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Question de confiance

linky


Décidément, le déploiement du compteur connecté Linky n’est pas un long fleuve tranquille pour EDF et Engie. Depuis 2015, le lancement de ce compteur high-tech qui doit remplacer les vieux compteurs de quelque 35 millions de foyers d’ici fin 2021, cumule les embûches, subit les fake news et endure de multiples procédures judiciaires, au point d’apparaître in fine comme une opération dont les difficultés n’ont pas été suffisamment appréhendées et anticipées, particulièrement sur trois points.

Premier point, l’installation même des appareils. Dans les semaines qui ont suivi le début du déploiement, le compteur Linky a d’abord subi les foudres de particuliers concernant le remplacement des anciens compteurs. Un remplacement fait parfois à la hussarde, notamment chez les personnes âgées, par des sous-traitants peu respectueux. Particuliers, syndics de copropriété voire mairies se sont alors tournés vers la justice pour empêcher l’installation des compteurs Linky, qui contribuent pourtant à l’exercice d’une mission de service public. La justice, au lieu d’adopter une position claire sur tout le territoire, a fait du cas par cas, interdisant ici, autorisant là, ajoutant, de fait, à la confusion.

Second point d’achoppement, les conséquences des ondes émises par le nouveau compteur sur la santé humaine. En dépit de plusieurs études scientifiques qui ont montré l’innocuité des compteurs Linky sur la santé et l’absence de lien de causalité entre l’installation d’un compteur et des pathologies attribuées à une hypersensibilité aux champs électromagnétiques, le doute a persisté dans l’opinion. D’autant plus que des personnes souffrant d’hypersensibilité ont obtenu gain de cause devant des tribunaux. Dès lors, nombreux sont ceux qui, au nom du principe de précaution, réclament un moratoire, estimant qu’il faut poursuivre les recherches sur le sujet.

Enfin, troisième point de friction, la mise en demeure que vient d’adresser hier la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) à EDF et Engie pour non-respect de certaines conditions de recueil du consentement concernant les données des compteurs communicants, et pour une durée de stockage de ces données excessive. Ce troisième point – qui avait suscité quelques craintes en 2015 – avait été éclipsé par les deux premiers. Il est pourtant essentiel car consubstantiel au projet Linky. Le nouveau compteur procède, en effet, d’un vaste projet industriel qui doit moderniser notre réseau électrique, l’adapter à l’évolution des modes de consommation (par exemple l’émergence de la voiture électrique), et évidemment garantir sa sûreté. Les données (de consommation et de production) sont la clé de voûte de cette architecture et doivent permettre de mieux planifier, mieux anticiper, mieux entretenir et mieux maîtriser la consommation, notamment pour les particuliers qui peuvent en espérer des économies.

Le défaut patent de transparence dans la collecte des données, l’absence d’une information compréhensible par tous, la non-prise en compte de particularités comme les électrosensibles, a fait que la défiance s’est installée. La mise en demeure de la Cnil peut être une chance pour rétablir, enfin, la confiance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 12 février 2020)

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