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Articles

Affichage des articles du 2026

L'industrie de la vulnérabilité

Pierre Niney est convaincant en gourou sur grand écran. Une performance qui rappelle celle livrée par Tom Cruise haranguant les hommes perdus dans le film de Paul Thomas Anderson , « Magnolia », il y a déjà… vingt-sept ans. Autant dire que le coach qui promet la réussite, la guérison ou la virilité retrouvée n’est pas une nouveauté, mais, en un quart de siècle, il a, d’évidence, acquis un poids tel qu’il est devenu un symptôme de notre époque – avec son lot de dérives. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) l’a ainsi constaté dans son dernier rapport publié en avril 2025 : les signalements pour dérives sectaires augmentent et le champ de la santé et du bien-être concentre désormais plus d’un tiers des alertes. Le coaching, jadis périphérique, s’est installé au cœur d’un marché qui mêle développement personnel, pseudo-thérapies et promesses de transformation. Dans ces espaces hybrides, la frontière entre accompagneme...

Horizon 2027

  Il y a dans l’agitation actuelle du patronat français quelque chose d’un peu théâtral. À entendre le Medef, le Budget 2026 serait une trahison historique, la politique de l’offre un souvenir et l’exécutif – Emmanuel Macron le premier – un partenaire devenu infidèle. L’organisation patronale entend dès lors prendre les devants pour peser sur les débats de la présidentielle de 2027, promettant d’auditionner tous les candidats, y compris celui du Rassemblement national. L’intention est légitime mais la posture l’est moins lorsqu’elle se transforme en prétention à fixer seul le cap économique du pays. Le patronat n’est pas un contre-pouvoir illégitime, mais il n’est pas non plus un pouvoir constituant. Il faut d’abord rappeler un fait simple : depuis 2017, le patronat a été le grand bénéficiaire des quinquennats d’Emmanuel Macron : baisse de l’impôt sur les sociétés, suppression de la CVAE engagée, réforme du marché du travail, allègement massif des charges, crédit d’i...

Bonheur et fierté

  Dans une actualité internationale qui ne prête guère à sourire, entre la guerre en Ukraine qui dure depuis bientôt cinq ans, les tensions au Moyen-Orient, le poison lent de l’affaire Epstein et les décisions brutales de Donald Trump aux conséquences en cascades, le départ prochain de l’astronaute française Sophie Adenot et de ses co-équipiers vers la station spatiale internationale (ISS) apparaît comme une vraie respiration et, pour chacun d’entre nous, à la fois un moment de bonheur partagé et de fierté nationale. Le bonheur, c’est bien sûr celui de cette pilote d’essai d’hélicoptère de 43 ans dont le rêve d’espace remonte à son adolescence, encouragée par son grand-père, lorsqu’elle ornait sa chambre de posters de fusées sur le pas de tir du mythique Cap Canaveral. Le sourire qu’elle affiche à quelques heures de son décollage est assurément contagieux. Il est l’aboutissement du difficile parcours scientifique et aéronautique sans faute d’une excellente élève évidemmen...

Réseaux sociaux : reprendre le contrôle

    L’étude récemment publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur les risques de l’usage des réseaux sociaux sur la santé des adolescents confirme, au fond, ce que parents, enseignants et soignants ont pu observer de façon empirique et ce que d’autres études internationales ont montré ces dernières années. Troubles du sommeil et fatigue ; anxiété, dépression, dévalorisation de soi ; troubles alimentaires liés à l’image du corps ; exposition au cyberharcèlement et à des contenus dangereux (violence, automutilation, suicide) ; conduites à risque et isolement social… : les plateformes des réseaux sociaux sont conçues pour capter l’attention et maintenir l’engagement, ce qui exploite la vulnérabilité spécifique de l’adolescence et peut enfermer certains jeunes dans une spirale de contenus problématiques. Le sujet est désormais mondial et préoccupe les autorités d’autant plus que le te...

Affaire Epstein : la boîte de Pandore

  Depuis le décès en août 2019 en prison du milliardaire américain Jeffrey Epstein, alors accusé d’avoir créé et supervisé un vaste réseau international de trafic sexuel pédocriminel, l’affaire apparaît de plus en plus comme une bombe à fragmentation. Au fur et à mesure que la justice américaine – contrainte par une loi du Congrès adoptée contre la volonté de Donald Trump – publie sur son site internet des milliers de documents du dossier judiciaire d’Epstein, l’onde de choc s’amplifie aux États-Unis et se répand dans le monde entier, éclaboussant des centaines de personnalités notamment en Europe et en France où Epstein avait ses habitudes. Aux États-Unis, l’affaire Epstein passionne et a viré depuis longtemps à l’obsession, notamment dans la sphère MAGA où l’on est très réceptif aux théories complotistes et aux discours contre des élites supposément corrompues. Donald Trump lui-même a joué sur cette corde sensible durant sa dernière campagne électorale. Croyant mettre en dif...

La voix de la France

    Il n’a pas le panache flamboyant et le lyrisme d’un Dominique de Villepin, entré dans l’Histoire avec son discours devant l’ONU en 2003 contre la guerre en Irak que voulaient mener les États-Unis. Il n’a pas la longue expérience du taiseux Jean-Yves Le Drian, emblématique ministre de la Défense puis des Affaires étrangères de François Hollande et d’Emmanuel Macron. Il n’a pas non plus le savoir diplomatique et encyclopédique d’un Hubert Védrine, ancien « sherpa » de François Mitterrand puis patron du Quai d’Orsay du gouvernement Jospin, ni le poids et le doigté politiques d’un Laurent Fabius capable de créer l’impensable, les conditions de l’Accord de Paris il y a dix ans. Contrairement à des Dati ou des Darmanin, son nom n’apparaît pas ou peu dans les palmarès politiques. Et les mauvaises langues disent parfois de lui qu’il ne doit sa nomination qu’en raison du respect des équilibres politiques internes de la macronie ou de la réputation de son père Jacques, min...

La colère et les larmes

    Trente jours après l’incendie qui a ravagé le bar Le Constellation dans la station suisse de Crans-Montana, faisant 40 morts, dont une moitié de mineurs, et 116 blessés graves, dont beaucoup de grands brûlés, nous sommes partagés entre la colère et les larmes. La colère, d’abord, en découvrant les rebondissements qui apparaissent au fil de l’enquête. Au centre de celle-ci, les propriétaires français du bar, Jacques et Jessica Moretti. Des Thénardiers pour lesquels il semble que la priorité des priorités était de dégager à tout prix de leurs établissements le maximum de profits, au mépris de la sécurité. Les dernières conversations révélées par la presse, les témoignages d’anciens employés, les dernières images des caméras de surveillance dont l’une montre qu’une issue de secours était volontairement bloquée par une chaise, sont édifiants. À cette désinvolture dont le couple va devoir répondre devant la justice suisse s’est ajoutée l’indignité de vouloir se dédouaner en ren...

Fragile embellie

  À moins de deux mois des élections municipales, le marché immobilier français donne des signes de réveil. Après trois années de chute historique, 2025 a, en effet, marqué un frémissement : davantage de transactions, des prix stabilisés, un crédit redevenu accessible pour une partie des ménages. Mais cette reprise reste encore fragile, presque sous perfusion. Et surtout, elle se heurte à une double menace : l’immobilisme politique et une crise de l’offre devenue structurelle. Les chiffres livrés ce mois-ci par la FNAIM sont sans ambiguïté. Avec 940 000 ventes de logements anciens en 2025, le marché progresse de 11 % sur un an, sans retrouver pour autant le sommet de 2021. Les prix, eux, n’augmentent que marginalement (+ 0,8 %), à peine au niveau de l’inflation. Une reprise technique, donc, plus qu’un véritable rebond. Car derrière ces indicateurs rassurants, la confiance reste vacillante, plombée par la hausse des droits de mutation, la pénurie de logements locatifs et une fiscali...

Angles morts

    L’activisme médiatique d’un ministre n’est pas toujours synonyme de sérieux dans sa traduction législative. Telle pourrait être la leçon à retenir de la loi anti-squat du très libéral Guillaume Kasbarian, aujourd’hui député EPR admirateur des méthodes du président argentin Javier Milei. Il y a deux ans, la loi portant son nom avait durci fortement la répression des squats, accéléré les expulsions administratives (procédure 48/72 heures) et raccourci les délais pour les locataires en impayés. Les peines pour occupation illicite d’un logement avaient triplé, allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (au lieu d’un an et 15 000 euros). Partiellement censuré par le Conseil constitutionnel, le texte, sans surprise, avait été accusé de « criminaliser les sans-logis » par de nombreuses associations, qui estimaient qu’il assimilait mal-logés, squatteurs et délinquance et privilégiait la répression plutôt que les solutions ...

Derrière la vitrine

    Il devait être comme à chaque édition un grand moment de fête, mais le salon de l’agriculture sera cette année bien triste, peut-être à l’image d’une agriculture française qui, de crise en crise, peine à redéfinir son modèle dans un monde bousculé par une nouvelle géopolitique mondiale plus agressive. En effet, pour la première fois depuis sa création en 1964, la « plus grande ferme de France » n’aura pas ses bovins, dont l’égérie du Salon, la vache Biguine, de la race Brahman, qui voulait donner un coup de projecteur et de chapeau aux éleveurs ultramarins. Cette décision crève-cœur a été prise par les organismes de sélection des races bovines, qui ont choisi, malgré l’accord des autorités, de ne pas présenter de bovins au concours général agricole et refusé la présence, même symbolique, de quelques vaches, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire bovine (DNC), cette crise sanitaire qui s’est muée en crise tout court. Des boycotts en solidarité avec les éle...

Tenir Parole

  Que vaut la parole de l’État ? Non pas celle de ceux qui sont de passage à sa tête ; on a vu combien elle pouvait être friable et changeante avec un Sébastien Lecornu jurer en octobre ne pas utiliser le 49.3 pour faire adopter le budget et qui revient benoîtement sur sa promesse trois mois plus tard. Non, que vaut la parole de la puissance publique qui, lorsqu’elle a été prononcée, actée, signée, doit être tenue parce qu’elle engage dans un cadre démocratique clair des projets, des décisions concrètes pour les Français ? On peut se poser légitimement la question quand on voit l’État impécunieux et criblé de dettes envoyer des ballons d’essai, commander un énième rapport au Conseil d’orientation des infrastructures, pour laisser entendre qu’il ne pourrait pas honorer sa promesse de financer à hauteur de 40 % les 14,3 milliards d’euros des LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax – 166 M€ par an, soit 0,03 % du budget de l’État – et qu’il faudrait pl...

Justice à bout

  Il y a, dans la justice française, une scène et des coulisses. La scène, ce sont les grands procès pénaux, terroristes notamment : solennels, rigoureux, exemplaires. Les procès du Bataclan, des affaires Pélicot ou Jubillar, ou encore ceux de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen montrent une institution capable de traiter des milliers d’actes, d’écouter des centaines de victimes et de témoins, de tenir le temps long, finalement d’incarner réellement l’État de droit dans ce qu’il a de plus noble. Mais derrière ce décor, les coulisses racontent une autre histoire : celle d’une justice du quotidien à bout de souffle, engorgée, contrainte, et parfois invisible. En effet, chaque année, des millions de plaintes affluent. Trop pour des parquets saturés, trop pour des services d’enquête sous tension, trop pour une machine judiciaire structurellement sous-dimensionnée. Résultat : des classements sans suite en masse, des délais qui s’étirent sur des mois voire des années, et d...

Cercle vertueux

  Chacun d’entre nous a déjà été confronté à un centre-ville où des commerces ont fermé boutique, où les rideaux baissés sont plus nombreux dans une rue que les vitrines éclairées, où les immeubles finissent par se vider de leurs commerces au rez-de-chaussée puis de leurs habitants. Avec un taux de vacance commerciale estimé à 14 % en 2024, contre 6 % en 2010, les centres-villes traversent, c’est peu de le dire, une phase de fragilisation structurelle profonde. Profonde mais pas inéluctable. Certes, la concurrence des zones commerciales en périphérie des villes est redoutable depuis plusieurs décennies. Que faire, en effet, face à des centres commerciaux XXL dont le stationnement est gratuit, avec un foisonnement d’offre alimentaire, de services ou d’habillement, de vastes hypermarchés aux références sans fin, des galeries commerciales aux enseignes très diverses… et qui imitent parfois les rues d’un centre-ville, un comble ! Par comparaison, le commerce de centre-vi...

Nouvel an, nouveau monde

  « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». La célèbre phrase d’Antonio Gramsci, homme politique, journaliste et penseur italien né en 1891, a été si souvent citée à tort et à travers, ignorée ici, récupérée là, qu’elle en a presque perdu de sa force. Gramsci refusait l’économicisme – qui suppose que tout relève de l’économie – et avançait l’importance du rôle de la culture et des idées, de leur appropriation et de la bataille autour de l’hégémonie culturelle. Cette bataille-là autour, finalement, de la vision du monde que l’on veut est actuellement à l’œuvre et 2026 s’ouvre ainsi sur une période de grandes incertitudes. Le vieux monde se meurt, c’est d’abord celui de l’ordre international né après la Seconde Guerre mondiale. Jamais le multilatéralisme n’a reçu autant de coups, particulièrement venu de ceux qui jusqu’ici en étaient les défenseurs, les États-Unis. Le retour d’un Donald Trump avide de r...