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Recomposition

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Pour reprendre la fameuse expression de l’ancien Premier ministre Edouard Philippe lorsqu’il voulait illustrer le siphonnage des Républicains par la République en Marche en 2017, on peut dire que « la poutre travaille » encore. À sept semaines des élections législatives, ce sont même les poutres de touts les partis qui sont en train de travailler, au risque pour certaines de provoquer l’effondrement total de plusieurs maisons politiques.

Si en 2017, l’élection d’Emmanuel Macron a constitué un big bang faisant éclater la gauche et la droite de gouvernement, cinq ans plus tard, force est de constater que la recomposition politique est toujours à l’œuvre et s’oriente vers une simplification qui pourrait au final s’avérer dangereuse pour notre démocratie. L’élection présidentielle a accouché d’une France divisée en trois blocs : un bloc de gauche radicale autour de Jean-Luc Mélenchon, un bloc d’ « extrême centre », celui de la majorité présidentielle amenée à encore s’élargir selon le souhait d’Emmanuel Macron, et un bloc d’extrême droite autour du Rassemblement national.

Dans cette configuration, les possibilités d’alternances s’amenuisent et l’extrême centre – ce concept hérité de la période allant du Consulat à la Restauration tel que théorisé par l’historien Pierre Serna, qui y voit « un poison français » – deviendrait l’alpha et l’oméga de la vie politique. Faute de débouchés politiques, les Français en désaccord n’auraient alors le choix que des extrêmes ou de rejoindre un quatrième bloc qui ne cesse de grossir, celui des abstentionnistes, pour exprimer leur déception hors les urnes et dans la rue. Ce risque-là a parfaitement été identifié par François Bayrou. Le maire de Pau, qui plaide de longue date pour une réforme significative des institutions, et notamment plus de proportionnelle, sera-t-il entendu ?

En attendant, les opposants à Emmanuel Macron tentent de s’organiser, certains rêvant d’une improbable cohabitation pour des législatives pensées comme un 3e tour de la présidentielle ; d’autres espérant juste survivre à cette nouvelle séquence. Pour le Parti socialiste et Les Républicains, les deux grands partis qui ont structuré la vie politique de la Ve République, l’heure est d’autant plus grave qu’ils se sont eux-mêmes mis dans la difficulté. Depuis cinq ans, aucune des deux formations n’a travaillé pour proposer aux Français une alternative crédible à Emmanuel Macron.

Le PS s’est refusé à faire l’inventaire du quinquennat Hollande et n’a réalisé aucun travail programmatique ou de mise à jour idéologique comme l’avait concédé d’ailleurs Anne Hidalgo à La Dépêche. Quant aux LR, ils n’ont pas su trouver la parade à la politique économique d’Emmanuel Macron qu’ils auraient pu mener lorsqu’ils étaient au pouvoir et se sont perdus dans des débats identitaires contre-productifs.

Contraints pour survivre de s’allier avec LFI pour le PS ou de tenter de rester indépendant pour LR, les deux partis pourront toujours se replier sur leurs élus locaux qui constitueront, peut-être, la clé de leur renaissance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 28 avril 2022)

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