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Trumpisation

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Depuis son départ tonitruant de la Maison Blanche en janvier 2021, l’Amérique ne cesse de se poser cette question : Donald Trump va-t-il être candidat à un nouveau mandat présidentiel en 2024 ? De sa luxueuse résidence de Mar-a-Lago en Floride, l’intéressé laisse planer le doute, galvanisé autant par les difficultés que rencontre son successeur démocrate Joe Biden dans un contexte de forte inflation aux États-Unis, que par l’admiration aveugle et sans bornes que lui voue toujours une bonne partie des Américains qu’il a réussi à convaincre que l’élection de novembre 2020 lui avait été volée par les démocrates.

En janvier 2016, durant sa première campagne face à Hillary Clinton, Donald Trump fanfaronnait : « Même si je tirais sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeur ». Aujourd’hui, l’accumulation de faits montrant que Donald Trump n’est pas digne de retourner dans le Bureau ovale, semble glisser sur ses partisans. Les témoignages accablants recueillis par la commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, cette tentative de coup d’État menée par des partisans de Trump qu’il avait chauffés à blanc puis laissé faire ? La perquisition du domicile de l’ancien président par le FBI – une première – qui veut vérifier qu’il n’a pas conservé des documents confidentiels, voire classifiés, à la fin de ses fonctions, ce que proscrit la loi ? Son audition par la procureure de New York sur des soupçons de fraudes financières et fiscales au sein du groupe familial Trump Organization, audition à laquelle il a opposé 440 fois son droit au silence six heures durant ? Tout cela ne semble modifier en rien l’image que ses partisans ont de Donald Trump, ni surtout infléchir la position du Parti républicain à son égard.

Donald Trump conserve, en effet, une autorité inexpugnable sur le Parti républicain qu’il a remodelé à sa main, faisant basculer sa ligne conservatrice et libérale classique vers les positions les plus ultraconservatrices qui étaient naguère minoritaires du temps du Tea Party. Entre complotisme décomplexé, fake news théorisées comme des « faits alternatifs » et défense des positions religieuses les plus dures sur l’avortement ou les droits des homosexuels, Donald Trump a fracturé le parti autour d’une valeur fondamentale de la démocratie : le rapport à la vérité. Avec une base électorale qui voue à Trump un véritable culte, peu de Républicains osent s’opposer à l’ancien président. Les primaires républicaines pour les prochaines élections de mi-mandat en novembre montrent que les candidats sont sur la même ligne que Trump, dont ils réclament le soutien en meeting pour « sauver l’Amérique… »

Mais la trumpisation ne s’est pas arrêtée au Parti républicain ; elle a gagné le débat public, le débat d’idées. Les juges à la Cour suprême nommés par Donald Trump, majoritaires, ont remis en cause le droit à l’avortement contre lequel se battait la droite religieuse depuis 50 ans ; le mariage gay ou d’autres acquis sociaux pourraient suivre. Et dans plusieurs États trumpistes, des lois sont votées pour corseter les programmes scolaires dans des dogmes religieux. Les démocrates peinent à trouver la parade à ces initiatives dans une Amérique qui penche à droite. Au final, que  Trump soit ou non candidat à la présidentielle en 2024 ne changera rien car une chose est sûre : l’Amérique n’en a pas fini avec le trumpisme...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 août 2022)

Photo : Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America

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