Plébiscités… et lessivés. Tel semble être le lot de beaucoup de maires. Plébiscités par les Français, incontestablement. Enquête après enquête, les citoyens ne cessent de dire leur attachement à leur maire, et par extension aux élus locaux. Le dernier baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, publié la semaine dernière, montre une défiance record envers les partis et les élus nationaux… et un taux de confiance de 60 % pour les maires. Depuis 2009, ce taux n’est jamais descendu sous la barre des 50 %.
Sans doute parce que ces élus-là sont perçus comme plus proches du terrain ; parce que les Français peuvent les croiser dans leur ville ou leur village, à la boulangerie ou sur un marché ; parce que les réalisations votées en conseil municipal se voient bien plus concrètement qu’un projet de loi complexe voté à Paris ; parce que la mairie, enfin, est le lieu de la vie (administrative) quotidienne, entre déclarations de naissance, mariages, demandes de place en crèche ou en Ehpad. Toute cette proximité crée une relation singulière qui fait dire à beaucoup d’observateurs qu’un homme politique accompli ne saurait comprendre la France sans avoir été maire.
Mais beaucoup de maires sont aujourd’hui aussi lessivés. Lessivés parce que l’exercice du mandat – et particulièrement celui qui s’achève, entamé en plein Covid – est devenu plus complexe, plus difficile et se heurte aux exigences consuméristes d’une partie de la population qui, lorsqu’elle n’obtient pas ce qu’elle veut, verse dans la violence verbale et quelques fois physique. Les maires, et notamment ceux des petites communes, se dépensent sans compter pour de bien faibles indemnités. Disponibles quasiment 24 heures sur 24 toute l’année, ils en viennent parfois à sacrifier leur vie personnelle et familiale. De surcroît, l’évolution du fonctionnement du millefeuille administratif français fait que beaucoup de maires se sentent dépossédés de réels pouvoirs d’initiative et d’action.
Le poids écrasant de tout cela conduit certains à démissionner. Un phénomène qui s’est accentué selon une enquête du CEVIPOF parue en juin : le nombre de démissions de maires a ainsi atteint 2 189 départs volontaires entre 2020 et mars 2025, soit plus d’une démission par jour depuis le début du mandat municipal !
De quoi susciter l’inquiétude à l’approche des prochaines élections municipales pour trouver des candidats et des candidates dans certaines communes ? Pas encore, car une majorité de maires sortants décident de solliciter, malgré les difficultés, le renouvellement de leur mandat et des citoyens décident, parfois pour la première fois et après une longue réflexion, de se présenter, de s’engager, de porter des idées nouvelles, de faire campagne auprès de leurs concitoyens.
Cet engagement est le cœur battant de notre démocratie et, à l’heure où un vent mauvais souffle sur l’idéal démocratique partout dans le monde, il doit être préservé. De la même façon qu’il convient de mieux protéger les maires en leur donnant un statut de l’élu solide, car ils sont plus que jamais les fondations et les remparts de la République.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 16 février 2026)