Accéder au contenu principal

Culture du risque

 

crue

 

Les crues qui frappent une large partie du pays depuis plusieurs jours ne sont pas seulement un épisode météo de plus, mais résonnent comme un avertissement pour agir et mieux préparer l’avenir. Dans l’immédiat, ces crues spectaculaires, « exceptionnelles » selon Météo-France et parfois historiques, sont un choc pour les territoires touchés. Pour les habitants évacués, les commerçants sinistrés, les agriculteurs et les élus locaux qui comptent les dégâts dans les champs et les rues, l’urgence est d’abord évidemment humaine : remettre debout ce qui peut l’être, relancer l’activité, rouvrir les écoles, les routes, les services publics, reconnecter les réseaux électriques et télécoms. La solidarité nationale doit jouer pleinement, rapidement, concrètement car, sans elle, la vie locale reste suspendue.

Ce temps de l’entraide ne doit pourtant pas faire oublier le temps de la réflexion sur cet épisode et sur la prévention qui reste à fortifier. La France dispose bien d’un cadre solide, avec des Plans de prévention des risques d’inondation (PPRI) couvrant des milliers de communes et qu’il faudra encore développer, mais la réalité climatique évolue plus vite que nos cartes et parfois nos projections. Les zones à risque se déplacent, s’étendent, se densifient sous l’effet du réchauffement du climat et du développement des activités humaines. Généraliser les PPRI là où ils manquent, affiner la cartographie des zones à risques, intégrer les nouveaux scénarios hydrologiques : ces chantiers restent à accélérer. Des initiatives existent, comme celles engagées sur le bassin Adour-Garonne en matière de surveillance, d’ouvrages et d’urbanisme adapté. Elles montrent qu’une action coordonnée est possible. Elles doivent désormais changer d’échelle.

Un autre signal d’alerte vient du front assurantiel. La multiplication des catastrophes fait grimper les primes et fragilise un modèle longtemps protecteur. Certaines collectivités peinent déjà à s’assurer, faute d’offres ou face à des tarifs devenus insoutenables. Le risque est double : voir des territoires mal couverts et des budgets locaux étranglés, au moment même où ils doivent investir massivement pour s’adapter. Cornélien… L’assurance, pilier de la résilience depuis des décennies – notamment avec le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (Cat-Nat), symbole de solidarité nationale depuis 1982 mais qui montre aujourd’hui ses limites – ne peut vaciller sans conséquence pour la continuité des services publics et l’équilibre des finances locales.

Au-delà des dispositifs techniques et financiers, c’est aussi une véritable culture du risque qu’il faut bâtir chez les Français. Savoir comment réagir à une alerte, connaître les bons gestes, accepter des règles d’urbanisme plus strictes, préparer les habitants comme les entreprises : cette pédagogie du réel est indispensable. Car les inondations, comme les sécheresses, ne sont plus des anomalies rares. Elles deviennent des rendez-vous réguliers avec notre vulnérabilité. À nous d’en faire aussi des rendez-vous avec la responsabilité collective. Entre solidarité immédiate et anticipation durable, c’est là que se joue la capacité du pays à encaisser les chocs sans perdre son équilibre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 février 2026)

 

Posts les plus consultés de ce blog

Fragilités

Les images que les Français ont découvertes cette semaine à l’occasion des violentes intempéries qui ont frappé le Sud-Ouest étaient spectaculaires : un TGV comme suspendu dans le vide, reposant sur des rails sous lesquels le ballast a été emporté par des flots déchaînés. Inouï comme le nom du train qui transportait quelque 500 passagers qui se souviendront longtemps de leur voyage et de leur évacuation en pleine nuit à Tonneins – parfaitement maîtrisée par les secours, les personnels de la SNCF et les agents de la ville. Le jour d’après, à l’issue du remorquage du TGV, avait des allures de gueule de bois pour tout le monde devant les dégâts considérables sur la voie de chemin de fer. 200 mètres sont complètement à refaire, les pluies torrentielles ayant emporté la terre du remblai, la sous-couche et le ballast. Et si les travaux ont commencé dès après les orages, ils vont être longs, bloquant la liaison entre Toulouse et Bordeaux. La SNCF mise sur une reprise du trafic entre le me...

Sortir des postures

Le cortège d’une manifestation ou un rassemblement pour fêter la victoire d’un club sportif qui se terminent par des émeutes, des dégradations de mobilier urbain et de vitrines de magasins, parfois pillés, et des attaques violentes des forces de l’ordre par des hordes encagoulées dans un brouillard de gaz lacrymogènes… Les Français se sont malheureusement habitués à ces scènes-là depuis plusieurs décennies. Comme ils se sont aussi habitués aux polémiques politiciennes qui s’ensuivent, mêlant instrumentalisation démagogique, règlement de comptes politiques et critiques d’une justice supposément laxiste. Le dernier épisode en date, qui s’est produit samedi soir à Paris à l’occasion de la victoire du PSG face à l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions, ne fait, hélas pas exception à la règle. Au bilan édifiant – deux morts, des dizaines de blessés, plus de 600 interpellations, des rues et magasins saccagés – s’ajoutent désormais les passes d’armes politiques. Entre l’opposition e...

Le prix de la sécurité

C’est l’une des professions les plus admirées et respectées des Français, celle que veulent exercer les petits garçons et aussi les petites filles quand ils seront grands, celle qui incarne au plus haut point le sens de l’intérêt général. Les pompiers, puisque c’est d’eux dont il s’agit, peuvent évidemment se réjouir de bénéficier d’une telle image positive dans l’opinion. Celle-ci les conforte et les porte au quotidien mais si elle est nécessaire, elle n’est plus suffisante pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, opérationnelles, humaines et financières. Opérationnelle d’abord car leurs missions ont profondément changé et s’exercent avec plus de contraintes. De l’urgence à intervenir pour sauver des vies – presque 9 opérations sur 10 – on est passé à des interventions qui ne nécessitent parfois même pas de gestes de secours et relèvent bien souvent davantage de la médecine de ville voire des services sociaux. C’est que les pompiers sont devenus l’ultime recour...