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Un tartuffe à la barre

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European People's Party — EPP Summit, Brussels, December 2016


Avec le procès de François Fillon et de son épouse qui s’ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour les chefs de "détournement de fonds publics" sur plusieurs périodes entre 1998 et 2013, "complicité et recel" de ce délit, "complicité et recel d’abus de biens sociaux" et "manquement aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique", c’est bien sûr une incroyable affaire judiciaire qui trouve son aboutissement après une minutieuse enquête.

Mais c’est aussi la fin d’un long chapitre de l’histoire politique française en général et de l’histoire de la droite en particulier – faite de rivalités, de rancunes et de trahisons à répétition – qui va s’inviter à la barre. Car cette affaire du Penelopegate a précipité la droite dans la défaite à l’élection présidentielle de 2017 en l’empêchant de se qualifier pour le second tour – une première dans la Ve République – et en la laissant dans un état de champs de ruines dont elle n’est toujours pas sortie et sur lequel Emmanuel Macron a bâti son nouveau monde.

Surtout, ce procès est avant tout celui de l’orgueil d’un homme qui a refusé de se retirer car estimant que son heure était venue. Pendant quarante ans, François Fillon, qui n’aura vécu que pour et par la politique, aura accompagné, collé même, aux soubresauts et aux revirements de sa famille politique jusqu’en 2016 où il était persuadé de pouvoir enfin concourir à une présidentielle imperdable… qu’il perdit pourtant après d’inattendues révélations sur le système familial qu’il avait mis en place pour tirer le maximum de profits personnels de ses mandats. Au fil de sa campagne-calvaire est de plus apparu le mélange des genres entre ses différentes casquettes de lobbyiste, d’intermédiaire, de député, et de candidat à l’élection présidentielle qu’il a maniées aux frontières de la légalité et du conflit d’intérêts.

Dès lors, ce procès va constituer la mise à nu d’un tartuffe. Car pendant quatre décennies François Fillon avait construit son programme, mais aussi son personnage public, sur des idées de rigueur, de sobriété, de modestie, d’honnêteté, de constance, de probité. Elles n’étaient donc que le paravent d’un homme obsédé par l’argent et les vêtements de luxe, et visiblement prêt à tout pour satisfaire ses envies…

À l’instar de l’affaire Cahuzac, l’affaire Fillon a eu le mérite de resserrer les exigences de transparence démocratique en mettant un terme à des pratiques dont l’ancien Premier ministre n’était, certes, pas le seul à profiter. Mais il y a encore du travail pour combler le fossé qui s’est creusé entre le peuple et ses représentants. L’exemplarité républicaine est décidément un long chemin…

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