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Bas les masques

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Le masque deviendra-t-il le symbole de l’épidémie du Covid-19 ? En tout cas, à travers lui, se révèlent tous les aspects de la crise du coronavirus qui secoue le monde depuis fin décembre : sanitaire, politique, diplomatique, économique. La problématique des masques confirme aussi combien, lors de toute crise humanitaire d’ampleur, ressortent le pire et le meilleur de l’Homme, les comportements les plus vertueux, comme les magnifiques solidarités citoyennes envers les soignants que l’on voit dans la plupart des pays, et les pratiques les plus détestables de ceux qui veulent tirer profit du malheur des uns.

Les déboires que vient de raconter Renaud Muselier, président de l’Association des Régions de France (ARF), appartiennent sans nul doute à la seconde catégorie. Alors que les régions ont été autorisées par l’Etat à importer de Chine des masques et bataillent depuis pour en trouver, M. Muselier assure qu’une commande française a vu sa cargaison entière de masques, pourtant dûment commandée, détournée in extremis sur le tarmac d’un aéroport chinois par des Américains prêts à tout pour l’obtenir et surtout à payer cash trois fois son prix… Cette ruée vers l’or blanc des masques, désormais mondiale, ne respecte visiblement pas d’autres lois que celles du far west et du chacun pour soi. Venant des Etats-Unis de Donald Trump – qui n’a de cesse depuis son élection de mettre à bas les règles du commerce mondial – de telles pratiques ne sont finalement pas étonnantes. Elles interrogent autrement quand on voit un pays membre de l’Union européenne, la République tchèque, voler des centaines de milliers de masques envoyés par la Chine pour l’Italie…

Ces stratégies nationales – pour ne pas dire nationalistes – qui concernent les masques, les tests voire certains aspects des recherches de traitement, sont particulièrement contre-productives, car face à un ennemi commun, planétaire, seule la bonne coopération des Etats, comme le réclame le secrétaire général de l’ONU António Guterres, permet d’avancer plus vite.

Cette guerre des masques à laquelle se livrent tous les pays, de gré ou de force, révèle aussi, par contraste, les faiblesses et les erreurs, notamment d’anticipation, de chacun d’entre eux. En France, la pénurie de masques, imputable au quinquennat précédent, s’est doublée d’une série de cafouillages, de décisions contradictoires voire contestables et d’une communication si spécieuse et zigzagante que certains évoquent un mensonge d’Etat… À l’heure où quatre pays européens viennent de rendre le port du masque obligatoire dans les lieux publics, la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise par l’exécutif, a passé à la question Edouard Philippe mercredi sur le sujet. Un temps courtois d’explication qui, n’en doutons pas, cédera la place à la recherche plus musclée des responsabilités, sitôt la crise passée…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 avril 2020)

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