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Éditos

En pleine lumière

onenation

 

Le hasard aura voulu que l’affaire OneLab dans le Lot – du nom de ce projet d’achat d’un vaste domaine du XVIIIe siècle par le mouvement complotiste One Nation – soit révélée le jour même où Emmanuel Macron installe la commission « Les Lumières à l’ère numérique ». Présidée par le sociologue Gérald Bronner, auteur de l’« Apocalypse cognitive » (PUF), celle-ci sera chargée de faire d’ici fin décembre des propositions face à la désinformation dans le débat public et à l’emprise des théories complotistes qu’on a vu se déployer à grande vitesse depuis le début de l’épidémie de Covid, dans les groupes antivax ou lors des manifestations anti-pass sanitaire, tant sur les réseaux sociaux que dans la rue. Trois mois pour imaginer une riposte et ramener de la rationalité paraît bien peu tant le phénomène complotiste a pris de l’ampleur et s’enchevêtre avec toute une galaxie où se mêlent le bien-être et des mouvements spirituels voire sectaires dont certains exercent emprise et contrainte.

La nouveauté est que ces mouvements n’agissent plus comme autrefois dans le secret d’un système de cooptation difficile à détecter, mais au grand jour avec l’aide des grandes plateformes numériques : des vidéos sur YouTube, des discours dans des groupes Facebook, des collectes de financement participatif sur des sites grand public. Autant dire que c’est en pleine lumière que se construit ce nouveau monde obscurantiste qui brise les consciences, profite de la naïveté ou de la faiblesse des gens et parvient à brasser, évidemment, des milliers d’euros, le tout en se jouant bien souvent de la justice et des autorités…

La lutte contre le complotisme et les mouvements sectaires dans une société de plus en plus numérique passe, d’évidence, par la loi – une nouvelle directive européenne dite DSA doit prochainement renforcer les obligations faites aux grandes plateformes internet en matière de modération des contenus – mais aussi par un combat sans failles contre les « faits alternatifs », ces mensonges qui ont fait le lit de Donald Trump ou du Brexit. Défendre la science, la raison, développer l’esprit critique des citoyens dès l’école est plus que jamais une urgence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 30 septembre 2021)

Se réinventer

absenteisme

 On n’a, d’évidence, pas fini de mesurer les conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur le monde du travail. Au gré des confinements et des couvre-feux, des fermetures imposées et des ouvertures en jauge réduite, les entreprises ont dû s’adapter dans la douleur pour conserver leur activité et certaines ont joué leur survie, ne se maintenant à flot que par les aides du « quoi qu’il en coûte ». La mise en place de dispositifs spéciaux, la généralisation du télétravail et l’instauration du chômage partiel ont profondément bousculé nombre d’entreprises qui ont dû faire face à une forte hausse de l’absentéisme. Déjà en augmentation depuis 2016, l’absentéisme en entreprise a ainsi bondi de 20 % l’année dernière selon une étude Gras Savoye Willis Towers Watson et le nombre de salariés en arrêt de travail a augmenté de 30 % entre janvier et mai 2021 selon la dernière enquête de Makakoff-Humanis…

Cet absentéisme est un double fléau pour le monde du travail. Fléau pour l’entreprise, puisqu’il engendre des coûts directs et indirects importants, comme le maintien de salaire et le financement d’un régime de prévoyance, le recrutement d’un remplaçant mais aussi la baisse de la productivité et, donc, la désorganisation des services. Mais fléau aussi pour les salariés qui ne sont évidemment pas absents par plaisir. 

Au début de l’épidémie, certains salariés ont ainsi dû être absents pour s’occuper de leurs enfants non-scolarisés, d’un proche atteint du Covid ou tout simplement parce qu’eux-mêmes étaient vulnérables. La crise sanitaire, en rompant les liens sociaux que l’on entretient au travail avec des collègues, en isolant les salariés dans un télétravail que certains n’ont pas supporté a aussi augmenté les risques psychosociaux et donc mécaniquement les arrêts de travail. Le rythme qui s’accélère, la charge de travail qui augmente, le manque de clarté des missions et de reconnaissance ont précipité nombre de salariés dans une insécurité professionnelle et parfois dans des burn-out.

À l’heure où la 4e vague est derrière nous et où la reprise s’esquisse, il y a urgence à repenser notre rapport au travail, imaginer de nouvelles organisations, flexibles, hybrides, qui tiennent compte à la fois du bien-être des salariés et des besoins des entreprises. Bref, faire de l’épreuve du Covid qui nous a tous touchés l’opportunité de se réinventer collectivement.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 28 septembre 2021)

Souveraineté

jouet

Y aura-t-il des jouets à Nöel ? Voilà bien l’angoissante question qui commence à saisir les parents à peine sortis du marathon de la rentrée scolaire de leur progéniture. À trois mois de l’échéance, cette préoccupation pourrait naturellement faire sourire de prime abord, même si – tout le monde en convient lorsqu’il convoque ses souvenirs d’enfance – les cadeaux de Noël sont l’un des rendez-vous les plus importants pour les bambins et qu’on ne saurait le traiter à la légère.

Mais derrière cette question se trouve aussi l’illustration parfaite de ce qu’est l’économie mondialisée… et de ses limites. Des jouets imaginés en Europe ou aux Etats-Unis, par exemple, puis produits à coût serré en Chine, le pays-usine de la planète, et enfin acheminés par container dans le monde entier jusqu’à la grande surface spécialisée ou non, le magasin de jouets près de chez soi, ou l’un des entrepôts des plateformes de vente en ligne. Jusqu’à présent, cette chaîne logistique était une belle mécanique bien huilée dans laquelle tout le monde y trouvait son compte. Il aura fallu un coronavirus et une pandémie mondiale pour en perturber le bon fonctionnement.

Production à l’étiage durant les confinements, et désormais ports toujours perturbés par l’épidémie, le variant Delta sévissant sévèrement en Asie. Résultat : les commandes de jouets ont le plus grand mal à être entièrement honorées, puis rencontrent de multiples obstacles pour être livrées et livrées à temps. La pénurie guette et la rareté conduit à une hausse des prix, CQFD…

Comme pour les masques chirurgicaux au début de l’épidémie, comme pour les matériaux de construction, les puces électroniques, les constructeurs automobiles ou certains médicaments, l’Europe touche du doigt ce qu’il en coûte d’avoir délocalisé la production industrielle dans des secteurs stratégiques mais aussi dans ceux qui le sont moins mais font notre quotidien.

Le Covid-19, par ses conséquences sur les économies partout dans le monde, aura au moins eu le mérite de rouvrir le débat sur la question de la souveraineté industrielle. Une souveraineté qu’il convient sans doute de réinventer entre incontournable ouverture au monde et nécessaire réindustrialisation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 25 septembre 2021)

Humilité

 

volcan

L’éruption du volcan Cumbre Vueja sur l’une des îles de l’archipel espagnol des Canaries, dimanche dernier, est de ces catastrophes naturelles qui marquent profondément l’Histoire et les Hommes. Voir la coulée de lave de ce volcan qui était endormi depuis cinquante ans incendier et engloutir maisons ou cultures convoque en chacun de nous, outre l’effroi et la compassion pour les populations touchées, le souvenir de nos cours d’école où l’on découvrait dans les manuels les tragédies de Pompéi ou Herculanum et leurs habitants statufiés, ou les documentaires du volcanologue Haroun Tazieff qui a popularisé auprès du grand public sa discipline scientifique. 

Depuis l’Antiquité, les volcans, d’évidence, fascinent, autant craints pour leurs éruptions que vénérés pour la fertilité des terres qui les entourent. Et la progression de la science pour comprendre leur fonctionnement n’a rien enlevé à leur magnétisme. De l’Etna au Fuji-Yama, de la chaîne des volcans d’Auvergne au Piton de la fournaise, qu’ils soient endormis depuis des siècles ou encore actifs, les volcans aimantent notre attention, nous rappelant combien la Terre est vivante et mouvante et combien l’Homme est impuissant face aux forces de la nature. « Face à l’avancée de la lave […] on ne peut rien faire », soulignait ainsi le président de la région des Canaries, Ángel Víctor Torres alors que des pompiers espéraient dévier la coulée de lave menaçant des habitations.

L’éruption du volcan des Canaries nous rappelle aussi combien un événement qu’on pense localisé peut se répercuter partout sur la planète. Ainsi, un vaste nuage chargé de dioxyde de soufre, né aux Canaries va arriver en Europe ce week-end. De la même façon, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande le 20 mars 2010 après 187 ans d’inactivité, avait provoqué un immense panache volcanique qui avait atteint l’Europe, paralysant plusieurs semaines le trafic aérien mondial. Les premières particules de cendres projetées, très fines, dures et tranchantes, constituaient, en effet, un vrai danger pour les avions. Depuis, ce risque a été intégré, notamment par Airbus qui a développé la technologie AVOID, capable de détecter et mesurer la concentration de cendres volcaniques dans l’atmosphère.

Autrement dit, les éruptions volcaniques nous rappellent que c’est à l’Homme, avec humilité, de s’adapter à la Terre et non l’inverse…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 24 septembre 2021)

Le bilan et la méthode

80km/h

 

La vitesse étant, avec l’alcool au volant, parmi les premières causes des accidents mortels en France, pour réduire la mortalité, il suffit donc d’abaisser la vitesse. CQFD. C’est sans doute en faisant ce raisonnement aussi basique qu’implacable que l’ancien Premier ministre Edouard Philippe avait décidé le 9 janvier 2018 de faire passer la limitation de vitesse de 90 km/h à 80 km/h sur ces routes. Sans concertation avec les élus locaux ou avec les associations d’automobilistes, sans négociations avec les collectivités locales ou les services de l’Etat pour mesurer ce qu’impliquait de changer des milliers de panneaux routiers sur près de 400 000 km, sans se donner du temps pour faire de la pédagogie auprès des Français, et, vraisemblablement, sans la bénédiction d’Emmanuel Macron qui s’est retrouvé contraint de soutenir la controversée mesure de son Premier ministre.

Dès lors, le passage aux 80 km/h – qui pouvait se justifier pour faire face à une hausse des accidents de la route constatée pour la première fois depuis un demi-siècle – est sorti du seul cadre de la sécurité routière pour devenir une affaire très politique et un boulet pour le gouvernement. Parfaite illustration de ces décisions prises d’en haut par Paris et imposées en bas sur tout le territoire sans la moindre concertation, l’obligation de passer aux 80 km/h a non seulement froissé les élus locaux déjà excédés d’être snobés par l’exécutif depuis mai 2017, mais elle a aussi mis en évidence les écarts considérables entre territoires en termes d’aménagement et de mobilité. 

Vivre à 80 km/h en Ile-de-France quand l’offre de transport est pléthorique est une chose ; la situation est tout autre lorsque l’on habite et travaille dans un département rural, isolé, aux routes parfois vieillissantes, aux transports en commun rares et où la voiture reste bel et bien le seul moyen de locomotion. Le mouvement des Gilets jaunes fin 2018 rappelait d’ailleurs cette réalité-là. Face à la bataille de chiffres entre gouvernement associations de défense d’automobilistes pour savoir si la promesse de sauver 350 à 400 vies par an était effective et face à la grogne des élus locaux exprimée notamment lors du Grand débat, Emmanuel Macron a concédé que des aménagements étaient nécessaires, c’est-à-dire qu’un retour aux 90 km/h devenait possible ; un choix fait aujourd’hui par un tiers des départements.

Plus de trois ans après, tirer le bilan de la mesure est quasi-impossible puisque la survenue de l’épidémie de Covid et ses confinements a bouleversé tous les chiffres de circulation. Impossible aussi de parler de fiasco puisque la mesure a peut-être effectivement sauvé des vies.

Si le bilan est infaisable, en revanche, une leçon peut en être tirée : la méthode utilisée pour imposer les 80 km/h est tout ce que ne veulent plus les Français…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 20 septembre 2021)

Leçon retenue ?

essence

"L’homme sage apprend de ses erreurs, l’homme plus sage apprend des erreurs des autres", disait Confucius. On ne sait quel est le degré de sagesse du président de la République et du gouvernement mais une chose est sûre : ils ne referont pas les mêmes erreurs que celles qui ont débouché, fin 2018, sur le mouvement des Gilets jaunes. Cette crise sociale, totalement inédite par son côté protéiforme et l’étendue de ses revendications, avait bousculé le quinquennat et profondément affecté Emmanuel Macron. 

D’aucuns estimaient que le chef de l’Etat, faute de disposer de relais de terrain suffisants, n’avait pas mesuré que les signaux faibles qui remontaient des territoires après une hausse des prix des carburants et la perspective de la taxe carbone, puisaient leurs racines dans des maux plus profonds, des fractures sociales qui traversaient – et traversent encore aujourd’hui – la société française. Avec le grand débat et quelque 17 milliards d’euros de mesures en faveur du pouvoir d’achat, Emmanuel Macron s’est extrait de cette séquence qui a laissé des traces dans le pays.

Alors quand ces dernières semaines, le prix des carburants à la pompe a commencé à monter, mais aussi que ceux de l’électricité, du gaz ou du fioul ont suivi le même chemin, l’exécutif s’est mis en mode alerte face à cette bombe à retardement. Et pour éviter que la colère de 2018 ne se réveille, le gouvernement a dégainé un chèque énergie supplémentaire. Près de 6 millions de ménages modestes vont ainsi recevoir 100 € pour faire face à la hausse des prix de l’énergie, qui sont souvent des dépenses contraintes. Certains dénoncent un cadeau pré-électoral, font remarquer qu’il aurait peut-être été plus judicieux que l’Etat baisse tout simplement les taxes ou qu’il agisse en régulant mieux les mécanismes conduisant aux hausses de prix. Avec son chèque, le gouvernement désamorce en amont la grogne avant même qu’elle ne s’installe.

Reste à savoir si cela n’intervient pas justement trop tôt…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 19 septembre 2021)

Paradoxe français

 

maths

Voilà un paradoxe bien français aussi complexe que peut l’être un problème de mathématiques. D’un côté, la France peut s’enorgueillir d’être sur le podium des nations récompensées par la médaille Fields, le Nobel des mathématiques, avec 13 lauréats, d’avoir formé des dizaines de chercheurs dans ce domaine clé pour les innovations de demain, de disposer de structures reconnues pour leur excellence sur le plan international comme l’École normale supérieure de Paris ou l’institut Henri-Poincaré, et d’avoir donné à l’Histoire mondiale des sciences de grands noms comme Descartes, d’Alembert, Blaise Pascal, Condorcet ou plus près de nous Alexandre Grothendieck, Laurent Lafforgue ou Cédric Villani.

Et d’un autre côté la France se distingue par des résultats calamiteux dans les classements internationaux des performances scolaires. Dans la dernière évaluation scientifique TIMSS publiée en 2019, ou encore le fameux classement PISA, la France est en queue de peloton : en CM1, le score de 485 points en mathématiques place la France loin derrière ses voisins européens (527 points en moyenne) ou les pays de l’OCDE (529). Comme si les élèves français avaient perdu une année d’enseignement... Des résultats catastrophiques corroborés par les propres évaluations françaises qui montrent une baisse inquiétante du niveau : moins 17 points en entre 2014 et 2019 et 42,4 % des élèves qui ont une maîtrise fragile des mathématiques, voire de grandes difficultés.

Les raisons de cette chute française sont évidemment complexes, multiples, parfois lointaines, entre formation insuffisante de professeurs parfois en souffrance, modifications trop fréquente des programmes – les mathématiques sont devenues facultatives à partir de la première – manque de moyens et aussi développement d’un sentiment d’autodépréciation très répandu, tant chez les élèves que chez les adultes alors que les maths restent l’une des clés pour accéder aux études et aux écoles les plus recherchées… Autant de dysfonctionnements relevés par le rapport Villani-Torossian qui a proposé, en 2018, 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques.

Car il n’y a pas de fatalité. Si les maths font encore peur, une majorité d’élèves se dit intéressée par la matière, qui, débarrassée de ses clichés, donne les clés et des méthodes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et penser celui de demain. Retrouver le goût des sciences et la bosse des maths est, dès lors, à notre portée et doit être une priorité.

Immense défi

 

inondation

Ce sont des images que l’on a déjà vues par le passé mais qui toujours nous saisissent d’effroi lorsqu’elles surviennent dans l’actualité. La montée soudaine des eaux qui piège des habitants dans les étages de leurs maisons, des automobilistes bloqués sur des routes subitement submergées, la violence des flots qui emportent un pont, des maisons ou ces terribles glissements de terrain et torrents de boues qui laissent des paysages ravagés et d’immenses dégâts. Et, surtout, le terrible cortège de disparus et de morts que ces catastrophes météorologiques provoquent. Tout cela, nous l’avons déjà vécu, de Vaison-la-Romaine en 1992 à la vallée de la Roya l’année dernière en passant bien sûr par les inondations dans l’Aude en 1999 et 2018 et la semaine dernière à Agen.

C’est pour cela qu’après l’épisode de pluies diluviennes qui vient de s’abattre sur notre région hier, c’est tout naturellement vers les sinistrés que va notre soutien, notre compassion et notre solidarité face à ces épreuves dont on met longtemps à se remettre, matériellement comme psychologiquement. Solidarité régionale en premier lieu, mais aussi solidarité nationale envers les habitants de notre région qui subissent à nouveau un de ces phénomènes cévenols qu’on a appris à connaître sur l’arc méditerranéen. Ces épisodes pluvio-orageux suivis d’inondations ne sont, en effet, pas nouveaux mais plus que leur nombre, c’est bien leur intensité, vraisemblablement liée au réchauffement climatique, qui doit nous interpeller et nous pousser à agir. Car si l’on ne pourra bien sûr pas arrêter ces phénomènes, il n’y a pas de fatalité lorsqu’il s’agit de les anticiper et de faire en sorte d’en limiter les conséquences sur les villes et villages.

Adapter nos modes de vie, nos territoires, nos constructions devient un impératif pour pouvoir mieux faire face à ces intempéries. Revoir les modalités d’aménagement sans entraver le développement socio-économique, stabiliser les zones à risques existantes en tenant compte des particularités locales, mais aussi informer le plus en amont possible et sensibiliser les populations aux bons gestes. Le défi est immense mais il peut être collectivement relevé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 15 septembre 2021)

Enfin sur les rails...

 

tgv

Les lignes à grande vitesse (LGV) Toulouse-Bordeaux et Montpellier-Perpignan sont-elles enfin sur de bons rails ? Les 5 millions d’Occitans pourront-ils enfin prochainement embarquer gare Matabiau pour un trajet en TGV vers Paris ou gare Saint-Roch pour un voyage vers Barcelone ? Ces questions, cela fait désormais bien trop longtemps que les habitants de la région se les posent. L’impatience a laissé place à l’incompréhension, voire l’exaspération tandis que leur détermination n’a pas varié d’un iota au fil des ans.

En 2017, un sondage Ifop-La Dépêche montrait que 88 % d’entre eux souhaitaient ces deux projets… mais que 52 % craignaient que l’Etat ne tienne pas ses engagements. Tristement prémonitoire quand on voit la lenteur avec laquelle ces dossiers ont avancé, laissant l’Occitanie sur le bord du chemin de la grande vitesse, une région comme oubliée dans le maillage national du TGV… qu’elle a pourtant contribué à financer. À ce que l’on sache, les Occitans ont bien participé par leurs impôts au développement du TGV en France et notre région a bien financé en partie la ligne Bordeaux-Paris… Dès lors, le dossier des deux LGV a jusqu’à présent laissé la désagréable impression que l’Occitanie était moins bien traitée que d’autres par l’Etat, subissant des décisions parisiennes éloignées des réalités du terrain, et se retrouvant victime d’une insupportable fracture ferroviaire avec le reste du pays, comme il peut y avoir des fractures sociales ou numériques.

Bataillant depuis des années contre cette idée d’une France à deux vitesses – celle-là même sur laquelle a émergé en 2018 le mouvement des Gilets jaunes – les élus locaux de tous bords politiques, qui n’ont pas ménagé leur peine pour proposer des solutions de financement, ont cette année enfin eu l’oreille de l’exécutif et plus particulièrement du Premier ministre, alors même que la remise en cause de la coûteuse politique du "tout TGV" pour la SNCF était d’actualité. Il est vrai que Jean Castex, ancien maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales, ne pouvait pas ignorer la situation anormale occitane.

Sous la pression de Carole Delga et Jean-Luc Moudenc, ulcérés de voir l’Etat financer sans barguigner 40 % de la LGV Marseille-Nice, le Premier ministre a acté en avril l’engagement de l’Etat à hauteur de 4,1 milliards d’euros, soit 40 % du coût total des 222 kilomètres de la LGV Toulouse-Bordeaux, les collectivités locales participant pour 40 % et l’Union Européenne pour 20 %.

Avec la nomination vendredi 3 septembre du préfet de la région Occitanie, Etienne Guyot, pour boucler le plan complet de financement et prévoir la création d’une société publique de financement, la LGV est enfin sur les rails. Les travaux pourraient démarrer en 2024 pour que Toulouse ne soit plus qu’à 3 h 20 de Paris en 2030, presque 50 ans après l’inauguration de la première ligne TGV Paris-Lyon…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 13 septembre 2021)

Retour sur investissement

 

paie

La question de la hausse des salaires qui émerge depuis quelques semaines maintenant dans le débat public apparaît d’autant plus légitime qu’elle représente comme un retour sur investissement. L’investissement, en l’occurrence, des salariés qui, depuis le début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, n’ont pas ménagé leur peine pour les uns, ni rechigné aux sacrifices financiers pour les autres qui ont été mis au chômage partiel. 

Pour les premiers, la mobilisation et l’implication a été bel et bien présente, en distanciel comme en présentiel. La mise en place dans l’urgence du télétravail a permis aux salariés de maintenir non seulement l’activité de nombreuses entreprises mais aussi de leur assurer un bon niveau de productivité. Et que dire de tous ceux qui ont été en deuxième ligne pour maintenir l’activité du pays, son approvisionnement, son quotidien pendant les différents confinements ? Autant de « petits » métiers jusqu’alors invisibilisés et que l’on a (re)-découverts à l’occasion de ces mois sous Covid.

À l’heure où s’esquisse la reprise et où les perspectives de croissance sont bonnes, il est donc juste que ces salariés, bien souvent sous le salaire médian, soient récompensés par une hausse de leur rémunération, quel qu’en soit le mode (hausse de salaire, primes, intéressement, participation ou actionnariat salarié).

En évoquant la « modération salariale » le 14 juillet 2020 – c’est-à-dire une baisse de salaire momentanée pour éviter des licenciements dans une entreprise en difficulté – Emmanuel Macron avait parfaitement expliqué « qu’il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux », rajoutant « c’est-à-dire que si on dit aux salariés de faire un effort, l’actionnaire doit faire un effort aussi. » 

Appliquée à la crise du Covid, cette analyse a été reprise par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire qui demande aux entreprises de « faire un effort ». Une demande d’autant plus légitime que les entreprises ont été massivement aidées avec la très keynésienne politique du « quoi qu’il en coûte » (à hauteur de 240 milliards d’euros) et bénéficieront bientôt de la baisse de plusieurs impôts de production… Une demande de nature à compenser la faible hausse du salaire médian de seulement 0,6 % en 2020 contre plus de 2 % avant crise, selon l’enquête annuelle sur les salaires du cabinet de conseil Deloitte.

Reste à savoir si la « demande » du gouvernement sur la hausse des salaires – qui fait aussi partie des revendications syndicales – sera davantage suivie d’effet que celle sur le non-versement des dividendes formulée, en vain, au début de l’épidémie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 septembre 2021)

Imprévisible

 

ecole

Le ministre de l’Education nationale ou le porte-parole du gouvernement ont beau marteler que la rentrée des plus de 12 millions d’élèves français ce matin sera la plus normale possible, il est évident qu’elle sera au contraire, une nouvelle fois, exceptionnelle, car menacée par l’épidémie de Covid, même si la 4e vague semble marquer le pas. 

Entre les alarmistes, syndicats d’enseignants ou scientifiques, qui craignent une « épidémie pédiatrique » avec une multiplication des contaminations entre enfants de moins de 12 ans non-vaccinés et les rassuristes qui, à l’instar de l’exécutif, tablent sur une situation maîtrisée grâce au nouveau protocole sanitaire à quatre paliers, nul ne peut dire, à l’évidence, de quel côté la balance va pencher. Car depuis mars 2020, l’épidémie de Covid a montré combien elle était imprévisible dans son évolution, déjouant bien souvent les modélisations.

Cette imprévisibilité n’est bien sûr pas de nature à rassurer les parents d’élèves qui, en cas de fermeture de classe en primaire, doivent trouver dans l’urgence des solutions, ni les enseignants qui se retrouvent en première ligne face à des contaminations inéluctables.

L’école pourtant, comme le reste de la société, va devoir vivre avec le virus. Même les pays qui avaient adopté la stratégie « zéro Covid » ont été rattrapés par la dernière vague épidémique. Car pour l’heure seuls deux outils sont à notre disposition : les gestes barrières, pénibles et pédagogiquement très gênants entre enseignants et élèves, et le vaccin. 

Si les premiers sont désormais bien entrés dans nos habitudes, le second soulève encore des interrogations lorsqu’il s’agit de vacciner les moins de 12 ans, qui ont bien moins de risques de développer une forme sévère du Covid, mais dont le rôle est important pour atteindre une immunité collective. Déjà, des pays ont décidé de vacciner dès l’âge de trois ans… En attendant des études plus poussées et en l’absence de consensus scientifique, cette vaccination-là n’est pas à l’ordre du jour en France. Pas avant 2022 et peut-être une troisième rentrée sous Covid…

Relever le niveau

ecole

Pour la deuxième année consécutive, la rentrée scolaire se fera sous la menace de l’épidémie de Covid. Certes, septembre 2021 n’est pas septembre 2020 : la campagne vaccinale a atteint son rythme de croisière et affiche de bons résultats sur les 12-17 ans, l’exécutif, les collectivités locales et le corps enseignants ont appris des précédentes vagues, le protocole sanitaire a été revu et adapté, et s’il reste encore beaucoup d’inconnues, d’agacements et la crainte d’une « épidémie scolaire » que pronostiquent certains épidémiologistes, cette rentrée sera différente sur le plan logistique. En revanche, une crainte diffuse reste la même : entre les confinements du début de l’épidémie, les conséquences de l’école à la maison via internet qui a laissé quelque 500 000 élèves décrocher, l’impact psychologique de la pandémie sur les jeunes, la réforme du bac bousculée au point que le diplôme a été décerné quasiment avec le seul contrôle continu, une question lancinante se pose, celle du niveau des élèves.

Ce n’est évidemment pas la première fois que cette question est sur la table. Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses études internationales et notamment l’étude Pisa menée dans les pays de l’OCDE, montrent que la performance du système scolaire français est médiocre et en baisse, en dépit d’un budget de l’éducation nationale qui affiche 76 milliards d’euros pour 2021, le premier de l’état. À l’analyse détaillée, on voit aussi et surtout que le niveau baisse non pas à cause d’une moindre réussite des meilleurs élèves, mais parce que les élèves les moins bons le sont de moins en moins.

Autrement dit, pendant que certains pays comme l’Allemagne, le Portugal ou la Pologne ont mené des réformes pour corriger leur mauvais classement Pisa, notre système scolaire a continué à cultiver à la fois l’élitisme pendant qu’il laissait se creuser les inégalités. Les dernières évaluations des CP et CE1 publiées en novembre 2020 ne disent pas le contraire. Si Jean-Michel Blanquer a estimé qu’on avait « évité la catastrophe » et trouvé dans les mesures qu’il a mises en place les raisons d’une bonne résistance au choc du Covid, il n’en reste pas moins que l’augmentation des inégalités scolaires était déjà présente avant la crise sanitaire, y compris, selon les syndicats enseignants, là où les dédoublements des CP et CE1 ont été opérés… D’ailleurs, la Commission européenne a rappelé que, déjà, avant la crise sanitaire, le contexte socio-économique était le « déterminant le plus important des résultats scolaires dans l’Union européenne », un effet plus marqué « en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, au Luxembourg, en Slovaquie et en France ».

À sept mois de l’élection présidentielle, voilà une question qui devrait mobiliser les énergies tout en appelant chaque acteur à l’humilité, les différentes alternances politiques ces dernières années n’ayant, d’évidence, pas été couronnées de succès. Regarder ce qui marche ailleurs et peut être appliqué chez nous, éviter les vaines polémiques dogmatiques, laisser aux réformes le temps de s’installer et, surtout, écouter ce que les enseignants ont à dire, serait sans doute un bon début pour relever le niveau.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercred 1er septembre 2021

Nouvelle donne

 

tele

On l’a souvent enterrée, promise à un lent déclin face aux géants du numérique qui mettent des moyens colossaux dans leurs plateformes de vidéos à la demande et aux réseaux sociaux qui désormais rythment le débat public et souvent l’agenda politique. Et pourtant, la télévision – ou, plus exactement, les chaînes de télévision – est non seulement toujours là, mais elle a montré son incroyable capacité de résilience et d’adaptation à l’occasion des confinements de la crise sanitaire. Assignés à domicile pour endiguer la propagation du coronavirus à trois reprises depuis mars 2020, les Français ont, en effet, redécouvert leur télévision, à la fois pour son contenu, les programmes, vidéos ou jeux qui y étaient diffusés, et pour son contenant, c’est-à-dire un écran toujours plus grand proposant une expérience immersive toujours plus forte capable de réunir toute la famille.

Certes, le pic historique d’audience de 4 h 38 par jour en avril 2020 n’a plus jamais été atteint, et l’intérêt pour la télévision s’est érodé, mais pour le premier semestre de cette année, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a mesuré une durée d’écoute qui reste au-dessus de son niveau d’avant-crise, particulièrement à la mi-journée et le soir. En revanche, l’engouement suscité par les plateformes de vidéos à la demande comme Netflix, Amazon Prime, Disney +, Apple TV +, Salto ou OCS, ont continué leur vertigineuse progression. Cette télé à la carte, qui séduit massivement les jeunes, totalise en moyenne 8,7 millions de consommateurs quotidiens dont beaucoup de fans de séries. Paradoxalement, ces plateformes font face à l’embarras du choix dans lequel elles précipitent leurs abonnés, qui passent souvent beaucoup de temps avant de choisir leur programme. À telle enseigne que certaines comme Netflix ont comme réinventé la télé en proposant un flux continu, autant dire une chaîne. Sacrée revanche pour les acteurs historiques.

Face au poids sans cesse croissant des plateformes, le secteur de la télévision traditionnelle n’a donc pas dit son dernier mot et les dernières grandes manœuvres industrielles – rachat de M6 par TF1, convergence CNews-Europe 1 – montrent qu’une nouvelle donne est en train de se mettre en place.

Enfin, si cette rentrée télé est loin d’être spectaculaire en termes d’innovations ou de mercato des stars du petit écran, elle n’en reste pas moins marquée par la présidentielle à venir. À huit mois de l’élection, l’info apparaît comme un axe majeur de développement pour les groupes audiovisuels d’autant plus que les journaux télévisés ont réalisé leurs meilleures audiences en 2020, avec des records lors des allocutions gouvernementales liées à la crise. Et chacun sait qu’au soir du second tour de l’élection présidentielle, c’est bien devant leur télévision que seront les Français pour découvrir leur président élu.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 août 2021)

Une rentrée contrariée

classe

 

Jean-Michel Blanquer a beau répéter que la rentrée scolaire sera « la plus normale possible », il n’empêche que, pour la deuxième fois, elle sera bien anormale, en tout cas fortement contrariée par l’épidémie de Covid-19. Les 12,2 millions d’élèves et les 869 300 enseignants qui reprendront le chemin de l’école le 2 septembre n’en ont pas fini avec le coronavirus, d’autant plus que la quatrième vague implique un variant beaucoup plus contagieux et que les enfants de moins de 12 ans y sont particulièrement vulnérables puisque non vaccinés. 

Dès lors, tandis que certains épidémiologistes alertent sur une possible « épidémie scolaire » et que la question de la vaccination des moins de 12 ans est dans le débat, le ministre de l’Education nationale a voulu rassurer hier pour apaiser les inquiétudes des parents et enseignants. Concédant qu’il y aurait des difficultés, il a assuré que la réponse du gouvernement saurait s’adapter, beaucoup mieux en tout cas qu’auparavant, à partir d’un nouveau protocole sanitaire construit sur quatre niveaux de gravité. L’objectif de l’exécutif reste, en revanche, le même que par le passé : maintenir autant que possible le maximum de classes ouvertes. Le décrochage de 500 000 élèves lors du premier confinement, mais aussi les difficultés et les conséquences de la « classe à la maison » sur le niveau des élèves sont évidemment dans tous les esprits. La France ne peut se permettre de revivre une telle situation.

Mais cette rentrée scolaire contrariée l’est aussi pour le ministre lui-même, contraint de davantage parler de problématiques sanitaires que de questions pédagogiques. Jean-Michel Blanquer – qui va battre le record de longévité rue de Grenelle détenu par Christian Fouchet le ministre de De Gaulle – arrive, en effet, à l’heure du bilan de son action. Une action pour le moins contrastée.

Au début du quinquennat, l’ancien haut fonctionnaire, plusieurs fois recteur, qui a fait toute sa carrière au sein du ministère de l’Éducation nationale, notamment à l’époque de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, a très vite été le bon élève de la macronie. Salué à droite pour son discours sur des valeurs conservatrices comme l’uniforme à l’école, la dictée quotidienne, la défense des langues mortes, le choix de la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture, ou encore ses positions sur le portable à l’école ou l’écriture inclusive, il avait aussi l’onction de certains à gauche pour son discours intransigeant sur la laïcité ou le dédoublement des classes de CP. Son appétence pour des sujets méconnus comme les neurosciences ou sa volonté de remettre le chant choral au goût du jour l’ont fait apprécier des Français – comme de la Première dame Brigitte Macron.

Mais l’exercice du pouvoir, on le sait, est un puissant abrasif et l’étoile de Jean-Michel Blanquer a pâli. Là où il assurait de son pragmatisme, les enseignants ont souvent vu un vrai dogmatisme, notamment lors de la réforme du bac, et le spécialiste pondéré de l’éducation s’est parfois mué en un polémiste très politique par exemple sur l’islamo-gauchisme. Il a dû aussi en rabattre sur ses ambitions : il n’a pas décroché le ministère de l’Intérieur qu’il convoitait, et encore moins Matignon. Partie remise ? Jean-Michel Blanquer entend bien s’engager dans la prochaine campagne présidentielle car dans un gouvernement qui compte peu de personnalités fortes, il est davantage un atout qu’un handicap pour Emmanuel Macron.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 27 août 2021)

Préserver l'enfance

 

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On a longtemps pensé que les enfants étaient épargnés par le Covid-19, puis on les a accusés d’être des super-contaminateurs, puis estimé que finalement, ils ne développaient pas, en général, de formes graves de la maladie. La réalité est que depuis le début de cette épidémie insaisissable et mouvante, le cas des enfants recèle encore une part de mystère, qui rend sans doute un peu plus palpable l’inquiétude des parents et des autorités à l’approche d’une rentrée scolaire qui se fait en pleine vague du très contagieux variant Delta. Car si le taux de vaccination en France est désormais élevé avec plus de 70 % de primo-vaccinés, les enfants constituent bien, mathématiquement, une population vulnérable car non-vaccinée.

Membre du Conseil scientifique, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, prévoit d’ailleurs que « la moitié des nouvelles infections auront lieu chez les enfants à partir de l’automne ». Et ces contaminations à venir sont bien sûr de nature à angoisser les parents, tout comme les derniers bilans concernant les enfants. Depuis le début de l’épidémie, sept enfants de moins de 10 ans, dont un en Occitanie, sont morts en France (bien moins heureusement que dans certains pays comme l’Indonésie qui déplore 1 200 décès) ; et on observe en ce mois d’août une hausse des hospitalisations des moins de 10 ans. Si en général, l’évolution est bonne, des complications restent possibles. « Une étude britannique évalue de 4 à 8 % la proportion d’enfants ayant développé un Covid long », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault.

Dès lors se pose la question de la vaccination des enfants de moins de 12 ans. Question éminemment sensible, qui suscite déjà de fortes oppositions – on a vu apparaître sur les réseaux sociaux des messages antivax #touchepasamesenfants – mais aussi des divergences au sein même de la communauté médicale, qui seront levées que lorsqu’on aura les résultats d’études montrant que le vaccin est efficace et qu’il n’a pas d’effets secondaires.

En attendant, il convient de préserver les moins de 10 ans des contaminations mais aussi de l’ambiance alarmiste que peuvent avoir sur eux toutes les contraintes sanitaires. Si la Convention internationale des droits de l’enfant stipule que les Etats doivent « assurer à tous les enfants l’assistance médicale et les soins de santé nécessaires », elle indique aussi qu’ils doivent assurer leur épanouissement. Autrement dit, malgré le Covid – et peut-être même plus encore à cause du Covid – nous devons tous préserver l’enfance insouciante des petits.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 août 2021)

Symbole

 

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Les tests Covid resteront assurément l’un des symboles de l’épidémie de Covid-19. Symbole d’angoisse au début de l’épidémie lorsque, inquiet d’être contaminé, l’on se retrouvait devant des personnels soignants bardés de lunettes, gants, masques, blouses et surblouses, prêts à manipuler un écouvillon à la longueur paraissant interminable qu’ils plongeaient et remuaient au fin fond de nos narines pour prélever un échantillon de mucus.

Symbole de la mondialisation de la santé lorsque les laboratoires d’analyses médicales ont parfois été en rupture de réactifs, ces derniers étant produits aux Etats-Unis, en Chine ou en Corée du Sud.

Symbole de la bureaucratie tatillonne lorsqu’à l’heure de mettre le paquet sur la stratégie tester-tracer-isoler, les labos vétérinaires ne pouvaient pas participer aux tests avant d’y être enfin autorisés.

Symbole ensuite de liberté lorsque certains d’entre nous, désormais habitués au côté désagréable et parfois irritant de l’écouvillon, nous sommes soumis de bonne grâce aux tests PCR ou antigéniques pour pouvoir voyager à l’étranger ou participer à certaines activités notamment culturelles.

Mais les tests sont désormais devenus le symbole d’un vrai gouffre financier pour l’Assurance maladie. Car la France – dont la stratégie sanitaire du gouvernement a été critiquée tous azimuts, parfois à raison, parfois sans raison – a été l’un des rares pays à rendre gratuits les tests pour ses citoyens. On ne peut évidemment que se réjouir que notre Sécu, née du Conseil national de la résistance, ait permis cette égalité de tous, ce droit de tous devant un acte médical qui était et est encore important pour apprendre de l’épidémie et la freiner.

Mais si le test était une arme pour empêcher que les personnes contaminées ne propagent le virus car elles ne connaissaient pas leur statut, une arme plus puissante est désormais à notre disposition : le vaccin. Un vaccin dont la dose coûte beaucoup moins cher que les tests. Dès lors, il est bien normal que si les tests pour les cas contacts restent, eux, remboursés sur prescription médicale, les tests « de confort » pour obtenir un pass sanitaire deviennent payants pour ceux qui refusent le vaccin, gratuit et accessible à tous…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 août 2021)

Refaire nation

 

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Il est de coutume de dire avant chaque rentrée politique qu’elle sera "chaude", que les questions sociales vont mettre l’exécutif sur des charbons ardents, que les syndicats aiguisent leurs revendications, que les oppositions feront feu de tout bois, bref que l’on va voir ce que l’on va voir. Et souvent – pas toujours – les pronostics ne se vérifient pas et les poussées de fièvre ne viennent pas d’où on les attendait et pas forcément à la rentrée de septembre. Qui aurait pu imaginer, par exemple, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes fin 2018, concrétisation d’une accumulation de signaux et de colères nés bien avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir ?

Par conséquent, on se gardera bien de prédire une nouvelle rentrée "chaude". En revanche, on peut d’ores et déjà assurer que cette rentrée politique sera tout entière tournée vers la prochaine élection présidentielle. Depuis l’instauration du quinquennat, l’élection suprême est, en effet, devenue la seule véritable échéance qui compte, celle qui peut encore mobiliser l’électeur, celle qui a relégué les élections intermédiaires à des consultations minées par une abstention abyssale, celle autour de laquelle tout finit par s’organiser au risque d’un assèchement de la vie démocratique. L’élection présidentielle, il n’y a que ça qui compte…

Dès lors, à huit mois désormais du prochain scrutin, tous les états-majors des partis sont focalisés sur cette échéance capitale qui aura lieu dans le contexte totalement inédit d’une crise sanitaire majeure, d’une épidémie qui conditionne encore pour plusieurs semaines la vie du pays. Face à la défiance dans la parole politique, les formations, qui tiennent en ce moment leurs journées ou universités d’été, cherchent le ton juste, les idées fédératrices et le mode de désignation idéal de leur candidat à la présidentielle. Car l’élection reste bien, au-delà des programmes et de la vie des partis, la rencontre d’un homme ou d’une femme avec les Français, comme l’avait jadis théorisé le général de Gaulle.

Quatre ans et demi après le tsunami dégagiste qui a conduit à l’élection d’Emmanuel Macron, le paysage politique semble toujours en quête, sinon de cet homme ou cette femme providentiels, du moins d’un renouveau politique à même d’apaiser une France toujours plus "archipélisée". La présidentielle, qui aura – n’en doutons pas – son lot de surprises, doit être l’occasion de refaire nation mais aussi d’envoyer un signal à l’extérieur.

À l’heure où l’idée même de démocratie est fragilisée partout dans le monde sous la poussée des populismes et des fake news, nous avons tous une responsabilité collective à faire de cette élection un moment digne qui montre que le débat démocratique est toujours préférable au combat.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 24 août 2021)

Les enjeux des étiquettes

 

fruits legumes

L’analyse du prix des fruits et légumes rappelle ce qui se passe avec le temps : des tendances à long terme pour le changement climatique mais des événements météorologiques qui semblent dire le contraire. Ainsi, les prix actuels des fruits et légumes semblent repartir à la hausse comme chacun peut le constater sur les marchés, mais la tendance nationale sur une année est marquée par une baisse selon le dernier Observatoire des prix fruits et légumes 2021, publié en juillet et pour la 15e année consécutive par l’association Familles rurales. "Si cet été les prix de certains produits atteignent des sommets, il convient d’en favoriser d’autres qui demeurent accessibles au plus grand nombre. Après une année 2020, record en termes de prix, la plupart des produits de notre panier retrouvent des valeurs proches de celles relevées en 2019", indique l’association qui estime, que hormis les cerises, sur une année les prix ont baissé de 8 %.

Si le violent épisode de gel du printemps a épargné de nombreux produits, d’autres se sont trouvés très impactés comme les cerises ou les abricots dans certaines régions. Ces productions plus rares ont donc mécaniquement fait grimper les prix.

Ce yo-yo sur les étiquettes est évidemment problématique pour les familles qui ne peuvent pas acheter comme elles le voudraient des fruits et légumes de saison et, de ce fait, ne peuvent respecter ni les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de consommer au moins 400 grammes de fruits et légumes par jour et par personne, ni respecter les préconisations du Plan National Nutrition Santé (PNNS) et son fameux "5 fruits et légumes par jour". "Respecter le PNNS représente entre 4 et 16 % d’un SMIC net mensuel pour une famille de 4 personnes selon la composition du panier", observe Familles rurales.

Dès lors la hausse des prix provoquée notamment par les intempéries constitue non seulement un problème socio-économique important pour tous les maraîchers de France, mais aussi un enjeu de santé publique majeur puisque beaucoup de Français modestes n’ont plus les moyens d’avoir une alimentation saine et équilibrée.

Les premiers méritent évidemment le soutien de la Nation et de leurs assureurs ; les seconds doivent aussi être aidés, pourquoi pas avec un chèque "fruits et légumes" comme le propose l’association ou via d’autres projets qui s’inséreraient dans le cadre du Programme national pour l’alimentation (PNA).

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 août 2021)

La place des vieux

vieux

On n’a pas fini de mesurer combien l’épidémie de Covid aura bouleversé les sociétés dans le monde. Non seulement sur le plan sanitaire évidemment mais aussi sur les plans socio-économique et sociétal. Les mesures de restrictions comme les confinements ou les couvre-feux que nous subissons depuis 19 mois ont souvent révélé le meilleur avec des élans de solidarité et des gestes bien concrets de générosité, mais aussi provoqué le pire en termes de tensions et violences conjugales ou familiales. Dès lors, que les violences envers des seniors aient été mesurées à la hausse par la fédération du 3977 – la ligne d’écoute nationale pour les maltraitances envers les personnes âgées ou en situation de handicap qui a reçu 36 % d’appels supplémentaires en 2020 – n’est, hélas, pas étonnant.

La violence contre les vieux, qu’elle soit physique (coups, blessures…), morale et psychologique (injures, exclusion…) ou médicamenteuses (abus ou privations de médicaments…), qu’elle intervienne dans des Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) – dont la réputation est régulièrement entachée par des scandales – ou à domicile par des personnels pourtant formés ou la famille elle-même, cette violence contre ceux qui nous ont élevés et qui n’aspirent qu’à finir leur jour dignement et en paix est insupportable et appelle autant que nécessaire des sanctions.

Au-delà, ces actes de maltraitance imposent une vraie prise de conscience sur la place des vieux dans notre société, à l’heure où certains estiment cyniquement qu’avec le Covid la jeunesse aurait été sacrifiée en leur faveur… Il y a d’autant plus urgence que de plus en plus de Français vont entrer dans le quatrième âge, l’âge de la dépendance, et qu’une majorité d’entre eux souhaite finir ses jours à domicile.

Il y a un an, une nouvelle branche de la Sécurité sociale a été créée, un cinquième risque, celui de l’autonomie. Pour 2021, selon le budget de la Sécurité sociale, cette branche sera financée à hauteur de 2,5 milliards d’euros et 150 millions d’euros en 2021 puis 200 en 2022 vont être débloqués pour renforcer l’attractivité des métiers de l’aide à domicile. Un premier pas en attendant la grande loi sur l’autonomie promise par Emmanuel Macron mais toujours pas mise à l’agenda du Parlement. Il est temps que cet enjeu de société susceptible de trouver un large consensus politique soit enfin traité. Le psychiatre Lucien Bonnafé estimait qu’« on juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous » ; on pourrait ajouter « et dont elle traite ses vieux. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 août 2021)

Un combat permanent

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Des pancartes qui reprennent le nouveau slogan préféré des antisémites, « Qui ? », entouré sur l’une par les noms de personnalités publiques juives ou supposées l’être, des étoiles jaunes bariolées de la mention « non-vaccinés » arborées sur les poitrines de manifestants, des cris haineux « collabo » lancés, entre autres, à des pharmacies pratiquant des tests PCR ou à des journalistes physiquement agressés pour certains, des slogans « dictature sanitaire » dans lesquels le « s » est remplacé par le graphisme des « SS » des nazis, Emmanuel Macron affublé d’une moustache comme Adolf Hitler ou sous les traits du maréchal Pétain, et jusqu’au détournement de la photo du portail d’entrée du camp de concentration d’Auschwitz où l’inscription originale « Arbeit macht frei » a été remplacée par « le pass sanitaire rend libre. » 

Ces images écœurantes, vues par les Français à la télévision ou sur les réseaux sociaux, à l’occasion des manifestations anti-pass sanitaire – et en 2018-2019 dans certains cortèges des Gilets jaunes – ont légitimement révulsé tout républicain digne de ce nom et donné la nausée aux descendants des victimes de la Shoah ou à nos compatriotes de confession juive. La condamnation de ces slogans jusqu’au sommet de l’Etat a été évidemment la bienvenue et l’on attend maintenant que les poursuites judiciaires qui ont été engagées à plusieurs reprises aboutissent à de sévères condamnations car, faut-il le rappeler, l’antisémitisme et le racisme ne sont pas des opinions mais des délits.

Au-delà, l’émergence ou la persistance de ces slogans antisémites doivent nous interroger. Comment peut-on, en 2021, faire un lien entre l’outil provisoire de lutte contre une épidémie que constitue un pass sanitaire – que tout un chacun peut obtenir par le vaccin, des tests réguliers ou un certificat de rémission de la Covid-19 – et un symbole de l’ignominie nazie qui discriminait des personnes, non pas pour ce qu’elles faisaient, mais pour ce qu’elles étaient, dans le but ultime d’être déportées et tuées pour nombre d’entre elles ? Pourquoi établir un lien entre des contraintes sanitaires, votées par le Parlement et validées par le Conseil constitutionnel, et des faits remontant à la Seconde Guerre mondiale ? Et comment expliquer que ces slogans antisémites, qui sont le fait d’une minorité dans les rangs des manifestants, n’aient pas été davantage et explicitement condamnés par tous ceux qui marchaient à leur côté ?

Par envie de choquer en faisant référence à un épisode de l’Histoire mondiale qui a le plus marqué l’Humanité ? En raison d’une méconnaissance totale des faits historiques de cette période ? Par idéologie pour certains, qui voient dans les manifestations l’occasion de cracher leur haine anti-Juifs ? Ou par la conviction que ces slogans relèvent de la liberté d’expression ?

L’utilisation de ces mots résulte sans doute un peu de tout cela et créé un dangereux « antisémitisme d’atmosphère » selon l’expression de l’historien Jean Garrigues. Un antisémitisme qui se nourrit de la crise que traverse notre société et se renforce sur les réseaux sociaux avec les vieilles théories complotistes véhiculées sur le lobby juif mondial qui contrôlerait le pouvoir économique, politique et médiatique. Un antisémitisme qui doit faire l’objet d’un combat permanent, aujourd’hui comme hier lorsque Bertold Brecht nous disait, dans La résistible ascension d’Arturo Ui : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 21 août 2021)

Être à la hauteur

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Un aparté devant les caméras de télévision pour fustiger ses opposants qui le critiquent, plusieurs messages sur son compte Twitter pour dénoncer ceux qui voudraient « détourner » les propos qu’il a tenus durant son allocution de 11 minutes sur la situation en Afghanistan lundi soir, des ministres de premier plan et des responsables de la majorité présidentielle appelés à la rescousse et faisant feu de tout bois pour justifier les propos présidentiels. Rien n’y a fait, le malaise a persisté.

En expliquant qu’il fallait certes « protéger celles et ceux qui sont les plus menacés », mais – dans le même paragraphe – « nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants », Emmanuel Macron a, sinon commis une faute politique, fait une vraie maladresse, en opérant un « en même temps » aussi brutal que dénué d’empathie, 24 heures après la chute de Kaboul et alors que des milliers d’Afghanes et d’Afghans étaient terrorisés devant le nouveau régime islamiste des talibans. 

En allant si rapidement sur le terrain de la politique migratoire chère à la droite et l’extrême droite, Emmanuel Macron a donné l’impression de répondre davantage à des impératifs de campagne électorale présidentielle que de se hisser à la hauteur de l’enjeu humanitaire. Le contraste avec Angela Merkel – qui avait déjà sauvé l’honneur de l’Europe en 2015 en accueillant massivement des réfugiés Syriens fuyant le régime meurtrier de Bachar Al Assad – voire avec Boris Johnson était, dès lors, saisissant. 

Que la lutte contre l’immigration illégale soit importante, nul n’en disconvient, mais face au drame que vivent les Afghans, le Président aurait, d’abord, dû mettre en avant l’article 14 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme qui stipule que « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Si les propos d’Emmanuel Macron ont vivement ému, particulièrement à gauche, ils ont aussi suscité un élan de générosité de la part de collectivités locales prêtes à accueillir, en lien avec les services de l’Etat, des réfugiés Afghans, comme l’a d’ailleurs demandé aux pays membres de l’ONU, son secrétaire général António Guterres.

De Lille à Strasbourg, de Paris à Bordeaux et jusqu’en Occitanie – où reste si vif le souvenir de la Retirada, l’exil et l’accueil des réfugiés républicains espagnols – des initiatives voient le jour. La France, dans cette affaire, a un évident devoir d’exemplarité humaniste et républicain, non seulement parce qu’elle a inspiré la déclaration universelle des Droits de l’Homme mais parce que le pays des Lumières doit protéger les « combattants de la liberté », comme les a appelés le fils du commandant Massoud, qui, en Afghanistan, font face aux ténèbres de l’obscurantisme religieux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 20 août 2021)

La déroute et le déshonneur

 

taliban

"Je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé : il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface", écrivait Khaled Hosseini dans son livre "Les cerfs-volants de Kaboul" paru en 2003. L’avenir, hélas, lui a donné raison.

La chute de Kaboul, conquise hier par les talibans au terme d’une offensive éclair qui n’a rencontré que très peu de résistance de la part d’une armée afghane anémique, signe un retour vers l’enfer islamiste pour une population qui, depuis 1978 et l’invasion soviétique, n’aura connu que la guerre et le chaos. Si les talibans, appuyés en sous-main par le Pakistan voisin, assurent qu’ils ont changé par rapport à l’époque où ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001, la réalité est, hélas, tout autre. Un rapport de la Commission afghane indépendante des droits de l’Homme (AIHRC) a d’ailleurs clairement documenté des violences – massacres de civils, décapitations, enlèvements d’adolescentes pour les marier de force – perpétrées durant la conquête des capitales provinciales qui sont tombées une à une depuis le mois de mai.

La chute de Kaboul signe aussi un terrible échec pour les Occidentaux et une déroute cinglante pour les Etats-Unis. On comprend que le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken réfute toute comparaison entre la situation afghane et la chute de Saïgon en 1975. Et pourtant, les rotations d’hélicoptères US qui doivent évacuer près de 30 000 personnes rappellent évidemment les évacuations de l’opération Frequent Wind qui marqua la fin de la guerre au Vietnam et une traumatisante défaite pour les Etats-Unis. En décidant de confirmer le retrait des troupes américaines décidé en 2018 par son prédécesseur Donald Trump, Joe Biden a acté la fin d’une présence militaire de vingt ans qui aura coûté des milliards de dollars sans finalement obtenir le résultat escompté, mais aussi pris le risque d’endosser la création d’une situation chaotique et explosive. Le 11 septembre 2021, vingt ans après les attentats des tours jumelles, lorsque le retrait des troupes américaines sera effectif, on sera comme revenu à la situation de 2001… avec à nouveau au pouvoir ceux-là mêmes qui en avaient été chassés.

"Si les talibans arrivent à Kaboul, je me suicide avant d’être tuée ou réduite en esclavage". Tel était le message, le 28 juillet dernier, de Fatima A., une jeune Afghane de 28 ans, employée comme auxiliaire par l’armée française en Afghanistan entre 2011 et 2012 et qui s’est vu refuser une demande de visa par la France au prétexte qu’elle ne pouvait prouver la réalité des menaces la visant… La France ne peut pas ne pas entendre ce SOS, ni l’appel du fils du commandant Massoud à ce qu’elle n’abandonne pas les combattants de la liberté. Autrement dit, que le déshonneur ne s’ajoute pas à la déroute…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 16 août 2021)

La France à cran

dispute



Pris à partie mercredi à Carcassonne par une passante vaccino-sceptique qui accusait le gouvernement rien moins que de "tuer la France", le Premier ministre Jean Castex avait reconnu que "la société est fatiguée, incandescente" après dix-huit mois d’une éreintante épidémie de Covid. Un constat sans doute partagé par une majorité de Français, car si le Covid-19 a provoqué une crise sanitaire majeure, il a aussi introduit le virus de la division dans les familles ou dans les cercles amicaux et professionnels. Le sujet de l’épidémie, omniprésent dans les médias et les conversations, a provoqué des débats, d’abord policés mais qui ont vite viré à la foire d’empoigne, les disputes se terminant parfois par des ruptures nettes et peut-être même irrémédiables.

Sur les masques, les confinements, les couvre-feux, les protocoles sanitaires, les attestations, l’hydroxychloroquine, les allocutions d’Emmanuel Macron, les couacs gouvernementaux et évidemment le vaccin et le pass sanitaire, les avis sont tranchés et frontaux, voire brutaux. 

Que ce soit sur les réseaux sociaux – où le complotisme a, hélas, largement trouvé ses aises – dans les repas de famille ou à la machine à café, les sujets de discorde ne manquent et apparaissent épuisants pour ceux qui tentent de contrer les nombreuses fake news et se retrouvent confrontés… à la loi de Brandoloni. Énoncé par un programmeur italien, Alberto Brandolini, il s’agit d’un principe d’asymétrie qui stipule que "la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire". 

Autrement dit, démonter des fake news nécessite une telle énergie qu’il vaut parfois mieux abandonner, surtout quand on sait qu’une infox se répand six fois plus vite qu’une vraie information, selon une étude du MIT publiée dans Science… Pas étonnant, dès lors, que certains décident de ne plus discuter pour ne plus se fâcher, de ne plus débattre pour ne pas se combattre…

Il va pourtant bien falloir retisser les liens avec ses proches comme dans le pays, pour faire famille et pour faire Nation. Encore faut-il s’accorder sur un socle de faits, de vérité communément admis par tous. On en est encore loin…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 15 août 2021)

Opération déverrouillage

 

ours

Du dossier de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, tout aura été dit. Depuis vingt-cinq ans, depuis le 19 mai 1996 exactement, date à laquelle s’est déroulé le premier lâcher d’une ourse slovène – organisé dans le cadre d’un plan de réintroduction européen pour sauver l’ours des Pyrénées – les oppositions sont restées à vif entre les pro et les anti, chacun campant sur sa logique et sur deux idées que l’on se fait de la place de l’homme dans la montagne.

D’un côté, fortes du soutien d’une opinion publique qui connaît finalement peu l’économie de la montagne et le quotidien des éleveurs qui y vivent à l’année, les associations de défense de l’environnement et de la biodiversité se félicitent de voir que la population d’ursidés a considérablement augmenté, que l’image de l’ours et son impact touristique sont désormais consubstantiels aux Pyrénées et qu’il faut évidemment poursuivre le programme ours. 

De l’autre, les éleveurs ont consenti de nombreux efforts pour sécuriser leurs troupeaux avec des chiens Patou ou réalisé des aménagements. Engagés dans des démarches de valorisation et de labellisation de leur production qui participent elles aussi à la renommée de la région, ces éleveurs n’en peuvent plus des déprédations commises par les ours qui, même si elles sont indemnisées, constituent un stress permanent.

Entre les deux camps, chacun soutenu par des élus locaux et nationaux, l’Etat a toujours tenté de contenter les uns et les autres, de trouver dans ce dossier miné, une voie médiane entre deux conceptions quasi irréconciliables, ménageant les engagements internationaux de la France et en même temps préservant l’économie de la montagne. Cette voie médiane, assumée avec plus ou moins de courage et de clarté par les différents présidents de la République, est un chemin de crête qui ne satisfait personne. Vingt-cinq ans après, le dossier paraît toujours aussi verrouillé.

C’est pour tenter de le débloquer que des éleveurs et des élus ariégeois veulent lancer l’idée d’un « Parlement de la montagne ariégeoise », en s’appuyant sur le projet de loi « 4D » (décentralisation, différenciation, déconcentration et décomplexification). Adopté en première lecture au Sénat fin juillet, celui-ci veut promouvoir la démocratie locale et donner aux élus locaux la capacité de prendre des décisions aujourd’hui prises à l’échelle nationale, notamment sur des questions écologiques. L’objectif de ce « parlement » serait au final d’obtenir de l’Etat le transfert du dossier ours de Paris vers les Pyrénées pour une gestion plus locale. Reste que si cette instance traduit incontestablement l’exaspération des éleveurs face à un Etat jugé sourd à leurs difficultés, elle soulève de nombreux problèmes : quid de sa représentativité ? de sa légitimité démocratique ? de sa composition ? de son articulation avec la kyrielle d’instances politiques, associatives ou syndicales qui représentent déjà les habitants du territoire ?

Le dossier ours est un dossier complexe, qui soulève évidemment des enjeux locaux mais aussi d’autres nationaux et internationaux. L’État ne peut pas s’en désengager et ne pas en être le garant, à condition qu’il sache donner la parole et écouter vraiment ceux qui vivent dans les Pyrénées.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 13 août 2021)

Retour à la réalité

 

CHU
Photo Xavier de Fenoyl.

Dix-huit mois après l’apparition de l’épidémie de Covid-19 en France, c’est peu dire que nous avons tous ardemment envie tous d’en finir avec le coronavirus. Après des confinements, des couvre-feux, des restrictions de déplacements, des protocoles sanitaires auxquels il a fallu sans cesse s’adapter, bref après autant de restrictions nécessaires pour endiguer l’épidémie, mais étouffantes dans la vie quotidienne, chacun rêve de retrouver au plus vite sa vie d’avant. Toute nouvelle restriction devient dès lors source d’agacement et d’énervement.

Les manifestations des anti-pass sanitaire – dernier outil mis en place en France comme dans plusieurs pays européens pour limiter les contaminations dans les lieux dont on sait qu’ils sont les plus à risques – ne disent pas le contraire mais leur discours, plus politique que sanitaire, est l’arbre qui cache la forêt. Une forêt de propos complotistes et anti-vaccin relayés sur les réseaux sociaux, accusant le gouvernement de dramatiser volontairement la 4e vague pour contraindre la population à se faire vacciner, le tout en piétinant les libertés…

Las ! Il est temps pour les uns de sortir de cette bulle, et pour tous de ces débats sur le bien-fondé des nouvelles mesures ou de la gestion de la crise par le gouvernement – il sera toujours temps de les analyser – pour se confronter à l’implacable réalité de l’épidémie.

Car aujourd’hui, dans les Antilles comme en Occitanie, les soignants – ceux-là mêmes que l’on applaudissait en mars 2020 – sonnent l’alerte. Il faut les écouter. Les services de réanimation sont saturés par des patients plus jeunes et très majoritairement non-vaccinés, des opérations sont déprogrammées, des transferts de patients d’Occitanie vers d’autres régions moins touchées sont organisés, des soignants sont rappelés pour soutenir leurs collègues épuisés. L’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, l’Assurance Maladie, les représentants des professionnels de santé libéraux, des établissements hospitaliers publics et privés et la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie viennent de lancer un appel solennel à la vaccination et aussi au respect des gestes barrière car, faute de traitement contre le Covid, ce sont nos seules armes. Il faut les entendre.

Si la 4e vague est différente des précédentes, montrant combien cette épidémie reste insaisissable, elle n’en est pas moins dangereuse. Pour faire face à ce danger et pouvoir l’écarter, il importe plus que jamais de manifester notre solidarité avec les soignants et les uns envers les autres.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 11 août 2021)