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Les sénateurs américains républicains, partisans de Donald Trump, qui ont bloqué pendant des mois le vote d’une aide militaire à l’Ukraine trouvent-ils le sommeil depuis ce week-end ? Certains des Européens qui se sont perdus en tergiversations ces derniers mois pour savoir si l’Ukraine avait le droit ou non de cibler les bases de missiles et drones russes qui tirent vers elle ou de la doter de systèmes de défense aérienne performants se regardent-ils facilement dans leur miroir le matin ? Car si l’offensive terrible que mène depuis quelques jours l’armée de Vladimir Poutine dans la région de Kharkiv est si menaçante – avec une trentaine de villages du nord-est de l’Ukraine sous le feu hier et déjà près de 6 000 habitants évacués – c’est bien parce que la Russie profite d’un côté de sa supériorité numérique et de l’autre côté du manque de munitions et de matériel de Kiev.

Comme depuis le début de la guerre, le 24 février 2022, l’armée ukrainienne résiste de toutes ses forces, ses soldats se terrent dans les tranchées pour se protéger des nuées de drones russes et livrent courageusement « des batailles défensives et des combats acharnés » selon les mots du président ukrainien Volodymyr Zelensky. L’Ukraine a reconnu que la Russie engrangeait des « succès tactiques » à même de « saper le moral » de son armée, mais elle s’était préparée à cette offensive. Depuis des semaines, en effet, Kiev prévenait que Moscou pourrait ouvrir un nouveau front et tenter d’attaquer les régions frontalières du nord-est, alors que l’Ukraine est confrontée à des retards de livraison de l’aide occidentale promise et qu’elle manque de soldats. En décembre dernier déjà, au cours de sa conférence de presse annuelle, Volodymyr Zelensky peinait à masquer l’échec de sa contre-offensive entamée à l’été 2023 et, même si l’armée ukrainienne a marqué des points dans le contrôle de la mer Noire, anticipait une année 2024 « difficile ». Nous y sommes…

Cette offensive russe intervient aussi à quelques semaines d’un sommet pour une « paix globale, juste et durable » en Ukraine que va organiser la Suisse et auquel devraient participer 80 à 100 pays dont l’Ukraine, mais pas la Russie. Pour certains observateurs, Poutine pousserait ainsi son avantage aujourd’hui en cherchant à conquérir un maximum de territoires et de villes ukrainiennes qui lui serviraient de monnaie d’échange dans l’éventualité, non pas de la paix, mais d’un cessez-le-feu.

On n’en est pas encore là. Hier Volodymyr Zelensky en a appelé, une fois encore, au courage de ses soldats et à la résilience de son peuple. Gagnés par la lassitude après plus de 800 jours guerre, le découragement sans doute d’attendre l’aide militaire, et désormais la peur de bombardements russes incessants qui contraignent à l’exil, les Ukrainiens tiennent bon. Debout comme au premier jour...

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 14 mai 2024)

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