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Ambiguïtés

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L’arrivée ce lundi du projet de loi immigration devant l’Assemblée nationale apparaît comme l’heure de vérité pour la classe politique française. Après des mois de tergiversations sur les modalités que devait prendre ce projet de loi – en un bloc ou à la découpe –, après des mois d’hésitations de l’exécutif sur le calendrier à adopter pour présenter le texte, plusieurs fois repoussé, après un examen par le Sénat dont la majorité de droite a considérablement durci le texte avant que la commission des lois de l’Assemblée ne détricote tout, voilà le projet de loi enfin devant l’hémicycle… et les parlementaires devant leurs responsabilités.

Au gouvernement, Gérald Darmanin est celui qui, d’évidence, joue le plus gros. Sera-t-il en capacité de réunir une majorité jusqu’ici introuvable pour éviter qu’Elisabeth Borne ne déclenche un 49.3 ; ce qui priverait ainsi d’autres textes de pouvoir bénéficier de cette arme législative à un coup ? Ou le madré Darmanin, qui tweete compulsivement depuis des jours et qui peut prendre à témoin une opinion très favorable au texte, parviendra-t-il à aller au vote et à l’emporter ? L’avenir politique de l’ex-LR, qui visait – et vise toujours – Matignon voire un peu plus va se jouer dans les semaines à venir.

Pour la majorité présidentielle aussi, l’examen du projet de loi immigration constitue une épreuve de vérité. Alors que les tensions voire les divergences se multiplient entre Renaissance, le MoDem et Horizons, et continueront à se multiplier au fur et à mesure que les ambitions s’aiguiseront pour 2027, la majorité croit-elle encore au « en même temps » macroniste originel, et de droite et de gauche ? L’aile gauche, qui se désole de voir l’exécutif pencher trop à droite, a réussi à revenir au texte immigration Darmanin-Dussopt du départ. Mais peut-elle durablement peser, elle qui ne dispose d’aucun ministre de poids et qui fait face à un contexte européen de droitisation de l’opinion ?

Pour les Républicains, la loi immigration sera le révélateur de la cohérence et de la crédibilité, deux qualités qui leur font défaut depuis 2017. Incapables d’admettre qu’Emmanuel Macron conduit depuis six ans la politique économique qu’ils ont toujours voulu mettre en place sans jamais le faire lorsqu’ils étaient aux affaires, les Républicains s’enlisent dans la même cacophonie incompréhensible qu’ils ont donnée à voir au moment de la réforme des retraites. Courant derrière l’extrême droite au risque de l’épuisement, affichant de stupéfiantes divergences entre ses sénateurs et ses députés, la droite a abordé le texte immigration en proposant de restreindre le droit du sol, de supprimer la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension – que réclament dans leurs circonscriptions certains de ses propres parlementaires – et de transformer l’Aide médicale d’État en Aide médicale d’urgence, une hérésie pour la communauté médicale. Comme disait Edouard Philippe, la poutre travaille encore chez les LR…

De son côté, la gauche – que Manuel Valls trouve inaudible dans nos colonnes – va devoir, elle, se ressaisir en commençant par sortir du coup d’éclat permanent et des outrances que voudraient imposer les élus LFI. Montrer qu’elle est sortie de l’angélisme, rappeler la réalité des chiffres de l’immigration en France et combien ce dossier ne se réglera qu’au niveau européen : il est temps pour la gauche de construire un discours crédible.

Enfin, reste l’extrême droite, le Rassemblement national, qui louvoie sur son soutien ou non au texte, qui ne dit mot sauf quand il s’agit d’orchestrer la récupération politique d’un drame en maniant exagérations xénophobes et fake news.

Le projet de loi immigration, qui éclipse tant d’autres sujets capitaux (innovations, écologie, etc.), permettra-t-il à la classe politique d’en finir avec ces ambiguïtés ? Sachant qu’on n’en sort généralement qu’à son détriment…

(Editorial publié dans La Dépêche du lundi 11 décembre 2023)

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