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Éditos

Garantir un juste prix

  

électricité

Depuis plusieurs années, la question du prix de l’électricité en France s’est imposée comme un enjeu central du débat public. La réforme du marché à compter de 2026 suscite déjà des inquiétudes, alors que les consommateurs viennent tout juste de bénéficier d’une baisse des tarifs le 1er février dernier après des mois de hausse. D’un côté, les tarifs réglementés de vente de l’électricité (TRVE) seront maintenus mais avec de nouvelles modalités instaurées depuis le 1er février. De l’autre, un nouveau mécanisme va remplacer l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), qui va prendre fin au 31 décembre 2025 : ce mécanisme va entièrement basculer la composante « approvisionnement » du TRVE sur les prix des marchés de gros…

Ces deux mesures font craindre à l’UFC-Que Choisir un alourdissement de la facture des Français l’année prochaine. « En moyenne 19 % de plus, soit jusqu’à 250 euros supplémentaires par an pour un foyer moyen » assure l’association de défense des consommateurs, immédiatement contredite par Bercy qui conteste son mode de calcul. Le démenti n’a en tout cas pas fait retomber l’inquiétude des Français qui s’interrogent désormais : après la baisse bienvenue de 2025, la hausse de 2026 ?

Face à la perspective d’une augmentation des prix, certains consommateurs pourraient être tentés de délaisser EDF au profit d’opérateurs alternatifs. Un choix qui peut s’avérer risqué, comme l’ont démontré plusieurs affaires récentes. La crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine a ainsi mis en lumière leurs failles : lorsque les prix du marché se sont envolés, les fournisseurs alternatifs ont été incapables d’amortir le choc, laissant de nombreux clients face à des hausses tarifaires spectaculaires.

Entre ajustements fiscaux, concurrence artificielle et investissements nécessaires dans les infrastructures de production et de transports, l’avenir du modèle électrique français soulève toujours de nombreuses interrogations… La France dispose d’un avantage stratégique indéniable : un parc nucléaire qui lui permet de garantir une production électrique bas carbone et compétitive. Cette force lui confère une position enviable en Europe, lui permettant même d’exporter son électricité. Encore faut-il assurer la pérennité de tous les modes de production (nucléaire, éolien, hydraulique…) ce qui suppose de lourds investissements pour répondre aux besoins de plus en plus importants (des véhicules électriques aux centres de données pour l’intelligence artificielle).

Le plan de 100 milliards d’euros annoncé le 13 février par RTE pour moderniser 40 000 km de lignes à haute tension d’ici 2040 est un investissement indispensable. Il permettra non seulement d’adapter le réseau aux enjeux climatiques et aux nouveaux modes de production, mais aussi de garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme. Dans la même optique, pour que la France reste un leader énergétique en Europe, il faudra investir dans de nouvelles infrastructures d’énergies renouvelables et nucléaires – la France envisage de construire six nouveaux réacteurs EPR2 dans les 25 prochaines années.

Reste à espérer que ces dépenses colossales, à réaliser dans un contexte budgétaire déjà contraint, seront amorties de manière équilibrée afin d’assurer aux Français un prix de l’électricité à la fois stable et juste.

 

Du trou au gouffre

docteur


Voilà un anniversaire que personne n’a célébré et pour cause. Le « trou de la Sécu », en tout cas son expression notamment employée par l’ancien Premier ministre Alain Juppé, a déjà trente ans d’existence et pourrait bien faire son grand retour dans le débat public. On est bien loin des perspectives heureuses qu’annonçait en 2018 la ministre de la Santé de l’époque.

Après des années de déficit chronique, la Sécurité sociale remontait alors lentement la pente depuis son abyssal déficit de 35 milliards d’euros en 2010 et Agnès Buzyn espérait même pour 2019 un excédent de 600 millions d’euros. On retrouvait alors le principe érigé à la création de la Sécu en 1945 de comptes parfaitement équilibrés. Las ! La crise des Gilets jaunes de 2018-2019 a brisé la trajectoire vertueuse. Pour calmer cette grogne sociale à l’ampleur inédite et répondre à ses nombreuses revendications, l’exécutif avait mis la main à la poche avec des mesures d’urgences qui ont coûté 2,7 milliards d’euros à la Sécurité sociale. L’année suivante, c’est la crise sanitaire du Covid qui percutait de plein fouet les comptes de la Sécu. Aux dépenses du « quoi qu’il en coûte » pour faire face à la pandémie se sont ajoutées celles promises par le Ségur de la Santé pour revaloriser, entre autres, la rémunération des soignants… En 2020, les comptes de la Sécurité sociale affichaient ainsi un colossal déficit de 39,7 milliards d’euros.

Depuis, les comptes ont bien tenté de sortir du « trou » mais en 2024, dans un contexte de dérapage budgétaire des comptes publics, la courbe a à nouveau piqué du nez, passant de 10,8 à 18,2 milliards d’euros de déficit. Après la dissolution, Michel Barnier a bien tenté d’introduire des mesures d’économies pour quelque 900 millions d’euros, notamment sur le reste à charge pour les patients sur les médicaments, mais c’est sur le budget de la Sécurité sociale que son gouvernement a été censuré. François Bayrou a repris le travail d’écriture mais au final le déficit de 2025 va encore grossir à 22,1 milliards, 4 de plus que l’année précédente alors qu’il était prévu à 10,5.

En cause, les concessions faites par le gouvernement Bayrou aux parlementaires, et notamment aux socialistes, pour éviter la censure. L’enveloppe pour les hôpitaux a été rehaussée d’un milliard d’euros, le fonds d’urgence pour les Ehpad est passé de 100 à 300 millions d’euros. Autant de dépenses supplémentaires – et légitimes – que n’arrivent plus à compenser les dispositifs mis en place et notamment la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), censée éponger le trou de la Sécu depuis 1996 et financée en partie par la Contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) prélevée sur les salaires.

Pour éviter que le trou ne devienne un gouffre, il va falloir trouver de nouvelles solutions de financements. Il y a urgence. Les dépenses de santé représentent 15 des 22,1 milliards d’euros de déficit et cela devrait continuer compte tenu de la démographie française. Au 1er janvier dernier, 21,8 % des Français avaient au moins 65 ans, contre 16,3 % en 2005 et les personnes âgées d’au moins 75 ans représentent désormais 10,7 % de la population, contre 8 % en 2005.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 25 février 2025)

Racines

genealogie


Alors que les ministres de l’Intérieur Bruno Retailleau et de la Justice Gérald Darmanin ont appelé à la tenue d’un débat public sur le droit du sol, François Bayrou s’est prononcé, le 7 février, pour se pencher sur une question « plus large », à savoir « qu’est-ce qu’être Français ? » On croyait le débat clos depuis qu’Ernest Renan avait explicité en 1882 ce qu’était une Nation, fondée sur l’adhésion collective à des valeurs, en l’espèce celles de la République. Être Français c’est aussi « continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu. » Cet héritage-là, les Français le chérissent collectivement et à titre individuel lorsqu’il s’agit pour eux de tracer l’historique de leur chemin familial.

La généalogie est ainsi devenue l’une des grandes passions des Français. Quelque 10 millions d’entre eux effectuent des recherches pour retrouver leurs ancêtres et un Français sur deux aurait déjà fait des recherches sur sa famille. Selon un sondage mené par le site Geneanet et l’IFOP en mars 2022, 7 Français sur 10 se déclarent intéressés par leurs racines et leurs origines, 31 % se disent même très intéressés Mais construire son arbre généalogique devient parfois très compliqué au fur et à mesure qu’on remonte le temps. Certains font appel au projet FamilySearch, piloté par les Mormons américains et qui contient plusieurs millions de données d’état civil du monde entier ; ou Ancestry, plus grande plateforme de généalogie au monde fondée en 1996 avec plus de 30 milliards de documents historiques numérisés !

La numérisation est justement la clé pour progresser et plusieurs pays européens investissent fortement dans ce domaine, comme l’Allemagne, référence du genre, qui dispose de puissantes plateformes comme Archivportal ou Archion. Au Royaume-Uni, les Britanniques recourent à Findmypast et The National Archives, largement utilisées par les Américains pour retrouver la famille de leurs ancêtres européens qui ont émigré.

En France, la généalogie oscille entre tradition et modernité avec d’importantes associations réunies autour de la Fédération française de généalogie. La numérisation des archives a également fortement progressé ces dernières années. Il y a trois ans, le service interministériel des Archives de France, en partenariat avec l’École d’économie de Paris, a lancé un projet de recherche baptisé Socface, mené par l’Institut national d’études démographiques (INED) et la société Teklia.

Cette dernière a travaillé à la reconnaissance automatique d’écriture manuscrite, via des outils d’apprentissage profond et d’intelligence artificielle pour analyser l’ensemble des listes nominatives du recensement de 1836 à 1936 soit 20 recensements. Tous les départements d’Occitanie participent d’ailleurs à cette initiative. Le mois prochain, les premières bases scannées devraient être accessibles en libre accès au grand public, via les services d’archives départementaux. De quoi ravir tous les généalogistes en herbe qui pourront peut-être rajouter les branches manquantes à leur arbre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 23 février 2025)

Face à sa conscience


bayrou

Interrogé à l’Assemblée nationale le 11 février dernier sur ce qu’il savait des violences physiques et sexuelles subies par des élèves du collège et lycée privé catholique Notre-Dame-de-Bétharram – dans lequel son épouse a enseigné et où plusieurs de ses enfants ont été scolarisés – François Bayrou aurait pu répondre qu’il était au courant mais n’avait pas mesuré, à l’époque, l’ampleur de ce qui est aujourd’hui le plus grand scandale de violences et de pédocriminalité touchant un établissement scolaire.

Las ! Le Premier ministre, alors ministre de l’Éducation nationale lors de la première plainte en avril 1996, puis président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques lors de la seconde fin 1997, s’est enferré dans des explications floues qui, jour après jour, s’effondrent devant l’évidence et les témoignages, et le fragilisent politiquement.

Après avoir assuré n’avoir « jamais été informé de quoi que ce soit, de violences ou de violences a fortiori sexuelles », François Bayrou – qui évoquait en mars 2024 « des rumeurs » – a admis qu’il avait rencontré en 1998 le juge d’instruction, son voisin… mais sans parler de la 2e affaire de viol dont était accusé le père Carricart, tout-puissant directeur de l’établissement. L’ancien magistrat affirme pourtant qu’ils avaient évoqué l’affaire et a dit à Mediapart ne pas comprendre pourquoi François Bayrou le « dément aujourd’hui ».

La position de François Bayrou – qui tente désormais piteusement d’impliquer le gouvernement Jospin pour contenir les appels à sa démission – s’avère intenable car dès l’affaire Carricart connue, chroniquée par la presse locale dont La Dépêche du Midi, tout le monde savait de quoi il retournait. Il a fallu bien du courage aux jeunes victimes pour parler, raconter leur calvaire et tenter de soulever la chappe de plomb qui pesait sur Bétharram, méticuleusement maintenue par des notables adeptes de la pire des omertas pour préserver la « réputation » de « leur » établissement.

De par sa position de figure politique nationale, incontournable dans le département, de par son magistère moral François Bayrou aurait pu sortir du silence, agir, demander des comptes pour faire cesser violences et brimades, écouter puis soutenir les victimes. Il ne l’a pas fait à l’orée des années 2000 ni les années suivantes et il a fallu attendre samedi dernier pour qu’il rencontre le collectif des victimes, esquisse un minimum de compassion et annonce – c’est bien le moins – des moyens suffisants pour que la justice fasse son travail.

L’essentiel maintenant est que les projecteurs se braquent davantage sur les dizaines de victimes, sur les responsabilités notamment au sein de l’enseignement catholique – la commission parlementaire qui se dessine y aidera – plutôt que sur les atermoiements d’un Premier ministre aujourd’hui seul face à sa conscience.

(Article publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 20 février 2025)


Ukraine : être à la hauteur

  

macron

Fallait-il oui ou non réunir une partie seulement des pays européens parmi ceux qui sont les plus en soutien de l’Ukraine à l’heure où s’engagent des négociations exclusives entre Américains et Russes pour mettre fin au conflit ; et ainsi prendre le risque d’étaler les divergences des Européens ? Emmanuel Macron a choisi de répondre oui en organisant lundi à l’Elysée un mini-sommet entre sept pays de l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Commission européenne, le Conseil européen et l’Otan.

Au final peu importe qu’il n’y ait pas eu de déclaration commune forte et unanime et que, sur l’envoi de troupes d’interposition pour maintenir la paix qui serait négociée, des divergences sont effectivement apparues. Face à la spectaculaire décision de Donald Trump de discuter d’homme à homme avec Vladimir Poutine de l’avenir de l’Ukraine sans les Ukrainiens et sans les Européens ; face, aussi, au violent discours du vice-président américain JD Vance à la Conférence sur la sécurité de Munich où il a fait état d’une supposée débâcle européenne en matière de stratégie et de valeurs, il était urgent de réagir, ne serait-ce que pour démontrer que l’Europe existe.

Emmanuel Macron avait d’autant plus de raisons de le faire qu’il plaide avec constance depuis 2017 pour une autonomie stratégique européenne pour la Défense – qu’avait aussi appelée de ses vœux Jacques Chirac – mais aussi pour la technologie ou l’énergie. On peut toujours déplorer que l’Europe n’ait pas mesuré à temps combien le monde a changé ces dernières années, même avant la guerre en Ukraine, combien la nouvelle géopolitique a modifié les équilibres nés après 1945, entre montée en puissance de la Chine, émergence du Sud Global et percée des populismes qui minent ses démocraties libérales, et combien les États-Unis, bien avant Trump, se sont détournés de l’Europe pour faire de l’Asie du sud-est et de la Chine leur priorité stratégique et militaire. L’Europe s’est comme assoupie sous le parapluie protecteur américain pensant qu’il serait aussi éternel que la paix sur le Vieux continent. Cela n’a pas été le cas et le réveil est d’autant plus brutal.

Mais il n’est peut-être pas trop tard. L’électrochoc de la crise ukrainienne pourrait enfin pousser les Européens à reprendre leur destin en main en faisant des choix audacieux sur la Défense avec des investissements massifs mais aussi dans bien d’autres domaines, industriels, technologiques, scientifiques, sanitaires. Réformer les règles anachroniques de Maastricht au besoin, lever les freins à l’intégration de plusieurs de ses marchés, permettre à plusieurs pays d’avancer sans être entravés par la règle de l’unanimité, etc. A la rigidité devrait se substituer de l’agilité.

« Le temps des menaces stratégiques et des choix historiques est revenu. Cela doit conduire à réactualiser une partie des débats domestiques que nous avons », estime Emmanuel Macron dans l’entretien qu’il a accordé hier à la presse quotidienne régionale, dont La Dépêche du Midi.

Car si les enjeux sont européens, les débats sont aussi nationaux. Depuis la dissolution ratée, les débats politiques en France sont accaparés par les questions budgétaires au détriment de tous les autres sujets quand ils ne sombrent pas dans de médiocres guerres picrocholines en vue de 2027. Emmanuel Macron y a bien sûr sa part de responsabilité, mais sa décision de réunir les partis et groupes parlementaires sur l’Ukraine peut être l’occasion pour tous d’être enfin à la hauteur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 19 février 2025)

 

Rendez-vous en 2027 ?

 

retraites

 

En survivant aux motions de censure déposées en réponse aux 49-3 utilisés pour faire adopter sans vote les textes budgétaires de 2025, François Bayrou peut estimer avoir franchi « l’Himalaya » du Budget pour reprendre son expression. Mais le Premier ministre, qui rêve de durer à Matignon, va devoir franchir encore bien d’autres sommets périlleux où dessiner un chemin de crête paraît aussi incertain. Le prochain Everest du Premier de cordée du gouvernement s’annonce même très – trop ? – abrupt : la réforme des retraites. Cette réforme maudite qui, depuis 2017, tel le sparadrap du capitaine Haddock, n’en finit pas d’occuper le débat public… au détriment de tant d’autres sujets capitaux pour l’avenir du pays.

L’adoption de la réforme des retraites au forceps en 2023 par 49-3 à l’Assemblée nationale, sans véritable débat et contre l’avis des Français et des syndicats, a participé sans doute à la défaite du camp présidentiel lors des législatives anticipées. D’autant que les oppositions – Nouveau Front populaire en tête – avaient fait de son abrogation un objectif. Après l’éphémère gouvernement Barnier, la nomination de François Bayrou à Matignon laissait espérer une évolution.

Le centriste n’avait-il pas admis que « rien n’a été clairement expliqué » avec la réforme de 2023 ? Las ! Une fois à Matignon, François Bayrou n’a pas voulu s’affranchir des Macronistes qui ont fait de la réforme un dogme, tandis que les LR en faisaient une ligne rouge de leur soutien. Si François Bayrou a refusé à la gauche le gel de la réforme, il s’est dit prêt à « trouver des compromis » avec les partenaires sociaux, rappelant au passage qu’il était pour la retraite à points. L’idée d’un conclave ayant fait long feu, nous voilà avec un cycle de réunions qui va prochainement s’ouvrir pour trois mois. À l’issue, les améliorations ainsi négociées – un accord global semble illusoire – seront soumises au Parlement qui pourra enfin s’exprimer sur le sujet.

Encore faut-il que les acteurs du dossier discutent sur des bases admises par tous. Et c’est là que – déjà ! – le bât blesse… Personne ne semble s’accorder sur l’ampleur réelle du déficit des retraites. En fonction des critères retenus, on passe de 6,1 milliards d’euros en 2024, et jusqu’à 0,4 % du PIB en 2030, soit 10 à 15 milliards selon le Conseil d’orientation des retraites à… 55 milliards d’euros selon les calculs du gouvernement. La Cour des comptes, qui publie mercredi un rapport sur le sujet et assure vouloir apporter « la vérité des chiffres », sera-t-elle le juge de paix ? Rien n’est moins sûr. Quand bien même un chiffre de déficit serait communément admis par tous, chacun des acteurs semble vouloir défendre sa position. Les négociations pourraient vite se retrouver dans l’impasse où accoucher de bien maigres évolutions.

Il y a pourtant urgence à corriger cette mauvaise réforme, très injuste pour beaucoup de Français, et, au-delà, à ouvrir une réflexion plus large sur le devenir de notre système social à l’heure des grandes mutations du monde du travail et de la société. Car contrairement à tous ceux qui s’arc-boutent sur la réforme actuelle purement paramétrique, avec son décalage de l’âge de départ à 64 ans et l’allongement de la durée de cotisation, il existe bien d’autres alternatives de financement des retraites. Du développement de l’emploi des seniors à la suppression de certaines exonérations de cotisations accordées aux employeurs, de la contribution des retraités à la majoration des cotisations sociales, de multiples curseurs sont activables. On peut même réfléchir à nouveau à un système à point voire à une part de capitalisation collective.

Un tel débat ne se tranchera pas en trois mois et il y a fort à parier que le dossier des retraites sera renvoyé à la présidentielle de 2027…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 17 février 2025)

 

Briser la spirale

  

Colomiers

Une grenade lancée dans un bar à Grenoble qui fait 15 blessés, un homme abattu à l’arme lourde sur un parking de Colomiers. Deux drames concomitants qui, vraisemblablement, viennent s’ajouter à l’insupportable série d’homicides ou de tentatives d’homicides et à la longue liste de blessés du trafic de stupéfiants en France.

Deux drames dont les modalités illustrent aussi combien le trafic a désormais sombré dans une inquiétante ultraviolence. En reprenant à son compte une le terme de « mexicanisation » du narcotrafic en France, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a voulu marquer les esprits, quitte à verser dans l’exagération. Au Mexique, en effet, les cartels sont le cinquième employeur du pays et, depuis 2006, sont responsables de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus liés au trafic de drogue. En France en 2024, on déplorait 110 morts et 341 blessés, ce qui est évidemment déjà trop.

La France n’est donc pas le Mexique. Mais le ministre LR, tenant d’une ligne régalienne dure, veut afficher sa volonté de se hisser à la hauteur d’un problème majeur parfaitement dépeint par le rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’impact du narcotrafic en France, rédigé par Jérôme Durain (PS) et Etienne Blanc (LR). Publié le 14 mai dernier, ce document expliquait comment le narcotrafic a gagné progressivement les villes moyennes, voire petites, ainsi que les zones rurales ; combien, aussi, les services de lutte sont sous-dotés face à un trafic mondialisé.

Estimant que la France est « submergée par le narcotrafic », les deux sénateurs ont émis des recommandations largement reprises dans une proposition de loi adoptée au Sénat. Création d’un nouveau parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), fermeture des commerces qui blanchissent l’argent de la drogue, gel des avoirs criminels facilité, techniques d’enquête et de répression renforcées, révision du régime des « repentis », etc.

Autant d’outils nécessaires pour contrecarrer un trafic de stupéfiants qui a profondément changé. Car outre l’ultraviolence qui s’est installée entre bandes rivales – on a vu la guerre entre deux groupes criminels rivaux à Marseille, DZ Mafia et Yoda – la nature des drogues et la façon de se les procurer n’a plus rien à voir avec ce qui se passait il y a quelques années. La cocaïne ou les drogues de synthèse voient leur consommation exploser dans tous les milieux et il semble n’avoir jamais été aussi facile de s’en procurer, directement depuis son smartphone.

Ainsi, outre le trafic, Bruno Retailleau veut s’attaquer aux consommateurs de drogue avec une campagne choc – payée par les sommes confisquées aux trafiquants par les tribunaux – pour les sensibiliser. « Chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez », proclame la campagne qui veut provoquer une prise de conscience.

Le trafic, les consommateurs : il ne reste plus qu’à cibler l’autre bout de la chaîne, le terrain sur lequel prospèrent les trafics. Ce qui est peut-être le plus difficile. Il faut, là aussi, briser l’engrenage pour offrir des perspectives économiques et socio-culturelles aux habitants de ces quartiers défavorisés et notamment aux jeunes pour qu’ils ne soient pas happés par les caïds. En 2018, Jean-Louis Borloo avait remis un solide rapport sur les banlieues qui voulait en finir avec les mesures au coup par coup aussi coûteuses que vaines. Le rapport a été enterré. Il était pourtant l’autre versant de la lutte contre le narcotrafic. Un élément clé pour enfin briser la spirale de la drogue.

 

Carte maîtresse

  

Eric Lombard

Et si dans le jeu gouvernemental, Eric Lombard constituait finalement la vraie carte maîtresse de François Bayrou, celle qui est moins flamboyante et moins tape-à-l’œil que certaines autres mais qui, le moment venu, permet d’emporter – même provisoirement – la partie, par exemple celle du Budget ? En tout cas, à l’heure où la scène politique est dominée par le bruit et les postures, le ministre de l’Économie et des Finances, inconnu du grand public, se distingue de ses collègues en cultivant une rare discrétion, appuyée sur un certain nombre de qualités essentielles pour un gouvernement qui n’a pas été plébiscité par les urnes, qui ne dispose pas de majorité à l’Assemble et qui évolue dans une situation politique plus éclatée et polarisée que jamais.

Ainsi, par rapport à Bruno Retailleau et Gérald Darmanin, ministres en vue de l’Intérieur et de la Justice omniprésents dans les médias et lancés dans une course à l’échalote pour bousculer l’état de droit en adoptant des positions sans cesse plus à droite, Eric Lombard affiche sans esbroufe son pedigree de gauche, nourri auprès d’un grand-père qui fréquenta Léon Blum, et confirmé auprès de Michel Rocard, père de la deuxième gauche. Un ADN qui l’a d’ailleurs conduit à s’exprimer sur l’explosif débat sur le droit du sol, estimant que le dispositif législatif actuel est « satisfaisant ». Un ADN qui a, surtout, fait de lui l’émissaire idéal de François Bayrou pour jeter des ponts avec la gauche en général et les socialistes en particulier et éviter ainsi au Béarnais de finir censuré comme Michel Barnier.

Seconde qualité, là où les patrons de Bercy ont été ces dernières années de purs politiques avec des ambitions et un agenda parfois très personnels, Eric Lombard apparaît comme un expert. Ancien directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, où il a œuvré pour le rapprochement de la Caisse avec le groupe La Poste, ainsi que pour celui entre CNP Assurances et La Banque postale, ancien conseiller ministériel à Bercy, Eric Lombard connaît son sujet, les finances publiques et ce qu’elles impliquent sur le terrain, notamment auprès des collectivités locales.

Enfin, ce qui distingue Éric Lombard n’est pas seulement son expertise, mais aussi son approche du pouvoir. Comme l’ancien Premier ministre Jean Castex qui était un haut fonctionnaire peu connu avant d’être nommé à Matignon, Eric Lombard privilégie le sérieux à la communication, l’efficacité aux polémiques. Il croit en un État fort, mais soucieux du dialogue et de l’intérêt général. Une posture qui tranche évidemment avec la brutalité d’expression de certains ministres.

Dans une période où les tensions s’exacerbent, où la droite se radicalise et où la gauche peine à se structurer, un profil comme celui de Lombard devient dès lors précieux. Il est de ceux qui, loin des projecteurs, travaillent à bâtir des consensus durables. Or, c’est précisément ce dont Bayrou a besoin : un homme capable de rassurer les socialistes sans effrayer l’électorat modéré, un négociateur plus qu’un tribun, ni dogmatique ni opportuniste, mais ancré dans la recherche de ce compromis qui a tant de mal à trouver son chemin en France.

Ce positionnement peut sembler en décalage avec l’air du temps, mais pourrait bien s’imposer comme une nécessité dans les mois à venir. Reste à savoir si, dans un paysage dominé par le spectaculaire, cette approche pondérée et nuancée peut encore trouver l’écho qu’elle mérite.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 13 février 2025)

 

En eaux troubles

eau

Si l’affaire Nestlé Waters n’occupe pas plus intensément le devant de la scène, c’est sans doute parce qu’aucune victime ne s’est – à ce jour – manifestée. Une chance, si l’on peut dire, car ce dossier trouble, qui éclabousse désormais jusqu’à l’Elysée, a tout de l’affaire d’État, à la fois scandale sanitaire et scandale politique.

Scandale sanitaire d’abord. Le géant suisse de l’eau en bouteille a beau se défendre et marteler que la sécurité alimentaire de ses produits « n’a jamais été en jeu », que la sécurité sanitaire des consommateurs « a toujours été assurée » et que « la microfiltration est largement utilisée dans toute l’industrie », il n’en reste pas moins que la multinationale a enfreint les règles en faisant subir des traitements illégaux à plusieurs de ses eaux comme Vittel, Contrex, Hépar et Perrier. Il y a bien tromperie. Par ailleurs, Le Monde et Radio France ont révélé une note du ministère de la Santé très explicite sur les « manquements de Nestlé Waters aux exigences du code de la santé publique ».

La note stipule que le niveau de filtration utilisé n’était pas autorisé au niveau européen et qu’il existait des « risques sanitaires liés à la présence de virus entériques d’origine hydrique (voire d’autres micro-organismes pathogènes). » Les autorités sanitaires, le directeur général de la santé Jérôme Salomon, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), ou l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), ont toutes recommandé à leur ministère de tutelle, à un moment ou un autre, que « compte tenu des enjeux sanitaires et réglementaires » il fallait « suspendre immédiatement l’autorisation d’exploitation et de conditionnement de l’eau ». Ce qui n’a pas été fait…

Et c’est là qu’intervient le scandale politique puisque l’exécutif n’a pas suivi les recommandations de son administration mais, visiblement sensible à un intense lobbying du géant suisse, a préféré accorder à ce dernier des dérogations pour continuer à frauder et potentiellement mettre en danger la santé des consommateurs. Il appartiendra à la commission d’enquête parlementaire de faire toute la lumière pour savoir pourquoi une telle décision a pu être prise et quelle « sorte de chantage », pour reprendre l’expression de Jérôme Salomon, Nestlé Waters aurait bien pu utiliser pour emporter une décision favorable à ses seuls intérêts.

Le travail de la commission est d’autant plus important que tous les acteurs politiques de l’affaire se défaussent aujourd’hui les uns sur les autres jusqu’au chef de l’État. Si l’on peut admettre qu’Emmanuel Macron, pourtant peu réputé pour déléguer, n’a peut-être pas supervisé le dossier, quid des autres ? Notamment son bras droit Alexis Kohler et des conseillers de l’Elysée qui ont rencontré Nestlé Waters visiblement en catimini, puisque la multinationale n’a pas déclaré ces rencontres à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique…

Au final, cette affaire laisse un détestable arrière-goût pour les Français : celui que l’on ressent lorsque l’intérêt général s’efface devant des intérêts particuliers ; celui où le fraudeur puissant échappe aux sanctions prévues par la loi qui frapperaient normalement n’importe quel citoyen dans la même situation ; celui, enfin, où la santé, assortie du principe de précaution, ne prime pas sur le profit.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 8 février 2025)

Pax Americana ?

Ukraine

Et si la clé de la paix en Ukraine ne dépendait que de l’ego d’un homme ? Non pas celui de Volodymyr Zelensky ou de Vladimir Poutine, mais celui de Donald Trump. Selon certains observateurs, le 47e président des États-Unis a beau marteler « America first », l’Amérique d’abord, il n’en investit pas moins la politique étrangère afin d’obtenir, à Gaza comme en Ukraine, des « deals » pour ramener la paix. Avec un objectif : obtenir le prix Nobel de la Paix, cette récompense que Barack Obama a reçue en 2019, ce que le Républicain ne supporterait pas…

Donald Trump entend donc bien décrocher coûte que coûte un accord de paix en Ukraine. Durant la campagne présidentielle, il avait fanfaronné qu’il pouvait obtenir en 24 heures l’arrêt de cette « guerre ridicule ». Face au mur de la réalité et à la complexité du dossier, il a évidemment révisé ses délais sans toutefois renoncer à son objectif ultime. Alors qu’il s’était dit prêt à rencontrer Vladimir Poutine en tête à tête, Donald Trump a depuis envoyé des signaux en forme d’ultimatum, tant au président russe qu’à son homologue ukrainien.

Il a ainsi menacé le premier d’imposer de nouvelles sanctions à la Russie si Moscou ne conclut pas rapidement un accord avec l’Ukraine ; estimant qu’en continuant la guerre, Vladimir Poutine était en train de « détruire son pays » sur le plan économique avec une inflation intenable (9,5 % en rythme annuel). Et il a mis la pression sur le second en conditionnant la poursuite de l’aide financière américaine à l’accès par les États-Unis aux terres rares ukrainiennes, titane, lithium, graphite, cérium… essentielles pour le développement des technologies numériques.

Les injonctions de Donald Trump ont en tout cas fait bouger les lignes. Volodymyr Zelensky se dit désormais prêt à négocier avec Vladimir Poutine, ce qu’il se refusait à envisager jusqu’à présent. Vladimir Poutine, lui, refuse son homologue ukrainien comme interlocuteur… pour l’instant. Le maître du Kremlin préfère continuer les combats qui voient l’armée russe prendre l’ascendant sur une armée ukrainienne épuisée et démunie.

Tôt ou tard, les deux parties se retrouveront pourtant à la table de négociations et l’Ukraine devra probablement faire de douloureuses concessions territoriales à la Russie qui occupe aujourd’hui près de 18 % de son territoire. L’Europe, qui ne peut pas être absente des négociations pour un conflit se déroulant sur son sol, devra alors peser de tout son poids pour que cette nouvelle Pax Americana – que ne manquera pas de s’attribuer Donald Trump – ne soit pas qu’un « deal » politico-économique russo-américain précaire qui se fasse sur son dos.

À l’heure où Trump comme Poutine se moquent du droit international, l’Europe doit surmonter ses divisions et être en soutien des intérêts de l’Ukraine qui, depuis trois ans, défend courageusement et au prix du sang les valeurs démocratiques et humanistes de l’Union européenne. L’accord de paix devra ainsi fermement rappeler pour les garantir la sécurité et la souveraineté des pays européens face aux ambitions impérialistes de Vladimir Poutine qui, sans message clair, continuera à menacer les pays baltes, la Pologne ou la Finlande.


Craintes et espoirs

cancer

La Journée mondiale de lutte contre le cancer, chaque année le 4 février, est de celles qui sont ambivalentes. D’un côté, les chiffres qui sont présentés sont souvent sources d’inquiétude quand il s’agit de constater que certains cancers se développent de façon importante. De l’autre, cette journée insuffle un véritable espoir quand il s’agit de mesurer les avancées de la recherche médicale, avec une kyrielle d’innovations qui permettent de mieux lutter et finalement de guérir de plus en plus de cancers. Cette année 2025 ne déroge pas à la règle.

Côté sombre : l’inquiétante progression de certains cancers chez les jeunes hommes et femmes, en France. Les cancers du système digestif (colon, pancréas, foie…) sont, par exemple, de plus en plus fréquents chez les moins de 50 ans, sans que l’on parvienne encore à comprendre pourquoi. Pollution, facteurs environnementaux, changements génétiques ? Ces cancers plus fréquents chez les jeunes le sont bien sûr aussi dans les tranches d’âge plus élevées, chez les seniors, mais leur fulgurance inquiète à raison lorsque ce sont des « quadras » qui, faute d’avoir été dépistés à temps, décèdent rapidement de tumeurs foudroyantes.

La Journée mondiale permet aussi de mesurer combien le cancer reste le mal du siècle avec environ 20 millions de nouveaux cas diagnostiqués dans le monde – 433 000 en France – et près de 9,7 millions de décès dus à la maladie. La charge mondiale du cancer devrait d’ailleurs augmenter de manière significative dans les décennies à venir : des projections indiquent une hausse de 77 % du nombre de nouveaux cas d’ici 2050, principalement en raison du vieillissement et de la croissance de la population ainsi que de l’augmentation de l’exposition à certains facteurs de risque.

Mais cette journée est aussi porteuse d’espoir. La recherche en cancérologie évolue rapidement avec de spectaculaires résultats pour certains cancers. L’essor des immunothérapies, des thérapies à base de micro-ARN – dont les mécanismes de régulation génétique ont récemment été récompensés par un prix Nobel – mais aussi la radiothérapie nucléaire, ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques. L’irruption de l’intelligence artificielle est aussi en train de révolutionner l’étape cruciale du diagnostic et le suivi des patients. Emmanuel Macron a d’ailleurs évoqué l’importance de l’IA dans le secteur de la santé, hier lors de sa visite à l’institut Gustave Roussy. La France est par ailleurs en tête des États membres de l’UE pour le nombre de start-up spécialisées en oncologie et affiche la plus forte avancée en médecine personnalisée. Voilà de quoi se réjouir.

Enfin, entre les craintes et les espoirs, il y a les malades et leurs familles qui abordent le cancer avec de fortes inégalités socio-économiques. C’est pourquoi le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) vient de lancer un nouveau site web pour le projet EU-CanIneq, une initiative de l’Union européenne consacrée à la réduction de ces inégalités. Remédier à ces disparités permettra de réduire la mortalité globale par cancer, en particulier parmi les groupes les plus défavorisés.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 5 février 2025)


La tentation de la censure

 

assemblée

« Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder », disait Oscar Wilde. François Bayrou vient de faire sienne la maxime de l’écrivain britannique en cédant au recours à l’article 49.3 qui va donc permettre au gouvernement, à partir de ce lundi, de faire adopter sans vote les textes budgétaires de 2025. Comme ses prédécesseurs Elisabeth Borne – « Madame 49.3 » – et Michel Barnier, le Premier ministre a ainsi renoncé à laisser les projets de loi de finances faire l’objet d’un vote en bonne et due forme par les députés, par peur d’un résultat qui aurait pu être négatif. Certes le recours à cet article de la Constitution est parfaitement régulier, mais il soulève tout de même un problème démocratique qui peut légitimement heurter les Français : à quoi sert un Parlement s’il ne peut jamais voter le budget de la Nation ?

Le recours au 49.3 pose aussi les limites de la « méthode Bayrou » qui se voulait différente. On pensait, en effet, que le président du MoDem, contrairement à Michel Barnier, avait su trouver le chemin de crête pour franchir son Himalaya budgétaire, faisant une ouverture de négociation avec le Parti socialiste d’un côté et se prémunissant de la « surveillance » du Rassemblement national de l’autre. François Bayrou se félicitait même de l’accord historique survenu sur le Budget vendredi au sein de la commission mixte paritaire réunissant sept députés et sept sénateurs. Las ! Le recours au 49.3 casse donc la nouvelle approche qu’il disait vouloir incarner et ravive dans les oppositions l’envie de censurer, réponse logique à tout 49.3.

Mais les oppositions, justement, doivent-elles céder à la tentation de la censure automatique ? Autant celle qui a fait chuter un gouvernement Barnier sourd au résultat des urnes – un front républicain contre le RN et une coalition de gauche arrivée en tête – paraissait logique et même réclamée par les sympathisants des partis d’opposition, autant cette fois la donne a changé.

Depuis les élections législatives issues d’une calamiteuse dissolution, la France patauge depuis sept mois dans l’incertitude, engluée dans des chicayas politiques de plus en plus incompréhensibles et des débats boutiquiers et électoralistes sans fin qui sont très éloignés de l’intérêt général.

Les Français attendent que le pays avance, que des décisions soient prises dans de nombreux domaines comme l’agriculture, l’éducation, la défense, l’économie, etc. À l’heure où le monde est bouleversé par l’élection de Donald Trump et l’irruption d’une « internationale réactionnaire », à l’heure où l’Europe pourrait décrocher dans la course aux technologies, comme l’intelligence artificielle, doit-on vraiment précipiter la France dans un nouveau chaos politique en cas de censure et perdre encore des mois ?

François Bayrou estime qu’une censure « serait rejetée avec colère par les Français ». De fait, les oppositions vont devoir y réfléchir à deux fois avant de censurer, et notamment la gauche. Un sondage Odoxa-La Dépêche lundi dernier montrait, en effet, que 77 % des sympathisants de gauche plaidaient pour qu’elle essaye de trouver des terrains d’entente avec le gouvernement afin d’obtenir des résultats ; seuls 24 % préféraient une censure.

Assurer la stabilité institutionnelle et arracher des victoires pour infléchir une politique qui penche à droite ou rester sur l’Aventin d’une opposition en mode « tout ou rien » qui jouerait le blocage jusqu’à la prochaine présidentielle : tel est le dilemme de la gauche et plus particulièrement du PS. Tiraillé, celui-ci pourra toujours se référer à Jean Jaurès, qui écrivait dans La Dépêche le 6 mai 1888, à une époque où les censures s’enchaînaient, que « le plus grand mal dont nous souffrons, c’est l’instabilité gouvernementale »…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 3 février 2025)

Le choix des mots

  

Bayrou

François Bayrou, professeur agrégé de lettres classiques, ancien ministre de l’Éducation nationale, biographe passionné d’Histoire, a trop d’expérience politique pour ignorer que le choix des mots est essentiel et que, comme le disait Albert Camus, « mal nommer les choses c’est participer au malheur du monde ».

Lundi soir sur LCI, en reprenant l’expression « submersion » migratoire – fut-elle assortie d’un « sentiment » – sans distinguer d’ailleurs étrangers en situation régulière et immigrés en situation irrégulière, le Premier ministre, lesté de quarante ans de vie politique, ne pouvait ignorer que celle-ci était consubstantielle à l’extrême droite, employée dès 1986 par Jean-Marie Le Pen, et devenue depuis un marqueur indélébile du discours du Front puis du Rassemblement national. Le vice-président du RN Sébastien Chenu ne cachait d’ailleurs pas sa satisfaction, fanfaronnant que son parti « a gagné depuis très longtemps la bataille idéologique » sur l’immigration.

François Bayrou, qui n’a accordé que deux longues interviews télévisées depuis sa nomination, aurait pu plaider la maladresse et précisé ses propos qui ont causé un tollé à gauche mais aussi au sein même d’une partie de la macronie. Le Premier ministre a préféré assumer mardi à l’Assemblée nationale en évoquant la situation à Mayotte mais pas seulement. Il a légèrement rectifié ses propos hier au Sénat, conscient que les socialistes en faisaient un préalable à la reprise des négociations budgétaires auxquelles ils avaient suspendu leur participation.

Orgueil mal placé ou coup de billard à trois bandes pour mettre la pression sur le PS avec lequel un accord de non-censure s’esquissait et rassurer un Rassemblement national qui semblait pourtant hors du jeu et sans stratégie ? Mystère. Avec cette déclaration intempestive qu’on n’attendait pas de celui qui s’était montré critique sur la dernière loi immigration, François Bayrou a pris le risque de se faire censurer au moment même où il semblait trouver ce chemin de crête que le Savoyard Michel Barnier n’a jamais su dessiner…

Mais au-delà, l’emploi de cette expression en dit long sur la dérive à droite du discours politique ces dernières années, qui n’a cessé d’élargir la fenêtre d’Overton. Ce concept, imaginé par le politologue américain Joseph P. Overton, désigne l’ensemble des idées et des discours considérés comme acceptables dans une société à un moment donné. La taille de la fenêtre évolue avec le temps et certaines idées extrêmes, autrefois jugées inacceptables par l’opinion publique, peuvent devenir acceptables sous l’action notamment des politiques et des médias. C’est peu dire que ces dernières années, l’extrême droite identitaire a tout fait pour élargir la fenêtre à ses thèmes fétiches, bien aidée par la caisse de résonance des réseaux sociaux et par certains médias, au premier rang desquels ceux du groupe Bolloré.

Cette droitisation du discours confine même à une forme de trumpisation de la vie politique lorsque des personnalités de premier plan sombrent dans la post-vérité, c’est-à-dire des mensonges. On a vu récemment l’ancien député centriste Jean-Louis Bourlanges refuser sur France 5 de reconnaître que le NFP était la coalition qui était arrivée en tête des législatives, ce qui est factuellement incontestable. On a vu tout récemment dans Complément d’enquête sur France 2 Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, estimer que « la réalité » contestait les études montrant « l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

« Les préjugés sont nourris par le réel », a même cru bon de rajouter François Bayrou, alors que le réel est l’antidote des préjugés. Le Premier ministre a repris ses esprits, hier au Sénat, en reconnaissant sans se dédire que « les mots sont un piège. » Il était temps d’admettre sa faute pour que le piège… de la censure ne finisse pas par se refermer sur lui.

(Editorial publié dans La Dépêche du jeudi 30 janvier 2025)

 

"Retex" sur le Covid

virus

Dans le monde de l’entreprise, le « Retex » est un processus devenu très courant. Retex comme « retour d’expérience » est une démarche d’analyse rétrospective d’une situation, d’un événement ou d’un projet afin d’identifier les points forts et les points faibles, les réussites et les échecs, le tout pour en tirer des enseignements afin d’améliorer les pratiques futures et surtout éviter de reproduire les mêmes erreurs. On aurait pu penser qu’Emmanuel Macron et ses gouvernements, si sensibles au management moderne des entreprises, se seraient précipités pour faire un Retex de leur gestion de la pandémie de Covid-19. Las ! Il n’en a rien été et, aux yeux du chef de l’État, de ses conseillers et de ses anciens ministres, la France ne s’en est finalement pas si mal sortie.

Mais cette absence de Retex s’explique aussi et peut-être surtout par le déni dans lequel les acteurs du dossier se sont enferrés pour ne pas reconnaître que des erreurs ont bel et bien été commises au premier rang desquelles un mensonge aux Français sur l’état du stock de masques et leur utilité face au coronavirus ou l’organisation des élections municipales en pleine propagation du SARS-Cov-2. Que l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn et l’ex-Premier ministre Edouard Philippe aient échappé à un procès devant la Cour de justice de la République pour répondre de leur gestion de l’épidémie est une chose ; il n’en reste pas moins qu’ils ont pris des décisions contestables, dont l’historique a été minutieusement reconstitué dans le dossier d’instruction. En se plongeant dans ses centaines de pages, Gérard Davet et Fabrice Lhomme rendent d’une part hommage au colossal travail des juges mais aussi rétablissent la vérité auxquelles les Français ont droit et notamment les familles des quelque 170 000 victimes du Covid.

Espérons que leur livre « Retex » soit, en tout cas, utile à tous, car le Covid-19 – qui perdure toujours dans le monde faut-il le rappeler – n’est hélas pas la dernière épidémie que nous aurons à affronter. En juillet dernier, Yuen Kwok-yung, éminent chercheur et médecin hongkongais qui a combattu les virus les plus dangereux, avertissait qu’une nouvelle pandémie était selon lui inévitable et pourrait causer des dégâts bien plus graves que le Covid-19. Alors que les dirigeants mondiaux sont occupés par des questions « d’intérêt national ou régional », M. Yuen estime que l’évolution rapide du climat et les maladies infectieuses émergentes devraient être une priorité absolue.

Depuis 2021, sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), un traité international sur la prévention des pandémies est pourtant en préparation. Mais la tâche est ardue car les questions soulevées, qui doivent tenir compte justement des erreurs commises avec le Covid, sont complexes. Elles touchent à la souveraineté des États, au nécessaire partage de l’information, à la coopération logistique et scientifique, à la propriété intellectuelle des brevets et des vaccins, et bien sûr aux financements nécessaires. Concilier autant d’intérêts souvent frontalement contradictoires relève de la gageure et le traité n’est pas encore signé en dépit de nombreux progrès dans la recherche et la coopération.

De surcroît, le front mondial uni qui devrait prévaloir pour se préparer aux futures pandémies se lézarde avec les décisions irréfléchies de certains pays qui pensent faire mieux tous seuls, comme les États-Unis de Donald Trump qui s’apprêtent à quitter l’OMS. Un mauvais coup pour la santé mondiale.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 27 janvier 2025)

Au défi du climat

inondations

Le système assurantiel français, autrefois pilier de résilience, vacille sous les assauts du changement climatique. Entre hausse vertigineuse des primes et multiplication des catastrophes naturelles, collectivités locales et citoyens peinent de plus en plus à se protéger. Une situation critique qui nous oblige à repenser profondément notre rapport à l’assurance et à l’adaptation climatique.

Les chiffres de France Assureurs, dans leur rapport « Pour une France assurable » publié en mars dernier, sont accablants : 6 milliards d’euros par an en moyenne de sinistralité climatique sur les quatre dernières années, un montant 18 % supérieur aux prévisions établies pour 2050… et nous n’en sommes qu’en 2025. L’accélération du dérèglement climatique dépasse les scénarios les plus pessimistes, et le modèle assurantiel peine à encaisser le choc. Face à cela, les assureurs n’ont d’autre choix que d’augmenter les primes. Cette hausse, estimée entre 130 et 200 % d’ici 2050, rend l’assurance de plus en plus inaccessible. Le cercle vicieux est enclenché : les catastrophes se multiplient, les primes s’envolent, et un nombre croissant de Français et de collectivités sont exclus de la protection assurantielle.

Le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (Cat-Nat), symbole de solidarité nationale depuis 1982, montre aujourd’hui ses limites. Alors qu’il offrait jusqu’à présent une couverture large et équitable, certains réassureurs se retirent d’un marché jugé trop risqué, fragilisant un système pourtant essentiel. L’État est bien conscient de l’urgence. Le troisième Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC 3), suspendu temporairement avec la dissolution, a esquissé des pistes pour maintenir des offres accessibles sur tout le territoire et éviter le retrait des zones à risques. Dès 2025, par exemple, le fonds Barnier, dédié à la prévention, sera renforcé à hauteur de 300 millions d’euros. Si cette mesure est un pas dans la bonne direction, elle reste insuffisante face à l’ampleur des besoins. Un observatoire de l’assurance des risques climatiques doit également voir le jour pour améliorer la transparence et suivre les évolutions du marché. Louable, cette initiative ne suffira toutefois pas à résoudre les tensions croissantes d’un modèle conçu pour un monde plus stable.

Sécheresses à répétition, inondations spectaculaires, tempêtes dévastatrices : ces phénomènes sont devenus la nouvelle norme. Notre système, bâti pour des aléas ponctuels et prévisibles, n’est clairement plus adapté à un environnement chaotique. Il faut imaginer une réponse globale et audacieuse : renforcer la prévention, imposer des normes de construction plus strictes, inciter financièrement l’adaptation des logements et mieux informer la population.

Mais cela ne suffira pas. C’est tout notre modèle de développement qu’il faut réinventer. Urbanisme, construction, agriculture : chaque secteur doit intégrer les risques climatiques dans ses pratiques. Les innovations, comme l’intelligence artificielle, pourraient jouer un rôle clé, notamment en optimisant la modélisation des risques et en permettant une tarification plus juste. Au-delà des outils techniques, c’est un changement de paradigme qui s’impose : passer d’une logique de réparation à une logique d’anticipation et de résilience. Cela nécessite des investissements massifs dans les infrastructures, les écosystèmes et les bâtiments pour mieux absorber les chocs. Le défi est immense, mais il est vital.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 25 janvier 2025)

Besoin de justice

  

agriculteur

Il y a un an, la colère paysanne née sur les terres d’Occitanie était bouleversée par le drame terrible du destin brisé d’une famille. À Pamiers, sur l’un de ces barrages érigés par les agriculteurs qui n’en pouvaient plus des difficultés auxquelles ils étaient confrontés, une mère et sa fille, Alexandra et Camille, perdaient la vie le 23 janvier 2024, fauchées au petit matin par un chauffard qui avait forcé le barrage pourtant dûment signalé. À la colère se sont ainsi ajoutés une immense émotion, ressentie par tous les Français, et un vif sentiment d’injustice face à un drame qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Un an plus tard et alors que va s’ouvrir le procès du chauffard, Jean-Michel Sonac, mari et père des victimes, témoigne dans nos colonnes de son chagrin, évidemment incommensurable, mais aussi de sa colère, intacte, et de sa détermination à obtenir justice. Justice pour Alexandra et Camille bien sûr, mais aussi peut-être justice pour les agriculteurs qui, depuis début 2024, attendent toujours de voir se concrétiser pleinement toutes les promesses annoncées alors par le Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, qui les avaient formulées devant les caméras dans la cour de la ferme de Jérôme Bayle, l’initiateur du mouvement agricole historique.

Car depuis un an, le dossier agricole semble faire du sur-place, sans cesse ballotté par le calendrier politique. La dissolution-surprise imposée par Emmanuel Macron au soir des élections européennes le 9 juin, puis l’absence d’un gouvernement effectif pendant la longue parenthèse estivale des Jeux olympiques et paralympiques – parenthèse plutôt désenchantée pour le monde paysan –, puis la censure du gouvernement de Michel Barnier le 5 décembre : autant d’événements qui ont retardé l’examen de la loi agricole et le bon suivi des mesures promises. Si on ajoute à cela les rivalités syndicales à l’heure des élections professionnelles entre la FNSEA et les Jeunes agriculteurs – alliance majoritaire – la Coordination rurale qui muscle sa radicalité et ses ambitions et la Confédération paysanne ; si l’on ajoute la détestable expression d’un agent de l’Office français de la biodiversité comparant les agriculteurs à des dealers, on comprend qu’un an après leur mouvement, les paysans – et notamment les plus petits – soient toujours à cran, avec l’impression que rien n’avance, que les difficultés de janvier 2024 sont finalement peu ou prou les mêmes que celles de janvier 2025, en dépit des propos rassurants de François Bayrou ou de la ministre Annie Genevard.

« Il ne faut pas qu’elles soient parties pour rien », nous confie avec émotion et dignité Jean-Michel Sonac en évoquant les décès de son épouse et de sa fille. L’agriculteur, qui a tenu grâce à une remarquable solidarité de ses pairs, au soutien de ses proches et à la passion du métier qui l’habite et qu’il a transmise à son autre fille, est aujourd’hui le visage d’une agriculture française qui attend du respect et de réelles perspectives, et enfin un vrai passage des paroles politiques aux actes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 23 janvier 2025)

 

Charlie Hebdo : il y a dix ans, le choc de l’attentat, la France debout face au terrorisme et à la haine

 

Charlie

Il y a dix ans, le 7 janvier 2015, la France entrait dans un terrible tunnel d’attentats terroristes qui voulaient abattre votre démocratie, notre mode de vie, notre liberté de penser, de croire ou de ne pas croire, notre façon de vivre ensemble, nous tous, citoyens libres et égaux depuis la Révolution de 1789. Les terroristes de Daech ne seront pas parvenus à leurs fins parce qu’ils ont trouvé face à eux un peuple qui s’est levé, immensément résilient, soutenu par des pays du monde entier, prêts à résister à ses côtés face à l’obscurantisme.

Cette force-là, les Français ne la percevaient peut-être pas encore en eux, en ce 7 janvier 2015, lorsque les notifications sur leurs smartphones, puis les flashs spéciaux des radios et des chaînes d’information en continu ont raconté l’impensable. La rédaction de Charlie Hebdo, l’impertinent hebdomadaire satirique, venait d’être attaquée dans ses locaux de la rue Nicolas Appert dans le 11e arrondissement de Paris.

Une rédaction décimée

Des djihadistes, tout de noir vêtu et armés de Kalachnikov, pénètrent d’abord au numéro 6, mais ce n’est pas la bonne adresse. Visé par des menaces récurrentes depuis la publication de caricatures du prophète Mahomet, dessinées par Charb, Charlie Hebdo craignait pour sa sécurité et ses locaux étaient quasi-secrets avec porte blindée et protection policière renforcée… Menaçant un employé voisin, les frères Chérif et Saïd Kouachi finissent par pénétrer au numéro 10. Dans le hall de l’immeuble, ils tuent un agent de maintenance, Frédéric Boisseau, puis forcent la dessinatrice Coco à ouvrir la porte de la rédaction.

Débarquant en pleine réunion, aux cris d’« Allahu Akbar », les terroristes abattent 10 personnes. Michel Renaud, invité de passage et le policier Franck Brinsolaro chargé de la sécurité rapprochée de Charb, puis les membres de la rédaction : Cabu, Charb, Tignous, Honoré, Wolinski, Bernard Maris, Mustapha Ourrad et Elsa Cayat. Après cinq minutes de fusillade, Chérif et Saïd Kouachi s’enfuient, déjouent les barrages de police et abattent Ahmed Merabet, l’un des deux policiers qui tenta de les désarmer. À l’issue de cette journée ayant fait 12 morts et 11 blessés, François Hollande annonce que le plan Vigipirate « Alerte attentat » est déclenché dans toute l’Île-de-France.

Mais la haine terroriste se poursuit le lendemain. Alors que l’attention est rivée sur le drame qui a frappé Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly tue une policière, Clarissa Jean-Philippe, à Montrouge puis prend en otage personnel et clients de la supérette Hyper cacher de la Porte de Vincennes et tue quatre personnes de confession juive, Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada. Coulibaly est abattu lors de l’assaut du RAID et de la BRI.

Au Nord de Paris, les frères Kouachi continuent leur périple et trouvent refuge dans une imprimerie dont ils prennent en otage le gérant avant de le libérer. Un salarié de l’entreprise, resté caché dans les locaux, parvient à communiquer de précieuses informations au GIGN, qui reçoit le feu vert de François Hollande pour donner l’assaut et abattre les terroristes après des heures de tractations infructueuses.

L’union nationale autour de « Je suis Charlie »

Trente ans après les attentats qui, de la rue des Rosiers à la rue de Renness, avaient éprouvé le pays, la France est à nouveau touchée au cœur par le terrorisme. Un terrorisme qui choisit ses cibles : des journalistes, des Juifs, des policiers. Le choc est d’autant plus immense que chacun peut ressentir presque personnellement la perte des victimes, tant Cabu ou Wolinski étaient connus et appréciés par plusieurs générations.

Les Français découvrent aussi le procureur François Molins, dont la droiture, le sang froid, les explications précises délivrées de sa voix chaude ont rassuré les Français et empêché emballement médiatique et panique générale. La France, menacée à de nombreuses reprises pour ses opérations extérieures en Afrique et au Moyen-Orient par Al-Qaïda ou Daech, mesure en tout cas combien la menace terroriste peut se concrétiser sur son sol mais aussi combien, derrière ces assassinats, se joue aussi autre chose, de l’ordre du symbole et des valeurs au fondement de la République.

L’heure est à l’union nationale et les Français, instinctivement, charnellement, spontanément l’ont compris. Cette unité après laquelle on court souvent se construit cette fois de façon naturelle par des rassemblements de Français partout en France, qui, stylos et crayons en main, disent non au terrorisme et veulent défendre la liberté d’expression et la liberté de critiquer les religions.

Un slogan apparaît alors et se répand partout : « Je suis Charlie » en lettres blanches sur fond noir. Un cri du cœur, un signe de ralliement qui va dépasser nos frontières, repris dans les rédactions de journaux du monde entier comme par leurs lecteurs. Ce qui s’est passé en France devient alors un fait majeur international, qui interpelle le monde entier, car le monde entier est menacé par le terrorisme.

Le monde auprès d’un peuple debout

Et le monde entier va se retrouver à Paris le 11 janvier pour une marche républicaine, silencieuse, solennelle, poignante. Au milieu des Français venus en masse dans les rues de la capitale et alors que des centaines de rassemblements sont organisés dans tout le pays depuis la veille, François Hollande fend la foule avec à ses côtés des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, d’Angela Merkel à Benyamin Netanyahou, de Mahmoud Abbas à David Cameron, de Macky Sall à Ibrahim Boubacar Keïta, tous venus témoigner de leur solidarité et de leur volonté de lutter contre le terrorisme.

Dix ans plus tard on mesure combien cette marche fut historique, dix ans plus on constate aussi combien « Je suis Charlie » s’est émoussé face aux assauts de la désinformation manipulée sur les réseaux sociaux, face aux débats haineux exacerbés par certains médias, face à la polarisation de la société excitée par les populistes de tous poils.

Mais dix ans après Charlie – puis le Bataclan et Nice – demeure l’idée que face à la barbarie, face à l’intolérance, face à l’obscurantisme religieux, en France, héritier de Voltaire et des Lumières, de Jean Jaurès et de Jean Moulin, existera toujours un peuple debout.

L'obsession présidentielle

 

elysee

Ne demandez pas à Laurent Wauquiez, Gabriel Attal ou Jean-Luc Mélenchon s’ils pensent à la présidentielle en se rasant le matin ou si Marine Le Pen fait de même en se maquillant, la question, jadis posée à Nicolas Sarkozy lorsqu’il était vibrionnant ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, est aujourd’hui totalement superflue. Car les ténors politiques – même les plus improbables – ne pensent déjà qu’à la prochaine élection présidentielle, qu’elle se déroule dans le calendrier prévu en 2027 ou qu’elle soit anticipée si par extraordinaire Emmanuel Macron décidait de démissionner – ce qu’il a assuré ne pas vouloir faire.

Depuis l’élection du président de la République au suffrage universel direct, décidée par référendum en 1962 par la volonté du général De Gaulle, et plus encore depuis le passage en 2000 du septennat au quinquennat avec l’inversion du calendrier – législatives en second – l’élection présidentielle est devenue l’élection qui commande tout, la clé de voûte de la vie politique. Au point que les élections locales – municipales, cantonales et régionales – se sont transformées en élections intermédiaires – sortes de Midterm américaines – dont les résultats sont analysés à l’aune du soutien ou du rejet de l’hôte de l’Elysée qu’elles signifieraient. Si l’on ajoute l’extrême centralisation et la verticalité de l’exercice du pouvoir, on obtient une démocratie française dominée, écrasée par l’élection suprême.

La dissolution-surprise de l’été dernier aurait pu changer la donne en permettant à la France de renouer avec un parlementarisme qui est la norme chez nos voisins. Las ! Dans une Assemblée il est vrai éclatée en trois blocs qui ne veulent pas se parler, ce sont davantage les ambitions présidentielles à plusieurs bandes des ténors qui pèsent, davantage que la recherche exigeante et complexe d’une coalition gouvernementale au service désintéressé de l’intérêt général. Les négociations tortueuses pour constituer les gouvernements Barnier puis Bayrou l’ont parfaitement montré, certains ministres étant choisis ou évincés en fonction des stratégies cryptiques des présidentiables en puissance.

Les Français en ont d’ailleurs pris acte et beaucoup ne votent plus que pour la présidentielle, attendant qu’un homme providentiel apparaisse pour régler tout seul les problèmes du pays… avant de le vouer aux gémonies quelques mois après son élection en constatant qu’il ne peut évidemment pas tout.

À cheval entre un régime présidentiel à l’américaine, tempéré par un Congrès puissant, et un régime parlementaire entravé par la seule volonté du Président qui chapeaute tout, la France peine parfois à avancer au point que certains appellent à passer de la plastique et robuste Ve République à une VIe République plus moderne. Le passage au scrutin proportionnel pourrait-il être la clé ? François Bayrou et d’autres de tous bords en sont convaincus. Mais cela supposerait de nouer des alliances avant les élections sur un programme clair et de sortir des ambitions personnelles et de cette indépassable obsession présidentielle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 5 janvier 2025)

Premier de cordée

 

bayrou

Après la censure du gouvernement de Michel Barnier, le plus bref de la Ve République – 91 jours ! – la nomination à Matignon de François Bayrou apparaissait comme plus solide que celle de l’ex-négociateur de l’Union européenne pour le Brexit. Les deux hommes ont certes le même âge, sont de la même génération et ont même appartenu aux Rénovateurs de la droite et du centre dans les années 90. Mais là où la nomination du LR Michel Barnier était le fruit d’un fragile compromis entre les partis présidentiels et Les Républicains qui faisait pencher bien trop à droite le gouvernement, celle de François Bayrou semblait ramener le barycentre gouvernemental davantage vers le centre, et donc à même de nouer plus facilement un dialogue avec la gauche de l’hémicycle.

Le maire de Pau, principal allié d’Emmanuel Macron qui lui doit une large part de sa victoire en 2017, paraissait d’ailleurs se préparer depuis des années à Matignon, mettant en avant ses compétences et son expérience politiques à chaque remaniement, en vain jusqu’à présent. Face aux tergiversations et à la procrastination du Président, Bayrou semblait même avoir, cette fois, tapé du poing sur la table et forcé son destin en tordant le bras au Président pour obtenir enfin Matignon. Centriste devenu central, il passait finalement pour être le seul capable de se faire entendre de la tumultueuse Assemblée, dialoguer avec le RN tout en le tenant à distance, négocier la bienveillance d’une partie de la gauche et dominer les ambitions des Attal, Wauquiez et consorts.

On allait donc voir ce qu’on allait voir… Et puis on a vu… On a vu un Premier ministre préférer aller en jet assister à un conseil municipal de sa ville plutôt que de se rendre à la réunion de crise sur Mayotte dévastée par un cyclone ; on a vu un Premier ministre mal à l’aise pour répondre seul aux questions des députés. Erreur de communication ? Voire. On a vu surtout un François Bayrou incapable d’envoyer des signaux vers la gauche sur la très contestée réforme des retraites là où les socialistes proposaient de renoncer à l’abrogation pure et simple pour un gel et la recherche d’autres pistes de financements. Même la taxation des superdividendes, pourtant portée par ses troupes dans la précédente législature et qui pouvait constituer un pont avec la gauche, semblait ne plus plaire à François Bayrou.

À peine la constitution du gouvernement de « poids lourds » connue, on a aussi vu combien cette idée-là – des politiques madrés connus des Français – pouvait se retourner contre son initiateur, désormais pris en étau entre les débuts peu glorieux d’Elisabeth Borne à Mayotte et la rivalité grandissante des ambitieux Retailleau et Darmanin qui entendent bien jouer leur partition personnelle sans trop se préoccuper de solidarité gouvernementale.

Si l’on ajoute la « surveillance » qu’exerce toujours le RN – qui est parvenu à évincer Xavier Bertrand – et la volonté d’Emmanuel Macron de vouloir encore peser sur la législature en recourant à des référendums sur différents sujets – sans préciser lesquels – on peut légitimement se demander comment François Bayrou, lesté de tous ces handicaps va trouver la voie de passage pour gravir son Himalaya budgétaire et éviter une nouvelle censure.

À moins que ce premier de cordée pose un acte d’autorité et retrouve sa voix singulière. Réponse lors de son discours de politique générale le 14 janvier.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 janvier 2025)

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2025, ensemble

  

2025

Il y a un an nous commencions l’année 2024 avec l’intensification d’une nouvelle guerre au Proche-Orient, entre Israël et le Hamas. Avec celle, terrible, qui se déroule en Ukraine depuis bientôt trois ans, ces deux conflits, qui tous deux ont questionné autant nos valeurs démocratiques que notre conception de l’Homme et de ses Droits, ont bouleversé le monde. Dans cet Orient compliqué comme disait – déjà – De Gaulle, le conflit au Proche-Orient a impacté toute la région, rebattu la carte des alliances mondiale, entre l’Occident, le sud Global et la Russie et ses alliés, et conduit à ce qu’on n’imaginait pas : la chute – enfin ! – du régime de Bachar al-Assad en Syrie, cinquante ans d’une dictature sanglante et barbare.

À ces guerres-là s’ajoutent celles dont on parle peu, ces guerres oubliées en Somalie, au Yémen, en République démocratique du Congo. Mais aussi des guerres internes terribles car silencieuses contre les femmes en Iran, en Afghanistan. Guerres conventionnelles, de haute intensité avec de nouvelles armes comme les drones ou le recours à l’intelligence artificielle, mais aussi guerres hybrides où la manipulation de l’information et les opérations d’influence sur internet sont devenues la règle.

Cette activité numérique, bien peu modérée par des géants de la tech qui se prennent pour des États, a bouleversé de nombreux scrutins dans le monde, puisque l’an passé deux tiers des électeurs de la planète ont été appelés aux urnes, notamment aux États-Unis, en Inde, en Russie, en Grande Bretagne, dans l’Union européenne et en France avec une dissolution-surprise qui a créé un stupéfiant chaos politique. Des élections marquées par une nette poussée des populistes et des partis d’extrême droite, qui, tous, prônent la haine de l’étranger, le repli économique et politique, le retour aux valeurs les plus conservatrices – notamment sur les mœurs ou les droits des femmes – qui font régresser l’humanité.

Et pourtant, ce monde polarisé, divisé, où l’idéal démocratique est en recul partout, n’est pas une fatalité. L’espoir d’un monde meilleur, solidaire, fraternel continue de mobiliser des millions de personnes et trouve le moyen de s’exprimer. Les Jeux olympiques de Paris en ont été la belle illustration. Certains – et notamment en France – ne croyaient pas à la réussite de ces JO. Et pourtant, la magie a opéré sur le plan sportif et sur le plan humain. Sur la Seine, dans les stades, une même humanité a vibré de concert.

Le message des JO, parenthèse de bonheur, a été celui des possibles que voulait Pierre de Coubertin. Ensemble, on va plus loin. Ensemble, on pourra relever les défis de notre siècle, du réchauffement climatique aux crises migratoires et agricoles, de la santé aux nouvelles technologies. Des défis qui se jouent partout sur la planète comme au plus près de chez nous, dans nos villes et villages où se mobilisent tous les jours des citoyens avec des initiatives inspirantes, résilientes et efficaces.

C’est ce quotidien-là, du bout du monde au bout de la rue, que La Dépêche vous raconte depuis 1870 et continuera de le faire cette année avec la même passion.

(Éditorial publié dans La Dépêche du Midi du 1er janvier 2025)

 

Risque zéro

  

crash

Les crashs d’avions existent malheureusement depuis les débuts de l’aviation mais ces dernières années, il arrive que le grand public les découvre quasiment en direct, filmés par les téléphones portables de témoins qui publient les vidéos instantanément sur les réseaux sociaux. En cette fin 2024, coup sur coup deux crashs d’avions ont ainsi pu être filmés.

Mercredi on a vu un Embraer de la compagne Azerbaijan Airlines, qui effectuait une classique liaison entre Bakou et Grozny, en perdition, se fracasser au sol au Kazakhstan, sa carlingue coupée en deux. Le bilan est lourd avec 38 morts, mais 29 personnes ont survécu au crash. Quatre jours plus tard, c’est un autre accident aérien qui a surgi sur nos écrans : un vol de la compagnie Jeju, effectuant une liaison entre Bangkok et Séoul, a tenté un atterrissage d’urgence. Sans train d’atterrissage opérationnel, le Boeing 737-800 a glissé au sol et fini son dérapage incontrôlable contre un mur. Terrible bilan avec 179 morts et deux miraculés.

Dans le premier cas, il a très rapidement été établi que l’appareil avait essuyé des tirs extérieurs provenant du territoire russe. Bakou accuse d’ailleurs Moscou d’avoir voulu camoufler sa responsabilité. Devant l’évidence, Vladimir Poutine a esquissé des excuses et fera sans doute payer un lampiste pour donner le change.

Dans le second cas, qui constitue la pire catastrophe aérienne de l’histoire de la Corée du Sud, on se retrouve face à une nouvelle énigme. Les premiers éléments de l’enquête, encore parcellaires, dessinent les contours d’une terrible succession d’événements. Une collision avec des oiseaux, phénomène redouté des pilotes et responsable de nombreux incidents graves dans l’histoire de l’aviation, aurait d’abord perturbé le vol. Mais c’est surtout une possible défaillance du système hydraulique qui intrigue les enquêteurs. Ce système, capital pour le déploiement du train d’atterrissage, aurait été totalement inopérant lors de l’approche finale.

Cette tragédie pose une question cruciale : Boeing, et plus largement l’industrie aéronautique, parviennent-ils vraiment à regagner la confiance des voyageurs après des années de scandales et d’incidents techniques ? L’avionneur américain traverse déjà, et depuis maintenant plusieurs années, une crise majeure, entre les déboires de son 737 MAX et les récents incidents techniques qui ont émaillé l’actualité. Bien que le 737-800 impliqué dans l’accident soit un modèle différent et réputé fiable, ce nouveau drame pourrait saper davantage la réputation de Boeing, déjà affaiblie.

À l’heure où des millions de personnes prennent l’avion pour les fêtes de fin d’année, ces deux crashs spectaculaires et tragiques ont marqué à raison l’opinion. Pourtant, ils doivent être replacés dans un contexte global : le transport aérien reste l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde. En 2023, pour 4,7 milliards de passagers transportés, on ne dénombrait que 0,17 accident mortel par million de vols. Cette sécurité remarquable, priorité tant des avionneurs que des compagnies aériennes et fruit de décennies d’innovations et d’apprentissages, montre que le transport aérien continue de tendre vers le risque zéro, qui restera toujours hors d’atteinte.

 

Ecosystème à revoir

toulouse

Des ascenseurs en panne, des travaux mal réalisés, des charges qui s’envolent… Le tableau n’est que trop familier pour de nombreux copropriétaires français, qui pointent du doigt leur syndic. Et les témoignages accablants que nous publions attestent d’inadmissibles dysfonctionnements.

Longtemps considéré comme le garant du bon fonctionnement de nos immeubles, le syndic se retrouve aujourd’hui au centre de toutes les critiques. Et pour cause puisqu’une enquête menée par la DGCCRF, en 2021 et 2022, sur 457 établissements de syndics a révélé des anomalies dans… 313 d’entre eux ! Non-respect du contrat-type, facturations abusives, manque de transparence… La liste des griefs est longue et édifiante.

Mais ne nous y trompons pas, les syndics ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les copropriétaires eux-mêmes ont aussi leur part de responsabilité. Une étude récente du ministère de la Justice indiquait que 82 % des conflits entre copropriétaires et syndics sont dus à des impayés, avec une augmentation de 29 % des contentieux liés à cela entre 2007 et 2017. Ces retards ou défauts de paiement des charges demeurent ainsi une source majeure de tension qui met à mal l’équilibre financier et la vie des copropriétés.

Ce cercle vicieux est d’autant plus préoccupant que de nombreuses copropriétés sont déjà en situation précaire. Un rapport du Sénat sur la paupérisation des copropriétés en 2024 estime qu’environ 115 000 d’entre elles seraient en difficulté. Face à cette fragilité croissante, la nécessité d’une meilleure détection et prévention des difficultés, ainsi que d’un accompagnement renforcé des syndics dans leur mission, apparaît comme une évidence.

Pourtant, force est de constater que certains syndics, notamment les plus importants comme Foncia, semblent davantage préoccupés par leur rentabilité que par leurs obligations. La gestion opaque, le manque de communication sur les informations financières et la prise de décisions unilatérales sont autant de reproches régulièrement formulés par les copropriétaires.

Face à ces constats alarmants, le législateur a bien tenté de réagir. La loi du 10 avril 2024 introduit des mesures visant à simplifier la gestion des copropriétés et à faciliter l’exécution des travaux d’entretien. Mais ces réformes seront-elles suffisantes pour enrayer la machine infernale ? Une solution plus radicale commence à faire son chemin : devenir son propre syndic pour économiser sur les frais de gestion. Mais cela nécessite un investissement personnel important et cette solution n’est pas à la portée de toutes les copropriétés, notamment les plus grandes ou celles nécessitant une expertise technique pointue.

Au final, on voit bien qu’il est temps de repenser en profondeur le modèle économique et organisationnel des syndics professionnels. La professionnalisation accrue du métier de syndic, une meilleure régulation du secteur et pourquoi pas la création d’un label qualité indépendant et incontestable pour les syndics les plus vertueux, pourraient être des pistes à explorer. Il est également crucial de responsabiliser davantage les copropriétaires, en les formant peut-être et en les impliquant plus activement dans la gestion de leur bien commun.

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 29 décembre 2024)