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Volte-face calculée

macron


C'est peu dire que l'intervention d'Emmanuel Macron sur la réforme des retraites, lundi soir en direct dans le JT de France 2, était totalement inattendue. Là où l'on pensait voir le chef de l'état louer le long travail de concertation réalisé par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye ces deux dernières années, ou détailler le mécanisme du fameux et très controversé âge pivot de 64 ans – différent de l'âge de départ «totem» de 62 ans – ou encore promettre aux partenaires sociaux qui doivent rencontrer le gouvernement la semaine prochaine qu'il y aurait des aménagements, Emmanuel Macron a pris tout le monde de court en estimant qu'il préférait «qu'on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge.» Et d'ajouter que cela lui paraissait «plus juste». La volte-face est totale, déstabilisant jusqu'au ministre de l'économie Bruno Lemaire, contraint de ramer à contre-courant pour s'accommoder de la position présidentielle…

Mais cette volte-face a, d'évidence, été mûrement réfléchie, Emmannuel Macron a pesé les avantages et les inconvénients de son choix avec un seul objectif : être celui qui réussira la réforme des retraites sur laquelle tous ses prédécesseurs se sont cassé les dents. En revenant à la durée de cotisation chère à la CFDT, il coupe l'herbe sous le pied des syndicats qui appellent à mobiliser le mois prochain, prive ses oppositions politiques d'arguments, elles qui entendaient mener «la mère des batailles», et donne un gage à l'aile gauche de sa majorité.

Le président montre aussi qu'il n'est fermé à rien, qu'il peut évoluer, écouter pour rechercher le compromis. Toutes choses dont certains, Gilets jaunes en tête, l'en pensaient incapable. Ce revirement calculé fait toutefois une victime : Jean-Paul Delevoye. Comme Jean-Louis Borloo avec son rapport sur les banlieues – aussitôt remis, aussitôt enterré – le haut-commissaire se retrouve en situation délicate.

Pas tout à fait désavoué, mais fragilisé. Au nom de la nouvelle méthode de la phase II du quinquennat.

(Commentaire publié dans La Dépêche du Midi du mardi 28 août 2019)

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