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Les leçons du D-Day

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Chief Photographer's Mate (CPHoM) Robert F. Sargent — National Archives and Records Administration


Peut-on seulement imaginer ce qu'ont ressenti ces milliers de jeunes soldats britanniques, américains, canadiens lorsqu'ils ont débarqué sur les plages de Normandie le 6 juin 1944 pour délivrer le continent européen du joug nazi ? Peut-on se représenter un instant combien, sur ces barges visées par les bunkers allemands du Mur de l'Atlantique, il leur a fallu de bravoure pour affronter l'enfer, dominer leur peur et toiser la mort qui frappa tant et tant d'entre eux ? Peut-on concevoir que ces très jeunes soldats, pétrifiés au pied des falaises françaises, avaient laissé de côté l'insouciance de leur jeunesse pour s'engager corps et âme, prêts à donner leur vie pour un dessein qui les dépassait ?

En Normandie aujourd'hui, comme hier à Portsmouth, des vétérans, de moins en moins nombreux, sont encore là, 75 ans plus tard, pour témoigner, transmettre et faire en sorte que ne soient pas oubliées les leçons du D-Day.

Leçon politique en premier lieu. Seule l'alliance de Nations libres était à même de concevoir ce Débarquement, première étape pour mettre fin à la Seconde Guerre mondiale. Eisenhower, Churchill mais aussi De Gaulle ne manquaient pas de divergences, mais ont su les aplanir autour de l'essentiel.

Leçon technologique ensuite. L'idée même du Débarquement, la conception du port d'Arromanches, la logistique incroyable et l'organisation minutieuse de l'opération Overlord ont mobilisé des mois durant, dans le plus grand secret, scientifiques et ingénieurs comme aucun autre projet auparavant. L'impensable était devenu réalisable ; la prouesse, réalité.

Leçon d'humanité enfin. Le Débarquement est sans doute, avant tout le reste, une extraordinaire aventure humaine où des hommes qui ne se connaissaient pas se sont retrouvés autour d'un destin commun, où des soldats venus des Etats-Unis ont sympathisé avec des Résistants normands, où des combattants anglais se sont fait aider par des maquisards français. Tous différents, mais tous égaux et solidaires lorsqu'il s'est agi de défendre la liberté, la démocratie, la paix.

Ces trois valeurs humanistes rétablies ont ouvert une nouvelle ère, celle du bonheur retrouvé, celle de la prospérité, celle des Nations unies ou de l'Union européenne. Des valeurs que les jeunes générations pensent immuables et qui, pourtant, sont si fragiles dès lors que surgissent en Europe les héritiers nationalistes de ceux qui, hier, ont précipité le continent dans la guerre et le malheur.

Dès lors, en saluant aujourd'hui le courage des vétérans, les jeunes générations devraient faire leurs les mots d'Albert Camus lorsqu'il reçut son prix Nobel de Littérature : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 6 juin 2019)

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