Accéder au contenu principal

Une affaire de trop

massage

Alors que va s’ouvrir le mois prochain devant les assises du Tarn-et-Garonne, le procès d’un hypnothérapeute accusé d’agressions sexuelles et d’un viol sur cinq femmes durant des séances à Montauban – l’homme, écroué durant 15 mois, nie la contrainte – d’aucuns seront peut-être tentés de penser « encore une affaire de viols ». Mais c’est peut-être justement parce que l’affaire qui sera jugée constitue non pas une affaire de plus mais une affaire de trop qu’il faut y donner la juste publicité. Les faits que nous relatons, le témoignage digne et puissant que nous publions montrent bien qu’il reste encore du chemin à faire, au moins dans deux domaines.

Le premier est bien sûr l’accueil que l’on doit aux victimes. Depuis le mouvement #MeToo, décliné en France en #Balancetonporc, la parole des femmes victimes d’agressions sexuelles ou de viols s’est enfin libérée. Aux dénonciations excessives que fustigent certains hommes – et même quelques femmes – nostalgiques d’une époque où le patriarcat se croyait tout permis, de la blague lourdingue aux viols à répétition, répondent aujourd’hui des femmes qui, avec beaucoup de courage, osent parler, parfois des années après des faits qui ont brisé leur vie et dont elles souffrent encore aujourd’hui, que les auteurs soient de parfaits inconnus ou des stars des médias qui se croyaient intouchables. Même si les faits sont alors prescrits, la justice a raison d’ouvrir des enquêtes qui sont comme une marque de considération.

Mais lorsque les faits ne sont pas prescrits il faut que ces femmes puissent déposer plainte en confiance. Les plaintes pour viols, agressions, harcèlement sont en hausse de 33 % par rapport à 2020, +82 % depuis 2017 selon les chiffres du ministère de l’Intérieur mais une enquête intitulée « payetaplainte » menée en 2018 par des associations a montré que 60 % des personnes ayant témoigné disaient avoir fait face à un refus de prendre leur plainte. La prise en compte puis le traitement judiciaire des plaintes, dans le cadre de violences conjugales ou non, doit être améliorée. Cela suppose formation et moyens budgétaires.

Le second domaine où l’affaire de Montauban montre que des améliorations doivent être apportées est celui du contrôle de tout ce qui relève des « médecines alternatives ». Ostéopathie, chiropraxie, hypnose, mésothérapie, auriculothérapie, acupuncture… Ces pratiques de soins dites non conventionnelles (PSNC) – qu’on les appelle médecines alternatives, complémentaires, naturelles ou douces – ont un point commun, comme le rappelle, le ministère de la Santé : « elles ne sont ni reconnues, au plan scientifique, par la médecine conventionnelle, ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé. » Autant dire que si parmi ceux qui prodiguent ces « médecines » il y a évidemment des gens bien intentionnés, dans leurs rangs se glissent de parfaits charlatans, passés maîtres dans la déstabilisation mentale, ou de vrais escrocs prêts à profiter de la faiblesse de leurs clients. C’est pour cela qu’en cas de problème il ne faut pas hésiter à saisir la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ou s’en ouvrir à son médecin traitant.

L’affaire de Montauban montre donc qu’il faut poursuivre les efforts et appeler à la vigilance.

(Editorial publié dans. La Dépêche du Midi du dimanche 27 février 2022)

Posts les plus consultés de ce blog

Sortir des postures

Le cortège d’une manifestation ou un rassemblement pour fêter la victoire d’un club sportif qui se terminent par des émeutes, des dégradations de mobilier urbain et de vitrines de magasins, parfois pillés, et des attaques violentes des forces de l’ordre par des hordes encagoulées dans un brouillard de gaz lacrymogènes… Les Français se sont malheureusement habitués à ces scènes-là depuis plusieurs décennies. Comme ils se sont aussi habitués aux polémiques politiciennes qui s’ensuivent, mêlant instrumentalisation démagogique, règlement de comptes politiques et critiques d’une justice supposément laxiste. Le dernier épisode en date, qui s’est produit samedi soir à Paris à l’occasion de la victoire du PSG face à l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions, ne fait, hélas pas exception à la règle. Au bilan édifiant – deux morts, des dizaines de blessés, plus de 600 interpellations, des rues et magasins saccagés – s’ajoutent désormais les passes d’armes politiques. Entre l’opposition e...

Le prix de la sécurité

C’est l’une des professions les plus admirées et respectées des Français, celle que veulent exercer les petits garçons et aussi les petites filles quand ils seront grands, celle qui incarne au plus haut point le sens de l’intérêt général. Les pompiers, puisque c’est d’eux dont il s’agit, peuvent évidemment se réjouir de bénéficier d’une telle image positive dans l’opinion. Celle-ci les conforte et les porte au quotidien mais si elle est nécessaire, elle n’est plus suffisante pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, opérationnelles, humaines et financières. Opérationnelle d’abord car leurs missions ont profondément changé et s’exercent avec plus de contraintes. De l’urgence à intervenir pour sauver des vies – presque 9 opérations sur 10 – on est passé à des interventions qui ne nécessitent parfois même pas de gestes de secours et relèvent bien souvent davantage de la médecine de ville voire des services sociaux. C’est que les pompiers sont devenus l’ultime recour...

Fragilités

Les images que les Français ont découvertes cette semaine à l’occasion des violentes intempéries qui ont frappé le Sud-Ouest étaient spectaculaires : un TGV comme suspendu dans le vide, reposant sur des rails sous lesquels le ballast a été emporté par des flots déchaînés. Inouï comme le nom du train qui transportait quelque 500 passagers qui se souviendront longtemps de leur voyage et de leur évacuation en pleine nuit à Tonneins – parfaitement maîtrisée par les secours, les personnels de la SNCF et les agents de la ville. Le jour d’après, à l’issue du remorquage du TGV, avait des allures de gueule de bois pour tout le monde devant les dégâts considérables sur la voie de chemin de fer. 200 mètres sont complètement à refaire, les pluies torrentielles ayant emporté la terre du remblai, la sous-couche et le ballast. Et si les travaux ont commencé dès après les orages, ils vont être longs, bloquant la liaison entre Toulouse et Bordeaux. La SNCF mise sur une reprise du trafic entre le me...