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Combien de scandales ?

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Combien faudra-t-il de scandales touchant des établissements d’hébergement de personnes âgées dépendantes (Ehpad) ? Combien faudra-t-il de témoignages de familles désemparées face à la maltraitance, physique et psychologique, dont sont victimes leurs parents dans ces structures aux coûts sans cesse croissants ? Combien faudra-t-il de témoignages de directeurs ou de personnels qui, courageusement, dénoncent, année après année avec une terrible régularité et un amer goût de déjà-vu, le manque de moyens, l’implacable réduction des coûts et donc des prestations ou les pressions de groupes privés au comportement de rapaces de la finance ? Combien faudra-t-il de livres accablants, d’enquêtes de presse sérieuses ? Combien faudra-t-il de condamnations judiciaires et de rappels à l’ordre ? Oui, combien faudra-t-il de tout cela pour qu’enfin, le gouvernement et au-delà toute la société, prennent enfin la pleine mesure des dysfonctionnements qui minent le grand âge en France ?

Deux ans après la sortie du livre-choc de Victor Castanet, « Les fossoyeurs : révélations sur le système qui maltraite nos aînés » (Ed. Fayard), on aurait aimé dire que tout avait changé, que cette enquête-fleuve avait constitué un électrochoc salvateur, mais il n’en est rien. L’auteur a d’ailleurs publié en début d’année une mise à jour de son livre qui montre que non seulement les problèmes qu’il dénonçait perdurent, mais aussi que les groupes mis en cause ont davantage dépensé leur énergie à décrédibiliser son travail plutôt qu’à chercher à corriger leurs graves manquements. Désespérant…

Les Français ne s’y trompent pas et, sondage après sondage, expriment leurs craintes. L’enquête du Crédoc sur « La perception de la maltraitance », publiée fin 2022, montrait déjà que sept Français sur dix se disaient inquiets des risques de maltraitance pour eux-mêmes ou leurs proches. 42 % des proches de personnes âgées bientôt concernées par l’entrée en structure d’accueil indiquaient n’avoir pas osé aborder le sujet et six Français sur dix estimaient qu’on ne parlait pas assez des faits de maltraitance envers les personnes âgées ou handicapées.

Dans une société française amenée à être de plus en plus âgée – le nombre des 75 ans et plus serait en augmentation de 5,7 millions à l’horizon 2070 selon l’Insee, 3,7 millions de Français seront en perte d’autonomie en 2030, 4,8 millions en 2050 et 108 000 seniors de plus seraient attendus en Ehpad d’ici à 2030 – ces chiffres devaient conduire les pouvoirs publics à prendre à bras-le-corps le sujet du grand âge.

À son arrivée à l’Elysée en 2017, Emmanuel Macron avait semblé en mesurer tout l’enjeu, mais à part la création en 2020 d’une nouvelle branche de la Sécurité sociale, un cinquième risque de l’autonomie, la promesse d’une loi sur le grand âge se faisait toujours attendre. Au point qu’au printemps, la députée macroniste Monique Iborra, pourtant spécialiste du sujet, a renoncé à être la rapporteure du projet de loi rebaptisé « Bien vieillir » – au Parlement à la fin du mois – dénonçant un texte « pas adapté » aux urgences actuelles.

Les urgences sont effectivement nombreuses, de la revalorisation des financements publics à la régulation des tarifs des opérateurs privés, de l’harmonisation des normes de qualité à la promotion de l’autonomie et de la citoyenneté des personnes âgées. Il y a pourtant derrière ce sujet qui devrait faire consensus toute l’idée que l’on se fait de la société dans laquelle nous voulons vivre : une société où le respect des aînés qui ont contribué à la bâtir devrait en être la pierre angulaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 6 novembre 2023)

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