Accéder au contenu principal

Le meilleur et le pire

corbeaux


La survenue de chaque crise s’accompagne à chaque fois d’actions remarquables et d’actes détestables, de comportements altruistes et d’autres égoïstes, de volonté de construire unis ou de bâtir seul dans son coin. Chaque crise fait se manifester le meilleur et le pire. L’épidémie de Covid-19 échappe d’autant moins à cette règle qu’elle est d’une ampleur jamais vue, se répercutant de pays en pays où les mêmes phénomènes s’observent.

Le meilleur, ce sont bien sûr toutes ces manifestations de solidarité, d’entraide et, osons le mot, de fraternité retrouvée. Depuis le début du confinement, on a vu fleurir ces initiatives entre voisins, entre collègues, envers les soignants et tous ceux qui travaillent pour assurer la vie quotidienne des Français, auxquels notre journal a rendu hier hommage dans un supplément #Ensemble.

Mais il y a aussi, hélas, le pire. Les dénonciations, anonymes bien sûr, du voisin ou du commerçant qui enfreindrait les mesures du confinement, les lettres de corbeaux placardées dans les halls d’immeubles pour s’en prendre à des soignants qui seraient des agents contaminateurs, et toute une haine qui se déverse sur les réseaux sociaux sous couvert de pseudonymes et avec la certitude de leurs auteurs de faire une bonne action et d’accomplir un devoir civique quand il ne s’agit, en majorité, que de délation la plus crasse et de dénonciations fantaisistes et calomnieuses. Car il est une chose d’alerter les autorités lorsque la vie d’un enfant ou celle d’une femme est menacée par des violences physiques dans le huis clos étouffant d’un foyer confiné et celle de dénoncer sans preuve, par vengeance, par jalousie, par racisme, par haine, pour faire mal, en se croyant le supplétif indispensable de l’autorité de l’Etat.

Ces comportements, heureusement minoritaires, renvoient bien sûr aux sombres souvenirs de l’Occupation. Ils illustrent sans doute les angoisses de l’époque mais aussi mettent en lumière les interstices, les failles de notre démocratie dans lequel se glisse ce que la philosophe Hannah Arendt appelait "la banalité du mal." Dès lors, il nous appartient d’être vigilant pour contenir ces nouveaux corbeaux du coronavirus pour qu’après la crise, nous ne retenions que le meilleur qui nous a réunis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 3 mai 2020)

Posts les plus consultés de ce blog

L'indécence et la dignité

C’est sans doute parce qu’elle avait le souriant visage de l’enfance, cheveux blonds et yeux bleus, parce qu’elle aurait pu être notre fille ou notre nièce, notre petite sœur ou notre cousine, une camarade ou la petite voisine. C’est pour toutes ces raisons que le meurtre barbare de la petite Lola a ému à ce point la France. Voir le destin tragique de cette bientôt adolescente qui avait la vie devant elle basculer à 12 ans dans l’horreur inimaginable d’un crime gratuit a soulevé le cœur de chacune et chacun d’entre nous. Et nous avons tous pensé à ses parents, à sa famille, à ses proches, à ses camarades de classe, à leur incommensurable douleur que notre solidarité bienveillante réconfortera mais n’éteindra pas. Tous ? Non, hélas. Dans les heures qui ont suivi le drame, certains ont instrumentalisé de façon odieuse la mort de cette enfant pour une basse récupération politique au prétexte que la suspecte du meurtre était de nationalité étrangère et visée par une obligation de quitter l

La tactique de TikTok

À trop se concentrer sur les GAFAM, les géants Américains de la Silicon Valley que sont Google, Amazon, Facebook et dans une moindre mesure Apple et Microsoft, autant de sociétés aux PDG stars, on en a presque oublié que le monde recelait aussi d’autres géants du numérique, et notamment en Chine. Dans l’empire du milieu où internet est placé sous l’implacable contrôle du régime communiste qui manie surveillance et censure, on les appelle les BATX pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Quatre des plus grandes entreprises technologiques mondiales qui sont bien moins connues du grand public que leurs équivalents américains. Mais ça, c’était avant que ne débarque TikTok. Le réseau social de partage de vidéos courtes, adapté d’un réseau 100 % chinois, a, d’évidence, changé la donne. En six ans, il a conquis la planète et particulièrement la planète ado, les jeunes répondant du tac-au-tac à TikTok pour relever ses challenges, danser et chanter. Une tactique payante construite sur de puissan

Sortir du déni

Des professeurs qui ne peuvent plus enseigner correctement l’histoire de la Shoah, de l’Antiquité ou certaines œuvres littéraires, dont les cours sur la liberté d’expression ou la laïcité sont contestés par certains de leurs élèves qui y voient des blasphèmes, des matières scientifiques auxquelles des élèves opposent les dogmes religieux ou les pires théories complotistes, des cours de sport ou de musique qui sont perturbés ou contournés au nom de pratiques religieuses ou en raison d’un sexisme d’un autre âge. Et des parents d’élèves qui s’immiscent de plus en plus pour contester le programme des enseignements et le fonctionnement des établissements, afin de soutenir leur progéniture contre leurs professeurs, réclamant bruyamment des sanctions disciplinaires ici, criant là à l’offense, aux discriminations, à l’islamophobie ou au racisme sur les réseaux sociaux et parfois devant de complaisantes caméras de télévision. Et n’hésitant pas à diffuser des messages haineux à l’encontre des en