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Éditos

Restons unis

solidarite


L’épidémie du coronavirus, qui contraint désormais près de la moitié de l’humanité à vivre confinée à domicile, est assurément une épreuve pour tout un chacun. Depuis le 17 mars et pour encore au moins 15 jours, les Français s’accommodent du mieux qu’ils peuvent de cette assignation à domicile qui peut être difficile à vivre psychologiquement mais aussi matériellement ; tout le monde ne disposant pas d’une maison avec un agréable jardin.

Cette crise inédite constitue aussi un révélateur de notre capacité collective à faire front, à faire bloc pour mieux faire face, et à développer de nouvelles formes de solidarité pour rester unis face à l’adversité et à la peur légitime qu’inspire le Covid-19.

Restons unis, c’est justement le nom de l’opération que La Dépêche déploie, notamment sur les réseaux sociaux avec le mot-dièse #Restonsunis, pour mettre en avant les messages positifs, saluer les initiatives exemplaires, encourager l’entraide. D’ores et déjà nos lecteurs, nos internautes, nos abonnés, nos porteurs, nos annonceurs ou nos partenaires regorgent d’initiatives pour aider ici les personnels soignants dont la mobilisation qui force le respect est applaudie tous les soirs à 20 heures, là les personnes âgées ou isolées que le confinement rend plus fragiles, ailleurs les associations qui viennent en aide aux plus démunis, doublement victime de la situation, et partout un soutien moral ou matériel pour aider ceux qui continuent à travailler pour assurer le fil de notre quotidien bousculé, livreurs, facteurs, caissières, éboueurs, policiers, etc.

Ces nouvelles solidarités, souvent accélérées par les réseaux sociaux – qui retrouvent leur fonction première de mise en relation – montrent que d’une crise peut sortir le meilleur, que nous partageons tous un destin commun, que l’humanisme et la fraternité ne sont pas de vains mots et que Montaigne avait vu juste quand il disait "Je reconnais en tout homme un compatriote."

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 30 mars 2020)

Tenir


couple


Fusionnel, passionnel, conflictuel, impossible, invivable, infernal, chien et chat ou inséparable : la définition du couple est aussi diverse qu’il y a de couples, qu’ils soient hétéros ou homos, premier amour ou noces d’or. Le couple est un continent qui regorge perpétuellement de terra incognita et qui, depuis toujours, inspire la littérature, le cinéma ou la télévision. De Titus et Bérénice à Rhett Butler et Scarlett O’Hara, de Colin et Chlo à Jane Eyre et Edouard Rochester, de Bonny and Clyde à un Gars une fille, d’Harold et Maud à Scène de ménages. Mais aujourd’hui, le couple va-t-il tenir ? Va-t-il résister à cette période de confinement inédite que ce satané coronavirus nous impose. Contraint de vivre 24 heures sur 24 sous le même toit quand chacun avait ses habitudes, son rythme, ses activités, tantôt seul tantôt à deux, le couple va-t-il résister pour ne pas sombrer dans une " Guerre des roses", cette comédie américaine de Danny DeVito où les amoureux Michael Douglas et Kathleen Turner finissent par se livrer une guerre sans merci ? Ou au contraire va-t-il se retrouver, se renforcer ? Nul ne le sait.

Plus sérieusement, les conséquences psychologiques du confinement vont assurément peser sur les couples – comme sur chaque individu – surtout s’ils sont parents de jeunes enfants à qui il faut désormais faire classe. Chaque couple est différent, chacun aura sa façon d’aborder cette période, en fonction de son tempérament et de ses moyens. Car vivre le confinement confortablement installé dans une maison avec jardin, ce n’est bien sûr pas la même chose que de le vivre dans un petit appartement. Beaucoup de couples chinois qui viennent de passer six semaines confinés ont décidé de divorcer, notamment parce que des femmes ont été battues et abusées par leur conjoint. C’est là le versant terrible du confinement lorsque le face-à-face oppose un bourreau et sa victime. C’est pour cela qu’il faut, avec les associations, redoubler d’attention envers celles – et ceux – qui sont potentiellement en situation de risque et les aider à tenir dans cette période vécue davantage comme celle de l’angoisse que comme celle des retrouvailles.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 29 mars 2020)

Conjurer la peur

covid


L’épidémie du coronavirus Covid-19 inquiète. Par son ampleur, sa dimension mondiale, sa redoutable contagiosité, sa létalité. Mais aussi par son impact immense sur l’économie et tout simplement sur les vies de chacun d’entre nous ; confinées comme le sont celles désormais de quelque 3 milliards de personnes sur Terre qui vivent dans l’angoisse. En France, selon un sondage Ifop paru hier, 62% des Français déclarent avoir «peur de mourir», et un quart y pense souvent. Le décompte quotidien de cas positifs et de décès réalisé chaque soir par le Pr Jérôme Salomon, mais aussi les témoignages terribles de soignants de la région Grand Est, épuisés physiquement et psychologiquement face à un «tsunami» de malades rarement vu, contribuent à cet effroi face à l’épidémie.

Et pourtant, il convient de conjurer cette peur éminemment légitime pour deux raisons. La première est que les malades contaminésn dans leur grande majorité, vont s’en sortir et vont guérir du Covid-19. Les déclarations des infectiologues redonnent espoir. Et surtout les témoignages des survivants font chaud au cœur, leur résilience donne de la force.

La seconde raison est que la recherche avance comme jamais. En Chine comme aux Etats-Unis ou en Europe, des chercheurs travaillent d’arrache-pied dans des universités, des laboratoires publics ou privées ou des start-up de biotechnologies pour trouver les meilleurs traitements et, in fine, un vaccin. La France, patrie de Pasteur, y apporte sa contribution, ouvre même le débat avec la chloroquine promue par le Pr Raoult. En lançant cette semaine un nouveau Comité d’analyse, recherche et expertise (Care), qui réunit 12 chercheurs et médecins dont la prix Nobel Françoise Barré-Sinoussi, Emmanuel Macron a rappelé l’évidence : «C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus.» Et en restant solidaires, c’est grâce à elle que nous vaincrons notre peur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 mars 2020)

Choc et contre-choc

immobilier


"Quand le bâtiment va, tout va". L’expression populaire, attribuée à Matin Nadaud, un ouvrier de la Creuse devenu député sous la IIe République, peut être étendue plus justement à l’immobilier. L’immobilier constitue, en effet, un excellent baromètre de la conjoncture, un indicateur de confiance. Car il est un vrai moteur d’entraînement de l’activité économique, mobilisant la promotion-construction et ses quelque 1,5 million d’actifs (promoteurs, architectes, entreprises du BTP…), la finance (banques, courtiers, assureurs…), mais aussi la gestion du parc qui représente près de 350 000 professionnels (agents immobiliers, marchands de biens, mandataires…) et son administration (syndics, administrateurs de biens, gestionnaires d’actifs…).

Autant dire que si cette mécanique se grippe, c’est bien toute l’économie du pays qui tousse. Dès lors, la crise de l’épidémie du Covid-19 qui a conduit à prendre des mesures de confinement jamais vues jusqu’à présent, a des conséquences majeures sur l’immobilier et donc sur l’économie française en général.

Certes, le marché immobilier était déjà au ralenti depuis quelques mois avec le durcissement des conditions de crédits, mais l’irruption de la pandémie l’a stoppé net : chantiers de construction à l’arrêt, agences fermées faute de pouvoir organiser des visites, crédits immobiliers mis sur pause… Le coronavirus pourrait, de fait, avoir des conséquences bien plus graves que celles de la crise – d’abord financière – de 2008, certains craignant une baisse des prix voire un krach immobilier.

On n’en est toutefois pas là car en l’absence de transactions, difficile d’esquisser des prévisions même si certains pronostiquent une correction des prix de 10 à 15 %. Tout dépendra des mesures prises par les Etats pour limiter l’impact du coronavirus, et du maintien de taux bas. Tout dépendra aussi de l’état d’esprit d’après-crise : les Français auront-ils davantage envie d’investir dans la pierre ? Le marché sera-t-il tendu après la baisse de production de logements neufs ? Autrement dit, le choc du coronavirus sera-t-il suivi et compensé par le contre-choc d’une reprise rapide ? Autant de questions qui ne seront pas levées avant la fin du confinement…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 27 mars 2020)

Efficacité et libertés

drone


Deux jours après sa nomination au ministère de la Santé, Olivier Véran avait laissé échapper, le 18 février sur France Inter, son admiration devant la capacité de la Chine à mettre en place des mesures drastiques de quarantaine pour des millions d’habitants de la région de Wuhan. « La Chine a une capacité de réactivité. Elle a pris ses responsabilités en prenant des mesures de confinement très rapidement. Je ne suis pas sûr qu’il serait possible de réaliser ça dans un pays où les réseaux sociaux seraient ouverts » avait expliqué le ministre, laissant entendre qu’un régime autoritaire comme celui de Xi Jinping, où les libertés individuelles sont quasi inexistantes, serait plus à même de combattre une épidémie que des démocraties où la liberté d’expression et de la presse, et la transparence de l’information sont constitutionnellement garanties…

Depuis, le recours massif de la Chine – mais aussi d’autres pays comme la Corée du Sud ou Taïwan – à des technologiques très avancées de surveillance des populations, combinées à l’imposition d’une discipline de fer ou d’une acceptation culturelle faisant primer le groupe sur l’individu, a permis d’atténuer la courbe de propagation du coronavirus. Ce succès – façon « Big Brother » – suscite une fascination de certains pays pour cet arsenal d’outils high-tech au premier rang desquels le backtracking, c’est-à-dire la surveillance des téléphones mobiles pour tracer leurs utilisateurs. Emmanuel Macron a ainsi demandé mardi au tout nouveau Comité d’analyse, recherche et expertise (CARE) d’ouvrir la réflexion sur le sujet.

Une prudence de bon aloi car cette surveillance généralisée pose d’évidents problèmes de compatibilité avec la préservation de nos libertés individuelles. À l’instar de la lutte contre le terrorisme qui a provoqué, via l’état d’urgence, une modification substantielle de notre droit, la lutte contre l’épidémie de coronavirus estelle en passe de nous faire accepter des mesures exceptionnelles qui se traduiraient in fine par un nouveau rétrécissement des libertés ? Autrement dit, pour plus d’efficacité, faut-il moins de liberté ? Voilà une des nombreuses questions que cette épidémie de coronavirus nous pose pour l’après-crise. Pour y répondre, il faudra alors se souvenir de Victor Hugo : « Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 mars 2020)

Annus horribilis

marche


Pour les agriculteurs de France, l’année 2020 sera à coup sûr à marquer d’une pierre noire, une vraie annus horribilis. Alors que la situation économique du secteur est toujours difficile, notamment dans ses relations avec la grande distribution, les agriculteurs ont subi de plein fouet ces derniers mois ce que l’on a appelé l’agribashing, c’est-à-dire, à l’occasion du débat sur l’interdiction prochaine du glyphosate, des critiques parfois très virulentes concernant leur utilisation des pesticides. Des critiques souvent injustes, car oubliant que les agriculteurs sont les premières victimes de la nocivité de ces produits phytosanitaires et oubliant aussi que nombre d’agriculteurs sont engagés dans des démarches aussi coûteuses que complexes de transition vers des modèles plus attentifs à l’environnement. Le respect des « zones de nontraitement » entre cultures et habitations lors de la pulvérisation de pesticides a rajouté une difficulté supplémentaire au casse-tête.

Les éleveurs, de leur côté, ont dû subir les attaques des défenseurs des animaux dont les vidéos chocs ont heurté – à raison – les Français, mais qui masquent, là aussi, les pratiques majoritairement respectueuses du bien-être animal. Enfin, dernièrement, les producteurs de tomates se sont retrouvés confrontés au ToBRFV, le « virus de la tomate », dont la présence fait peser un risque économique important pour toute la filière cette année.

C’est dans ce contexte déjà très délicat que le monde agricole doit encaisser aujourd’hui les conséquences collatérales du coronavirus. D’un côté, les mesures de contrôles des frontières de l’espace Schengen vont empêcher les travailleurs saisonniers étrangers de venir en France pour participer aux récoltes – il manque près de 200 000 personnes. Et de l’autre, l’interdiction des marchés ouverts dans le cadre du renforcement des mesures de confinement – plutôt mal comprise dans les bourgs où les mesures de sécurité étaient bien respectées – va compliquer l’activité de milliers de maraîchers, producteurs et éleveurs.

Les appels à la solidarité des Français ou des grandes enseignes lancés hier par le gouvernement ne seront sans doute pas suffisants pour permettre au monde agricole de surmonter l’épreuve du coronavirus. Il faudra vraisemblablement un grand plan d’action, probablement à l’échelle européenne. Autant dire inventer une nouvelle politique agricole commune pour qu’à la crise sanitaire du coronavirus ne s’ajoute pas une crise agricole majeure.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 mars 2020)

Double peine

vieux


Le cri d’alarme poussé vendredi en direction du ministre de la Santé Olivier Véran par les professionnels de la gériatrie sur la situation des personnes âgées face au coronavirus doit être entendu. Alors que les personnels de ces structures font face – comme dans les hôpitaux ou les cabinets de médecine générale en ville – à un manque critique de masques, les cas de contamination dans plusieurs Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) se sont multipliés ces derniers jours, dans le Doubs, à Paris ou encore à Mauguio près de Montpellier. « En raison du nombre élevé de co-morbidités, cette population est assortie d’un taux de mortalité de près de 15 %, ce qui pourrait se traduire par plus de 100 000 décès dans l’éventualité d’une généralisation que nous n’osons imaginer », s’alarment les professionnels.

A l’inquiétude qui étreint les familles de voir leurs aînés contaminés par le coronavirus s’est ajoutée la crainte de les voir victimes de terribles choix éthiques en cas d’hospitalisation. Faute de places suffisantes en réanimation, des soignants dans les zones les plus touchées par l’épidémie (dans la région Grand Est) ont confié avoir renoncé à intuber des patients de 70 ans déjà malades. Ce tri entre patients en fonction de leurs chances de survie a déjà eu lieu dans certains hôpitaux d’Italie du Nord, devenue le plus important foyer du Covid-19 dans le monde.

Nos aînés sont donc confrontés à une double peine : la solitude et une possible discrimination. La solitude, puisque chez eux ou en établissement ils sont privés de la visite de leurs enfants et surtout de leurs petits-enfants en raison des règles de confinement qui doivent les protéger de toute contamination. « Un crève-cœur » avait reconnu Emmanuel Macron, mais « nécessaire temporairement. » La discrimination, lorsque les personnels soignants se retrouvent contraints – terrible épreuve – à faire des choix entre patients.

La première est compréhensible ; la seconde, qui heurte les consciences, appelle à des actes forts pour ne pas la rendre inéluctable.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 mars 2020)

Leçons

hopital
L’hôpital du Camp Funston au Texas. Otis Historical Archives, National Museum of Health and Medicine


Les épidémies qui ont frappé l’humanité sont riches d’enseignements pour appréhender celle qui nous touche actuellement, la pandémie du Covid-19. Surtout, regarder l’Histoire – au-delà de l’Antiquité et du Moyen âge où l’on vivait les fléaux comme des punitions divines – nous permet de prendre conscience de réalités que nous avons parfois voulu occulter et de réaffirmer des vérités que d’aucuns veulent battre en brèche

Ainsi les formidables progrès de la médecine nous ont fait oublier que les maladies peuvent être contagieuses. Nos préoccupations se sont, en effet, davantage portées sur des affections "individuelles" comme les maladies cardio-vasculaires, les cancers ou les diabètes puisque les maladies transmissibles ont connu une baisse importante dans les pays riches. Mais l’épidémie de VIH, la résurgence de cas de rougeoles et maintenant le Covid-19 montrent que les maladies contagieuses sont bien toujours là et concernent tout le monde.

Le second enseignement que nous apprend l’Histoire est l’importance des vaccins. Une minorité bruyante n’a eu de cesse ces dernières années de s’opposer aux vaccins en général et à l’élargissement du nombre de vaccins obligatoires voulu par le gouvernement. Aujourd’hui, le monde espère que la course au vaccin contre le Covid-19 sera la plus courte possible car le passé montre que les vaccins ont sauvé et sauvent des millions de vies.

Enfin le dernier enseignement que souligne pour nous l’historien Jean-Marc Moriceau est le point commun des épidémies à travers les siècles : "L’absence de réactions drastiques, rapides et coordonnées" et le poids des intérêts économiques face aux exigences sanitaires. L’absence de coordination européenne sur les mesures de confinement, les décisions erratiques d’un Trump ou d’un Johnson montrent effectivement qu’il reste du chemin à faire. Gageons qu’une fois sortis de cette épidémie de coronavirus, nous en tirerons collectivement les bonnes leçons.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 mars 2020)

Merci

hopital


L’histoire montre que c’est souvent lors des crises ou lors des guerres que se révèlent le meilleur comme le pire de l’Homme. Le meilleur, ce sont ces gestes, ces attitudes, ces actions qui donnent foi en l’humanité, le meilleur redonne espoir, le meilleur révèle des héros. Début 2015, les héros étaient les policiers, les gendarmes, les forces de l’ordre qui œuvraient à nous protéger des terroristes qui venaient de perpétrer les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher.

Aujourd’hui, ce sont les soignants, médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignantes et tous les personnels de l’hôpital public qui sont en première ligne, au front pour mener contre le Covid-19 la «guerre sanitaire» évoquée par Emmanuel Macron. Dans la région Grand Est particulièrement, jusqu’à l’épuisement physique et moral face aux ravages de la maladie, les personnels hospitaliers bataillent sans relâche, avec un dévouement, un professionnalisme, une abnégation et un courage qui forcent d’autant plus le respect qu’ils sont en manque cruel de moyens, masques, lunettes de protection, surblouses, respirateurs artificiels... Leur combat, les Français confinés l’ont bien compris, qui saluent chaque soir depuis leurs balcons et leurs fenêtres par des salves d’applaudissements ces soignants entre les mains desquels repose notre salut.

Derrière ces héros évidents – dont beaucoup de femmes – d’autres sont en deuxième ligne, à l’arrière, plus discrets mais non moins essentiels. Policiers, caissières, livreurs, facteurs, chauffeurs routiers, mais aussi journalistes qui vont à leur rencontre sur le terrain pour raconter leur histoire : ils sont tous le fil conducteur de notre quotidien confiné, ils nous permettent de tenir, le temps que le tsunami du Covid-19 passe. A tous ces héros révélés par l’épidémie de coronavirus, nous avons envie de dire simplement merci. Car ils nous donnent de la force, de l’espoir, et l’envie de croire aux vers de Victor Hugo : «Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera...»

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 21 mars 2020)

L'exercice du pouvoir

macron


L’épidémie de coronavirus est évidemment une épreuve sanitaire, une épreuve sociale avec le confinement des populations, mais aussi une épreuve politique pour les chefs d’Etats et de gouvernements. Certes, depuis plusieurs années, scientifiques, militaires ou agences de renseignements ont publié de nombreux rapports, des notes confidentielles ou des livres blancs dans lesquels la menace d’une pandémie majeure est clairement évoquée. Mais lorsqu’un tel fléau survient, la surprise est là.

La pandémie du coronavirus montre alors que les dirigeants ont agi de façon bien différente selon que le régime soit autoritaire, populiste ou démocratique.

Ainsi en Chine, il y a d’abord eu le déni des autorités locales qui ne voulaient pas déplaire au pouvoir central, quitte à emprisonner les précieux lanceurs d’alerte et à permettre la propagation du virus. Une fois admise l’ampleur de l’épidémie, la Chine, instruite par l’épidémie de Sras des années 2002-2003, a mis les bouchées doubles, prenant des mesures de confinement drastiques pour des millions d’habitants, d’autant plus facilement que le régime autoritaire de Xi Jinping n’a pas eu à respecter des libertés publiques quasi-inexistantes. Rigueur des mesures, surveillance permanente des populations via les outils numériques et biométriques les plus perfectionnés : la Chine est parvenue à faire diminuer les contaminations. Au point qu’aujourd’hui, le géant au pied d’argile repart à l’offensive diplomatique pour vanter son savoir-faire.

Ensuite, aux Etats-Unis comme en Grande Bretagne – deux nations dirigées par des néo-conservateurs populistes – la pandémie a été toisée comme s’il s’agissait d’un ennemi physique qu’il serait facile de terrasser et dont la défaite permettrait en prime d’engranger quelque crédit politique. Las ! Il aura fallu que les scientifiques honnis apportent des preuves incontestables sous le nez de Trump et Johnson pour que ceux-ci prennent enfin les mesures de protection indispensables pour leurs populations.

Enfin, dans les démocraties européennes – Italie, Espagne, France, Allemagne… – la pandémie a été globalement correctement appréciée et traitée dans le respect des règles de l’Etat de droit. Mais pour chaque pays, de subtiles nuances sont apparues en fonction de la situation politique nationale. En Italie comme en Espagne où leurs majorités parlementaires sont fragiles, Giuseppe Conte comme Pedro Sánchez ont trouvé là l’occasion d’endosser le rôle de père de la nation et réalisent un quasi sans faute.

En France, où le chef de l’Etat dispose de beaucoup plus de prérogatives, Emmanuel Macron a semblé très – trop ? – prudent. A-t-il tardé à prendre la mesure de l’épidémie comme vient de l’affirmer à la surprise générale son ex-ministre de la Santé ? A-t-il eu tort de maintenir le premier tour des élections municipales – une "mascarade" selon Agnès Buzyn – pour éviter d’être taxé d’autoritarisme par les oppositions ? S’est-il trompé en estimant que les mesures de confinement ne pouvaient être prises que de façon graduée pour obtenir le consentement maximum des Français, quitte à afficher une communication gouvernementale parfois incohérente ? Ces questions, qui illustrent toute la difficulté de l’exercice du pouvoir en temps de crise et la solitude du Président, se poseront un jour. Mais qui pour l’heure peut dire qu’il aurait fait mieux ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 20 mars 2020)

Ensemble... seuls

restezchezvous


Au deuxième jour de confinement du pays, les Français mesurent toute la difficulté de l’épreuve que nous impose l’épidémie de coronavirus, dont l’épicentre s’est déplacé de Chine en Europe, se propageant à grande vitesse dans les populations. Enfermés à la maison, contraints pour beaucoup à s’improviser maîtres d’écoles ou de transformer leur salon en espace de télétravail, les Français découvrent les contraintes d’une vie "enfermée chez soi", où les sorties sont aussi parcimonieuses que contrôlées par les forces de l’ordre pour faire respecter ces mesures coercitives qui, pour l’heure, restent les seules efficaces pour freiner l’avancée du Covid-19. Chacun comprend dès lors que pour s’en sortir, il ne faut plus sortir, et que l’on est tous ensemble… seuls.

Cette solitude forcée permet-elle de "retrouver le sens de l’essentiel" comme l’espérait lundi soir Emmanuel Macron ? En tout cas ce confinement invite à l’introspection, à la réflexion sur la façon dont nous faisons société, aux priorités qui ont été les nôtres, individuellement et collectivement, et que cette pandémie révèle ou remet sur le métier. Le huis clos intime que les Français vivent depuis mardi midi doit permettre de comprendre que pour traverser cette crise, nous devons penser et agir en "solidaires", plutôt qu’en "solitaires".

Cette solidarité est, d’évidence, une force pour tenir. Solidarité au sein du cercle familial où l’on se redécouvre parfois, où s’inventent aussi de nouvelles formes de communication entre générations, entre petits-enfants et grands-parents, désormais séparés. Les services de messageries, les vidéoconférences permettent de construire de nouveaux liens.

Solidarité aussi entre voisins. Dans les immeubles comme dans les villages, les Français retissent des liens simples et bienveillants d’entraide que le quotidien trépidant de la vie moderne avait parfois déliés.

Solidarité évidemment envers les personnels soignants qui se préparent au tsunami sanitaire avec le pic épidémique à venir. Leur immense courage, leur dévouement, leur professionnalisme, leur détresse parfois face au manque de moyens ou aux choix éthiques, leur épuisement physique et moral face aux ravages de la maladie, notamment dans le Grand Est, émeuvent les Français. Depuis quelques soirs, ces derniers témoignent leur solidarité à ces héros en blouses blanches en ouvrant les fenêtres pour les applaudir.

Solidarité enfin envers tous ceux qui ne sauvent pas des vies mais ce qui reste de notre quotidien : vendeurs, livreurs, caissières, agents des collectivités, etc. Ils sont les héros silencieux de cette épidémie.

Et en retour, solidarité de l’Etat qui, "quoi qu’il en coûte", se doit d’intervenir par des mesures d’accompagnement, de soutien à l’économie, d’appui aux soignants et aux chercheurs.

C’est la somme de toutes ces solidarités qui permettra qu’un jour nous soyons ensemble… réunis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 mars 2020)

Être à la hauteur

covid19


Depuis hier 20 heures et la décision du Président Macron de mettre le pays en confinement pour au moins 15 jours afin de faire face au coronavirus Covid-19, la France est entrée dans une nouvelle ère en affrontant une épreuve de celles qui marquent l’Histoire, les femmes et les hommes de ce pays. Notre horizon s’est subitement rétréci, notre vie professionnelle et familiale se retrouve bouleversée, notre quotidien bousculé dans sa banalité, nos priorités se sont recentrées sur l’essentiel, nos projets immédiats ou de long terme sont désormais reportés et suspendus sans que l’on ne sache jusqu’à quand. Seul compte désormais l’urgence absolue de faire bloc, ensemble, pour faire face, de faire nation pour préserver l’espoir. Et pour cela, chacun doit être à la hauteur.

Pour le gouvernement, il s’agit d’être désormais à la hauteur d’une situation inédite qu’aucun autre avant lui n’a eue à affronter. Sans doute a-t-il tardé à prendre la véritable mesure de l’épidémie. Fin janvier – cela semble si loin ! – la ministre de la Santé Agnès Buzyn assurait que le risque de voir ce virus qui paralysait Wuhan arriver chez nous était "pratiquement nul". Encore la semaine dernière la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye se gaussait publiquement des mesures drastiques prises par Rome au risque de froisser nos amis italiens. Et Emmanuel Macronn’expliquait-il pas lui-même tout récemment qu’il ne fallait pas renoncer à sortir et aller au théâtre ?

Le chef de l’État – heureusement – a changé de braquet jeudi dernier avec les fermetures d’établissements scolaires et universitaires, puis son Premier ministre a ordonné la fermeture des bars, restaurants et commerces non indispensables samedi soir. Des mesures de bon sens balayées par une injonction aussi contradictoire qu’incompréhensible : restez chez vous mais n’oubliez pas d’aller voter pour le premier tour des municipales, préserver votre santé et "en même temps" le rendez-vous démocratique d’une élection locale que la raison aurait logiquement dû faire reporter – quitte à braquer des oppositions qui plaidaient pour un maintien irresponsable.

En s’adressant à nouveau aux Français hier, Emmanuel Macron a cette fois pris toute la mesure du danger du coronavirus. Et on espère que, désormais, la communication jusqu’à présent opaque et zigzagante du gouvernement se place sous le signe de la clarté. "L’homme n’a pas besoin d’espoir, il a simplement besoin de vérité" disait Albert Camus. Hier Emmanuel Macron a promis la vérité aux Français.

Mais être à la hauteur de cette crise ne concerne évidemment pas que l’exécutif mais chacun d’entre nous. En dépit de l’accélération des cas de contamination partout en France, en dépit des témoignages édifiants des personnels soignants remarquables de dévouement jusqu’à l’épuisement physique et moral, nous n’avons pas pris au sérieux cette épidémie. Les gestes barrières n’ont pas été suffisamment mis en pratique, la fermeture des bars a donné lieu à d’ultimes "Corona-night" et ce dimanche, de Paris à Toulouse, on a vu des centaines de Français agglutinés dans des parcs pour profiter des prémices du printemps. Peut-être était-ce là la résurgence des réactions que nous avions eues face aux attentats de 2015. Il fallait à ce moment-là continuer à vivre, montrer au monde notre force et aux terroristes qu’ils ne nous atteindraient jamais. Face au coronavirus, c’est tout l’inverse : pour être ensemble, il faut accepter d’être seul, confiné chez soi pour faire baisser les contaminations. Cette discipline est la seule valable pour gagner la "guerre sanitaire" évoquée hier par Emmanuel Macron.

Dans quelques semaines, quelques mois, il nous faudra ensuite être, collectivement, à la hauteur d’un monde nouveau qui s’ouvrira, repenser l’organisation de pans entiers de nos sociétés en termes économiques, politiques, démocratiques. Et essayer de faire mentir Lampedusa qui assurait que "tout change parce que rien ne change". Parce que cette fois, il y aura incontestablement un avant et un après.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 17 mars 2020)

L’épreuve

covid19


Au lendemain de l’intervention du chef de l’Etat qui a été suivie par plus de 25 millions de Français, l’épidémie du coronavirus apparaît pour ce qu’elle est : une épreuve citoyenne, économique, sanitaire, et politique que la France devra surmonter "quoi qu’il en coûte".

Épreuve citoyenne d’abord pour chacun d’entre nous et plus particulièrement pour les aînés, désormais privés de visites, et pour les parents d’enfants dont les établissements scolaires seront fermés lundi et qui sont dès à présent confrontés au casse-tête de la garde. Mais épreuves aussi pour les lycéens et les étudiants dont les examens approchent. Surmonter cette épreuve oblige chacun d’entre nous à faire preuve d’unité, de solidarité, de civisme, de discipline et de bienveillance les uns envers les autres. En un mot, à "faire nation" comme aux heures les plus difficiles de notre histoire.

Épreuve économique ensuite. L’effondrement historique des bourses, la mise à l’arrêt de secteurs entiers comme l’hôtellerie-restauration, l’aérien ou l’événementiel, sports compris, imposent de mettre en œuvre des mesures d’accompagnement aussi fortes qu’immédiates pour éviter les faillites de commerçants ou de PME et garantir aux Français leur niveau de revenu. En ne confinant pas totalement toute l’économie comme en Italie, en maintenant aussi les élections municipales, Emmanuel Macron a fait le choix de raison de la continuité de la vie – choix éclairé par les scientifiques.

Épreuve sanitaire évidemment. L’arrivée inéluctable de la phase 3, celle où le virus circule massivement dans le pays, pourrait constituer un choc dont on mesure encore mal l’ampleur. Les hôpitaux s’y préparent depuis plusieurs jours désormais, les personnels soignants sont totalement mobilisés et, depuis jeudi, assurés que l’Etat mettra tous les moyens financiers nécessaires.

Épreuve, enfin, éminemment politique. À l’instar de Nicolas Sarkozy avec la crise financière de 2008 ou de François Hollande avec les attaques terroristes de 2015, Emmanuel Macron affronte aujourd’hui une crise majeure, globale, plus grave que le mouvement social des Gilets jaunes ou la contestation de la réforme des retraites. De cette épreuve-là, le chef de l’Etat peut en faire un momentum de son quinquennat, pour son propre avenir politique, mais aussi pour poser les jalons d’une nouvelle vision – européenne – du monde.

Car cette crise du coronavirus, qui révèle les failles de la mondialisation comme les limites des Etats, va rebattre les cartes. Quelle conception du monde voulons-nous porter : celle de sociétés ouvertes, régulées, coopérant ensemble, recherchant des solutions bénéfiques à tous ? Ou celle de sociétés marquées par le repli nationaliste et individuel du chacun pour soi ?

"Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies, interroger les faiblesses de nos démocraties", a assuré Emmanuel Macron, avant d’estimer que "ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Ou comment l’épidémie de coronavirus démontre l’importance d’une notion que beaucoup – néolibéraux chantres de l’orthodoxie budgétaire en tête – ont cherché à éradiquer : l’Etat-providence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 14 mars 2020)

Révélateur

china


Depuis trois mois, l’épidémie de coronavirus apparaît comme un révélateur des faiblesses et des failles des Etats, mais aussi de leur capacité de mobilisation et de la résilience de leurs populations face à une pandémie qui bouleverse des pans entiers de la vie de millions de personnes.

Révélateur en Chine d’abord. Dès les prémices de l’épidémie à Wuhan, le coronavirus a ainsi montré combien la censure et la surveillance implacables mises en place par un régime aussi autoritaire que bureaucratique ont fait que l’information des populations a été retardée, laissant ainsi le virus se propager. Depuis, la Chine a largement corrigé le tir, révélant pour le coup une formidable capacité de réaction au point que les restrictions dans la province du Hubei ont été partiellement levées hier.

Révélateur en Italie, ensuite. La décision de Giuseppe Conte de confiner non seulement les régions les plus touchées par l’épidémie mais le pays entier, soit plus de 60 millions de personnes – une décision rarissime en temps de paix pour une démocratie – afin d’endiguer l’explosion des cas positifs au coronavirus, souligne combien les infrastructures sanitaires italiennes, pour modernes quelles soient, sont sous-dimensionnées.

Révélateur pour l’Europe aussi. Face à une telle épidémie on aurait aimé une réponse forte, coordonnée, d’ampleur et rapide de l’Union européenne. « L’Europe, quel numéro de téléphone ? », raillait en 1970 l’Américain Henry Kissinger. Cinquante ans plus tard, on cherche encore le numéro… « Pour faire face au Covid-19, l’union fait la force. J’appelle nos partenaires européens à une action urgente pour coordonner les mesures sanitaires, les efforts de recherche et notre réponse économique », plaidait Emmanuel Macron. En vain jusqu’à hier soir où ont – enfin – été décidées des premières mesures.

Enfin, pour la France, le coronavirus révèle – pour l’instant en tout cas – le sérieux des autorités politiques et sanitaires dans la gestion des cas et la préparation de la phase 3 de l’épidémie, mais aussi le sang-froid de la majorité des Français. Gageons que cet état d’esprit perdurera, car nous ne sommes qu’au début de cette épidémie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 11 mars 2020)

Double choc

krach


Au fur et à mesure que les jours passent, l’épidémie du coronavirus, qui sature médiatiquement – à tort ou à raison – le débat public, bouleverse notre société et le quotidien des Français avec deux chocs majeurs.

Le premier est, logiquement, sanitaire avec la perspective imminente de passer en phase 3, c’est-à-dire celle où le virus circule massivement dans le pays et ne peut plus être freiné par des mesures de quarantaine ou d’interdiction de rassemblements à partir d’une certaine jauge. Cette phase 3 constituera un choc sanitaire très important pour notre système hospitalier, heureusement plus armé que celui de l’Italie. Comment faire face au coronavirus tout en continuant à soigner les autres patients dont certains sont atteints de pathologies chroniques ou graves sera l’un des défis de notre système de santé. Une nouvelle stratégie devra rapidement se mettre en place car on ne pourra hospitaliser tous les porteurs du virus au risque de saturer les hôpitaux.

Le second choc est économique. Lorsque la Chine, atelier du monde, s’est retrouvée en quarantaine, on a vu le ralentissement de nombreux secteurs comme le tourisme, l’automobile, l’industrie high-tech, les médicaments, etc. dépendants de l’activité ou de la production chinoises. Mais une fois l’épidémie disséminée dans le monde, elle impacte directement les économies de chaque pays touché et effraie les places boursières qui cèdent davantage à la panique que les populations, au risque d’entraîner un krach…

L’impact du coronavirus sur l’économie de la France – 5e pays qui compte le plus de personnes contaminées au monde – devrait être de plusieurs dixièmes de points de PIB, selon le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui a annoncé hier des mesures pour venir à aide à des secteurs déjà sinistrés comme le tourisme, l’hôtellerie et l’événementiel, qui comprend tout type de rassemblements, salons professionnels, spectacles, rencontres sportives, etc.

Bruno Le Maire en appelle à une nécessaire "solidarité nationale" notamment de la part des grandes entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants et des bailleurs vis-à-vis des commerçants en difficulté. Bercy a également appelé l’ensemble du secteur bancaire et financier à la mobilisation pour surmonter cette crise qui s’annonce aussi sévère que celle des subprimes de 2008.

Les banques seraient d’ailleurs bien inspirées de jouer le jeu pour amortir le choc économique du coronavirus et ses conséquences socio-économiques, en se rappelant qu’en 2008, c’est l’Etat – donc, la société – qui est venu à leur rescousse…


(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 10 mars 2020)

Le choix des projets


municipales


À force de n’entendre parler que de sondages mettant en avant la volonté supposée des Français de ne pas tenir compte des étiquettes politiques au moment de leur vote, à force de voir nombre de candidats minimiser voire faire disparaître les logos de leur formation d’origine sur leurs affiches et tracts électoraux, on en oublierait presque que l’élection municipale n’est pas une promenade de santé ou un concours badin mais bien une confrontation politique, un combat d’idées, un rendez-vous démocratique essentiel, qui nécessite avant tout de la clarté. Si, effectivement, la plupart des maires et candidats dans les petites communes ne se revendiquent d’aucun parti, il n’en reste pas moins que le choc droite-gauche est toujours pertinent dans nombre de villes moyennes ou de grandes métropoles. Des affrontements qui donnent lieu aux fameux "points chauds", grâce auxquels le scrutin local dit aussi des choses du climat national. Comme d’autres, la région Occitanie en compte un certain nombre : de Montpellier à Pamiers, de Lourdes à Toulouse, etc.

Dans la dernière ligne droite, à désormais six jours du premier tour, la campagne se termine dans ces points chauds comme ailleurs et les candidats et leurs équipes vont mettre toutes leurs forces dans la bataille avec, pour cette élection, la particularité de devoir composer avec l’évolution de l’épidémie du coronavirus. Les consignes de prévention délivrées par le ministère de la Santé ont directement bousculé la campagne : comment convaincre sur les marchés sans pouvoir serrer des mains ? Comment donner un dernier meeting quand les rassemblements posent problème ? Si certains candidats s’en remettent à des meetings virtuels sur internet et des réunions en visioconférence, au final c’est bien avec les différentes professions de foi qui vont arriver au domicile des électeurs que ces derniers pourront se forger leur ultime opinion avant de passer dans l’isoloir. Une situation qui va permettre d’en revenir à l’essentiel : comparer les projets des uns et des autres, mesurer le dosage que chaque candidat entend appliquer sur les thématiques de la sécurité, de l’environnement, de la propreté mais aussi bien d’autres thèmes – moins discutés ces derniers mois mais tout aussi importants – comme la culture, le sport, le social, etc. C’est cette confrontation des idées, des projets, des programmes, peut-être plus que les personnalités et les étiquettes de celles et ceux qui les portent, qui importent le plus pour la vitalité de notre démocratie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 9 mars 2020)

Faire bloc pour faire face

coronavirus


Avec la multiplication par huit des cas positifs au coronavirus dans le Haut-Rhin et la mise en œuvre d’une phase 2 renforcée dans ce département et dans l’Oise, la France s’est un peu plus rapprochée hier d’une phase 3, c’est-à-dire la phase épidémique où le virus est présent sur tout le territoire et non plus dans quelques foyers à circonscrire par des mesures de quarantaine. L’imminence de cette phase 3 désormais incontournable doit tous nous interpeller, afin, comme l’a rappelé Emmanuel Macron, de faire bloc. Pour faire face.

Faire bloc, c’est éviter de croire et, pire, de relayer le tombereau de rumeurs complotistes et de fausses informations qui ne cessent de circuler sur les réseaux sociaux et qui sont parfois reprises par quelques personnalités irresponsables. Au bouche-à-oreille numérique, mieux vaut privilégier les médias à même de garantir la fiabilité et l’origine d’informations dûment vérifiées.

Faire bloc, c’est, au-delà de toute préférence politique, donner crédit au chef de l’Etat et au gouvernement de gérer la crise du Covid-19 avec le plus grand sérieux et avec la capacité d’adaptation la plus rapide possible face à une épidémie qui évolue sans cesse. C’est d’ailleurs au nom de cette évolution que les mesures annoncées par le ministre de la Santé peuvent apparaître contradictoires d’un jour sur l’autre, incohérentes d’un territoire à un autre. Elles tiennent tout au contraire compte de la réalité du terrain et font montre, heure par heure, d’une réelle adaptabilité qui a pu faire défaut chez nos voisins européens.

Faire bloc, c’est, évidemment, faire confiance à toute la chaîne sanitaire qui s’est mise en branle dès les prémices de la maladie. Alors que l’hôpital public est engagé depuis un an dans divers mouvements de grève pour réclamer davantage de moyens et de considération, il a su se mobiliser. Les personnels, dont certains ont pu faire état de quelques flottements au départ, sont aujourd’hui en première ligne avec un dévouement qui force l’admiration.

Faire bloc, enfin, c’est aussi adopter un comportement civique exemplaire qui respecte les consignes des autorités. Adopter les bons gestes pour soi comme pour les autres – et particulièrement pour les plus fragiles – est le fondement d’une solidarité aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 7 mars 2020)

Catalyseur d'abstention

urne


L’épidémie de coronavirus, on le voit désormais tous les jours, n’est plus seulement une crise sanitaire mondiale, mais un événement planétaire qui bouleverse tout sur son passage en soulignant les faiblesses – mais aussi la capacité de mobilisation et de résilience – de nos sociétés : la diplomatie, l’économie, la vie quotidienne, les loisirs, le travail, l’école… Le Covid-19 chamboule tout, apportant chaque jour, pas par pays, le décompte inquiétant des nouveaux cas de contamination.

Va-t-il pour autant impacter les prochaines élections municipales dont le premier tour se tient dans moins de 15 jours ? Pour l’heure, personne n’ose envisager un report du scrutin. Non seulement ce serait politiquement ravageur alors que l’on aborde la dernière ligne droite, que les candidats mettent toutes leurs forces dans la bataille et que les Français – même si tous n’ont pas encore fait leur choix définitif – souhaitent participer à l’élection de celui qui reste leur élu préféré. Mais un report s’avérerait aussi particulièrement compliqué à organiser : ne concernerait-il que les départements les plus touchés par le coronavirus qu’il créerait, de fait, une rupture de l’égalité républicaine entre Français. Impensable. Et qui dit report global dit choisir une nouvelle date, alors même qu’on n’a aucune idée de la façon dont va évoluer l’épidémie. Emmanuel Macron admettait lui-même mardi soir que la phase 2 dans laquelle la France se trouve pourrait durer "des semaines et sans doute des mois."

Dès lors, rester sur le calendrier prévu – les 15 et 22 mars – est pour l’heure une solution de sagesse, qui n’empêche en rien les autorités de prendre si besoin des mesures particulières d’hygiène dans les bureaux de vote tout en continuant à marteler des messages de prévention qui doivent lutter contre la kyrielle de rumeurs et de fausses informations qui circulent.

Car plus que le virus lui-même, les municipales ont davantage à craindre de l’effet de psychose que provoque le Covid-19 sur les populations. Par peur de se retrouver dans des bureaux de vote à manipuler des bulletins et des enveloppes, passer dans des isoloirs ou signer un parapheur passant de mains en mains, certains électeurs vont-ils déserter les urnes, alors qu’il n’y a pas davantage de danger que lorsqu’ils vont au supermarché ? Nul ne le sait, mais certains candidats commencent à s’inquiéter en observant un nombre de procurations beaucoup plus bas qu’à l’accoutumée. D’autres, notamment à droite, craignent que les aînés, qui votent plus que la moyenne, décident de rester chez eux.

Au final, le coronavirus apparaît comme un possible catalyseur d’abstention dont notre démocratie se passerait bien.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 mars 2020)

Nouvelle donne

wuhan


Crise sanitaire assurément, crise politique et diplomatique parfois, le coronavirus chinois va-t-il virer à la crise économique, au krach boursier qui entraînerait l’économie mondiale dans une inquiétante spirale à l’instar de ce qui s’était passé en 2008 après la crise des subprimes américaines ? On n’en est pas encore là, mais au fur et à mesure que s’étendent les contaminations au Covid-19 dans le monde, l’inquiétude grandit et les marchés ont horreur de l’incertitude. Dès lors pas étonnant que la semaine passée, toutes les bourses aient lourdement chuté.

C’est que la crise du coronavirus a mis en lumière deux faits majeurs pour l’économie et la marche du monde.

Le premier, c’est la vulnérabilité de la Chine, d’évidence un colosse aux pieds d’argile. Dans une économie toujours plus mondialisée, l’Empire du milieu – adepte du concept "un pays, deux systèmes" – s’est retrouvé paralysé par le virus, contraint de fermer des usines et d’arrêter des productions pour endiguer une épidémie d’évidence mal maîtrisée lors de son déclenchement. Une situation qui pèse d’autant plus sur l’économie mondiale que depuis la précédente épidémie du SRAS en 2002-2003, le poids économique de la Chine a considérablement augmenté : de 5 % du PIB mondial et 5 % de la croissance mondiale il y a 15 ans le pays, qui représente 12 % du commerce mondial, pèse aujourd’hui 17 % du PIB mondial et contribue à 30 % de la croissance. Quand la Chine tousse, c’est donc la planète qui s’enrhume…

D’où le second fait majeur induit par l’épidémie de coronavirus : la prise de conscience des autres pays de leur dépendance économique à la Chine, devenue l’atelier de la planète. Commerce, industrie, aéronautique, technologies, automobile mais aussi tourisme, aérien, agriculture, alimentation, médicaments... Tous les secteurs dépendent à divers degrés de la Chine et sont donc touchés par le ralentissement économique du pays enlisé dans l’épidémie.

Dès lors, le coronavirus peut constituer un électrochoc, un "game changer" dans la mondialisation pour reprendre l’expression du ministre de l’Economie Bruno Le Maire, c’est-à-dire l’occasion d’enclencher une nouvelle donne. Celle-ci ne saurait être une démondialisation dont certains rêvent ou le retour d’un illusoire protectionnisme, car les échanges internationaux sont l’un des éléments clés de toutes les économies, au premier rang desquelles l’économie française qui sait exporter son savoir-faire par exemple dans le luxe. En revanche, cette nouvelle donne peut consister à regarder s’il est toujours aussi pertinent de faire fabriquer en Chine des produits dont le coût de revient final pourrait être désormais pas si éloigné d’une production en Europe. Cette relocalisation ne pourra pas concerner tous les produits, mais à l’heure où la prise en compte de l’empreinte environnementale est capitale, la réflexion mérite d’être lancée.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 2 mars 2020)