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Besoin de justice

  

agriculteur

Il y a un an, la colère paysanne née sur les terres d’Occitanie était bouleversée par le drame terrible du destin brisé d’une famille. À Pamiers, sur l’un de ces barrages érigés par les agriculteurs qui n’en pouvaient plus des difficultés auxquelles ils étaient confrontés, une mère et sa fille, Alexandra et Camille, perdaient la vie le 23 janvier 2024, fauchées au petit matin par un chauffard qui avait forcé le barrage pourtant dûment signalé. À la colère se sont ainsi ajoutés une immense émotion, ressentie par tous les Français, et un vif sentiment d’injustice face à un drame qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Un an plus tard et alors que va s’ouvrir le procès du chauffard, Jean-Michel Sonac, mari et père des victimes, témoigne dans nos colonnes de son chagrin, évidemment incommensurable, mais aussi de sa colère, intacte, et de sa détermination à obtenir justice. Justice pour Alexandra et Camille bien sûr, mais aussi peut-être justice pour les agriculteurs qui, depuis début 2024, attendent toujours de voir se concrétiser pleinement toutes les promesses annoncées alors par le Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, qui les avaient formulées devant les caméras dans la cour de la ferme de Jérôme Bayle, l’initiateur du mouvement agricole historique.

Car depuis un an, le dossier agricole semble faire du sur-place, sans cesse ballotté par le calendrier politique. La dissolution-surprise imposée par Emmanuel Macron au soir des élections européennes le 9 juin, puis l’absence d’un gouvernement effectif pendant la longue parenthèse estivale des Jeux olympiques et paralympiques – parenthèse plutôt désenchantée pour le monde paysan –, puis la censure du gouvernement de Michel Barnier le 5 décembre : autant d’événements qui ont retardé l’examen de la loi agricole et le bon suivi des mesures promises. Si on ajoute à cela les rivalités syndicales à l’heure des élections professionnelles entre la FNSEA et les Jeunes agriculteurs – alliance majoritaire – la Coordination rurale qui muscle sa radicalité et ses ambitions et la Confédération paysanne ; si l’on ajoute la détestable expression d’un agent de l’Office français de la biodiversité comparant les agriculteurs à des dealers, on comprend qu’un an après leur mouvement, les paysans – et notamment les plus petits – soient toujours à cran, avec l’impression que rien n’avance, que les difficultés de janvier 2024 sont finalement peu ou prou les mêmes que celles de janvier 2025, en dépit des propos rassurants de François Bayrou ou de la ministre Annie Genevard.

« Il ne faut pas qu’elles soient parties pour rien », nous confie avec émotion et dignité Jean-Michel Sonac en évoquant les décès de son épouse et de sa fille. L’agriculteur, qui a tenu grâce à une remarquable solidarité de ses pairs, au soutien de ses proches et à la passion du métier qui l’habite et qu’il a transmise à son autre fille, est aujourd’hui le visage d’une agriculture française qui attend du respect et de réelles perspectives, et enfin un vrai passage des paroles politiques aux actes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 23 janvier 2025)

 

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