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Remaniement

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Des difficultés inattendues qui atteignent jusqu'au chef et font tanguer un édifice qu'on pensait inébranlable, des ego qui se bousculent de plus en plus, des ambitions qui s'affirment, des envies d'ailleurs qui se font jour au sein de l'équipe, et des départs en cascade depuis plusieurs mois qui inquiètent les partenaires et réjouissent les concurrents. Le tout dans un contexte international difficile où se dessine un nouveau monde qui fait éclater les pratiques anciennes. Alors pour retrouver un nouveau souffle, prendre un nouveau départ, une seule solution : le remaniement. Du gouvernement ? Raté. Le remaniement dont il s'agit n'est pas celui que préparent Emmanuel Macron et Édouard Philippe et qui occupe réseaux sociaux et chaînes d'informations en continu depuis une semaine. Cet autre remaniement, c'est celui qui est en cours chez Airbus dont le conseil d'administration, réuni ce lundi 8 octobre, a désigné le successeur de Tom Enders, en poste depuis 2012.

Guillaume Faury, ex-président d'Airbus helicopters devenu il y a quelques mois président d'Airbus aviation commerciale (AAC), qui était évoqué pour le poste, deviendra donc bien le président exécutif d'Airbus en mai prochain. Au terme d'un parcours fulgurant qui aura vu l'élimination de tous ses rivaux pourtant autrement plus madrés que lui, notamment Marwan Lahoud, parti en février 2017, Fabrice Brégier, le numéro deux qui a quitté le groupe en février dernier et Harald Wilhelm, directeur financier qui devrait quitter le géant aéronautique avec Enders au printemps.

Cette accélération dans le choix du successeur de Tom Enders s'explique sans doute par la volonté de rassurer les marchés après des mois de tensions internes marqués par la guerre des chefs Enders-Brégier. Une guerre qui s'était ouverte en 2016 lorsqu'Airbus s'est retrouvé au centre d'enquêtes ouvertes en Grande-Bretagne puis en France pour des faits de corruption présumée concernant des irrégularités dans les contrats d'avions commerciaux. Tom Enders avait lui-même affiché publiquement fin 2017 sa volonté d'en finir avec ces pratiques anciennes consistant à faire appel des intermédiaires difficilement contrôlables. Ce faisant, il savait que son sort était scellé et que son mandat ne pourrait être renouvelé au printemps 2019.

Au-delà de l'apaisement à retrouver en interne, les chantiers, les défis du futur président d'Airbus sont, en tout cas, d'autant plus immenses que le groupe aéronautique aux 129 000 salariés – succès industriel européen et symbole de la coopération franco-allemande – doit impérativement se renouveler. Bien sûr pour faire face à la concurrence de Boeing, l'éternel rival, mais aussi pour affronter une nouvelle donne, la révolution du «new space» qui a vu émerger des acteurs agiles en Inde, en Chine ou aux États-Unis (comme Space X) et aux objectifs ambitieux (cap vers la Lune, vers Mars). Au Congrès international de l'astronautique jeudi dernier, Tom Enders a d'ailleurs appelé l'Europe à ne pas rater le rendez-vous de cette «société orbitale.» Une «recommandation» qui sonnait, déjà, comme le testament du bientôt ex-président d'Airbus.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 9 octobre 2018)

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