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L'échec n'est pas une option

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La parole est d’argent, le silence est d’or. Dans la guerre qui l’oppose à la Russie depuis le 22 février 2022, Kiev a toujours fait de la communication une arme de conviction massive pour rallier à sa cause les opinions internationales et, surtout, convaincre les Occidentaux de lui fournir les armes dont les Ukrainiens ont besoin pour résister. Passé maître dans l’utilisation des réseaux sociaux, Volodymyr Zelensky a opéré un virage à 180° au moment de lancer sa contre-offensive pour reconquérir les territoires du Donbass occupés par les Russes. Ce silence de plomb inédit a pu faire douter un temps de la réalité de cette opération militaire qu’on disait imminente depuis des semaines. Et la destruction du barrage de Kakhovka, qui a provoqué des inondations sur le Dniepr et à Kherson, ville-clé de la contre-offensive, a ajouté à l’inquiétude.

Mais la contre-offensive est désormais bel et bien lancée et plusieurs villages ont d’ores et déjà été libérés par les Ukrainiens depuis dimanche. La progression, qui semble pour l’heure lente et modeste, laisse entrevoir combien les combats doivent être durs et meurtriers entre des Ukrainiens qui bénéficient d’armes occidentales sophistiquées, aptes à mener des attaques nocturnes, et des Russes qui ont massivement fortifié la ligne de front avec champs de mines, tranchées et dents de dragon. Dans les deux camps, d’évidence, l’échec n’est pas une option.

Pour les Ukrainiens, le succès de cette contre-offensive est capital, pour retrouver bien sûr toute la souveraineté territoriale du pays, y compris sur la Crimée perdue en 2014, mais aussi pour démontrer aux Occidentaux qu’ils ont eu raison de soutenir et d’aider militairement l’Ukraine en lui fournissant des armes pour se défendre, notamment des chars Leopard, et en formant des soldats. Pour les Russes, la conquête de l’Ukraine – objectif initial de l’opération militaire spéciale – a laissé place à la défense des républiques autoproclamées du Donbass. Empêcher leur reconquête constituerait presque une victoire pour Vladimir Poutine, qui pourrait alors relancer ce conflit devenu « gelé » dès que son armée se serait renforcée.

Ce conflit d’un nouveau genre, informationnel comme de haute intensité, qui mobilise massivement des drones mais tout autant des armes conventionnelles, semble être à un moment clé entre guerre de position, avec ses tranchées qui rappellent celles de Verdun durant la Première Guerre mondiale, et guerre de mouvement, avec ses combats intenses d’infanterie.

Impossible de dire ce qui se passera dans les jours et les semaines à venir, laquelle des déterminations, l’Ukrainienne ou la Russe, prendra le dessus sur l’autre. Qui aurait pu prédire la destruction d’un barrage pour inonder la ligne de front, au mépris de la convention de Genève ? Qui nous dit que demain, après la stratégie de la terreur et ses crimes de guerre, puis celle de la terre inondée, Vladimir Poutine, qui brandit régulièrement la menace nucléaire, ne choisirait pas la stratégie de la terre irradiée ?

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 13 juin 2023)

Photo Clément Cros.

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