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Éditos

La dernière séance ?

  

cinema

« La lumière revient déjà, Et le film est terminé, Je réveille mon voisin, Il dort comme un nouveau-né, Je relève mon strapontin, J’ai une envie de bailler, C’était la dernière séquence, C’était la dernière séance, Et le rideau sur l’écran est tombé… » On a tous en mémoire cette chanson d’Eddie Mitchell, qui présenta ensuite pendant de longues années sur la « 3 » l’émission éponyme qui a fait découvrir à beaucoup des dizaines de films, westerns épiques, classiques en noir et blanc.

La nostalgie ouatée et rassérénante de ces cinémas Paradiso à l’ancienne, du Rex au Family, du Club au Royal, avec l’ouvreuse, sa lampe de poche et son panier de friandises, la publicité Jean-Mineur et ses « réclames », les bandes-annonces des films à venir, parfois même un entracte après un court métrage ; tout cela va-t-il vraiment passer de la fiction à la réalité, tout cela peut-il disparaître au pays des frères lumières, de Truffaut, de Godard, qui a fait de l’exception culturelle un élément clé de notre identité et de notre patrimoine ?

La question, mondiale, se pose maintenant depuis plusieurs années et l’arrivée des plateformes de vidéo à la demande. Netflix, Disney +, Prime Vidéo, Apple TV +, Paramount et tant d’autres se sont aujourd’hui durablement installées dans nos vies, particulièrement depuis les confinements imposés par la crise sanitaire du Covid-19. Aujourd’hui, se faire une toile, c’est souvent rester dans le douillet cocon de son salon, devant un téléviseur dont la taille ne cesse de grandir pendant que son prix baisse. Pourquoi s’embêter à aller au cinéma, supporter parfois des voisins bruyants et, surtout, s’acquitter d’un billet dont le prix n’a cessé de grimper et dépasse parfois… l’abonnement mensuel des plateformes de VOD ?

Les cinémas, durement éprouvés par la baisse de fréquentation des années Covid, ont pourtant multiplié les initiatives pour offrir une expérience et tenter d’attirer – de conserver – les spectateurs : écrans XXL ou Imax, son Dolby qui en met plein les oreilles, image laser au piqué époustouflant, fauteuils moelleux parfois à deux places, etc. Des technologies, des aménagements très coûteux qui se répercutent logiquement sur le ticket d’entrée. Les grands réseaux ont bien créé des cartes de fidélité, des abonnements illimités ; les petites salles ont elles aussi beaucoup investi, parfois avec le soutien financier des collectivités.

Mais la baisse de fréquentation est là, en dépit de certains rebonds remarquables lorsque sort un blockbuster américain très attendu ou survient un film-surprise comme « Un petit truc en plus ». Le public français défend d’ailleurs les productions nationales, la part de marché des films français depuis le début de l’année est estimée à 37,1 % contre 36 % pour les films américains. Et la Fête du cinéma, bien qu’en retrait de 35,8 % cette année par rapport à l’édition 2024, reste à un niveau supérieur à la moyenne d’avant la crise sanitaire (+ 2,6 % par rapport à la moyenne des éditions 2017, 2018 et 2019).

Le cinéma est aujourd’hui une industrie à un tournant de son existence, que ce soit dans la production des films, qui a vu les géants de la Silicon Valley débarquer chez les majors et les réseaux sociaux imposer de nouveaux codes, que ce soit dans la distribution et la diffusion avec les plateformes.

Certains sacrifieraient bien les coûteuses salles de cinéma, mais sans elle, sans se retrouver tous ensemble dans le noir pour vibrer, pleurer, rire ou s’émouvoir, cela sera-t-il encore du cinéma ? Il nous appartient de faire en sorte que la dernière séquence ne soit pas la dernière séance…

(Éditorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 23 août 2025)

 

Cure... d'austérité ?

 

thermes

François Bayrou n’est pas – heureusement – Javier Milei, le fantasque président argentin qui tronçonne à tout va dans les dépenses de l’État et la fonction publique de son pays. Mais le Premier ministre, en quête effrénée de 44 milliards d’euros pour boucler son budget 2026 dont 5,5 pour les comptes de la Sécurité sociale, multiplie les coups de scalpel et de rabot qui, mis bout à bout, constituent de plus en plus d’irritants pour les syndicats, les oppositions et finalement les Français – dont 87 % pensent que le Budget Bayrou nuira à leur pouvoir d’achat.

À la suppression de deux jours fériés, celle de l’abattement fiscal pour les retraités, le doublement des franchises médicales, la réforme du transport sanitaire en taxi ou le serrage de vis sur les arrêts maladie pourrait donc s’ajouter la remise en cause du remboursement à 100 % des cures thermales et des médicaments dont le service médical rendu est faible pour les patients en Affection longue durée (ALD).

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement tente de s’attaquer au thermalisme au prétexte qu’il serait coûteux et médicalement pas assez efficace, ce que conteste fermement le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh), qui avance 60 études cliniques prouvant le contraire. Ce qui surprend avec le gouvernement Bayrou, c’est que plutôt que de chercher à faire des réformes structurelles majeures de l’appareil d’État ou rechercher des leviers – et notamment de nouvelles recettes –, il préfère multiplier des mesures ciblées – et pense-t-il peut-être indolores – qui ramènent des économies plutôt modestes. Ainsi, si les cures thermales, aujourd’hui dans le collimateur, ont coûté 350 millions d’euros à l’Assurance maladie en 2023, elles ne représentent, selon le CNETh, que 0,1 % du budget de la santé. Une goutte d’eau… S’il faut bien sûr s’attaquer aux abus s’il y en a, peut-être améliorer le système de prise en charge ou s’inspirer au besoin de ce qui se fait chez nos voisins, on ne peut cibler le thermalisme sans mesurer tout ce qu’il représente en dehors du seul aspect sanitaire.

Il y a le poids économique de la filière, auquel l’Occitanie, première région thermale de France est sensible : quelque 4 milliards d’euros de richesse globale créée, plus de 25 000 emplois en France et des retombées économiques indispensables pour des territoires ruraux et de montagne qui ont souvent été délaissés. Et puis il y a l’histoire et le lien ancestral noué entre les terres thermales, les populations qui y vivent et les curistes du monde entier qui y séjournent.

À travers le thermalisme, c’est bien toute l’histoire du pays qui se dessine, depuis l’époque romaine jusqu’à aujourd’hui en passant par l’essor des stations thermales au XIXe siècle qui ont contribué à la renommée de la France – Napoléon III ne s’y trompa pas. Les stations thermales, qui ont inspiré diplomates, écrivains ou cinéastes, où l’on vient se soigner, se reposer, se ressourcer, ne peuvent se résumer à une ligne comptable que l’on pourrait froidement rayer d’un trait au non d’une cure… d’austérité. Il y a derrière elles une part de cet art de vivre à la française qui forge notre identité et nos territoires. Et ça, ça n’a pas de prix.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 22 août 2025)


Laxisme coupable

 

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« Un homme tué par un homme effraye la pensée, un homme tué par les hommes la consterne. » On repense à cette phrase de Victor Hugo lorsqu’il s’agit de se pencher sur le destin tragique de Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, 46 ans, mort en direct sur internet dans des circonstances que la justice devra éclaircir. Mais quelle que soit la raison médicale de son décès, c’est l’environnement qui y a conduit qui nous consterne et nous effraye.

Voilà un homme qui a subi pendant des mois des brimades et des humiliations de la part de deux « amis », encouragés par des dizaines de milliers d’internautes, au mieux public silencieux se délectant de ce spectacle dégradant diffusé en direct, au pire acteurs vicieux suggérant de nouveaux supplices à infliger au malheureux – dont on peut douter que son consentement ait été libre et éclairé – et, pire, payant pour leur réalisation. Si le rôle direct des intéressés qui se sont livrés à cet avilissement sera établi par les enquêteurs, rien de tout cela n’aurait été possible sans le laxisme de la plateforme australienne Kick et l’apathie des pouvoirs publics, pourtant dûment alertés depuis décembre 2024 après une enquête de Mediapart.

Se réfugiant – comme Elon Musk, les soutiens de Donald Trump et nombre de figures populistes d’extrême droite en Europe – derrière le respect absolu d’une liberté d’expression qui n’est rien d’autre qu’un feu vert pour dire tout et n’importe quoi, propos sexistes, homophobes, antisémites ou racistes, Kick a fait de l’humiliation, des contenus violents et choquants son fonds de commerce. Si comme toutes les plateformes numériques, elle n’est pas responsable a priori des contenus mis en ligne, les législations française et européenne lui imposent d’agir « promptement » pour retirer tout contenu manifestement illicite qui lui est signalé, comme la diffusion de violences en direct.

Ses propres conditions d’utilisation font d’ailleurs état de cette obligation, Kick affirmant que « les démonstrations flagrantes d’agression non désirée qui entraînent ou sont susceptibles d’entraîner des dommages ne sont pas tolérées et le harcèlement d’autrui est interdit. » Une prévention, d’évidence, toute théorique, puisque dans la pratique Kick affiche une modération très laxiste et ne retire des contenus que dans des cas extrêmes.

Les pouvoirs publics portent aussi une responsabilité dans cette affaire et le député Arthur Delaporte, qui a récemment présidé la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, a raison lorsqu’il évoque « une défaillance » de leur part. Comment expliquer, en effet, qu’alertés depuis décembre de la situation inquiétante de Jean Pormanove, ni la ministre chargée du Numérique, ni l’Arcom ne soient intervenus pour faire cesser des pratiques attentatoires à la dignité humaine ?

L’affaire Pormanove doit désormais nous servir collectivement d’électrochoc. A l’heure où le temps passé sur les écrans s’allonge, réguler ce qui y est diffusé n’est pas de la censure mais un impératif démocratique et de protection de la jeunesse qui doit nous amener à demander des comptes aux plateformes de réseaux sociaux. À leurs algorithmes qui privilégient systématiquement les contenus les plus polarisants et clivants, quitte à amplifier et manipuler des informations, il faut opposer notre conception du débat public où la liberté d’expression est bornée par des lois.

L’Europe s’y emploie en imposant des règles… que Donald Trump et les géants de la Silicon Valley voudraient voir supprimées. Il faut au contraire plus que jamais tenir bon pour que la dignité d’un homme ne soit pas jetée en pâture pour quelques clics et beaucoup de dollars.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 21 août 2025)

Chère rentrée...

 

rentree

Les prix de la rentrée scolaire sont-ils en hausse ou en baisse cette année ? Les parents d’élèves ont de quoi être interloqués puisque les études se contredisent : d’un côté, l’UFC-Que Choisir a annoncé une hausse des prix de 2 %, de l’autre le cabinet d’études Nielsen IQ a affirmé que le prix des fournitures baisse de plus de 3 % dans les supermarchés, 6 % dans les magasins spécialisés. Et hier l’association Familles de France a assuré que le coût moyen de la rentrée 2025-2026 recule de 5,53 %. Une chose est certaine, on reste loin des quelque +10 % constatés en 2023, lorsque les fournitures scolaires subissaient l’envolée des tarifs des matières premières. Pour autant, que les prix chutent jusqu’à – 6 % ou augmentent de +2 %, le coût de la rentrée représente une importante dépense dans le budget des familles.

Pour faire baisser la facture, plusieurs leviers sont activés. Recycler le matériel de l’année passée, comparer les prix pour obtenir les meilleurs tarifs à la fois dans les hypermarchés physiques et sur internet (en prenant garde aux frais de livraison qui peuvent être élevés et aux délais pour être livré), opter pour des achats mutualisés avec des plateformes dédiées, des achats groupés ou des bourses mises en place par les fédérations de parents d’élèves… autant de pistes désormais bien rodées par les parents.

L’État est également à leur côté, depuis 1974, avec l’allocation de rentrée scolaire (ARS), versée ce mardi, qui bénéficie à plus de 5 millions d’enfants de 6 à 18 ans et 3 millions de foyers. Son montant varie entre 420 et 460 euros sous conditions de revenus. Comme chaque année, il devrait se trouver quelques hurluberlus pour reprendre, comme l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en 2021, la fake news – maintes fois démentie par les chiffres – selon laquelle l’ARS sert à acheter des écrans plats…

Mieux vaut s’intéresser au débat, récurrent lui aussi, soulevé par la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), principale organisation de parents, qui réclame la gratuité des fournitures scolaires, tout simplement pour respecter la promesse constitutionnelle d’une école laïque publique et gratuite. Évidemment, à l’heure où il est en quête de 44 milliards d’euros d’économies pour son Budget 2026, l’État impécunieux ne risque pas de donner satisfaction à la FCPE. Et pourtant, face à une précarité qui menace beaucoup de familles, miser sur l’éducation et les conditions de son exercice serait un vrai choix politique. D’ailleurs, sans attendre l’État, de nombreuses collectivités locales ont fait ce choix de justice sociale en rendant les fournitures scolaires gratuites en totalité ou en partie. De Paris à Marseille, de Bordeaux à Lille, plusieurs grandes villes livrent ainsi des kits de rentrée aux élèves.

En Occitanie, la Région revendique « la rentrée la moins chère de France » pour ses lycéens en jouant sur les fournitures mais aussi ce qu’il y a autour (péri-scolaire, transports…). Faire en sorte que l’origine sociale ou géographique ne soit pas un frein à la réussite scolaire, voilà un projet qui devrait tous nous rassembler.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 19 août 2025)

Il y a des alternatives...

bayrou


L’été politique 2024 post-dissolution avait été électrique et plein de suspense avec l’interminable et rocambolesque quête d’un Premier ministre. L’été 2025 est, lui, léthargique et sans aucun suspense, car la censure du gouvernement Bayrou à l’automne sur le Budget 2026 se dessine un peu plus chaque jour.

D’abord parce qu’à huit mois des municipales et dans la perspective de la présidentielle de 2027, les oppositions ont tout intérêt à cultiver leurs singularités et se montrer, justement, frontalement opposées à la politique de François Bayrou. Ensuite parce que le Premier ministre s’obstine à croire qu’il peut avoir raison tout seul et que seul son plan d’économies de 44 milliards d’euros, dont les mesures de rigueur ont été présentées mi-juillet, est à même de commencer à combler le déficit abyssal et la dette colossale qui ne cesse de croître.

Faute d’avoir réussi à convaincre les partis comme les partenaires sociaux, François Bayrou s’est mis en tête de jouer l’opinion. Revendiquant sans pudeur l’héritage de Pierre Mendès-France, le Premier ministre a décidé de lancer une chaîne YouTube et un podcast pour faire de la pédagogie et expliquer son Budget aux Français, puis de réactiver la plateforme Agora et de créer une adresse électronique pour recueillir leurs avis et idées. « Je ne laisserai pas se construire, se mettre en place un conflit entre les responsables du gouvernement, le pouvoir et les Français » assure François Bayrou.

Mais cette communication lancée au cœur de l’été semble laisser les Français indifférents, car ils ont bien compris et l’esprit et la lettre du projet budgétaire. 72 % d’entre eux estiment que « même s’il faut réduire la dette, les efforts demandés sont trop importants ». Trop importants et surtout trop injustes : car c’est bien l’inéquité du budget, qui fait globalement porter l’effort sur la classe moyenne et préserve les plus riches, qui hérisse les Français, abîme le consentement essentiel à l’impôt et provoque une colère qui s’agrège dans des mouvements protéiformes (Nicolas qui paie, les Gueux…) ; ceux-ci rappelant les débuts du mouvement des Gilets jaunes.

Au final, compte tenu de l’urgence à redresser les comptes, on aurait pu attendre mieux de François Bayrou, surtout sur un sujet, la dette, dont il s’est fait l’inlassable lanceur d’alerte. Pourtant lesté d’une longue carrière politique – ou peut-être à cause de celle-ci – le Premier ministre n’a pas fait preuve d’audace, s’accrochant à la vieille idée très thatchérienne qu’ « il n’y a pas d’alternative » (there is no alternative, le fameux TINA). Mais le rôle de la politique, justement, est de construire des alternatives, et sur le Budget elles existent : de la taxe Zucman au questionnement des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises versés sans contrepartie selon un rapport sénatorial en passant par le lancement de vraies réformes structurantes pour moderniser l’État. En lieu et place, François Bayrou, qui s’est fait le gardien des dogmes macronistes, est parvenu à braquer les partenaires sociaux et à inquiéter un peu plus les Français entre la suppression de deux jours fériés, une énième réforme de l’assurance-chômage, le doublement des franchises médicales, etc.

François Bayrou peut encore éviter la censure, tout simplement en revenant aux fondamentaux de la vie démocratique et parlementaire, ce qui supposerait de laisser le débat se tenir au Parlement, d’accepter des compromis plutôt que de s’y dire ouvert sans jamais y donner suite, et de laisser, enfin, les députés voter plutôt que d’utiliser, une fois encore, l’article 49-3…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 août 2025)


Sous surveillance

 

cambriolage

 

Selon les chiffres du service statistique du ministère de l’Intérieur publiés en juillet, la France a enregistré près de 218 000 cambriolages de logements en 2024, soit l’équivalent de 600 intrusions par jour. Après la parenthèse de 2020 – année où le confinement avait cloué les malfaiteurs comme les honnêtes gens chez eux – la courbe est repartie à la hausse : + 3 % en 2023 par rapport à 2022, pour un niveau proche de celui de 2019. Mais le premier semestre 2025 marque un infléchissement : 117 000 logements cambriolés, soit 5,7 % de moins qu’un an plus tôt.

Ce repli ne doit rien au hasard. L’État a durci le ton. Depuis février, le Plan d’action départemental de restauration de la sécurité au quotidien (PADRSQ) cible notamment les cambriolages avec un diagnostic précis, des partenariats locaux et un maillage policier renforcé. En Île-de-France, l’extension de la vidéosurveillance et l’usage d’applications collaboratives comme Voisins Vigilants & Solidaires produisent leurs effets : dans le 15e arrondissement de Paris, les effractions ont reculé de 17 % en six mois. Les campagnes de prévention, rappelant des gestes simples – fermer systématiquement les accès, prévenir ses voisins, vérifier ses équipements – complètent le dispositif, tandis que les systèmes d’alarme doivent désormais répondre à des normes strictes.

Reste que l’été demeure la saison reine des cambrioleurs. Près de 60 % des effractions surviennent en l’absence des occupants et les vacances estivales offrent un terrain de chasse idéal. Les réseaux sociaux, véritables vitrines involontaires, trahissent d’ailleurs parfois des absences prolongées, vite repérées par les malfrats. Les autorités misent bien sur le programme « Tranquillité vacances » – patrouilles de police ou de gendarmerie – pour contenir cette vulnérabilité saisonnière… à condition que les particuliers se signalent.

Les cambriolages n’épargnent en tout cas plus personne. Loin d’être cantonnés aux grandes villes, ils concernent aussi les zones rurales. Des départements naguère préservés – Isère, Gironde, Ain, Haute-Garonne – dépassent aujourd’hui la moyenne nationale. Quant aux résidences secondaires, notamment dans les régions touristiques, elles sont proportionnellement plus exposées.

Face à la menace, les particuliers répliquent massivement. Alarmes connectées, caméras intelligentes, télésurveillance : le marché explose. Verisure, Netatmo ou Orange Maison Protégée rivalisent d’offres estivales. Les kits sans fil, pilotables à distance et compatibles avec les assistants vocaux, traduisent une adaptation rapide aux méthodes des cambrioleurs. Les statistiques sont éloquentes : un logement équipé d’un système certifié réduit son risque d’effraction de 40 à 60 %.

Pour autant, la bataille reste inachevée. Avec un taux d’élucidation qui progresse à peine – 10 % des affaires résolues – la lutte contre les cambriolages demeure un combat d’endurance, où se conjuguent maillage policier, coopération citoyenne et culture de la prévention. L’été prochain dira si l’arsenal déployé en 2025 a véritablement inversé la tendance… ou s’il n’a fait que retarder l’inévitable retour à la hausse d’un fléau en perpétuelle mutation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 16 août 2025)

 

Le risque du moindre mal

Trump Poutine


Le sommet organisé à la va-vite en Alaska entre les États-Unis et la Russie peut-il vraiment parvenir à mettre fin à la guerre en Ukraine sans que celle-ci ne soit invitée à la table des négociations ? Ou ce tête-à-tête entre deux hommes qui croient à la loi du plus fort ne sera-t-il qu’un théâtre médiatique dont chacun tentera de tirer personnellement profit dans son pays et aux yeux du monde tandis que la guerre continuera irrémédiablement ?

Personne ne sait réellement ce qui ressortira de cette rencontre d’Anchorage entre un implacable ex-maître espion du KGB, adepte des kompromats et devenu expert de la guerre hybride, et un héritier milliardaire, sauvé de la faillite par la Russie dans les années 90 et lors de la crise de 2008, qui a fait de l’imprévisibilité, de la versatilité et du culot ses spécialités et qui rêve de décrocher le prix Nobel de la paix puis de passer à ce qui l’intéresse vraiment, faire du business avec la Russie.

Le monde va assister à ce vertigineux sommet en constatant toutefois que l’un des participants, Vladimir Poutine, en position de force, a déjà gagné la manche. En invitant le maître du Kremlin aux États-Unis, qui plus est sur une terre russe jusqu’en 1867, Donald Trump permet, en effet, à Vladimir Poutine, poursuivi pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale, de se défaire du statut de paria. Poutine obtient de traiter d’égal à égal avec Trump au nez et à la barbe des Ukrainiens et des Européens, sans avoir concédé quoi que ce soit à son homologue, en dépit des ultimatums, des menaces de nouvelles sanctions et des rodomontades nucléaires de Washington. Au contraire même, Vladimir Poutine a intensifié ses bombardements, comme jamais depuis 2022, sur une Ukraine de plus en plus épuisée et qui peine aujourd’hui à contenir l’avancée de l’armée russe dans le Donbass.

Toute la question est de savoir quelle ligne va adopter Trump. Va-t-il être sensible aux arguments de Kiev et des Européens, censés être ses alliés historiques, selon lesquels il ne peut y avoir de paix sans un cessez-le-feu préalable à des négociations dans lesquelles l’Ukraine sera seule à définir les contours de sa souveraineté territoriale et ses besoins de sécurité pour garantir son indépendance ? Ou va-t-il se laisser embobiner par Vladimir Poutine qui veut le convaincre – contre l’évidence – que l’Ukraine et les Européens sont des obstacles à la paix, et que la Russie doit obtenir des concessions territoriales de l’Ukraine – c’est-à-dire entériner l’invasion de 2022 ?

La situation n’est pas sans rappeler la conférence de Munich, en 1938, lorsque la Grande-Bretagne et la France avaient rencontré l’Allemagne hitlérienne pour résoudre la crise des Sudètes, en l’absence de la Tchécoslovaquie. Les accords de Munich avaient acté la cession des Sudètes au IIIe Reich, avec des garanties franco-anglaises sur l’intégrité du reste du pays. On connaît la suite : Hitler rompra l’accord. Comme Vladimir Poutine a déjà rompu l’accord de Minsk de 2014 ; tandis que l’Occident n’a de son côté jamais appliqué les garanties de sécurité promises à l’Ukraine en 1994…

D’aucuns disent aujourd’hui que des concessions territoriales ukrainiennes – des « échanges de territoires » évoqués par Trump – sont incontournables et seraient finalement un moindre mal pour arriver à une paix qui serait, de facto, imposée à l’Ukraine et très fragile face à l’expansionnisme de Poutine. « La faiblesse de l’argument du moindre mal, disait Hannah Arendt, a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. » Tel est le risque du sommet Trump-Poutine…

(Editorial publié dans La Dépêche du vendredi 15 août 2025)

Coups de soleil ! peau de chagrin

  

soleil

Des personnes, notamment des adolescentes, qui cherchent à obtenir des coups de soleil volontairement pour créer des marques ou des motifs sur leur peau, appelés « burn lines » ou « sun tattoos » : voilà la dernière tendance – la dernière folie – encouragée cet été par des vidéos sur des plateformes comme TikTok et Instagram. Des pratiques extrêmement dangereuses qui peuvent causer des dommages irréversibles à la peau et qui imposent, une nouvelle fois, d’alerter les vacanciers sur les dangers du soleil pour la peau.

Car depuis que le bronzage – jadis apanage des ouvriers et paysans qui passaient leurs journées au soleil alors que la peau laiteuse était, elle, le summum de la mode – est devenu la norme, l’envie d’avoir un teint hâlé le plus rapidement possible se fait au détriment de la santé. Et sans que l’on s’en rende compte immédiatement. L’exposition inconsidérée des corps consume notre capital soleil et ce sont des années plus tard que les dermatologues constatent la catastrophe avec des cancers de la peau. 85 % de ces cancers seraient ainsi liés à une surexposition au soleil.

Dans son dernier Panorama des cancers en France 2024, l’Institut national du cancer (INCa) livre des chiffres édifiants. Entre 1990 et 2023 le nombre de nouveaux cas et évolution du mélanome de la peau a bondi de + 444 % avec une variation annuelle moyenne de + 3,5 %. Avec 17 992 nouveaux cas recensés en 2023, Le mélanome de la peau est le 4e cancer le plus fréquent. Parmi les facteurs de risque figurent l’exposition au soleil ou aux ultraviolets artificiels et des antécédents de coups de soleil, notamment pendant l’enfance.

Ces données devraient inciter les Français à mieux prendre soin de leur peau. D’abord en se protégeant davantage, ce qui passe notamment par l’utilisation de crèmes solaires de qualité, dont l’application doit être suffisante et renouvelée tout au long de la journée. Ensuite en s’observant mieux. Dès lors que l’on constate un changement anormal sur sa peau, il faut consulter car plus le diagnostic se fera tôt, mieux ce sera. Un mélanome « simple » est opérable mais quand des métastases apparaissent, il faut partir sur d’autres traitements, notamment de l’immunothérapie, des traitements ciblés et sans doute demain des vaccins « thérapeutiques ».

Mais pouvoir consulter est devenu bien trop souvent un chemin de croix. Le délai moyen d’attente pour consulter un dermatologue en France est d’environ 95 jours, avec de fortes disparités selon les régions et une tendance à l’allongement ces dernières années. Et la pénurie de dermatologues n’explique pas tout. Quiconque a fait une recherche de rendez-vous sur une plateforme comme Doctolib constate que nombre de dermatologues se sont spécialisés dans la médecine esthétique. Une représentante de la profession, spécialiste du botox, expliquait récemment sur France 2 toute honte bue qu’il n’y avait absolument pas de lien… Sans convaincre.

L’urgence de la situation est officiellement reconnue, notamment par le ministère de la Santé, mais les mesures jugées nécessaires par les professionnels (augmentation forte des internes, réorganisation territoriale, généralisation de la télé-expertise) n’ont pas encore permis de résorber la crise. Face au danger du soleil et au risque de cancer de la peau, il serait temps que l’État hausse enfin le ton…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 12 août 2025)

 

S'adapter maintenant

 

canicule

Depuis 1947, la France a connu 50 vagues de chaleur nationales, dont 33 depuis les années 2000. Nous allons connaître le 51e épisode à partir de ce week-end avec des températures dépassant les 40 °C, particulièrement dans notre région. Cet épisode confirme une accélération dans la survenue de ces vagues qui sont plus longues, plus précoces et plus intenses. Et il faut se préparer à vivre dans les années à venir avec ces températures dignes de l’Afrique du Nord : le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait, selon les projections, être multiplié par cinq à l’horizon 2050 (dans le cas d’un réchauffement à + 2,7 °C) et par dix à l’horizon 2100 (si + 4 °C). Des épisodes qui pourraient commencer dès la mi-mai et durer jusqu’en octobre, notamment dans le sud de la France.

Autant dire que s’adapter à ce bouleversement exacerbé par le dérèglement climatique dû essentiellement aux activités humaines n’est plus une option, ni même une priorité mais un impératif existentiel. N’en déplaise aux populistes qui trouvent qu’on en fait trop ou aux trumpistes climatosceptiques qui, eux, préfèrent casser le thermomètre. L’Administration Trump vient de demander à la Nasa d’abandonner deux satellites de mesure du CO2 – utile aux scientifiques du monde entier – et les rapports sur le climat sont expurgés des sites web officiels des agences américaines…

S’adapter à cette réalité du changement climatique demande évidemment du courage politique et les solutions à mettre en œuvre sont aussi délicates que complexes, car il faut veiller à la faisabilité et l’acceptabilité sociale de chaque mesure. Mais nous n’avons pas le choix. En France, Météo-France a renforcé ses alertes de vigilance et Santé Publique France effectue une veille sanitaire saisonnière et diffuse ses conseils aux populations en cas de vague de chaleurs ; conseils largement relayés par les élus locaux, les médecins et la presse.

Né dans la douleur après plusieurs reports, le 3e Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), présenté en mars 2025, prévoit des actions pour renforcer la résilience des secteurs sensibles : hôpitaux, écoles, transports, agriculture, secours, en insistant sur la prévention, l’ajustement des infrastructures et la sensibilisation des populations. Sans doute faudra-t-il aller encore plus loin dans l’aménagement des territoires et des bâtiments : végétaliser davantage les espaces urbains pour lutter contre les « îlots de chaleur », mieux protéger et isoler les bâtiments et en finir avec les passoires thermiques, adapter le réseau de transports.

Mais le changement climatique nous conduira aussi à repenser notre agriculture, nos industries, notre système de santé, en un mot tout notre quotidien. Autant dire que le chantier, profond, transversal et forcément coûteux imposera de faire des choix bien plus difficiles que de boucler le budget 2026. Entreprises, collectivités, société civile, tous doivent être sans attendre à la hauteur et s’adapter maintenant pour les générations futures…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 9 août 2025)

Mégamobilisation

 

feu

Face au mégafeu historique qui a ravagé l’Aude, tous ceux qui aiment ces Corbières, ce pays Cathare, ce Midi ensoleillé et riche de vie et de souvenirs, ont été saisis d’effroi. La solidarité nationale doit évidemment aller aux habitants sinistrés dont certains ont tout perdu, aux agriculteurs et viticulteurs qui voient des années de labeur réduites à néant, aux élus qui se démènent sans compter pour leurs villages aujourd’hui abîmés. Face à ce mégafeu qui n’était hier toujours pas fixé, on ne peut que saluer le courage et le professionnalisme des centaines de pompiers, au sol comme dans les airs, qui luttent sans relâche pour maîtriser le plus important incendie du XXIe siècle en France.

Le temps est à l’émotion, au soutien, à l’action. Celui des questions viendra, sur le niveau des moyens dont nous disposons, sur notre préparation de long terme face à des incendies amenés, hélas, à se multiplier à l’avenir.

Sur les moyens, il faut concrètement procéder au « réarmement puissant » qu’Emmanuel Macron appelait de ses vœux en octobre 2022 après un été déjà marqué par des incendies. Le gouvernement, en quête effrénée de 44 milliards d’euros d’économies pour son Budget 2026, s’enorgueillit de ne pas toucher au budget des Armées. On espère qu’il en sera de même pour celui des soldats du feu, alors qu’en février 2024, le gouvernement Attal, déjà en quête d’économies, a supprimé par décret les crédits devant servir à commander deux des quatre Canadairs prévus… François Bayrou a assuré mercredi qu’ils allaient être commandés.

Dont acte mais que de temps perdu. Cet équipement en moyens aériens de lutte contre les incendies doit aussi être vu à l’échelle européenne, car plusieurs pays sont chaque été touchés par des incendies. En finançant l’achat d’avions dans son programme RescUE, qui apporte une réponse commune aux catastrophes, l’Europe, si souvent critiquée, montre toute son utilité. Les projets d’avions bombardiers européens, portés par des start-up ou le géant Airbus sont aussi à saluer.

Mais avant de lutter contre un incendie, mieux vaut tout faire pour qu’il ne se déclenche pas. L’expérimentation actuelle de capteurs connectés par satellite près du Pont du Gard par Kinéis et Entente Valabre est à ce titre prometteuse. Cette détection ultra-précoce des incendies pourrait être rapidement étendue dans d’autres massifs forestiers partout en France.

Enfin, ces mégafeux posent des questions sur la façon dont l’homme a remodelé et occupe les paysages. « Bien sûr le réchauffement climatique impacte la planète mais cela n’est pas une réponse suffisante. Il y a depuis dix ans des alertes de Météo-France, qui ont mis en évidence la semi-aridification de la bande littorale allant de Sète à Perpignan. Cette zone agricole, viticole et touristique a été délaissée par négligence et par manque d’ambition », déplore le viticulteur bien connu Gérard Bertrand, qui appelle, à raison, un plan Marshall pour ramener l’eau. Il faudra aussi rajouter une réflexion sur l’impact de l’artificialisation des sols, l’arrachage des vignes ou l’importance du débroussaillage.

Le chantier est immense, mais le défi réalisable. Aux mégafeux doit répondre une mégamobilisation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 août 2025)

Le grand bluff

 

trump poutine

Dans son bureau du Kremlin ou son luxueux palais du cap Idokopas – dont l’existence avait été révélée par l’opposant Alexeï Navalny – Vladimir Poutine doit rire sous cape. Ou à tout le moins sourire de voir Donald Trump, piqué au vif par une énième provocation anti-occidentale de Dmitri Medvedev, perdre son sang-froid et répondre du tac-au-tac à l’ex-président russe via réseaux sociaux interposés en affirmant qu’il positionnait des sous-marins nucléaires américains dans des zones « adaptées » proches de la Russie. Ce faisant, le Kremlin a eu beau jeu, dans un spectaculaire renversement de situation, d’endosser hier le costume de l’adulte dans la pièce face au dangereux va-t-en guerre américain. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, c’est pourtant bien Vladimir Poutine qui a souvent brandi la menace nucléaire contre l’Ukraine et ses alliés, sans évidemment et heureusement jamais passer à l’acte.

Si Donald Trump – qui rêvait de régler le conflit ukrainien en 24 heures – a cédé à la tentation de montrer les muscles à l’heure où ses ultimatums, décalés de semaines en semaines, semblent ignorés par Vladimir Poutine, ce n’est pourtant pas la première fois qu’il invoque la menace nucléaire. En 2018, au début de son premier mandat, Donald Trump avait expliqué à Kim Jong-un que son « bouton nucléaire » était « beaucoup plus gros et plus puissant » que celui du dirigeant nord-coréen, surnommé par lui « Rocket man. »

En 2018 comme aujourd’hui, il y a dans ces déclarations martiales des hâbleries et des coups de communication. Derrière ces mises en scène, Vladimir Poutine et Donald Trump savent bien que le principe même de l’arme nucléaire et de la dissuasion qu’elle emporte, est de ne pas y recourir, les deux puissances pouvant se neutraliser plusieurs fois l’une l’autre. Inutile même de préciser comme l’a fait Trump que des sous-marins allaient se rapprocher de la Russie alors qu’ils peuvent opérer de n’importe quel point du globe – ce qui est aussi valable pour les sous-marins russes qui naviguent partout.

Les menaces nucléaires proférées par Moscou ou Washington servent davantage à envoyer des messages, au monde et, surtout, auprès de leurs opinions publiques. On était habitué à ces fanfaronnades du côté de Poutine ; on ne peut que déplorer que Donald Trump se soit abaissé à répondre à Dmitri Medvedev, aujourd’hui vice-président et numéro deux sans grand pouvoir du Conseil de sécurité russe.

Reste toutefois une question : avec des dirigeants aussi imprévisibles, le risque d’un conflit atomique – aujourd’hui improbable – pourrait-il tout de même devenir envisageable, puisque les deux présidents ont, seuls, le pouvoir d’appuyer sur le bouton nucléaire ? Certains estiment que, poussé dans ses retranchements et acculé, Poutine pourrait utiliser une petite charge nucléaire contre l’Ukraine.

À l’heure où l’on commémore le 80e anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, il faut espérer que Trump et Poutine en restent au grand bluff, se ressaisissent et retrouvent le sens de l’Histoire, qui commande qu’on ne joue pas avec des missiles nucléaires, même pour une joute verbale…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 5 août 2025)

Urgence démographique

 

baby

Présentées dans la torpeur de l’été, les statistiques démographiques de l’Insee devraient pourtant tous nous inquiéter et nous réveiller. Avec une baisse de 2,2 % du nombre quotidien de naissances moyen entre le premier semestre 2024 et celui de 2025, la France devrait atteindre une nouvelle fois son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et cela pour la quatrième année consécutive, sans que l’on perçoive la possibilité d’un retournement prochain de situation.

Dans le même temps, en cumul de janvier à juin, le nombre de décès quotidien moyen est plus élevé en 2025 qu’il ne l’était un an auparavant : + 2,5 %. Implacable logique d’un solde naturel qui montre d’un côté une France qui ne fait pas assez d’enfants, de l’autre une France dont la population vieillit à grande vitesse. Au 1er janvier 2025, 21,8 % des habitants avaient au moins 65 ans, contre 16,3 % en 2005 ; les personnes âgées d’au moins 75 ans représentent désormais 10,7 % de la population, contre 8 % vingt ans plus tôt. Selon l’Insee, en 2040, il y aurait 51 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 37 en 2021 ; les baby-boomers nourrissant logiquement ce papy-boom.

Cette situation de déclin de la natalité et de vieillissement accéléré de la pyramide des âges, que l’on retrouve dans beaucoup d’autres pays européens mais aussi en Chine ou au Japon, a évidemment de lourdes conséquences socio-économiques sur l’emploi, le financement de la protection sociale comme du grand âge, le système de santé ou encore les politiques migratoires. Pour redresser leur natalité, les gouvernements cherchent la parade sans pour l’heure avoir trouvé la martingale : aides massives aux parents, extension des congés parentaux, accompagnement des futurs parents, allocations familiales versées dès le premier enfant, remise en cause de leur universalité en les conditionnant aux revenus ? Les pistes sont nombreuses pour réussir ce qu’Emmanuel Macron avait appelé le « réarmement démographique » en janvier 2024, mais elles sont d’évidence insuffisantes pour que les Français retrouvent vraiment l’envie d’avoir des enfants.

Ce désir d’enfant a nettement reculé en 20 ans selon une étude de l’Ined parue début juillet en raison des obstacles économiques ou biologiques des potentiels parents, de la difficulté persistante pour les femmes de s’engager dans la maternité sans être pénalisées dans leur carrière, ou encore en raison d’une angoisse écologique face à l’état du monde qui conduit à renoncer à faire un enfant. Si le Comité national d’éthique a souligné qu’il était « impératif » pour la société d’accompagner les couples, il a également rappelé qu’il fallait respecter la décision personnelle de chacun d’avoir ou non des enfants. Utile rappel à l’heure où certains, à l’extrême droite du spectre politique, rêvent de renvoyer les femmes à la maison et les réduire au rôle de mères…

Endiguer le déclin de la natalité et se préparer à une société du grand âge ne peuvent se satisfaire de mesurettes mais ont besoin d’une large vision d’ensemble intergénérationnelle, d’un vrai projet de société à long terme que le gouvernement actuel, encalminé dans la préparation de son Budget 2026 court-termiste et dépourvu de majorité au Parlement, n’est pas en mesure de proposer. En revanche, un tel projet devrait être au cœur de la prochaine présidentielle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 août 2025)

Le vrai et le faux

  

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En vacances à l’étranger comme en France, qui n’a jamais été tenté d’acheter sur un marché ou à un vendeur ambulant, un polo Lacoste, un sac Vuitton, Chanel ou Hermès, un parfum Guerlain ou Saint-Laurent, une montre Rolex, Patek Philippe ou Cartier à des prix défiant toute concurrence ? Bien sûr, chacun sait qu’il s’agit d’une contrefaçon de ces objets de luxe, à une lettre près sur le logo de la marque et parfois en tout point identique tant l’imitation est bluffante. On croit alors repartir l’esprit léger avec un souvenir d’été, qui brillera comme un vrai sur Instagram ou auprès des copains une fois de retour à la maison…

Même si la contrefaçon ne s’arrête pas à la maroquinerie ou au prêt-à-porter de luxe et touche tout un tas d’objets, des jouets aux outils, celle concernant les produits haut de gamme met à l’épreuve nos principes moraux avec l’irrésistible envie de s’afficher avec, d’exhiber même, des produits socialement valorisants, notamment pour les plus jeunes sur les réseaux sociaux qui exacerbent cette pression sociale.

Dans une enquête de l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab) et de l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), publiée l’an dernier, 40 % des Français déclaraient ainsi avoir déjà acheté un produit contrefait, en particulier dans la maroquinerie, les vêtements ou les parfums. Et en même temps, une majorité d’entre eux désapprouve l’achat de contrefaçons, bien consciente que celles-ci représentent une menace pour l’économie et la création des entreprises qui conçoivent les vrais objets…

Afin de briser ce cercle vicieux qui voit chez les acheteurs de faux le gain psychologique l’emporter sur la culpabilité de transgresser la loi, les fabricants ont lancé cette année une campagne de sensibilisation en invitant les Français à découvrir l’histoire de produits victimes de contrefaçon. Et à ne pas être dupes des nouveaux mots qui apparaissent sur internet – clones, génériques – pour leur vendre de la contrefaçon derrière laquelle opèrent de tentaculaires et très organisés réseaux criminels.

Car la réalité des produits contrefaits – achetés en toute connaissance de cause ou après avoir été arnaqués – est bien là : non seulement ces copies illégales peuvent être dangereuses, notamment pour la santé, mais elles financent la grande criminalité internationale. Et cela de plus en plus à en juger par le nombre de saisies effectuées par les Douanes en 2024 : 21,47 millions d’objets ont été retirés du marché, en hausse pour la 5e année consécutive.

Face à ce triple fléau à la fois économique, sanitaire et sécuritaire, qui n’est pas sans rappeler celui des stupéfiants, un plan national anti-contrefaçons 2024-2026 a été présenté l’année dernière. Orienté vers l’identification et le démantèlement des réseaux organisés de fraude, ce plan s’appuie sur de nouveaux outils juridiques, notamment cyber, et des moyens renforcés tant pour lutter contre les contrefaçons venues de l’étranger que celles qui sont fabriquées dans des ateliers au sein même de l’Union européenne.

Mais la lutte contre la contrefaçon banalisée doit être l’affaire de tous et donc aussi des consommateurs qui doivent résister à la tentation et mettre en cohérence leurs valeurs avec leurs actes en préférant le vrai au faux…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 1er août 2025)

 

La messe est dite ?

 

bayrou

 

L’entourage de François Bayrou a beau tenter d’expliquer que l’échec du conclave sur les retraites n’est imputable qu’aux seuls partenaires sociaux qui n’ont pas réussi à s’entendre en quatre mois pour « améliorer » la contestée réforme des retraites de 2023, la ficelle est un peu grosse. Car, bien évidemment, cet échec – hélas attendu – est aussi celui du Premier ministre.

D’abord parce que c’est lui qui a imaginé et convoqué cette instance inédite de dialogue social et qu’il aurait naturellement revendiqué comme le succès de sa méthode un accord s’il y en avait eu un. Ensuite parce qu’il n’a pas été l’observateur neutre des discussions, qu’il promettait « sans totem ni tabou ». Il a au contraire, plusieurs fois, interféré : dès leur lancement en les corsetant par une lettre de cadrage imposant de ne pas créer de dépenses et d’équilibrer les comptes à l’horizon 2030 ; ensuite par son refus de voir abordé l’âge de départ à 64 ans, point central des revendications des syndicats.

L’échec du conclave – dont plusieurs organisations, FO, CGT, U2P, avaient claqué la porte en route – laisse ainsi le sentiment d’une occasion manquée mais aussi la désagréable impression que le Premier ministre – pourtant défenseur du dialogue social – n’a finalement cherché qu’à gagner du temps pour rester à Matignon et éviter ainsi la censure. Une censure aujourd’hui sur la table… déposée par la gauche et notamment les socialistes, qui avaient renoncé à utiliser cette arme lors du budget 2025, après avoir obtenu par écrit de François Bayrou l’engagement que le Parlement ait le dernier mot sur les retraites à l’issue du conclave, quel que soit son résultat… Sans préjuger de ce que donnera l’ultime tentative de François Bayrou, hier, pour arracher un accord, dont lui seul dit qu’il était « tout proche », sans préjuger du « texte qui pourra être examiné par la représentation nationale » comme il l’a promis aux députés, les dés semblent désormais jetés et son temps compté…

Si l’adoption d’une motion de censure sur les retraites vendredi reste pour l’heure hypothétique puisque le Rassemblement national n’a pas fait du conclave raté un casus belli – mais la versatilité de l’extrême droite invite à la prudence – une autre censure attend François Bayrou sur le Budget 2026. Après des mois de mystère et de multiples ballons d’essais – sur la TVA sociale ou les niches fiscales – le Premier ministre doit présenter d’ici le 11 juillet un plan global de maîtrise des dépenses publiques.

Reste que l’examen de ce budget austéritaire – qui doit acter 40 milliards d’économies sans se donner les moyens de revoir la fiscalité des plus aisés comme le réclame une majorité des Français – s’annonce périlleux pour François Bayrou. Les oppositions fourbissent déjà leurs armes – c’est logique – mais les divergences ont aussi gagné le « socle commun » censé pourtant soutenir le gouvernement. Des divergences qui n’ont cessé de grossir ces dernières semaines au point de voir les macronistes du « socle commun » torpiller leurs propres textes – sur les ZFE ou l’énergie… Ubuesque.

« Le semblant de stabilité politique n’améliore pas la situation des Français. Je préfère un gouvernement qui tombe à genoux mais en étant allé jusqu’au bout », a lâché la vice-présidente Horizons de l’Assemblée Naïma Moutchou dimanche dans une formule quasiment performative. Car un Premier ministre sans majorité, sans ligne claire, sans autorité sur les formations qui le soutiennent, sans résultat sur un conclave qui devait illustrer sa méthode et lesté d’une impopularité record (17 % d’avis positifs) peut-il réellement tenir ? Ou est-il effectivement « allé jusqu’au bout » ? Après le conclave, la messe est peut-être dite…

(Editoria publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 juin 2025)

 

Le retour des faucons

 

Trump

 
 

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump, dont la susceptibilité à fleur de peau est bien connue, supportait de moins en moins d’être qualifié par ses adversaires et les milieux financiers de TACO, Trump Always Chickens Out, c’est-à-dire Trump se dégonfle toujours. Un surnom né des volte-face du président américain sur les surtaxes douanières, sans cesse annoncées puis suspendues, mais aussi sur sa relation avec Vladimir Poutine avec lequel il a assuré plusieurs fois obtenir des avancées sur un cessez-le-feu en Ukraine « dans deux semaines » sans que jamais le maître du Kremlin ne bouge d’un pouce en ce sens.

« Deux semaines » c’était justement le délai que Donald Trump avait fixé à l’Iran, menaçant de frapper le régime des mollahs s’il ne revenait pas à la table des négociations – qu’il n’avait factuellement jamais quittée. Mais il n’aura fallu que 48 heures pour que Donald Trump prenne sa décision à la surprise générale et, cette fois, ne recule pas. Quitte à renier ses promesses de campagne de ne pas faire entrer les États-Unis dans une nouvelle guerre lointaine ; quitte à froisser une partie de sa base MAGA qui souhaite qu’il ne se concentre que sur l’America first ; quitte à bousculer le Congrès qui n’a pas donné son autorisation à une opération militaire d’une telle ampleur.

En ordonnant à ses bombardiers de lancer leurs puissantes GBU-57 pour détruire les installations d’enrichissement de l’uranium de trois sites iraniens – Fordo, Natanz et Ispahan – Donald Trump, qui semblait jusqu’à présent hésiter, s’est, d’évidence, rangé à l’avis des faucons américains et derrière Benjamin Netanyahu – qui ne peut assurer sa sécurité sans les États-Unis. Dès lors que l’opération pouvait être un succès, Trump a validé les plans d’attaques qui étaient sur la table depuis plusieurs jours. Une fois les frappes effectuées, le « commander in chief » a solennellement revendiqué un « succès militaire spectaculaire », présenté comme un avertissement à l’Iran, menacé d’attaques « bien plus importantes » s’il refuse la paix ou s’il met en œuvre des représailles, notamment contre les bases américaines.

D’aucuns considèrent qu’en bombardant l’Iran, en dehors de tout mandat de l’ONU, Donald Trump a mis un salutaire coup d’arrêt au menaçant programme nucléaire iranien, dont on ne sait toutefois pas quel était son avancement vers la fabrication d’une bombe ; qu’il a aidé Israël à « faire le sale boulot à notre place » pour reprendre la stupéfiante expression du chancelier allemand Friedrich Merz ; qu’il a aussi, finalement, apporté une réponse ferme à un régime qui, depuis 40 ans, a armé le Hamas, le Hezbollah, les Houtis, a fait de la destruction d’Israël un objectif et a financé de multiples actions terroristes partout dans le monde.

Reste qu’en donnant un coup de pied dans la fourmilière pour espérer la paix par la force, Donald Trump risque de se retrouver dans la même situation que celle de George W. Bush lorsque les États-Unis sont intervenus en Afghanistan en 2001 pour renverser les talibans après les attentats du 11-Septembre, ou en Irak en 2003 pour déloger Saddam Hussein au prétexte mensonger qu’il développait des armes de destructions massives. On connaît la suite : déstabilisation totale des régions concernées, extension du terrorisme, double échec pour les États-Unis. La situation est cette fois d’autant plus complexe qu’après ces trois frappes – dont les dégâts réels restent encore à analyser – le régime iranien est toujours en place…

Trump, qui se targue de faire de son imprévisibilité une force, pourra-t-il empêcher qu’un nouveau chaos ne survienne en Iran et embrase toute la région ? Pourra-t-il éviter de refaire les mêmes erreurs qu’il y a deux décennies ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 juin 2025)

 
 

Le grand blues

 

gendarme

 

On se rappelle qu’avec l’épidémie de Covid-19, on avait assisté à une grande démission – le quiet quitting venu de États-Unis. Confinés et parfois mis au chômage technique, nombre de citoyens, partout dans le monde et y compris en France, se sont interrogés sur le sens de leur travail et de leur vie, certains décidant alors de tout plaquer pour faire autre chose. Ces démissions-là, faites par démotivation ou par usure, existent pourtant depuis longtemps dans le monde du travail et touchent tous les domaines et toutes les couches de la société. Les forces de l’ordre n’y échappent évidemment pas. Mais le phénomène a pris une ampleur inédite.

En 2022, la gendarmerie nationale enregistrait une augmentation notable des départs hors retraite : un chiffre record de 15 000 départs, incluant départs définitifs et changements de corps. En 2023, la Cour des comptes soulignait une hausse de 34 % en quatre ans.

Les départs anticipés touchent surtout les plus jeunes, traduisant une évolution des attentes générationnelles que l’on trouve dans d’autres métiers en termes d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, reconnaissance, etc. Les gendarmes – sous couvert d’anonymat – et leurs épouses – dont certaines s’étaient retrouvées dans des associations – dénoncent tour à tour des conditions de travail difficiles entre surcharge, horaires à rallonge, pression constante et logements dégradés. Quand s’y ajoutent un manque de reconnaissance et de perspectives d’évolution et des réformes successives, le sentiment de perte de sens se renforce et conduit certains à se résoudre à quitter un métier qu’ils ont aimé faire au service des Français.

« Il n’y a pas d’hémorragie ! » clamait pourtant en février dernier la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) en décortiquant le nombre de 15 000 départs qui avait fait couler beaucoup d’encre. La DGNN assure que 2024 a vu une stabilisation de la courbe des départs ; explique que des mesures d’accompagnement en faveur de la fidélisation ont été prises ; qu’un effort en faveur de l’immobilier a été lancé et que la gendarmerie, dont les écoles « sont pleines », « reçoit des centaines de demandes de gendarmes souhaitant dépasser la limite d’âge ou se réengager. »

Il n’en reste pas moins que si tous les gendarmes ne quittent heureusement pas l’uniforme, beaucoup de ceux qui restent ont le blues face à des missions de plus en plus nombreuses et difficiles à mener dans une société plus violente qu’il y a quelques années et moins respectueuse de l’autorité qu’ils représentent.

Ainsi au-delà des seules statistiques des départs, ce sujet-là mériterait l’engagement de toute la société et en premier lieu celui du ministre concerné. Il ne suffit pas de dire à la moindre occasion dans les matinales son soutien aux forces de l’ordre et multiplier ensuite des opérations éprouvantes pour elles ; opérations parfois hypersécuritaires aux relents trumpistes qui relèvent bien trop souvent du coup de com’ au service d’ambitions politiques personnelles et du coup de menton dont les Français – qui aiment leurs gendarmes – ne sont pas dupes et finissent par se lasser.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 juin 2025)

 

Coupable déni

 

airbag

À partir de combien de morts – évitables – une réponse adéquate est-elle mise en place par les pouvoirs publics pour dire stop ? Cette question, brutale, est à la mesure du scandale Takata, après que les airbags défaillants de ce fabricant japonais ont fait une deuxième victime avérée en France, une femme de 37 ans, dans un accident sur l’autoroute le 11 juin à Reims. L’explosion de l’airbag de sa Citroën C3 de 2014 a provoqué « de très graves blessures » ayant entraîné sa mort. Il a donc fallu attendre six jours pour que le ministre des Transports demande l’immobilisation de toutes les Citroën C3 et DS3 nécessitant un changement d’airbags. Jusqu’à présent, certains conducteurs – 150 modèles fabriqués par 30 marques différentes sont concernés – avaient été invités à faire remplacer leurs airbags… mais pas à ne plus utiliser leurs véhicules. Ubuesque et révoltant !

Car on ne découvre pas l’ampleur du scandale Takata aujourd’hui ; il remonte même à quinze ans et cumule depuis tous les dysfonctionnements possibles. Le défaut majeur des airbags Takata réside dans l’utilisation du nitrate d’ammonium comme agent propulseur, instable dans des conditions de chaleur et d’humidité et qui peut se dégrader avec le temps. Lors du déclenchement de l’airbag, ce composé chimique risque alors d’exploser de façon incontrôlée, projetant des fragments métalliques à grande vitesse vers les occupants du véhicule.

Dès le début des années 2000, plusieurs ingénieurs de Takata avaient identifié ce problème mais le fabricant a ignoré les rapports alarmants, quand il ne les a pas modifiés voire dissimulés pour continuer soin business comme si de rien n’était. Les premiers incidents ont ensuite été signalés aux États-Unis dès 2008, mais le scandale n’éclatera vraiment qu’au début des années 2010 après plusieurs décès suspects.

Takata a reconnu avoir dissimulé le défaut et a plaidé coupable de fraude en 2017… avant de déposer le bilan la même année. Depuis, les airbags défectueux ont causé des dizaines de morts et des centaines de blessés à travers le monde sans que ni les constructeurs, ni les pouvoirs publics ne semblent prendre les mesures adéquates : ne plus utiliser les airbags Takata, et réparer obligatoirement ceux en circulation.

Le scandale Takata révèle non seulement une défaillance technique tragique, mais aussi un symptôme plus profond : celui d’une industrie prête à sacrifier la sécurité humaine à la logique financière. Beaucoup de constructeurs ont, en effet, continué à faire appel à Takata et ses airbags aux prix compétitifs, malgré les alertes, les premiers incidents, voire les premières victimes.

Si l’on ajoute à ce scandale celui du dieselgate – le trucage des tests d’émissions polluantes des véhicules diesel pour réussir les contrôles antipollution – on ne peut que s’interroger sur une industrie qui place ses profits au-dessus de toute autre considération.

Aujourd’hui, il appartient aux constructeurs, sous le contrôle vigilant des pouvoirs publics, de sortir du déni et du silence, d’agir vraiment pour réparer leurs fautes et indemniser les victimes et leur famille. Ce sera le minimum pour espérer regagner la confiance des automobilistes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 juin 2025)

Rêve et réalité

trump

Personne ne sait comment le conflit qui s’est ouvert entre Israël et l’Iran, avec les frappes massives et historiques du premier sur le second le 13 juin denier, se terminera. Personne ne sait pour l’heure quelles conséquences économiques et géopolitiques pourraient provoquer à court et moyen termes un tel conflit s’il était amené à durer et à s’étendre. Personne ne sait si le peuple iranien pourrait ou non se soulever contre l’implacable régime des mollahs comme l’exhorte à le faire Benjamin Netanyahu. Et, surtout, personne ne sait ce que va faire réellement Donald Trump vers lequel tous les regards se tournent.

Même s’il en a été informé, le président américain a, d’évidence, été pris de court par la spectaculaire offensive israélienne contre l’Iran, qu’il n’a pu différer alors que des négociations sur le nucléaire iranien se déroulaient sous la houlette – et la pression croissante – des États-Unis. Avec l’offensive de Benjamin Netanyahu, Donald Trump se voit surtout contraint de revoir ses priorités pour répondre à une question aussi simple que vertigineuse : faut-il frapper l’Iran ?

Question simple car seule la force de frappe de l’armée américaine est en mesure de venir à bout des installations nucléaires iraniennes enfouies dans les montagnes et ainsi protégées des attaques israéliennes. Question vertigineuse ensuite car cela suppose donc d’engager les États-Unis dans une guerre, alors même que Donald Trump s’est fait réélire en promettant qu’avec lui, les États-Unis ne seraient plus les gendarmes du monde, ne connaîtraient plus de fiasco comme leur retrait d’Afghanistan en 2021 et que sa seule priorité serait America First, l’Amérique d’abord. Mieux, lors de son investiture le 20 janvier dernier, Trump martelait « Notre puissance mettra fin à toutes les guerres et apportera un nouvel esprit d’unité dans un monde en colère, violent et totalement imprévisible. »

Cinq mois plus tard, le monde est bien plus violent et imprévisible que Donald Trump ne l’avait imaginé et le président américain, qui n’aime rien tant que les discours simplistes, est confronté à toute la complexité des relations internationales quand il s’agit de bâtir la paix.

Lui président avait promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 heures ? Le conflit né de l’agression de la Russie perdure et Vladimir Poutine semble totalement sourd aux flatteries de son homologue américain, accentuant les bombardements sur l’Ukraine. Lui président avait promis de résoudre le conflit entre Israël et le Hamas en imaginant notamment une improbable Riviera en lieu et place d’une bande de Gaza ravagée par les bombes ? Israël continue ses opérations qui indignent le monde.

Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump se rêvait en faiseur de paix en maniant une sorte de « mercantilisme géopolitique » pour négocier rapidement des « deals » au détriment d’un véritable travail de fond diplomatique. Mais cette logique transactionnelle atteint ses limites. « En fin de compte, la réalité l’emporte sur le rêve, même s’il faut un certain temps », relève son ex-conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, devenu un contempteur du trumpisme.

Pour Donald Trump, ces questions de politique étrangère sont d’autant plus dangereuses qu’elles divisent profondément sa base électorale MAGA. Avant d’agir, le président américain devrait aussi se rappeler que les guerres préventives qui font fi du droit international finissent toujours mal ; on l’a vu en 2003 avec l’intervention américaine en Irak lancée sur le mensonge des armes de destructions massives. Mais celui qui a torpillé l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama en 2015 peut-il aujourd’hui faire preuve de pondération ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 18 juin 2025)

Multiples défis

 

avion

 

Le salon du Bourget s’ouvre ce lundi dans un contexte tragique avec le crash du Boeing 787 Dreamliner d’Air India, qui a coûté la vie à 247 personnes. Cette catastrophe aérienne impacte directement le salon puisque le PDG de Boeing, Kelly Orberg, et la directrice de Boeing Commercial Airplanes, Stephanie Pope, ont décidé d’annuler leur venue. GE Aeroposace, dont les moteurs équipaient l’avion d’Air India, a décidé de réduire ses activités.

Pour Boeing, qui a connu une chute en Bourse après le crash, le coup est évidemment rude. Depuis la crise survenue en 2019-2020 lorsque ses 737 Max étaient restés vingt mois cloués au sol après les accidents d’avions des compagnies Ethiopian Airlines et Lion Air – 346 victimes au total – l’avionneur américain n’en finit plus de cumuler les déboires et semble incapable de se raccrocher à la résilience qui a caractérisé le secteur aérien ces dernières années.

L’aéronautique mondiale a subi et subit toujours de multiples pressions, mais continue, en effet, à avancer. Fortement soutenu par des aides publiques, le secteur a réussi à surmonter la pandémie du Covid-19, peut-être la plus grave crise de son histoire, mais doit faire face à de nouveaux défis, au premier rang desquels un contexte économique entré en zone de turbulences. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le secteur aérien subit, en effet, des tensions commerciales et stratégiques, notamment entre l’Europe et les États-Unis. Les droits de douane américains sur les produits aéronautiques européens imposés par Trump perturbent les chaînes d’approvisionnement et renchérissent le coût des avions. Ils poussent aussi l’Europe à revoir sa stratégie de souveraineté industrielle en matière civile comme militaire.

La transition écologique et la décarbonation constituent l’autre défi, de plus long terme. L’aviation commerciale représentant environ 5 % du réchauffement climatique, la pression est plus forte que jamais pour qu’elle réduise son empreinte carbone. Le développement de carburants alternatifs durables (SAF), la propulsion hydrogène, les avions hybrides ou électriques, ou l’utilisation de matériaux composites avancés sont au cœur des innovations qui seront abordées au Bourget. Pas suffisantes pour les ONG environnementales qui doutent que le secteur aérien puisse relever l’objectif de neutralité carbone qu’il s’est fixé à l’horizon 2050. Dénonçant un « déni climatique », elles estiment que la seule innovation technologique ne suffira pas et qu’il faudra limiter le trafic aérien.

Une perspective qui ne semble pas près d’arriver. Dans son rapport sur les « prévisions du marché mondial 2025-2044 », Airbus a estimé la croissance annuelle du trafic passagers à 3,6 % sur 20 ans, ce qui suppose un besoin de 43 420 nouveaux avions dont 34 250 monocouloirs de type A320. La flotte mondiale en service devrait dès lors quasiment doubler, passant de 24 730 avions fin 2024 à 49 210 en 2044, notamment pour répondre au trafic en forte croissance en Inde et en Asie. On passerait de 5 à 9 milliards de passagers… Selon le cabinet Roland Berger, sur le marché des avions moyens courriers, Airbus devrait voir sa part monter de 50 % aujourd’hui à 58 % en 2030, quand celle de Boeing se réduirait à 39 %.

Cette vertigineuse prévision de trafic en hausse constitue le dernier défi du secteur aérien, et particulièrement pour Airbus : comment répondre à une telle demande alors que les carnets de commandes sont pleins ? Une question qui, de surcroît, dépasse les seuls avionneurs et doit nous interroger tous collectivement sur sa soutenabilité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 16 juin 2025)

 

Retraites : sortir de l'impasse

 

retraites

 

La semaine prochaine va s’achever le conclave sur les retraites, lancé début 2025 par François Bayrou pour améliorer la contestée réforme Borne de 2023 qui a repoussé l’âge légal de départ à 64 ans. Le Premier ministre, très critique sur la façon dont a été adoptée par 49.3 cette réforme, imaginait sans doute voir sortir du conclave la fumée blanche d’un accord à même d’apaiser ce débat éruptif qui occupe perpétuellement les débats politiques au détriment de bien d’autres sujets. Las ! On en est loin.

Entre une lettre de cadrage de Matignon imposant aux partenaires sociaux un retour à l’équilibre des comptes d’ici 2030 et un « non » catégorique de François Bayrou lui-même à tout débat sur l’âge, le conclave a perdu en route FO, la CGT et l’U2P. Et la semaine dernière, les fuites du rapport 2025 du Conseil d’orientation des retraites (COR), présidé par le très macroniste Gilbert Cette, proposant un recul à 66,5 ans en 2070 a semé un peu plus le trouble chez les partenaires sociaux restant. Au final, il ne devrait sortir du conclave que quelques ajustements pour « réparer les injustices » de la réforme Borne selon l’expression de François Hommeril (CFE-CGC). Mieux que rien sans doute mais rien ne sera donc réglé concernant le financement d’un système de retraites par répartition qui arrive, incontestablement, à bout de souffle et qui devrait encore se retrouver au cœur de la présidentielle de 2027. Le conclave aura été une occasion manquée…

Après la retraite à points promise par Emmanuel Macron qui s’était fracassée sur la pandémie de Covid-19, une autre idée fait désormais son chemin, poussée notamment par le « bloc central » et la droite : la capitalisation. Solution miracle pour ses partisans afin de colmater le trou des retraites ; ligne rouge pour la gauche qui voit là un système particulièrement inégalitaire entre ceux qui ont les moyens d’épargner et les autres, et qui se rappelle aussi combien, avant 1941, les retraites confiées à des fonds de pension privés avaient pris de plein fouet la crise de 1929.

Il n’empêche que l’introduction d’une dose de capitalisation agite les esprits et mérite qu’on la regarde avec sérieux. D’abord parce que plusieurs pays ont adopté des systèmes de retraite par capitalisation, soit comme pilier principal, soit en complément du système par répartition, comme la Suède, l’Espagne où l’Allemagne. Ensuite parce que la capitalisation existe déjà dans notre pays via des dispositifs ouverts à tous comme le PER (plan épargne retraite) ou, pour les fonctionnaires, via le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), créé en 2005. Et, en 2001, c’est bien Lionel Jospin qui a créé le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), qui était doté en 2023 de 21,3 milliards d’euros.

La gauche aurait d’ailleurs tout intérêt à sortir de ses batailles d’ego et se saisir du sujet pour dessiner son propre modèle de capitalisation, qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Un modèle solidaire, accessible à tous et non pas seulement aux plus aisés, à l’opposé des fonds de pensions vautours obsédés par la rentabilité. Jean Jaurès lui-même n’était pas opposé à la capitalisation qui « peut même, bien maniée par un prolétariat organisé et clairvoyant, servir très substantiellement la classe ouvrière », écrivait-il en 1909…

Il n’y a pas de solution simple à un défi aussi structurant que les retraites. À droite comme à gauche, rompre avec les caricatures et les postures paraît en tout cas urgent pour trouver un compromis républicain sur les retraites qui reste possible – à défaut d’être aujourd’hui à portée de main.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 13 juin 2025)

 

Enfance en danger

 

enfant

L’affaire de pédocriminalité qui secoue le village de Sérignac-sur-Garonne est glaçante. L’information judiciaire ouverte contre l’ancien mari d’une assistante maternelle pour des faits de viols, agressions sexuelles et exhibition sur une douzaine d’enfants de moins de trois ans, dont cette dernière avait la garde, suscite la stupeur et l’indignation de tout un village et bien au-delà. Elle provoque aussi la détresse de parents étreints d’un terrible sentiment de culpabilité ; et la colère que ces faits aient pu se produire et perdurer alors que des signaux auraient pu alerter les autorités, notamment lors d’une première plainte à l’été 2024. Cela soulève dès lors des questions sur de possibles défaillances administratives puisque l’agrément de l’assistante maternelle avait été suspendu en janvier dernier par les services de la protection maternelle infantile (PMI) du conseil départemental du Lot-et-Garonne… avant de lui être à nouveau accordé.

Cette affaire de pédocriminalité intervient aussi dans un contexte national particulier qui interroge la société tout entière sur le devoir de protection qu’elle n’a, d’évidence, pas su assurer pour ses enfants. On a ainsi l’affaire Joël Le Scouarnec, ce chirurgien de Jonza condamné mercredi 28 mai, à vingt ans de réclusion criminelle, dont deux tiers de période de sûreté, pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, commis entre 1989 à 2014 et méticuleusement consignés dans de sinistres carnets noirs.

On a l’affaire Bétharram, du nom de cet établissement privé catholique des Pyrénées-Atlantiques où, pendant des décennies, des élèves ont subi brimades, agressions sexuelles et viols sans que quiconque n’ait tenté d’entraver ce système avant que les premières plaintes ne soient déposées – le collectif de victimes dépasse aujourd’hui les 200 membres. L’affaire Bétharram a d’ailleurs déclenché un #MeToo de l’enseignement catholique, des drames similaires ayant été enfin dénoncés dans plusieurs autres établissements partout en France.

On a, enfin, le « scandale d’État » de l’ASE, l’aide sociale à l’enfance, pour reprendre l’expression du rapport parlementaire présenté le 8 avril dernier. La protection de l’enfance « qui hier était à bout de souffle » est « aujourd’hui dans le gouffre », alerte la commission qui dépeint des situations révoltantes où des jeunes placés sont maltraités, délaissés ou happés par des proxénètes et qui appelle à une profonde réforme de l’ASE, responsabilité des Départements depuis les années 80.

De Sérignac-sur-Garonne à Bétharram en passant par les foyers de l’ASE se dessine ainsi, dans un contexte d’omerta, le terrible tableau d’une enfance, d’une jeunesse en danger que les adultes n’arrivent pas à protéger. Dangers extérieurs quand il s’agit de prédateurs violents ou pédophiles. Mais aussi dangers intérieurs quand cette jeunesse – dont la santé mentale s’est profondément dégradée – sombre dans une ultraviolence inouïe qui va jusqu’à ôter la vie à des enseignants ou des surveillants comme hier à Nogent…

Apporter des réponses à ces drames, protéger les enfants et les adolescents, devient plus que jamais une urgence politique majeure, car qui, sinon la jeunesse, détient l’avenir du pays ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 11 juin 2025)


Protéger et former

 

cybersecurite


Il n’y a plus d’espace sûr. Ni dans nos messageries, ni dans les applications de nos téléphones, ni même dans l’ombre rassurante de nos comptes bancaires. En 2023, plus de 104 000 plaintes pour escroqueries en ligne ont été enregistrées par la plateforme Thésée. Les faux conseillers bancaires – ces imposteurs qui usurpent la voix de votre vrai conseiller, un numéro, une posture d’autorité – ont détroussé en quelques clics des milliers de Français. Derrière des scénarios bien huilés, des centres d’appels criminels s’activent, des identités sont piratées, des voix synthétiques créées, des SMS vous piègent en vous parlant de colis à récupérer ou de carte vitale à renouveler. La technologie censée nous faciliter la vie est devenue leur alliée, notre quotidien leur champ de bataille.

Ces cyberarnaques sont devenues une économie du crime, industrialisée, professionnalisée, globalisée. En cinq ans, les atteintes numériques ont augmenté de 40 % en France. Chaque jour, 750 signalements sont faits sur Perceval pour des usages frauduleux de carte bancaire. Le rançongiciel se vend comme un service et des forums clandestins hébergent logiciels malveillants et données volées. La menace est devenue protéiforme, internationale et souvent hébergée à l’abri d’États complices.

Face à cette montée en puissance, l’État se réarme. Le 30 mai, le ministère de l’Intérieur a présenté une stratégie globale de lutte contre la cybercriminalité. Pilotée par le COMCYBER-MI, elle combine détection anticipée, renforcement des enquêtes, partenariats avec les plateformes numériques, et diplomatie de la cybersécurité. Cette stratégie qui mobilise aussi en région – en Occitanie Cyber’Occ s’est associé à la plateforme cybermalveillance – reconnaît que la cybercriminalité est à la fois un prolongement de la criminalité organisée traditionnelle et un terrain d’expérimentation pour de nouveaux prédateurs.

Mais aucune stratégie ne sera pleinement efficace sans une mobilisation citoyenne. Si l’on ne peut pas empêcher les cyberpirates de tenter de nous escroquer, on peut apprendre à déjouer leurs pièges, détecter leur mode opératoire derrière un courriel anodin ou une offre trop belle pour être vraie. Cet apprentissage participe d’une culture numérique que tous les Français n’ont pas encore acquise. Une culture faite de la connaissance des bons gestes et réflexes à avoir et d’une compréhension du fonctionnement d’Internet.

Si cela doit être appris dès l’école – car savoir utiliser TikTok ou Instagram ne suffit pas – , il faut aussi former les adultes. Alors que 13 millions de Français sont aujourd’hui éloignés du numérique, l’État et les collectivités territoriales ont mis en œuvre une stratégie nationale pour lutter contre cet illectronisme, notamment avec le recrutement de 4 000 « conseillers numériques » chargés d’accompagner les usagers. Dans une société de plus en plus numérisée, la cybersécurité ne peut être seulement une affaire de police. C’est un enjeu de société, d’égalité et de formation. Il faut s’y préparer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 8 juin 2025)