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Confiance

B737

Les images sont spectaculaires et vite devenues virales sur les réseaux sociaux. Début janvier, un Boeing 737 MAX 9 d’Alaska Airlines a frôlé la catastrophe. Quelques minutes après son décollage de Portland, l’une de ses portes s’est arrachée en plein vol, provoquant une dépressurisation brutale de la cabine. Par miracle, aucun passager n’a été aspiré par le trou béant, mais l’incident a suscité une vive émotion et une nouvelle crise de confiance envers le constructeur américain, déjà ébranlé par les deux crashs mortels de son modèle phare en 2018 et 2019.

Cet événement, rarissime, nous rappelle que l’avion n’est pas un moyen de transport comme les autres. Il suscite à la fois fascination et crainte, admiration et méfiance, rêve et cauchemar. Et s’il nous fait voyager aux quatre coins du monde, il nous expose aussi à des risques que nous ne maîtrisons pas. Pour autant, les statistiques sont formelles : l’avion est bien le mode de transport le plus sûr qui soit. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), le nombre d’accidents dans l’aviation civile commerciale mondiale est tombé de 52 en 2019 à 38 en 2020 et 26 en 2021, sept de ces derniers ayant entraîné la perte de 121 vies humaines. Le taux d’accidents mortels par vol est de 0,2 pour un million, soit une probabilité de 1 sur 5 millions, alors que le risque de mourir sur la route est de 1 sur 20 000 en France.

Comment expliquer alors que tant de gens aient encore peur de l’avion, au point de renoncer à voyager ou de vivre un calvaire à chaque embarquement ? Tout est question de psychologie. Nous avons tendance à surestimer les dangers que nous ne contrôlons pas, comme le fait de confier sa vie à un pilote et à sous-estimer ceux que nous croyons maîtriser, comme le fait de conduire une voiture. Nous sommes aussi plus sensibles aux événements spectaculaires et médiatisés, comme les crashs aériens, qu’aux accidents plus fréquents et banals que sont les collisions routières. Et nous oublions aussi que l’avion est le résultat d’une ingénierie complexe et rigoureuse, qui repose sur des normes de sécurité très élevées et sur des procédures de contrôle très strictes. Ceux qui paniquent à l’évocation d’un voyage en avion peuvent d’ailleurs vaincre leur peur grâce à d’efficaces stages.

L’aviation n’est cependant pas à l’abri d’erreurs humaines, qui sont la cause principale des incidents, de défaillances techniques, de mauvaises décisions, de négligences ou de malveillances. Mais elle doit faire face aussi à d’autres menaces, terroristes ou cybercriminelles. La sécurité aérienne n’est jamais acquise, c’est un combat permanent qui exige une vigilance constante de la part de tous les acteurs du transport aérien : constructeurs, qui développent des technologies de pointe pour améliorer la sécurité de leurs appareils ; compagnies aériennes, qui doivent respecter les normes internationales et mettre en place une culture de la sécurité, personnels navigant qui suivent une formation rigoureuse pour maintenir leurs compétences à jour, mais aussi passagers qui doivent respecter les consignes de sécurité, celles-là mêmes qu’on écoute d’une oreille distraite avant le décollage. Tout cela contribue à maintenir –ou retrouver – le haut niveau de confiance indispensable au fonctionnement et au développement du trafic aérien.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 février 2024)

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