mystère de mon être. La mort ne révèle point les secrets de la vie », disait Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe. Mais la mort peut être au service de la vie. C’est le sens moral qu’attribuent à leur don ceux qui décident de confier leur corps à la médecine, un acte de générosité qui oblige dès lors tous ceux qui en sont les dépositaires à un devoir moral.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 1er novembre 2021)