Accéder au contenu principal

Question de souveraineté

medicaments

 

La crise sanitaire mondiale de l’épidémie de Covid, on le sait, a bouleversé bien des certitudes et dans de nombreux domaines, plus rien ne sera comme avant. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la santé. On se souvient qu’au début de l’épidémie, on s’est aperçu que la quasi-totalité des masques chirurgicaux étaient produits à l’étranger, hors d’Europe, en Chine principalement. Idem pour des médicaments aussi basiques que le doliprane. La mondialisation était passée par là sans que l’on ne s’en rende compte et pour des raisons de coût de production et donc aussi de rentabilité financière, les stocks ont disparu au profit d’un fonctionnement par flux. Un système qui fonctionnait plutôt bien mais il a suffi d’un grain de sable – en l’occurrence un coronavirus – pour que la belle mécanique se grippe et que l’on mesure l’importance d’être maître de sa production. Il s’agit là d’une question de souveraineté industrielle et médicale, à laquelle les citoyens sont d’autant plus sensibles que les laboratoires pharmaceutiques bénéficient de nombreux crédits de recherche publics…

C’est dans ce contexte que la pénurie de certains médicaments – dont les lignes de production ont été délocalisées en Asie, en Chine ou en Inde – est devenue alarmante ces derniers mois. L’année dernière, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a ainsi recensé près de 2 446 signalements de ruptures de stock, soit 1 000 de plus qu’un an auparavant… quand en 2010, il n’y avait eu que 130 cas. Certes les chiffres ont augmenté depuis 2016 en raison de l’obligation faite aux entreprises pharmaceutiques de signaler plus en amont les risques de pénurie, mais l’explosion des signalements est bien due à une hausse très significative des pénuries, qui aurait touché un Français sur quatre selon un sondage réalisé par France Assos Santé. Et ces pénuries touchent de multiples pathologies : médicaments cardio-vasculaires, anti-infectieux et anticancéreux ont ainsi été victimes de pénuries.

Face à cette tendance de fond qui a démarré bien avant le Covid-19, il y a donc urgence à redresser la barre. Après deux ans de négociations avec les laboratoires, le gouvernement a enfin publié un décret pour que soient constitués des stocks stratégiques de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) – ceux pour lesquels une interruption de traitement peut mettre en danger la vie du patient – de deux mois. Mais c’est bien la relocalisation de la production de médicaments en Europe et en France qui reste le vrai défi à relever. Emmanuel Macron en a fait la promesse, 15 % des 100 milliards d’euros du plan France relance seront consacrés à l’innovation et aux relocalisations. Un chantier qui s’annonce de longue haleine…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 11 octobre 2021)

Posts les plus consultés de ce blog

Guerres et paix

La guerre menace encore une fois le Pays du Cèdre, tant de fois meurtri par des crises à répétition. Les frappes israéliennes contre le sud du Liban et les positions du Hezbollah ravivent, en effet, le spectre d’un nouveau conflit dans cette Terre millénaire de brassage culturel et religieux. Après quinze années de violence qui ont profondément marqué le pays et ses habitants (1975-1990), la paix est toujours restée fragile, constamment menacée par les ingérences étrangères, les divisions communautaires et une classe politique corrompue. La crise économique sans précédent qui frappe le pays depuis 2019, puis l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en 2020, symbolisant l’effondrement d’un État rongé par des décennies de mauvaise gouvernance, ont rajouté au malheur de ce petit pays de moins de 6 millions d’habitants, jadis considéré comme la Suisse du Moyen-Orient. Victime d’une spectaculaire opération d’explosion de ses bipeurs et talkies-walkies attribuée à Israël, le Hezbollah – ...

Facteur humain

  Dans la longue liste de crashs aériens qui ont marqué l’histoire de l’aviation mondiale, celui de l’Airbus A320 de la Germanwings, survenu le 24 mars 2015, se distingue particulièrement. Car si le vol 9525, reliant Barcelone à Düsseldorf, a percuté les Alpes françaises, entraînant la mort de 150 personnes, ce n’est pas en raison d’une défaillance technique de l’appareil ou d’un événement extérieur qui aurait impacté l’avion, mais c’est à cause de la volonté du copilote de mettre fin à ses jours. L’enquête, en effet, a rapidement révélé que celui-ci, souffrant de problèmes de santé mentale non décelés par les procédures en vigueur, avait volontairement verrouillé la porte du cockpit, empêchant ainsi le commandant de bord de reprendre le contrôle de l’appareil. Ainsi, ce crash singulier touche au point le plus sensible qui soit : la confiance des passagers dans les pilotes à qui ils confient leur vie. C’est pour cela que cette tragédie a eu un tel impact sur l’opinion publique et a...

Le prix de la sécurité

C’est l’une des professions les plus admirées et respectées des Français, celle que veulent exercer les petits garçons et aussi les petites filles quand ils seront grands, celle qui incarne au plus haut point le sens de l’intérêt général. Les pompiers, puisque c’est d’eux dont il s’agit, peuvent évidemment se réjouir de bénéficier d’une telle image positive dans l’opinion. Celle-ci les conforte et les porte au quotidien mais si elle est nécessaire, elle n’est plus suffisante pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, opérationnelles, humaines et financières. Opérationnelle d’abord car leurs missions ont profondément changé et s’exercent avec plus de contraintes. De l’urgence à intervenir pour sauver des vies – presque 9 opérations sur 10 – on est passé à des interventions qui ne nécessitent parfois même pas de gestes de secours et relèvent bien souvent davantage de la médecine de ville voire des services sociaux. C’est que les pompiers sont devenus l’ultime recour...